Articles par Manu Zufferey

Avalanche de la Lée du 13 février 2026

La neige arrive au bon moment, ou pas. Les deux semaines à venir seront chargées en Anniviers, les gens viennent profiter du paysage, vivre la convivialité des stations et jouer à la neige. Principalement jouer à la neige. L’hiver est calme, le manteau se transforme pendant de longues périodes sans précipitations. Quand arrive une livraison comme début janvier le neige se pose sur du gros sel, c’est instable. Six décès en Valais, 22 dans les Alpes.

Même scénario au début des vacances de carnaval, la neige en place s’est transformées pendant un mois. Il vient de tomber une trentaine de cm en station, 50cm bien tassés à 2500m, jsuqu’à 80cm à 3000m compliqués par des vents d’ouest soutenus, bien que restés sous la barre des 100km/h à la Corne. Ce vendredi 13 le ciel est parfait, le danger sur 4- fort, les avalanches ont rythmé la nuit de la Tzoucdana ( mayen crépi, réveillé mais pas eu le courage d’ouvrir l’oeil pour regarder l’heure du sinistre ), je me demandais s’il restait quelque chose à miner. C’est la Lée qui a fait le spectacle, comme d’habitude. J’ai fait un montage avec zoom, vidéos accélérées X 3 et musique pour les réseaux, en dessous les fichiers originaux. Il faudra jouer à la neige avec grande prudence ces prochains jours, on attend de nouvelles précipitations.

Et la version originale des deux caméras fixes depuis l’observatoire de la faune de la Tzoucdana :

Notre-Dame des Clautis

Je vous présente la Dame des Clautis, un agglomérat imprégné de mysticisme. La statuette vient de Chartre, elle est juchée sur un granit du Mont St-Michel entouré de pierres rouges de Brocéliande, la grotte est faite de cailloux remarquables récoltés d’Anniviers à Ouessant, avec quelques morceaux d’océan. Elle veille sur la source qui alimente mon mayen; j’y ai déposé une bougie au soir du premier janvier. C’est historico-génétique, catho assis sur une pierre à cupules je sais l’éternité, intemporelle, ubique. Au-delà du savoir et de l’intelligence, j’ai la Foi, pour preuve mes doutes.

Une statue de la Vierge Marie éclairée par une bougie, entourée de neige et dans un environnement sombre.

“Je suis plus effrayé par nos lâchetés que par leurs menaces” proclamait un pingouin du Groenland sur un dessin de presse. Le mot n’est pas de lui, l’Abbé Pierre, Camus peut-être, Gemini hésite. Ça dit tout, une de ces citations qui t’écrase par gravité. Une solution aussi.

Les tragédies nous menacent, on pourrait en éviter mais c’est dangereux ici-bas, toujours fatal. Entre des barrières matelassées ce n’est plus la vie. On peut s’engager, pompiers, sauveteurs, soignants; donner son temps, risquer sa stabilité émotionnelle. C’est du Haut-Courage. 

Les lâchetés du vivre-ensemble s’étalent sur nos réseaux, dans les médias, du local à l’international. A rester droits dans nos bottes nous perdons dans un premier temps. Socialement, professionnellement, l’époque craint la franchise. Mais c’est long l’éternité avec des regrets.  

Nos représentants devraient comme nous rester dignes, s’opposer ouvertement à l’injustifiable, contrarier les menteurs, replacer les goujats. Reste à répartir équitablement les conséquences du courage entre tous, sans forfaits ni privilèges. Parce que ça aussi c’est indigne d’une démocratie droite dans ses bottes.

On serait moins prospères, moins compétitifs, de droite mais dans nos bottes, la tête haute, tous ensemble. Plus des pingouins, des empereurs !

Bonne année 2026 !

Un coucher de soleil spectaculaire derrière des montagnes avec un message de vœux pour 2026.

L’année commence difficilement dans notre région, on compte les victimes par dizaines après l’incendie d’un bar à Crans-Montana. Les secours sont saturés alors que les stations sont pleines, le canton est sidéré par l’ampleur du désastre. Il y aura de la joie et de la tristesse en 2026, c’est un lot qui accompagne le cadeau de la Vie.

« Moi je vous dis qu’elles sont inséparables. Elles viennent ensemble, et si l’une est assise avec vous, à votre table, rappelez-vous que l’autre est endormie sur votre lit. » Gibran – Le Prophète

The show must go on comme chantait Freddy, se sachant condamné à trépasser dans les pires souffrances. J’espère et souhaite la joie pour tous, malgré le côté impondérable des évènements qui jalonnent nos existences. Le pire, la tragédie de tous les temps, sont les misères évitables nées de la méchanceté, de l’orgueil et de la convoitise. L’ambition élève certains hommes, nous avons besoin de chefs, de meneurs; quand ils sacrifient le bonheur de leurs prochains pour satisfaire leur soif de pouvoir nous sommes confrontés au véritable mal, celui qui est évitable. Nous devons lutter contre, refuser de nous soumettre à ces tyrans. Ils sont souvent faciles à reconnaître, ils osent s’approprier Dieu. Reste a réaliser le subtil distinguo d’abord pour soi et ses propres actes. Mes résolutions pour 2026 : plus de sport, moins de réseaux, récupérer ce qu’on ma dérobé, écrire en Calibri, rester doux avec les justes, ferme avec les cons. Bonne année, bonne santé !

Hiver 2026 – Situation initiale

Vue panoramique des montagnes enneigées avec des forêts de conifères et des feuillus d'automne, capturée en octobre.
Sorebois le 31 octobre 2025 à midi.

Toujours pas de mesures actualisées l’hiver 2026. La fréquentation du blog augmente après les précipitations comme avant le week-end, je me doute bien que ces visiteurs cherchent des nouvelles fraîches du manteau neigeux plus que mes élucubrations météo-nivo-Manu-logiques. Restons à l’essentiel, soit les prémices de cet hiver 2026 que j’espère dynamique et glissant.

Septembre affiche 14mm de pluies au-dessus de la norme à la station de Mottec, également un léger surplus pour octobre, insuffisant pour couvrir le déficit de l’été les sources s’en ressentent. Nous avions au moins une bonne sensation d’automne, frisquounet humide et colorée comme on aime. Un épisode d’été indien début octobre, puis le premier blanchiment sérieux est arrivé avec la micro-tempête du 23, de quoi faire valser les mélèzes en station, 103.3 km/h 303° mesurés à la Corne à 15h, record du semestre d’été. Cette neige n’allait subsister que dans les revers au-dessus de 2000m, mais une deuxième couche le 28 donna à la montagne dès 1800m sa couleur hivernale, probablement pour la saison. Comme de tradition, tel le pèlerin du Monte Moro, je suis monté photographier Sorebois et le vallon depuis Lirec.

Le lien vers une photosphère prise en amont de Mottec, à visualiser sur Google Photos.

Le terrain n’est de loin pas gelé, la couche le protégera des froids annoncés en fin de semaine prochaine nous risquons des problèmes de reptations tout l’hiver. C’est également mieux quand les mélèzes se délestent de leurs aiguilles avant la première neige, elles ne souillent plus le manteau. Le 31 on ne mesure plus rien à Zinal, 20cm à 2000m et une quarantaine bien soufflée au-dessus de 1600m. La météo du début novembre prévoit du froid et de l’agitation, une perturbation que les météorologues voient arriver de loin, ce qu’il faut pour préparer le domaine skiable. Tout s’annonce sous les meilleurs hospices pour la préparation des pistes, croisons les doigts.

Pour le fun, les images de deux vols en drone effectués le 4 novembre depuis les Moyes, la vallée est automnale, la montagne hivernale, une belle perturbation en approche.

Eté 2025 – L’été des faucons

Le mètre de neige tombé mi-avril sur un terrain déjà tiède avait disparu début mai jusqu’à la limite des forêts. Les cours d’eau étaient bien gonflés mais sans plus, c’est le terrain qui absorba l’essentiel des plus fortes précipitations en 24h de l’histoire. Les sources coulaient comme jamais, le climat général m’a semblé normal pour un mois de mai ce que confirment les données, légèrement trop chaud, légèrement plus de précipitations. La nature en vallée exultait, la végétation craint la sécheresse mais s’accommode bien d’un excès d’eau. Début juin les paysans estimaient à une dizaine de jours la précocité des cultures dans tout le pays. Pas de gros regel en plaine, on pouvait espérer une excellent production de tout ce qui pousse ce que l’automne a confirmé.

En montagne la neige fondait à son rythme, sans excès saturant les rivières malgré quelques alertes, les paysans ont inalpé aux dates habituelles après quelques hésitations. Nous étions à l’équilibre, même si les quantités de neige encore présentes en haute montagne menaçaient tel une l’épée de Damoclès. Un gros redoux, trop de pluie, un orage auraient très vite saturé le terrain et les cours d’eau. Rien n’est venu, la catastrophe qui nous préoccupa datait d’avril; une quantité invraisemblable d’arbres tombés encombrait la forêt, les chemins pédestres quasi tous impraticables, et la crainte d’un désastre phytosanitaire si des parasites proliféraient dans ce bois tombé.

Les bûcherons ont travaillé comme jamais pour amoindrir le problème, dégageant routes, forêts et cours d’eau en priorité, puis sortant le bois tombé dans les forêts protectrices. La problème reste en suspens, le scolyte a des ailes et peut fort bien proliférer dans les forêts négligées pour essaimer ensuite partout. La partie n’est de loin pas jouée. Les arbres morts sur pied suite aux sécheresses de ces derniers étés, 2022 en particulier, sont tombés on ne les voit plus; c’est rassurant.

Juin s’est montré beau, très sec, le deuxième plus chaud de la référence 1991-2020 avec un excédent de 3.8° en moyenne suisse. Avec un terrain encore gorgé, la nature a explosé permettant une magnifique fenaison et un herbage abondant pour le bétail. Malgré des précipitations sous la moyenne en juillet encore, nous avons gardé une sensation de normalité jusqu’à mi-août. Le canton a finalement décrété une interdiction de faire du feu du 19 août au 17 septembre. C’est le coeur du mois d’août qui fut le plus chaud, la météo de Sierre-Zinal fut similaire à 2024, très beau, très chaud, très sec. Le graphique des températures de la Corne de Sorebois 2900m donne une bonne vision des mercures de l’été, le record est mesuré le 13 août à 15h30 avec 16.6°, le pique du 26 juin à 15.9° celui du 19 septembre à 15.7°.

Graphique montrant les variations de température entre mai et octobre, avec des pics atteignant jusqu'à 20°C et des creux en dessous de zéro.

Températures, précipitations et ensoleillement font une soupe nommée climat, notre ressenti personnel comme collectif ajoute d’autres facteurs. J’aime la précision des chiffres, ils ne mentent que si on les trafique, ils se taisent si on les censure comme l’a bien compris le monstre orange de Washington. Ci-dessous les précipitations du semestre 2025 à Mottec, en gris les extrêmes depuis 1973, la barre noire montre la norme 1991-2020.

414mm pour le semestre 2025, moyenne depuis 1973 de 467mm, ce sont les trois mois d’été qui ont été déficitaire, avec une interdiction de feux.

La station météo de Mottec donne une mesure des précipitations depuis 1973, mon année de naissance. Demandez d’ajouter aux données une ligne de tendance pour hotter tout doute, les précipitations diminuent. Faites de même avec les températures et, n’en déplaise aux blablas des tocsons, elle monte spectaculairement. Je vais beaucoup m’amuser avec ces outils début 2026, après publications des derniers chiffres de l’année.

Graphique des précipitations pour le vallon de Zinal, affichant les données des semestres d'été de 1973 à 2025, avec des barres représentant les mois de mai à octobre et une ligne tendance indiquant la variation totale.
Cliquez sur l’image pour accéder au graphique interactif.

Pour revenir au déroulé de l’été je déplore la météo des Trails du Besso le 30 août, neige à 2800m, ciel long à se dégager. L’automne se passa normalement, agréablement, J’ai profité du pic de chaleur du 19 pour passer une très agréable soirée à Nava 2400m, des températures rares en cette période. Désalpe le 20 septembre avec une production fromagère record, puis bonnes vendanges le 27, de belles quantités et un chasselas à 76° dans le secteur de la Croix près de Corin.

Cet été j’ai observé des faucons crécerelles partout. Facilement reconnaissables par leur fameux vol du « Saint-Esprit » j’en ai vu à toutes les altitudes, même au-dessus des vignes pendant les vendanges. Peut-être une conséquence de l’abondance de rongeurs signalée l’été 2024 ? Je n’ai tiré aucune bonne photo de ces rencontres, comme l’IA entre progressivement dans ma vie numérique j’ai demandé à Gemini d’incruster un crécerelle dans le paysage du petit lac de Bella-Lé à Nava, avec une souris de PC comme proie. J’ai aussi utilisé PhotoShop pour effacer les traces de satellites, des plaies désormais permanentes, sur la photo de la Voie Lactée sur la Corne de Sorebois le 18 septembre. C’est du faux, ou du semi-vrai, mais ça illustre bien l’époque.

Un bel automne pour clore un été sans catastrophe ce qui devient rare. Le terrain est resté chaud jusque fin octobre, deux apports ont blanchi la vallée le 24 et le 28, cela sera développé dans la situation initiale de l’hiver prochain. Pour l’heure l’album publique été 2025 est en ligne, et je remercie MétéoSuisse de publier un deuxième bulletin climatologique mensuel pour l’été 2025, je vous propose au bout de ce lien le résumé IA de ce pavé, il faut vivre avec son époque. Je reste dubitatif et méfiant, mais je compter bien m’amuser avec les nouveaux jouets à notre disposition.

Paradigme de publication

Je modèle et remodèle annitrek.com depuis 2003, d’abord comme vitrine de mes activités professionnelles puis moyen d’expression. Vingt-deux ans plus tard le numérique a envahi nos vies. Mon pote dit que j’ai le cerveau sur une autoroute, j’établis des règles et m’y tiens farouchement, jusqu’à la catastrophe parfois. Où en suis-je avec le numérique ?

A futuristic robot holding a glowing orb in its hand, set against a dramatic mountain landscape at sunrise, with the text 'annitrek.com' overlaying the image.

La première règle veut que je ne publie que sur la vallée et sa région, c’est un trekking numérique en Anniviers comme son nom l’indique. A quelques rares exceptions vous ne trouverez rien d’ailleurs, pas d’orteils ni de spritz devant de lointaines plages, aucun paysage capable de concurrencer la Couronne Impériales et ses jaloux 4000. Ailleurs non

Après plusieurs essais j’ai adopté la suite Google, Androïd pour le mobile, YouTube pour le partage vidéo dont certaines monétisées, ma seule concession à la publicité. Ils sont avant-gardistes, leurs produits vont droit aux buts, la synchronisation est parfaite et le tout bien sécurisé. Comme j’aime pas les pubs je paie pour ces services. Navigateur Chrome, natel Pixel, Chromebook, suite bureautique en ligne sur GoogleDrive, du tout bon. Je déplore juste l’abandon sans pitié ni recours des produit peu rentables, Reader, Google+, et d’autres trucs sur lesquels on a perdu du temps. Google toujours oui

J’ai rapidement adopté Twitter, le petit oiseau bleu trop mignon et ses gazouillis qu’on pouvait implanter sur plein de pages consultables sans connection. J’y diffusais tous les matins d’hiver les mesures du vallon de Zinal. L’oiseau bleu est mort, enseveli sous un X noir que seuls les connectés peuvent consulter. J’ai gardé le compte comme poubelle à idées bizarres, il m’en passe tout plein. X-Or

Il m’a fallu du temps pour adopter Facebook et Instagram, ceux qui s’intéressaient savaient où trouver mes publications et le reste du monde on s’en fout. Le comité a ouvert des comptes pour l’association Ayer pour demain, c’était dans l’air du temps difficile d’y échapper, je m’en suis servi comme un gros voyeur. En 2021 j’ouvrais des pages annitrek sur les deux réseaux, avec toujours l’idée de ne publier que sur la vallée, je m’y suis tenu. Si je partage avec mes connaissances des bouts d’ailleurs et des morceaux de moi en goguette aux quatre vents, j’utilise les actus de WhatsApp très rarement. Je n’ai pas essayé d’autres réseaux; il y a une idée d’archivage dans mes publications, l’éphémère ne m’amuse pas. Pour l’actu locale rien de tel que Facebook, je consulte tous les matins après les journaux. Rester sur les réseaux oui

Mais il y a un gros problème. Les algorithmes à la con cachent les nouvelles des amis pour servir une daube truffée de pubs tirée d’une pseudo analyse de la navigation, ça va loin. Ces boîtes revendent les données pour encore plus de ciblage, on se retrouve à la fois client et produit. Quand on publie quelque chose de sympa qui a du succès dans tout le fond de vallée, c’est au final les pires bousilleurs de planète sans déontologie qui en profitent. A l’avenir, mes publications géniales seront pour annitrek et son blog avec juste un lien sur Meta pour piéger le surfer. Publier sur les réseaux non

Reste le tournant tech du jour, la généralisation de ce qu’on a baptisé IA certainement pour faire honneur à Morpheus. C’est bluffant d’efficacité et de facilité, niveau photo on fait en un prompt ce qui demandait des heures autrefois, je n’ai pas exploré les capacités en vidéo mais on va s’amuser. Les autres fonctions comme le résumé et l’analyse de documents sont aussi géniales, je reclasse mes docs pour les soumettre par sujet à Gemini, puis je cause à mes sources. Comme tous les outils à mesure qu’ils sont apparus je vais utiliser cette fameuse IA, mais pas pour rédiger. Le français permet toutes les subtilités, si je m’exprime c’est pas un machin qui dit. J’écouter volontiers Gemini Claude et autres, ils hallucinent moins que beaucoup d’humains et c’est plus facile à vérifier. Restera toujours le poème de fond, pour faire un prompt il faut de l’imagination. C’est la plus grande capacité humaine avec la Foi dit-on. Mon Dieu il me vient un doute, que ce passera-t-il si l’IA trouve la Foi avant nous, quelle montagne déplacera-t-elle ? Asimov n’est plus là pour spéculer. L’IA oui, non, peut-être

Tout orbite autour du sujet. La localisation c’est réglé, moyens et supports aussi, reste le sujet. Les relevés de neige précis drainaient 80% des lecteurs du blog, peu s’attardaient sur mes analyses et ma tendance à pondre des pavés, ce qui fait mal. Si je documente ma vie de cuniculiculteur avec moult images de lapinous, j’aurais à coup sûr plus de visiteurs qu’en philosophant sur la météo du val d’Anniviers. Les stats sont pour l’amateur une flatterie de l’ego aussi satisfaisant que les revenus YouTube pour Inoxtag. Vaut mieux savoir de quoi on parle quand on s’étale sur le web, je dois rester à mes sujets d’expertise, la météo, la pratique en sécurité des sports de neige, le sauvetage, la culture, l’histoire du pays. Comme d’habitude en gros, mais mieux, et selon ce que tisseront les Moires. Culture, nature, neige, sport oui, lapins non

Jeudi 17 avril 2025

Le jeudi 17 avril restera dans la mémoire des professionnels de la neige et de la sécurité en Valais central. Après une longue période calme et un printemps précoce, MétéoSuisse confirmait le samedi 12 un changement drastique de régime, avec de précipitations intenses après un épisode de foehn. On annonçait un mètre de cumul pour la région du Simplon avec un probable débordement sur le centre du canton; après un hiver aussi facile et calme on y croyait pas, on y croyait plus. La situation se confirma pendant la semaine, le foehn arriva la nuit du 16. Bien et régulièrement soufflé SSE avec une pointe à 104.4 km/h 155° en début d’épisode. La plus belle rafale de l’année et la troisième d’un hiver qui avait très touristiquement concentré ses tempêtes en début de saison, record à 131.4 km/h le 22 décembre. Dès l’affaiblissement du foehn vers midi le 16 les précipitations dépassèrent la crête sud des Alpes, c’est la situation qui apporte les plus gros cumuls journaliers à Zinal bien que sur plusieurs jours les situations d’ouest soient plus prolifiques. Le 7 avril la neige avait disparu de mon champ de mesures en station, les crocus envahissaient les prés, il restait 50 cm à 2500m.

Le vent à la Corne de Sorebois du 14 au 18 avril 2025.

Le 16 en fin de journée il neigeait dru, les images radar et les modèles ne laissaient plus de doute. Je conseillais à ma compagne de rester en plaine si elle ne voulait pas manquer sa journée de travail du lendemain, précaution inutile les écoles n’ouvrirent pas. Une puissante avalanche dans les Gardes à Bordon ébranla mon mayen des Clautis à 2h30, en consultant l’heure je vis qu’il n’y avait plus de réseau et j’allumais ma radio selon nos procédures, il n’y avait rien à faire que dormir jusqu’au lever du jour. A 6h30 toujours pas de réseau, les pompiers m’informèrent de la situation par radio : les routes étaient coupées dans toute la vallée de même que le réseau électrique, les relais natel n’avaient tenu que quelques heures sur batteries. Une chape de 86 cm de neige lourde avait recouvert Zinal en une nuit, nous étions figés par la ouate froide.

Par la fenêtre du mayen au réveil.

Chef des secours dans la vallée et répondant de l’OCVS à Zinal je devais rejoindre le village; 300m en raquettes avec de la neige jusqu’aux coudes, puis déblayer le véhicule. Heureusement un chasse-neige avait dégagé les principales routes de la station car même mon gros pick-up ne circule pas dans 90cm de fraîche. Pour rejoindre l’habituel rendez-vous en cas de crise à l’office ce fut tout une aventure, presque deux heures à patauger et peler.

Arrivé je retrouve les responsables régionaux, l’électricité est le réseau Swisscom sont rétablis par moments. Toute la région est touchée, le canton à décrété la « situation particulière ». Avantage sécuritaire tout est bloqué, difficile de commettre des imprudence quand ouvrir la porte du chalet est déjà une aventure, aucune voiture de tourisme ne circule, c’est un autre monde. Le principale problème vient des arbres en pleine montée de sève qui n’ont pas supporté le poids de la neige lourde, ils sont tombés sur les routes et pylônes électriques. Tous les villages et hameaux sont bloqués jusqu’en plaine, où quelques 25cm bloquent également la circulation. Il neige encore à fond, des sauveteurs répondent dans tous les villages les habitants ne seront pas seuls en cas de problème, mais il vaut mieux éviter les accidents les évacuations sont totalement impossibles. Les routes sont des mikados géants d’arbres rompus par le poids de la neige, les hélicos ne volent pas. Une situation connue à Zinal et Chandolin, du jamais vu plus bas.

Le réseau électrique et les communications furent assez rapidement rétablis malgré des coupures intermittentes, les routes beaucoup plus lentement devant l’ampleur du travail et les risques résiduels. Tout est resté bloqué le 17, brouillard et neige empêchaient les hélicos de voler. Nous imaginions un retour rapide du soleil vendredi 18, des nappes de brouillard repoussèrent à 11h l’arrivée des premiers hélicoptères qui apportèrent du pain et surtout un chauffeur qualifié pour le trax qui allait dégager le village et les parkings. Les employés des remontées mécaniques préparèrent la station pour le dernier week-end, the show must go on. Pompiers, employés communaux et bûcherons permirent l’ouverture de la route le 18 à 19h45. L’efficacité et l’organisation des services de l’Etat ont été fortement remis en question suite à l’épisode. La vidéo ci-dessous donne une idée de l’ambiance de Zinal au matin du 17 avril.

Pour les belles images, visitez le blog de Claude qui a su prendre le temps de jeter son regard d’artiste sur Zinal. Au bilan les homme s’en sont très bien sortis, par chance pas de problème sanitaire majeur pendant le blocage. Un bras cassé, un respirateur en panne de batterie, des points de suture qui s’infectent, mais rien qui ne pouvait attendre l’arrivée des premiers hélicos. Nous tirerons de l’épisode les leçons qui s’imposent.

Niveau avalanches comme souvent quand la neige tombe très rapidement les fortes pentes se sont purgées spontanément en montagne. Sous 2200m il n’y avait plus de neige la masse est restée collée au terrain, les glissement de toits et les branches rompues se sont révélées plus dangereuses que les coulées. La seule à avoir causé des dégâts s’est déclenchée dans le couloir jouxtant mon mayen, un arole a cédé sous le poids de la neige et déclenché une avalanche qui déferla derrière le restaurant de la Tzoucdana, cassant une solide barrière, l’abri des chèvres puis s’invita dans des dépendances du bâtiment. Sur le domaine skiable, la quantité et le très brusque réchauffement ont très vite rendu le hors-pistes désagréable. Les stations ont pu terminer la saison dans la célébration de Dame la Neige. Au niveau du ski de randonnée, je voyais des groupes s’engager dès le samedi 19 vers la haute montagne ce que je n’aurais pas osé. Au bilan de la saison en Suisse, on a compté 11 décès après ces neiges tardives sur les 21 de l’hiver.

C’est la forêt transformée en mikado qui a payé le plus lourd tribu à l’épisode, avec pour corolaire les chemins de randonnée qui la traversent. On estime à 140’000 m3 le bois mis au sol en Valais par ces intempéries, ce qui équivaut au volume exploité annuellement dans le canton. 15’000 hectares ont été touchés, dont certaines forêts protectrices qui auront désormais du mal à assumer leur fonction. On craint également une prolifération du bostryche sur le bois mort, qui pourrait ensuite s’attaquer aux arbres sains. Pour contrer le problème, les projets de coupe habituels sont repoussés et environ 10 millions supplémentaires alloués aux services forestier pour dégager le bois tombé. Consolation, les arbres morts sur pied suite aux sécheresses, en particulier celle de l’été 2023, sont tombés, on ne les voit plus. Beaucoup de chemins de randonnée secondaires n’ont pas été ouverts cet été, pour certains tronçons ce fut la catastrophe de trop.

Notre vallée subit une pression énorme, les catastrophes s’enchaînent, et nous n’avons qu’un remède : le pétrole. C’est un déferlement de camions et de pelles mécaniques pour refaire nos routes et chemins, consolider les berges des rivières, vider les digues. Même l’écologie ne se fait qu’à coup de machines pour faire là un lac, ici un marais, un joli bisse comme autrefois.

Et quand la nature se révolte et détruit nos « compensations écologiques » on recommence avec plus de camions et de pelles. Nous utilisons l’abondance d’énergie pour compenser les dégâts climatiques nés de la surconsommation d’énergie, parce que nous en avons, et ne savons pas quoi faire d’autre sans toucher la sacro-sainte économie.

Cette dernière est localement boostée par les catastrophe, les aides et subventions tombent, les entrepreneurs se régalent. Pour la forêt il a fallu prioritairement dégager le lit des torrents pour que l’eau s’écoule librement, puis dégager le bois tombé pour éviter les maladies et la prolifération du bostryche. Pour aider les bûcherons, des hélicos dont un Bell 205 ont tourné tout l’été, égayant la vallée de leurs incessants murmures. Des milliers de litres de kérosène, plus de 300 par heure pour ce mulet des airs conçu dans les années 1960. Guérir le mal par le mal, le principe de l’homéopathie. Je prône l’abstinence.

Dix jours plus tard il ne restait rien de cette neige sous 2000m, sa plus lente fonte en haute montagne a alimenté les sources pendant un été à nouveau beaucoup trop sec. Ces 110 mm d’eau traduits par 120 cm de neige à 2500m ont sauvé les statistiques d’un hiver déficitaire. Article « Bilan des fortes précipitations dans les Alpes » sur le blog de MétéoSuisse. Et nouveauté parmi les publications MétéoSuisse une « Etat du climat pour le semestre d’hiver », ce qui colle bien avec ma manière de séparer mes publications en deux semestres.

Hiver 2025 – Conclusions

Bien qu’attentif je n’ai pris aucune mesure cet hiver, les données sont tirées des stations automatiques, je fais confiance aux patrouilleurs avec quelques corrections pour l’enneigement à 2500m. Je garde un œil entrainé, une analyse démontrée par les 17 hivers décrits sur ces pages, et toujours dans ma poche un excellent photophone. De quoi continuer à décrire et illustrer les saisons zinaloise. Après deux mois pluvieux et doux, novembre 2024 commença par une dizaine de jours superbes qui permirent la randonnée à pieds secs jusqu’à 3000m.

L’hiver s’annonça doucement le 12 avec une vingtaine de cm à 2500m et des températures permettant de produire de la neige « de culture ». Les choses sérieuses commencèrent le 20 avec une première tempête qui apporta 40cm de fraîche en montagne, et blanchit la vallée pour la saison. On mesura le 22 la plus basse température de la saison, un modeste -19°, et des vents qui ne furent dépassés que par la magnifique tempête de Noël. De petites perturbations améliorèrent régulièrement les conditions de neige, permettant de bien travailler la couche de fond sur les domaines skiables. Puis le 20, pile-poil pour les vacances de fin d’année, une belle tempête surnommée Enol poussée par un flux puissant du nord-ouest enneigea la Suisse jusqu’en plaine, abondamment en montagne. La plus belle rafale de la saison fut mesuré à 131.4 km/h 299° le 22 en début d’après-midi à la Corne de Sorebois; rien d’exagéré les stations doivent fermer, mais subissent peu de dégâts avec ces valeurs. Au total, on mesura 76cm de cumul du 20 au minage par hélico le 24 qui fut le plus impressionnant de l’hiver. Les Gazex ne laissent que l’avalanche de la Lée pour faire le spectacle, mais pour une fois j’ai eu le temps de placer le drone au bon endroit pour ramener une belle image globale du phénomène.

Le ciel se calma ensuite, permettant des vacances de Noël parfaites qui allaient remplir les stations, les pistes et les caisses. Je suis peu monté à Sorebois cette période, on skie peu, on socialise dans les files et sur les téléskis; je passe beaucoup de temps à expliquer aux habitués que je ne travaille plus sur les pistes. J’ai préféré profiter des autres domaines de la vallée, moins saturés. Nous avons eu beaucoup d’interventions avec le secours régional, la période était très active pour le tourisme et le sauvetage valaisan. Le ciel du creux de janvier, de moins en moins creux d’ailleurs, est resté dynamique avec de fréquents petits apports pour un cumul mensuel de 141cm. La meilleure journée de ski de la saison était incontestablement le mercredi 29 janvier, deux jours de précipitations laissèrent 50cm de fraîche en montagne et presque autant en station. Très peu de monde, une ouverture progressive des pistes avec la Combe Durand en fin d’après-midi, de la balle pour ceux qui ont pu profiter de cette journée. Dès le lendemain, le redoux et les nombreuses traces dégradaient l’expérience.

Il y a peu à dire sur le reste de l’hiver, 19cm en février, 24 en mars, rien en avril jusqu’au plus gros enneigement en 24h de l’histoire. Je ne vais pas m’attarder le prochain article est consacré à cet épisode exceptionnel. Notons un soubresaut d’hiver pour la Saint-Valentin le 14 février, les chiffres parlent : -16.9° à la Corne, 13cm de fraîche, 70km/h de vent. En temps normal je n’aurai pas mentionné l’épisode. Rien d’intéressant, mais une montagne douce et facile à vivre, de grosses économies de bombes et de mazout pour les remontées mécaniques, des chiffres de fréquentation au plafond, à la limite du supportable. Nous avons passé un stade. Ce qui se passe dans nos vallées est ironique pou la volonté des anciens, le virage du tourisme hivernal devait limiter l’exode rural et donner du travail à la population. Nos routes sont trop étroites, les pistes engorgées, les moindre bout de nature parcouru en tous sens, la population remplacée, la terre vendue, les traditions disneylandisées. Que faisons-nous, que font-ils, qu’espèrent-ils pour l’avenir, que reste-t-il à défendre ?

Revenons à la météo; si le vallon de Zinal encaissé et peu ensoleillé gardait un air hivernal, le bas de la vallée et le reste du pays ont bénéficié d’un printemps précoce. Comme de tradition le plus doux depuis le début des mesures selon le bulletin climatologique de MétéoSuisse qui se répète, répète, répète. On se promenait à pieds secs à Fang mi-février, à Ayer début mars, mon champ habituel de mesures était libre de neige à Zinal le 7 avril. La floraison précoce des fruitiers laissait craindre une catastrophe en cas de regel, il n’arriva le printemps fut fécond pour toutes les espèces. Le ciel du 30 mars surprit, les cirrus prenaient des formes étranges, jouant avec la lumière d’un soleil dominant.

Le gel ne revint que dans de moindres mesures, à peine de quoi griller quelques tonnes de paraffine dans le verger valaisan. Le printemps et la montée précoce de la sève dans les arbres préparaient une autre catastrophe. Après à un épisode de foehn le 15 avril, le précipitations passèrent la crête sud des Alpes et s’abattirent comme jamais en Valais central. Il tomba jusqu’en plaine une neige lourde sur des arbres gorgés de sève. la chute des arbre bloqua toute la région, Zinal est resté totalement inatteignable 36h, un véritable mikado encombrant les routes. Le printemps revint très vite, le mètre de neige avait disparu dix jours plus tard, gorgeant le terrain d’eau. Une catastrophe dont on risque de reparler longtemps, décrite dans l’article précédent. J’en tire tout de même la photo en exergue de cet hiver 2025 et une moralité : le véritable danger est par nature surprenant. MétéoSuisse à publié un Etat du climat dans les Alpes pour le semestre d’hiver 2024-2025 merci MétéoSuisse, continuez par semestre le printemps et l’automne ne sont que transition.

Sur les 542 cm de cumul de l’hiver 2025, c’est à dire 0,5 cm au dessus de la moyenne 2000-2025, 128 cm sont tombés les 16 et 17 avril. Comme si l’hiver avait voulu rattraper son retard au dernier moment.

Un véhicule entièrement enseveli sous la neige, entouré d'arbres enneigés et dans un environnement hivernal sombre.
Mon véhicule le 17 avril au matin.

La couche 2025

Graph showing cumulative snowfall (Cumul) and snow depth (Couche Sorebois) over time from November 2024 to May 2025, with bars representing monthly totals and a line indicating cumulative totals.
Le cumul par quinzaine et l’évolution de la couche, également mesurée tous les 15 jours.

12.11.2024 = 14cm, 20.11.2024 = 13cm, 21.11.2024 = 05cm, 22.11.2024 = 32cm, 23.11.2024 = 07cm, 26.11.2024 = 07cm, 29.11.2024 = 10cm Total novembre 2024 = 94cm

03.12.2024 = 09cm, 06.12.2024 = 07cm, 08.12.2024 = 12cm, 09.12.2024 = 10cm, 15.12.2024 = 09cm, 20.12.2024 = 18cm, 22.12.2024 = 14cm, 23.12.2024 = 36cm, 24.12.2024 = 08cm Total décembre 2024 = 123cm

05.01.2025 = 5cm, 07.01.2025 = 12cm, 08.01.2025 = 6cm, 09.01.2025 = 11cm, 11.01.2025 = 15cm, 23.01.2025 = 04cm, 24.01.2025 = 08cm, 26.01.2025 = 12cm, 28.01.2025 = 38cm, 29.01.2025 = 12cm Total janvier 2025 = 141cm

12.02.2025 = 06cm, 14.02.2025 = 13cm, 26.02.2025 = 03cm Total février 2025 = 19cm

10.03.2025 = 05cm, 13.03.2025 = 09cm, 16.03.2025 = 08cm, 26.03.2025 = 02cm Total mars 2025 = 24cm

16.04.2025 = 110cm, 17.04.2025 = 18cm, 24.04.2025 = 10cm, 28.04.2025 = 03cm Total avril 2025 = 141cm

Neige tombée à 2500m du 1er novembre 2024 au 30 avril 2025 = 542 cm

Les records 2025

Les records sont mesurés à la station automatique de la Corne de Sorebois à 2900m. La mesure extrême est retenue pour chaque épisode venteux ou vague de froid. Le mercure n’est pas passé sous la barre des -20°, seules trois perturbations méritent le qualificatif de tempête pendant l’hiver 2025, un millésime calme, ou presque.

Illustration de personnages animés exprimant le froid avec des températures extrêmes indiquées en arrière-plan, représentant les records de températures froides mesurés à la station Corne de Sorebois.

Suivent -15.2° le 03.01.2025 à 9h, -12 le 01.03.2025 à 7h30.

Podium des vitesses de vent avec des valeurs respectives de 131,4 km/h, 123,5 km/h et 104 km/h, accompagnées d'illustrations de nuages et de flèches indiquant la direction du vent.

Une égalité sur la troisième marche du podium, une première en 17 hivers observés. Pas de rafale mesurée à plus de 100 km/h pendant les autres épisodes venteux. Un 78.8 km/h 193° le 21.03.2025 à 18h30, 69.8 km/h 298° le 14.02.2025.

Bonne année 2025

2024 fut une année de nouveaux défis, de décisions difficiles, de grandes joies, de routes coupées, d’itinéraires de substitution. Ce ne sont que péripéties tant qu’on a la santé, ce que je souhaite à tous. Si je devais formuler trois vœux pour 2025 je demanderais plus de raison, moins d’agitation, un ou deux millions.

J’ai passé toutes mes congés de fin d’année à travailler sur les pistes de ski, dès mes 15 ans pour aider pendant le rush, et comme saisonnier depuis l’âge de 18 ans. J’ai profité cette année des premières vraies vacances de Noël de ma vie d’adulte, dans des conditions parfaites niveau enneigement comme météo. Les Féeries à Grimentz, les soirées familiales sans stress, les sports d’hiver avec ma chérie; j’ai beaucoup apprécié. Même si c’est clairement à l’encontre de ma vocation je le sais, je le sens, c’est indéniable. Je suis allé cueillir le dernier rayon de soleil de l’année sur le sommet de l’Ilhorn à Chandolin, le paysage le plus ouvert d’Anniviers, une merveille dans les conditions exceptionnellement confortables de la montagne en cette période.

A chaque nouvelle neige les vues du blog bondissent, je m’excuse auprès de ceux qui viennent encore y chercher des renseignements sur les conditions d’enneigement. Mon avenir se dessine lentement, celui de ce blog traîne un bout derrière il a perdu quelques places dans l’ordre des priorités. Bonne année 2025 et bonne santé à ceux qui me font l’honneur de visiter ces pages, profitez de la vie sans saccager l’équilibre de la Terre, afin que la possibilité du bonheur persiste pour tous !

Mesures automatiquement fausses

J’ai eu dernièrement une conversation surprenante avec un professionnel local qui m’incite, après seize ans de publications sur la neige, à rappeler certaines bases. Nous disposons pour appréhender l’enneigement en Anniviers de deux stations automatiques à Tracuit et Orzival, et une station de mesure manuelle en station à Grimentz. Comme le rappelle MétéoSuisse, seules les mesures manuelles sont exactes. Suivez le lien pour les explications

Une station de sports d’hiver qui veut donner des informations d’enneigement précises et exactes ne peut se passer d’une zone de mesures de la neige. C’est valable pour la gestion du danger d’avalanches, un art qui comporte comme j’aime le dire 1/3 de science, 1/3 d’expérience, 1/3 de feeling et 1/3 de chance. Une mathématique très personnelle certes, le seul facteur qu’on puisse influencer par l’effort pour diminuer la part du dangereux quatrième tiers, c’est la science. En plus de donner des informations locales exactes qui permettent l’évaluation du danger et l’observation facile de l’évolution du manteau, la zone de mesures contribue à la formation des patrouilleurs en obligeant un regard quotidien sur la matière première.

La zone de mesures à Sorebois 2500m en décembre 2017, aux prémices d’une saison record.

Les stations automatiques ont leurs caprices; celle d’Orzival 2640m situées dans une dépression au milieu d’un plateau accumule la neige par tous les vents, les mesures sont hautes. Tracuit à une altitude similaire est mieux placée, les mesures de hauteur correspondent à celles manuelles de Sorebois, mais certains épisodes plein ouest et surtout le foehn balaient la place, faussant durablement les chiffres. Sur un algorithme qui prend deux fois Tracuit et trois fois Orzival, la somme divisée par cinq approche beaucoup de la mesure manuelle de Sorebois. Comparez ci-dessous les graphiques de Tracuit et d’Orzival pour la même période du 17 au 24 novembre 2024, Orzival est bien plus touristique il faut l’admettre. Tracuit est plus tristement réaliste. Ce week-end d’ouverture montra clairement qu’on ne skie pas sur 60cm, mais bien sur 30cm…

Mesures automatiques à Tracuit (valeurs basses) et Orzival (valeurs hautes) du 17 au 24.11.2024

Reine et seule mesure manuelle officielle de la région, celle gérée par Paulon Massy à Grimentz 1500m depuis 1973, avec des données précises et anciennes, hélas en vallée où la neige se fait rares avec des mesures peu utiles pour le ski et les avalanches. Nous avons une série de mesures à Bendolla 2150m depuis les années 1980, sur un carré protégé entretenu par les patrouilleurs de la station. A Sorebois 2500m c’est plus compliqué, j’ai trouvé des rapports journaliers dans des archives que je n’ai jamais entrepris de défricher. Puis un patrouilleur passionné, Jean-Marc de belle mémoire, laissa une série précise dans les années 1990. Je profitais de mon temps sur une installation pour noter l’enneigement dans les années 2000, mais ne revendique l’exactitude que depuis 2010.

Le problème des stations automatiques est simple, elles ne mesurent avec précision que la hauteur totale sur un point précis avec un télémètre laser. La mesure donnée pour 24 heures ne prend pas en compte le tassement du manteau en place, la neige fraîche est largement sous-estimée. Or c’est la neige fraîche qu’on skie et qui provoque le danger d’avalanches ( là je simplifie énormément ). Le tassement est permanent, beaucoup plus marqué sur un substrat frais, pensez qu’avec 633cm de neige tombée l’hiver 2024, la couche n’a jamais excédé 140cm. Seul un froid régulier ralentit le tassement d’une couche fraîche, qui s’écroulera au premiers flocons rajoutés. Nous avons vécu un épisode intéressant le 21 novembre, un front froid actif du nord-ouest succédait à un épisode chaud, il est tombé plus de 30cm quasi uniformément jusqu’en plaine. Au matin du 22 je notais à Zinal 1700m comme Paulon à Grimentz, 30cm de fraîche. Orzival pour une fois n’exagérait pas l’accumulation compensant le tassement, également 30cm. Par contre Tracuit abrité du vent n’indiquait qu’onze misérables centimètres. Evidemment le marketing des stations préfère les chiffres surévalués; une évaluation pifométrique avant d’annoncer les valeurs et moins chronophage que l’entretien et la lecture quotidienne d’une zone de mesures. Dans notre équation avec sa part d’aléatoire, si on bafoue les seules données exactes, on se repose sur une chance souvent généreuse, parfois cruelle, toujours menteuse. CQFD

Le 22 janvier 2018, 240cm de couche à Sorebois 2500m.

Hiver 2025 – Situation initiale

Les habitudes sont difficiles à perdre, j’ai effectué ma visite au Tonet face à Sorebois le 31 octobre pour l’habituelle photo du domaine skiable en début de saison. Pas de neige cette année, un anticyclone nous offre enfin une série de belles journées après un été changeant et humide. Le terrain est chaud, imbibé d’eau comme l’attestent le niveau des marécages et le débit des sources. Septembre et octobres furent exceptionnellement pluvieux.

En cherchant les situations initiales dans les archives du blog, on remonte jusqu’en octobre 2008, soit seize photos de Sorebois du même point de vue à la même époque. On venait d’inventer les smartphones, la photo numérique de qualité arrivait à portée de tous, en geek j’entretenais un blog depuis les débuts du concept. L’observation de la neige est partie intégrale du métier de patrouilleur, plus qu’un métier chez moi une passion. Je décidais donc d’alimenter de mes observations le blog où j’affichais auparavant des articles aide-mémoires pour mes activités touristiques. Seize hivers décrits plus tard, je repense aux collectes de données journalières, aux traitements d’images, aux heures d’analyse et de rédaction. Un boulot immense dont je suis fier.

J’ai démissionné fin janvier 2024 de mon poste aux remontées mécaniques; j’admettrais volontiers l’anarchie comme principe politique, je serais alors parmi les forts. J’ai poursuivi les mesures et descriptions jusqu’en fin de saison, mais ne les publie qu’en novembre pour taquiner ceux qui se les appropriaient. Je consacrerai cet hiver à revisiter mes articles que l’évolution d’internet n’a pas toujours respecté niveau mise en page et traitement des médias. Puis je tirerai un historique et un bilan de l’enneigement du vallon de Zinal ces dernières décennies. Peut-être de temps à autres un petit résumé de la situation en cours si elle s’avère intéressante et que j’en suis témoin, mais plus de mesures journalières ni de résumés mensuels.

Merci aux nombreux visiteurs de ce blog, les statistiques m’ont toujours encouragé dans les coups de lassitude. Merci pour vos remarques, vos réflexions lors des rencontres sur le domaine skiable, vos témoignages ou messages pour signaler des erreurs. Je pensais décrire 25 hivers, mon cœur se maintient à la certitude d’avoir tout fait pour éviter cette situation, sauf admettre l’absurde quand il devient dangereux. Il semble facile de tourner la tête pour regarder ailleurs, j’en ferai de même.

Eté 2024 – L’été des rongeurs

L’article Janvier 2024 s’étonnait des nombreuses souris rencontrées sur les pistes, ça arrive parfois près des bâtiments, je me souviens même d’en avoir vu tomber d’un parapente au décollage, mais si souvent au milieu des pistes? J’en avais déduit qu’elle profitaient d’un terrain pas gelé et protégé d’une épaisse couche de neige. Cet été, c’est la prolifération des écureuils qui a d’abord étonné, les souris sont devenues envahissantes dès septembre. J’ai l’habitude de piéger celles qui s’installent autour du mayen en automne, j’avoue cinq souricides par jour les trois premières semaines d’octobre, du jamais vu. Corrélation certaine, mes caméras n’ont plus capté d’hermine ni de fouine, et les rapaces furent rares en vallée cet été, je les imaginais chasser plus haut profitant de la douceur. Toute cette humidité a également favorisé les champignons de toutes sortes, nous avons cueilli des morilles début mars, les chanterelles sont restées abondantes jusqu’en octobre, comme les pieds-bleus, éperviers et autres cadeaux des bois. Seuls les bolets qu’on appelle cèpes furent relativement discrets.

Mon été d’observation commence le 1er mai, il restait énormément de neige en montagne. Certaines pentes se déclenchent tous les ans en neige de printemps, comme la spectaculaire avalanche de la Lée dont je possède plusieurs films. J’étais au village cette année quand les immenses pentes entre l’alpage de la Lée et le sommet des Gardes se purgèrent, le 8 mai à 12h45.

Mai est resté maussade avec plus de 80mm de pluies pour une norme à 50mm, mesurés à la station MétéoSuisse de Mottec, ma référence en vallée. Il restait 1 mètre de neige à 2500m, 2 mètres au-dessus de 2900m, cette couche épaisse persista jusqu’aux chaleurs de la deuxième moitié de juin. L’inalpe fut reportée au 22, encore une journée pluvieuse avec de la grêle sur Nava à 15h. La débacle de la Navizence la veille vola la vedette aux vaches, elle s’avéra autant ravageuse que celle de 2018. Deux crues centennales en six ans, on en a de la chance avec le temps, pour citer le slogan actuel d’Anniviers Tourisme.

Ce n’était pas la première catastrophe à toucher Anniviers cette année, les festivités commencèrent en mars avec un éboulement qui coupa la route principale de la vallée pour plusieurs semaines. Le 30 mars, c’est l’accès par Vercorin qui subit un éboulement; nous avons brièvement été coupés du monde selon l’expression. Le pire événement pour le vallon de Zinal et les berges de la Navizence fut celui du 21 juin. Outre les dégâts sur les berges, le pont de Singlinaz est resté impraticable tout l’été, le passage entre St-Jean et Mission n’a été rétabli que début novembre, la route Vissoie-Mayoux est restée fermée jusqu’au 12 juillet. Dame Nature remit ça le samedi 29 juin, Chippis et des quartiers de Sierre se réveillèrent les pieds dans l’eau au matin du 30. Le 12 août, pendant la période la plus chaude de l’été, un orage centralisé sur Sorebois provoqua de nombreux éboulements et laves torrentielles dans le vallon de Zinal, village martyr du changement climatique. Les terrains saturés d’eau par la fonte des neiges hivernales posées sur un substrat déjà saturé des précipitations de novembre 2023, provoquèrent des dégâts jamais vus, avec la perte de nombreux terrains agricoles. La station de Mottec enregistre les précipitations depuis 1973, j’ai résumé les données des derniers étés dans le graphique interactif ci-dessous. Retrouvez au bout de ce lien la feuille des données Précipitations vallon de Zinal étés 2013-2024.

Mais les évènements de l’été prennent racine en octobre 2023 déjà. Voire à l’invention du moteur à vapeur… Encore une fois, les stations MétéoSuisse de Mottec et celle du SLF à la Corne de Sorebois sont les références locales. Je me fie aussi à ma Netatmo privée au mayen des Clautis. Les graphiques ci-dessous ne sont que des images, cliquez pour arriver à la station MétéoSuisse et consulter les données publiques.

Précipitations vallon de Zinal été 2024
Ensoleillement vallon de Zinal été 2024

Suite au printemps poussif, la végétation s’est rattrapée dès les chaleurs de juin, les paysans sont contents de la fenaison 2024. La mauvaise publicité des problèmes de la route et l’été tardif n’ont pas favorisé la saison touristique, la neige en haute montagne et les dégâts énormes aux chemins pédestres non plus, même si nous étions heureux de marcher sur les névés d’antan. Les glaciologues médiatisés se réjouissaient de la protection que cette grosse couche offrirait aux glaciers; très mélangée aux sables du Sahara, la neige sale n’a pas résisté longtemps au soleil estival. Au bilan, la perte de masse des glaciers est quasi identique aux années précédentes. La météo s’est montrée dynamique et surprenante, avec un beau crachin de neige en vallée le 14 septembre déjà. Le record de chaleur fut mesuré le jour de Sierre-Zinal, soit le 10 août à 16h avec 15.9° à la Corne et 26.3 à Mottec. Le 13 septembre détient le record de froid des six mois avec -10.3° à la Corne et 0.1 à Mottec, octobre n’a pas fait mieux. Pour le vent, retenons la rafale à 92.9 km/h sud-est 159° le 29 juin, du foehn la veille des inondations de Chippis. Les vendanges furent tardives, le 3 octobre pour les parchets familiaux de fendant; qualité excellente loin des quantités espérées, malgré les nombreux soins exigés par l’humidité de la saison. L’album public été 2024 est ajouté sur la page des archives photos. Ci-dessous un exercice de style que je ne peux faire qu’avec les outils du blog; j’ai visité deux mélèze issus d’une même souche qui semblent se fuir, à St-Luc les 26 mai puis le 6 novembre. J’aime toutes les saisons en Anniviers, je retournerai voir ces compères sous leur blanc manteau.

Les frères ennemis sur le chemin de la Barma à St-Luc

Un peu de philosophie devant les misères du temps. La fameuse troisième correction du Rhône occupe politiciens, ingénieurs et médias depuis plus de vingt ans. Approuvé par la confédération, le canton et le Peuple, le projet final réjouissait l’ancien rafteur que je suis, avec des méandres, de la place pour la nature, les promeneurs en quête de fraîcheur, et évidemment l’eau des crues. Et voilà qu’au printemps, un conseiller d’Etat annonçaient aux médias une révision du projet soi-disant surdimensionné, armés de l’avis d’un ami expert pour sauver les terres d’amis agriculteurs. Guerre en Palestine, pollution, dérèglement climatique et correction du Rhône sont la litanie des Valaisans de mon âge. On en rigole tant que ça ferraille ailleurs et que son bel et paisible appartement en Suisse n’est pas inondé ou sa route coupée.

Seule la démocratie permet un semblant de justice dans les relations humaines, celle dite « directe » de notre pays est la plus élaborée. Elle coûte, experts et politiciens grassement rétribués argumentent puis la majorité décide. Les états à l’ONU devraient fonctionner selon un même principe contraignant, pour que le système fonctionne les résultats font loi. Hélas, certains partis considèrent une défaite dans les urnes comme un obstacle à contourner par tous les moyens. On se croit alors plus malins mais c’est notre constitution qu’on piétine, la base du vivre ensemble. La troisième correction du Rhône, les moult exceptions à la loi Weber, les tentatives de relance du nucléaire sont des insultes à notre démocratie. Et au compromis social déjà malmené par les inégalités d’un capitalisme qui achève doucement sa révolution, un tour complet qui nous ramène au temps des seigneurs héréditaires et des masses serviles. Qu’importent les arguments du jour, on a voté point.

2024 marque la fin des rêves de paix d’une génération qui a vu tomber le mur de Berlin et les toits se garnir de panneaux solaires. Au revoir la paix, salut la peur. Sil y a des vainqueurs quand les hommes se battent entre eux, les morts des deux camps n’en font jamais partie. Contre la nature il y aura, au mieux, des survivants. Je rédige ce résumé le 20 novembre, un bout de falaise s’est effondré hier sur la route cantonale à hauteur du tunnel des Pontis. Notre vallée, notre Valais, sont en première ligne face aux changements climatiques, qui transforment nos monts sous le soleil de menaces récurrentes à permanentes. Acceptons de reculer, nos pelles mécaniques ne gagneront que quelques batailles.

Hiver 2024 – Conclusions

Nous aurions signé pour pareil hiver en octobre, beaucoup de neige avant la mi-décembre suivi d’un entretien régulier du manteau sans apport excessif nécessitant beaucoup de travail. Le rêve au-dessus de 2200m, la même régularité en station où les toits sont restés décorés d’une trentaine de cm l’essentiel de la saison. J’ai regroupé les feuilles de calcul de tous mois de cet hiver regroupées en un fichier, pour tout résumer en un unique graphique. Ce n’est ci-dessous qu’une image illisible, mais en cliquant dessus vous arrivez sur la version interactive qui permet de retrouver toutes les données sans se perdre dans la barbarie des forêts de nombres. Je prendrai le temps de proposer un fichier similaires pour toutes les saisons observées. J’ai élaboré la méthode et le graphique, ce doit être très personnel j’y vois tout l’hiver météorologique et nivologique d’un coup d’oeil. La montée rapide, puis la belle régularité des lignes bleues qui figurent la couche de neige à Sorebois 2500m et Zinal 1700m, saute à tous les yeux. Le mètre dépassé à 2500m garantit du bon ski à Sorebois, pour le village il faudrait 50cm en moyenne, pas 30cm mais on peut être contents, les stations plus basses ou ensoleillées ont moins profité de cette sensation d’hiver.

Cliquez sur l’image pour accéder au graphique interactif.

Donc un hiver précoce, la photo initiale est blanche comme rarement, la photosphère du 8 novembre montre un domaine skiable déjà bien enneigé et un vallon de Zinal blanc. Les températures permirent un enneigement artificiel optimal; de nos jours les stations produisent une base artificielle quelle que soit l’enneigement naturel. Une bonne sécurité devant les soubresauts du climat, 80cm de neige artificielle garantissent des pistes jusqu’à fin avril. La période fut rude pour les travailleurs des monts, l’afflux dominant du nord-ouest idéal chez nous emmena froid, neige et vents. Hélas comme souvent, ce sont des front chauds contrastant avec les masses froides qui provoquent le plus de précipitations, les pluies ont par trois fois rincé complètement le manteau jusqu’à 2600m, partiellement jusqu’à 2900m. Après le 15 décembre , douceur sous ciel mitigé mais agréable pour les vacances de fin d’année, comme si les instances touristiques avaient décidé de la météo. On en a de la chance !

Quelques particularités des premiers mois illustrées ci-dessous : un manteau détrempé, des instruments de mesures souvent givrés avec des lectures bizarres, une bonne couche dès la mi-décembre, une croix fédérale dans le fond de vallée, et un superbe pilier de glace dans la grotte du glacier qui a fait le buzz sur les réseaux.

Dès décembre nous observions l’évolution d’impressionnantes gueules de baleines côté Moiry, phénomène habituel quand le terrain ne gèle pas. Sur le domaine skiable de Zinal, les rares pentes qui présentent ce risque avaient cédé aux premiers minage avant que l’humidité rende le manteau cohérent et glissant. A Grimentz et surtout dans les stations en rive droite du Rhône, les collègues ont dû gérer et c’est pas facile. La chance bien plus que la prudence ou le sachoir (je connais la montagne moi Monsieur) a protégé notre aimable clientèle hors des pistes cette année encore.

La désinvolture, le droit qu’à chacun de disposer de sa propre vie, l’espace de liberté que constitue la montagne sont professés jusqu’à l’accident. Passé l’effroi on cherche une responsabilité; quelqu’un a-t-il disposé de la vie d’un autre, par action ou par omission ? Des phénomènes météo brusques, de grandes variations rapides, exigent de grosses facultés d’adaptation pour les professionnels de la neige. Il y a en cerise notre aimable clientèle insouciante, en vacances, parfois querelleuse, qui transforme parfois les patrouilleurs en CRS et je promets que ce n’est pas le métier qu’ils ont choisi. Face à l’aléatoire nous travaillons selon des règles, des procédures, une organisation claire chapeautée par une autorité attentive. Ce qu’on appelle les règles de l’art, derrière lesquelles s’abriter quand un avocat défend son client, exercice capable d’éroder les vérités la plus évidentes.

Dès février je n’ai plus arpenté Sorebois professionnellement, j’ai profité du ski et des services de la station. Ma description de l’hiver s’en ressent, les mesures sont exactes jusqu’à la fin mais niveau sensations j’étais clairement moins sur le terrain. Je n’essaierai même pas de continuer sans travailler sur place au quotidien, c’est le dernier hiver décrit dans ce blog.

J’ai effectué le minage de printemps le plus précoce de ma carrière le 26 janvier, nous avons ensuite vécu le février le plus chaud depuis le début des mesures; des vacances de Pâques à Carnaval. « Le plus doux », refrain d’une chanson crescendo que beaucoup feignent d’ignorer, par peur ou lassitude, ça devient effectivement casse-pieds. Puis dès les premiers jours de mars le vent du sud, du foehn, de nombreuses incursions de sables du Sahara, un ciel jamais propre mais agréable avec assez de précipitations pour maintenir une grosse quantité de neige au-dessus de 2500m. Elle devait descendre tôt ou tard, le plus gros se fit la première quinzaine d’avril ou de nouveaux records de mercure ont été inscrits dans tout le pays jusqu’au 15, l’hiver est alors revenu après la fermeture des stations, refixant la neige en montagne.

Le 31 mars 2024, les drapeaux de Zinal n’en peuvent plus du foehn.

633cm de cumul dont 300cm avant les vacances de Noël, la meilleure des bases pour une saison touristique réussie. Il fallait généralement skier haut, à plus de 2500m c’est resté bon toute la saison. Un guide me disait que les bonnes conditions après un apport duraient une 1/2 journée, les températures comme les traces des skieurs en augmentation constante réduisant chaque année la lucarne; je confirme, il faut être libre et réactif pour tracer de la bonne poudre. Il reste en fin de saison beaucoup d’une neige extrêmement tassée et dense en montagne, début mai s’annonce maussade. La nature en vallée conserve deux bonnes semaines d’avance. Si la situation devient toujours plus bizarre niveau météo et neige, les stations de la région ont à nouveau battu des records, la clientèle avait tout lieu d’être satisfaite. L’album public Hiver 2024 a pâti de mon absence quotidienne sur les pistes, une description de l’hiver 2023-2024 sur le blog MétéoSuisse parle de douceur, leur hiver météorologique s’achève en mars, le mien fin avril. Les article des l’hiver 2023/24 sur l’AvaBlog du SLF, en français s’il vous plait, valent les excellentes publication de MétéoSuisse, dont le rapport climatologique hiver 2023/2024. Nos institutions font du bon travail, sur le terrain et sur le web, la plupart des données sont à disposition du public.

Pour la photo traditionnellement mise en exergue cette saison j’hésitais entre un étrange corbillard qui parcourait les Plats le la Lée le 11 mars et l’authentique château de la Reine des Neiges fabriqué pour ma nièce. Et la nivologie me demanderez-vous ? Je la laisse aux plus poètes que moi; dans le doute je poste les deux images.

Les records 2024

L’hiver le plus doux depuis le début des mesures comme l’atteste le blog MétéoSuisse. Le terrain recouvert précocement n’a pas gelé, si nous avons souffert du froid c’est par manque de soleil, la nébulosité a également battu des records. Chaque fois qu’il fait un peu frais de confortables citadins demande où il est, le réchauffement planétaire ? Comme souvent il faut une vue d’ensemble, des chiffres, de la continuité; ce que voit MétéoSuisse à l’échelle nationale depuis des décennies se constate dans les ombres du vallon de Zinal en quelques années. Les températures s’emballent.

Suivent -16.6 le 22.04.2024 à 03h30 puis -15.1 le 19.01.2024 à 10h00. La mesure la plus basse de chaque épisode météorologique est retenue, comme de coutume les mesures sont prise à la station de la Corne de Sorebois 2900m.


Le vent s’en est par contre donné à cœur joie avec de nombreuses incursions foehniques décrites dans de précédents articles. Fin mars et début avril, il a fréquemment soufflé sud-est avec constance et vigueur. La rafale du samedi 30 mars n’est pas négligeable avec plus de 130 km/h, les deux marches suivantes du podium sont occupées par les vents porteurs des intenses précipitations du début de saison.

Suivent 111.6 km/h SE 154° le 01.04.2024, 110.5 km/h NO 307° le 22.12.2023 à 8h30 et 103 km/h N 4° le 25.11.2023 à 05h30

La couche 2024

Plus je compile les mesures de cet hiver plus je me rends compte comme il fut particulier, danger, nébulosité et enneigement, tout est évidemment lié. Le jonglage de données de fin de saison m’ouvre aux évidences qui serviront les conclusions. L’abondance des précipitations en début de saison plaça un mètre à 2500m dès la mi-décembre, pour finir à un mètre tout rond le 30 mars. Au maximum, j’ai noté 140cm les 20 janvier, 23 février et 28 mars, pas une valeur en dessus. En station nous avons fluctué entre 30cm et 50cm du 1er décembre au 1er avril, avec un pic à 58cm le 11 mars. Jamais beaucoup de neige, mais une belle régularité pour entretenir une couchette très touristique sur les toits, les sentiers raquettes, les pistes de ski de fond ou de luge.

Enormément de précipitations en début de saison, avec des épisodes pluvieux abondants jusqu’à 2800m ont tassé le manteau qui s’est compacté sous le poids. Au dessus, le vent s’est chargé d’agglomérer cette belle quantité de neige. Le pack est resté remarquablement stable, les deux profils réalisés fin février montrent une neige très dense, posée sur le terrain, homogène. Un rêve de skieur, chaque petit ajout offrait quelques heures de poudre. Et un cumul de 633cm au final, qui eut certainement touché le 7 mètres sans les pluies, assez, beaucoup !

02.11.2023 = 02cm, 03.11.2023 = 11cm, 04.11.2023 = 02cm, 05.11.2023 = 14cm, 06.11.2023 = 14cm, 11.11.2023 = 08cm, 12.11.2023 = 5cm, 13.11.2023 = 11cm, 15.11.2023 = 11cm, 17.11.2023 = 07cm, 18.11.2023 = 04cm, 21.11.2023 = 02cm, 25.11.2023 = 10cm, 26.11.2023 = 02cm, 27.11.2023 = 22cm, 29.11.2023 = 06cm, 30.11.2023 = 10cm : Total novembre 2023 = 139 cm

01.12.2023 = 14cm, 02.12.2023 = 25cm, 03.12.2023 = 05cm, 08.12.2023 = 03cm, 09.12.2023 = 09cm, 10.12.2023 = 24cm, 11.12.2023 = 21cm, 12.12.2023 = 24cm, 13.12.2023 = 18cm, 14.12.2023 = 15cm, 15.12.2023 = 02cm, 23.12.2023 = 06cm (peu de neige, beaucoup de vent) : Total décembre 2023 = 166 cm

01.01.2024 = 11cm, 03.01.2024 = 07cm, 04.01.2024 = 16cm, 06.01.2024 = 07cm, 07.01.2024 = 02cm, 08.01.2024 = 03cm, 15.01.2024 = 12cm, 16.01.2024 = 02cm, 17.01.2024 = 09cm, 18.01.2024 = 19cm, 19.01.2024 = 15cm, 20.01.2024 = 06cm, 23.01.2024 = 08cm, 27.01.2024 = 02cm : Total janvier 2024 = 119 cm

08.02.2024 = 06cm, 11.02.2024 = 04cm, 19.02.2024 = 02cm, 20.02.20145 = 02cm, 23.02.2024 = 27cm, 27.02.2024 = 03cm : Total février 2024 = 44 cm

01.03.2024 = 02cm, 02.03.2024 = 09cm, 04.03.2024 = 02cm, 06.03.2024 = 22cm, 07.03.2024 = 02cm, 11.03.2024 = 11cm, 16.03.2024 = 05cm, 18.03.2024 = 10cm, 19.03.2024 = 05cm, 22.03.2024 = 05cm, 24.03.2024 = 04cm, 25.03.2024 = 02cm, 27.03.2024 = 04cm, 28.03.2024 = 14cm : Total mars 2024 = 97 cm

01.04.2024 = 06cm, 10.04.2024 = 12cm, 17.04.2024 = 10cm, 18.04.2024 = 06cm, 19.04.2024 = 04cm, 20.04.2024 = 08cm, 21.04.2024 = 02cm, 22.04.2024 = 19cm, 25.04.2024 = 02cm : Total avril 2024 = 68 cm

Neige tombée à 2500m du 1er novembre 2023 au 30 avril 2024 = 633 cm

La nébulosité 2024

Une des grandes particularité de cette hiver, certainement corrélée avec le degré de danger au-dessus de la moyenne, le plus haut taux de nébulosité depuis l’hiver 2013 au moins. Estimé en % du ciel occupé par des nuages à 8h à Sorebois, je me sers des webcams en cas de congé ou de l’estimation des collègues; à 10% près nous arrivons au même chiffre, en cas de doute les cams permettent de consulter l’historique à la Vouarda désormais appelé Espace Weisshorn ou à Sorebois.

Le début de saison très nébuleux apporta la neige, nous avons ensuite oscillé entre journées mornes et mitigées jusqu’à la deuxième quinzaine de mars franchement mauvaise mais très venteuse. Avril ne compta aucun matin parfait, mais seulement huit jours complètement bouchés. Souvent l’estimation était difficile, l’atmosphère saturé de sables du désert semblait opaque le matin pour se révéler agréable un fois le soleil levé. Je pense que nous avons vécu un record d’apport en sables du Sahara mais je peine à trouver les chiffres. MétéoSuisse consacre une page à la question, publie les dernières mesures, mais je n’ai pas trouvé un bon comparatif. Je mettrai cet article à jour si je tombe sur l’ensemble des données, voici les articles sur le sujet du blog MétéoSuisse des 30 mars , du 5 avril , et du 27 avril qui parlent tous du phénomène particulièrement fréquent cet hiver.

Les graphiques sont interactifs, retrouvez la feuille de calcul Nébulosité hiver 2024 et Nébulosité hivers 2013-2024 au bout des liens.

Le danger 2024

Nous étions déjà en degré 2 le 1er novembre, pour atteindre une première fois le niveau 4 les 13 et 14, la saison commença avec une météo dynamique et beaucoup de précipitations. Les deux autres jours en degré 4 furent le 11 et 12 décembre, puis tout resta bien calme jusqu’au dégel qui survint vite avec un premier minage de printemps le 24 janvier. Les températures fluctuèrent ensuite, il fallut attendre avril pour que l’imposante couche, plus de 2,4m à 3000m, pourrisse jusqu’au sol, avant de regeler en profondeur fin avril. Au final nous comptons un jour et quatre 1/2 journées en degré 1, 105 jours et trois 1/2 journées en degré 2, 65 jours et sept 1/2 journées en degré 3, et 4 en degré 4. Comme décidé l’an passé, j’ai fait fi des annotations + ou – ajoutées par le SLF au degré en cours. C’est utile il faut l’admettre, sans pour autant changer la manière de travailler ni stimuler la prudence des clients.

Le degré de stress du patrouilleur introduit en 2015 consiste à additionner les dangers journaliers, ce qui nous donne avec 437,5 le plus haut taux depuis l’introduction de cette statistique, nous dépassons pour la première fois la barre des 400. Notons que 2024 est bissextile, avec un jour de plus dans la saison. Notre décompte a commencé début novembre avec 12 jours en degré 3 et deux en 4, décembre est resté dans la veine, la continuité a fait le reste. Pour affiner cette statistique au niveau du personnel, il ne faudrait prendre en compte que les jours d’ouverture de la station, mais si les patrouilleurs n’ont guère stressé après le 14 avril, les premiers skieurs sont arrivés le 4 novembre. J’ai démissionné fin janvier, le début de saison méritait son classement parmi les plus difficiles. Le graphique ci-dessous est interactif.

Avril 2024

Un mois en deux phases extrêmes, avec des températures positives records jusqu’au 15 et un retour radical de valeurs hivernales en deuxième quinzaine. Le graphique des températures de la station MétéoSuisse de la Corne résume mieux que le décompte des précipitations les transformations subies par les quelques 136cm établis à 2500m et les 30cm à 1700m au 1er avril.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Deux jours après le record saisonnier de vent à 132.1 km/h, avril nous gratifia de la 4ème rafale de l’hiver après 2h30 d’existence; 111.6 km/h 154° mesurés à la Corne. Un ciel mitigé avec quelques précipitations résiduelles empêchait un bon regel du manteau, on annonçait un retour de températures plus que printanières, de quoi craindre une grosse déstabilisation. La station est restée bien fréquentée jusqu’à la fermeture du domaine le 14, les conditions limitaient heureusement l’envie de sortir des pistes damées.

Le 2 fut bien ensoleillé après dissipation des nuages matinaux, les températures entamèrent une ascension qui culmina le 6 avec 8.9° à la Corne à 16h, ma station pourtant abritée selon les normes est montée à 21.2° à Zinal 1700m.

Nous avons observé les premières coulées printanières le 6, mais le gros du spectacle commença le 8 pour se stabiliser suite à un goutte froide le 10, pour un deuxième acte grandiose à partir du 12. Le deuxième épisode de réchauffement concerna les hautes pentes, celles en dessous de 2500m étaient bien purgées. L’avalanche du 12 est typique des grands champs de neige d’altitude, bien pentus, qui se purgent complètement chaque printemps atteignant la vallée. J’ai évidemment filmé quand j’étais au mayen, les images ne valent que pour la science et je ne les publie qu’ici. A l’exception d’un morceau de l’avalanche du 12 partagée en réel sur Insta qui a atteint le 26k vues, sans compter YouTube avec un Short à… 380 vues.

Quelques données du yoyo des températures : 8.9° le 6 à 16h, -11.8° le 10 à 7h, 9° le 14 à 18h, -16.6 le 22 à 3h30, toujours mesurées à la Corne 2900m. Après la chute du mercure des 15 et 16, l’air est resté frais pour la période malgré un belle remontée le 28. Quelques précipitations concentrées du 17 au 22, soit après la fermeture du domaine skiable, ont posé un cumul mensuel de 68cm à 2500m, alors que le village voyait la dernière tâche blanche disparaître le 8 déjà, à l’exception des accumulations dans les couloirs et quelques talus ombragés. Les dernières neige d’avril clôturent également ma saison de mesures à 633cm, un excellent score. Le glaçage de la deuxième moitié du mois a bien conservé la couche qui est passé sous le mètre le 30, dernier jour de l’hiver, les avalanches n’ont plus posé de problème, la saison de ski de randonnée s’annonçait excellent.

Nous avons eu du beaucoup trop chaud avec bon nombre de records comme l’atteste le bulletin climatologique Avril 2024 de MétéoSuisse jusqu’au 15, puis des températures sous la norme la deuxième quinzaine. La plupart des pentes dangereuses sous 3000m se sont purgées d’un couche épaisse et compacte pendant les épisodes de chaleur historiques des 5-8 et 11-14 avril, les résidus et les pentes moyennes se sont stabilisées par un regel profond. La balance penche côté chaleur avec un demi-degré de plus que la norme 1991-2020 au niveau national, le saut des extrêmes impressionne. Le graphique ci-dessous est tiré de la feuille de calcul Vallon de Zinal avril 2024, la dernière d’une série de 90. Le point final d’un recueil de données énorme qui m’a occupé tous les matins de novembre à mai pendant 15 ans. Il en restera l’histoire d’une période faste pour le ski à Zinal.

Lien vers la feuille de calcul Avril 2024

J’aimerais encore partager une image du soleil qui se couche sur l’arête des Gardes le 14 avril. Bientôt au paroxysme de son cycle, il est constellé de tâches et produit des aurores boréales jusque sous nos latitudes à un point que dont je n’ai pas souvenir. Une chose est sûre, les activités humaines n’ont aucune influence sur le dispensateur de toute énergie et de toute vie sur notre insignifiante planète.

Le soleil, 14 avril 2024

Mars 2024

Des températures et une nébulosité au-dessus des normes, assez de précipitations pour maintenir la couche dès 2200m, des courbes plates dans la continuité de janvier et février. La vedette de ce mois de mars est le foehn, avec trois épisodes aux scénarios assez habituels bien que poussifs et une « triplette » plus intéressante en fin de période. J’aime ce vent doux depuis mon enfance sierroise, il soufflait souvent en automne, dépouillant les arbres de leurs feuilles mourantes. Je jouais au rapace en étendant les bras dans les rafales, ou inventais le rollersurf tracté par des parapluies dans la cour d’école. Il faisait craquer la charpente de notre maison, ou chanter les fils électriques naguère aériens. Habituel dans la plaine du Rhône, il s’engouffre rarement dans la zone habitée du val d’Anniviers. J’ai brièvement expliqué son mécanisme dans l’article précédent; parfois autant soudain que violent, il peut surprendre montagnards, parapentistes et organisateurs de manifestations.

Mur et trou de foehn depuis Zinal le 3 mars 2024 à 11h.

Poussif ? 97.6 km/h le 3 mars, 97.9 km/h le 10 et 87.1 km/h le 27, suivis chaque fois d’une vingtaine de cm de neige fraîche. Un bon épisode foehnique, c’est 120 km/h et 40cm après le vent. Je désespérais de voir une valeur bousculer les records saisonniers déjà pas très excitants, -18 de froid et 115 de vent, c’est… poussif, à l’image de cette hiver depuis fin janvier. Notons un épisode à 98.6 km/h NO donc non-foehnique le 23, et examinons le venteux week-end Pascal, quand les cloches purent rentrer de Rome vent dans le dos. Trois épisodes à plus de 100 km/h bien distincts se sont succédés, le plus fort plaça le record saisonnier à 132.1 km/h 146° le 30 à 12h30, le dernier à 111.6 km/h anima le lundi de Pâques 1er avril. Le tout sans précipitation mesurable en mars, pour quand même gâcher le week-end prolongé un peu de neige eut été bienvenu. Les transports à câbles et le vent, ça fait deux.

Niveau neige et avalanches, la couche s’est maintenue mais a rapidement fondu sur les faces exposées. A Zinal 1700m, le faible ensoleillement a quelque peu sauvegardé le manteau sans faire de miracle, il restait 20cm le 30, retour en station, pistes de ski de fond et patinoire n’ont pas survécu à l’équinoxe. Chaque apport de neige suivant les épisodes venteux nécessita son minage pour sécuriser les routes et les pistes directement sous les arêtes, l’essentiel du manteau restait stable. Je fus surpris le 18 mars par la rupture spontanée d’un grosse plaque de fond sur une exposition SE à 2500m dans les Gardes, de la neige mouillée s’abattit dans les plats et je me demandais si le pack n’avait pas fini par transformer. Le minage hélico du lendemain n’offrit que quelques résultats sous les arêtes. Nous n’oublierons pas en avril de nous méfier des pentes restées stables tout l’hiver.

Une belle période touristique, le relatif manque de soleil fut compensé par les températures agréables. Même les adeptes de poudre ont trouvé leur bonheur, mais à coup de 20cm biens soufflés et uniquement pour les premiers servis, le soleil de mars transforme vite la neige. Une fois de plus la situation est meilleure chez nous que dans les stations plus basses ou mieux exposées au soleil. Les sportifs ne s’y trompent pas, la région cartonne pour le meilleur et pour le pire. Si certains tirent sans état d’âme leur épingle du jeu, la plupart des espèces indigènes se font écraser par le tourisme de masse. Chamois, tétras, gentianes, Epiney, Zufferey et autres Savioz voient leur pays changer de maîtres. La croissance a ses héros, Manu von Wilkelried n’en fait pas partie.

Les tempêtes frappent la montagne et ses crêtes, les vents s’engouffrent rarement dans la vallée. Je ne parle pas du terrible janvier 2018 où on mesura plus de 150 km/h à la Corne et 80 km/h en vallée, l’épisode est plus qu’exceptionnel. Aucune valeur n’a atteint les 60 km/h à Zinal même lors de l’impressionnant week-end de Pâques, mais c’est déjà beaucoup pour un pays habituellement protégé des grands vents. Si on ne constate pas de dégâts remarquables, les vieilles toitures ont souffert, les paysans passeront beaucoup de temps à nettoyer les prés des branches tombées des mélèzes. Le foehn et la douceur qui l’accompagne s’insinue dans le manteau neigeux et accélère la fonte, les fribourgeois l’appellent le « mange-neige ». Un des premiers à décrire la vallée en 1855 écrivait : »Si donc en Anniviers les granges frêles et chétives ne sont pas culbutées, c’est par la raison toute simple qu’il n’y a pas de vent violent. » A voir ce qu’on en dira en 2030.

Je ne travaille plus sur les pistes, cette seizième saison d’observation sera certainement la dernière. Décrire l’enneigement sans ressentir au quotidien la situation ne vaut pas le travail que demande ce blog, la précision et la régularité des mesures s’en ressentent. Je fais de mon mieux vu la situation. En comparant ce mois de mars aux neuf précédents je constate qu’il fut trop chaud, mal ensoleillé, avec un enneigement dans la moyenne. Le graphique suivant est interactif.

Avec 12 jours en degré 2 et 19 en degré 3, le danger d’avalanches n’a pas ou peu posé de problèmes en mars. Heureusement vu le comportement de notre aimable clientèle, j’ai même observé une cordée qui s’entrainait sur un cône d’avalanche à la Lée, alors que des coulées descendaient régulièrement, et de nombreuses équipes se rendre au glacier ou en cabanes alors que tout dégringolait. Ils ne sont pas courageux, je ne suis pas peureux, ils sont inconscients, moi trop. J’ai tiré « La valse des mélèzes » sur YouTube des vents de Pâques, le rapport climatologique de MétéoSuisse mars 2024 annonce un mois très doux, no comment. Je partage une « matinale de la RTS » qui ne donnera pas plus à réfléchir que les autres je suppose, mais il semble qu’un Rubicon climatique soit franchi, on ne fera pas les surpris. L’album public hiver 2024 souffre aussi de mon absence du terrain, mais les mesures résumées sur le tableau ci-dessous sont fiables grâce aux anciens collègues qui me transmettent leurs observations. Merci à eux, bonne fin de saison à tous !

Lien vers la feuille de calcul mars 2024

Vents du 2 au 10 mars 2024

Le week-end des 2 et 3 mars 2024 on annonçait un épisode foehnique potentiellement intéressant. Il resta très moyen, sans apport de neige. Le week-end suivant, les 9 et 10, une situation ressemblante amena des vents similaires, 98 km/h pour les deux plus belles rafales à la Corne de Sorebois 2900m.

La vidéo m’a permis de tester une nouvelle fonctionnalité du logiciel de montage; plus besoin de se filmer devant un fond vert ou uni pour ensuite s’incruster dans l’image. La fameuse « IA » a effacé mon entourage, on voit des bugs mais le résultat me suffit. Et j’ai utilisé les médias récoltés pendant la période, totalement inutiles au fond d’un disque dur, content !

Février 2024

Le revirement de ma vie met en péril la continuité des mesures à Sorebois transcrites sur ce blog. Je finirai toutefois cette saison dignement en profitant du temps à disposition pour publier régulièrement. Je pensais mettre à jour toutes les petites affaires que je trainais derrière moi; c’est une notion terrible le temps, certains veulent le tuer, d’autres le retenir. Il est relatif, avec le plaisir de vivre comme référentiel. Donc maître de mon agenda, je profitais des journées ensoleillées pour vivre mon premier hiver ailleurs, pas trop loin quand même. Le dimanche 4, fuyant le tourisme de masse et profitant dune journée magnifique et douce, je visitais les Moyes où 40cm garnissaient le plat à 1930m. Les dernières précipitations dataient du 20 janvier, depuis la couche à 2500m s’est tassée de 140 à 120cm et celle en station de 48 à 32cm. Ces valeurs n’allaient que peu évoluer, le manteau s’est intégralement mouillé à Zinal, il a disparu des faces ensoleillées jusqu’à 2400m, mais les valeurs au plat n’ont que peu baissé. Ainsi de retour aux Moyes le 20 il restait 37cm, le soleil demeure rasant en février. Le mois s’est déroulé en deux phases, un printemps précoce jusqu’au 21 suivi d’une providentielle perturbation le 22 qui redonna un air hivernal au paysage et ramena temporairement des températures de saison.

Le mayen des Moyes 1930 m le 4 février à midi.
Températures à la Corne de Sorebois 2900m en février 2024.

Il n’y a aucun suspens, MétéoSuisse annonce dans son blog dès le 28 le février le plus chaud depuis le début des mesures; conjugué aux températures au-dessus des moyennes de décembre et janvier, nous pouvons fêter l’hiver le plus chaud. J’ai mesuré, ou plutôt les stations automatiques, 4.1° à la Corne le 16 à 11h. Au village ma station indiquait 10.8° le 15 à 14h30, plus haute valeur du mois avec un rappel à 9.5° le 29 toujours à 14h30. La rapide mais bienvenue perturbation des 22-23 laissa 19cm en station et 27cm à 2500m, il plut jusqu’à 1600m lors de l’épisode. Le ciel se découvrit lentement samedi 22 pour offrir le lendemain un dimanche radieux et poudreux. Comme la station était très fréquentée je profitais de la neige au village, l’hiver est tellement beau quand il se fait désirer. Images à Zinal le 23 février :

La neige s’est bien conservée jusqu’en fin de mois, les paysages sont restés hivernaux et le tourisme n’a aucunement souffert des records annoncés par MétéoSuisse. Neige en suffisance grâce aux précipitations abondantes du début d’hiver, une clientèle insouciante et dépensière pour profiter de la nouvelle douceur de vivre en montagne. Toujours très peu d’accidents d’avalanches dans les Alpes malgré la sur-fréquentation. C’est une année bissextile avec un mercredi 29 février, cette journée s’annonçait radieuse avant un changement marqué, je la consacrais au ski et à la neige en creusant deux profils publiés dans les articles précédents. Et de prendre trois photos d’ensemble qui résument mieux la situation que bien des mots dont une photo 360° prise en amont du Chiesso à midi à consulter sur Google Photos. Les images ci-dessous sont prises le 29 février 2024 vers 10h30.

Sorebois le 29 février
La vallée le 29 février

Je trouvais le graphique de janvier raplapla, que dire de celui de février ? Un mois trop chaud, assez ensoleillé mais peu de journées radieuses, heureusement pour la neige. La cumul minable de 46cm a maintenu la couche qui a peu varié, la moyenne est de 123cm mais nous finissons avec un 130 bien tassé. Retrouvez la feuille des données de février 2024 au bout du lien, je ne m’amuserai pas à comparer avec les années précédentes, février fut chaud, beaucoup trop chaud, une triste litanie. Les reptations continuent d’animer l’hiver, le coup de blanc du 23 a caché ces pièges qui touchent assez peu le domaine skiable de Zinal, je suis attentivement l’évolution des gueules de baleines côté Moiry. La couche a curieusement évolué sous 2600m, le manteau n’est pas froid et se mouillera vite aux premières journées printanières. Dès 2900m on trouve régulièrement deux mètres de neige également bien tassée, l’ensemble du manteau paraît très stable, la faiblesse est au contact de la couche du 23 février. C’est là que se déclencheront les coulées que provoqueront les précipitations annoncées les premiers jours de mars, la grosse masse bien collée attendra le printemps. Espérons une quarantaine de cm sans trop de vent, pour que la montagne reste accueillante jusqu’aux journées trop chaudes. Attention à la neige amenée par les vents du sud après l’épisode annoncé pour le 3 mars, les accumulations sont inhabituelles, la stratégie de minage change.

Lien vers la feuille de calcul

Profil NE le 29 février 2024

Pour ce profil je suis monté seul dans le domaine Freeride, j’ai choisi un endroit représentatif et sans danger, c’est vite fait de se prendre le talus. Une petite pente sous des rochers qui la protègent des coulées et du passage des freeriders, mais qui se déclenche fréquemment par propagation des pentes adjacentes plus raides, mais pas encore cet hiver. J’ai trouvé 180cm de neige tassée et compacte surmontée des 30cm tombés le 23 février. La surface avait été lissée par les vents, pas de givre comme on en rencontrait dans des zones adjacentes abritées, mais des particules détruites par les vents.

Le pack est stable et compact, j’ai renoncé au bloc glissant long à exécuter dans une couche aussi profonde, et d’évidence inutile rien n’aurait bougé même en sautant tout mon saoûl. Un ECT confirma la faiblesse à 180cm, sur la même surface qu’au profil au plat réalisé un peu plus tôt à Sorebois. J’ai oublié de l’inscrire en entrant les données, c’est là que se situe la principale, si ce n’est la seule faiblesse d’un manteau resté très stable toute la saison.

Même en creusant deux mètres à cette altitude je n’ai pas trouvé de beaux cristaux, le givre de profondeur semblait cassé, parfois soudé à de grandes faces planes. Quelques couches plus dures témoignent d’épisodes pluvieux ou extrêmement doux. La photo des grains ci-dessous provient de la couche au sol. Il n’a pas été tout simple de distinguer les strates en faces planes assez similaires, les différences de densité confirment les séparations.

Profil au plat 29 février 2024

Une belle journée comme il en arrive tous les quatre ans, un 29 février ensoleillé pour clore un mois à la météo terriblement calme. Comme début mars s’annonce plus guerrier, j’ai effectué deux profils pour visualiser la situation dont ce premier sur ma zone de mesures à Sorebois. Nous avons ici l’évolution des 469cm de neige tombée depuis le 1er novembre de cet hiver déjà annoncé comme le plus chaud depuis le début des mesures. Il y a eu plus d’un mois entre la trentaine de cm tombés le 23 février et les précipitations précédentes. La neige a vieilli, chauffé, regelé, il a été difficile parfois même pénible de classer les grains, ils ont d’évidence subi des transformations inhabituelles. Anguleux légèrement arrondis? Fonte en re-métamorphose?

Un manteau compacte, j’imaginais une métamorphose plus forte au centre du pack. Les températures de l’air et les journées semi-couvertes ont modéré le gradient. Les températures internes sont d’ailleurs les plus hautes de tous les profils réalisés sur ce champ de mesure. La terre est chaude, mon thermomètre parfaitement étalonné à la température de la neige fondante au sol. L’ECT a révélé une grosse faiblesse sous la dernière neige, une surface au givre brisé mécaniquement par le vent et le poids de la nouvelle couche. La seule strate dangereuse d’un manteau majoritairement compact et bien collé.

Quo vadis, Sorebois ?

Je suis l’objet de bien des conversations me dit-on, mais n’entends pas grand chose dans mon mayen au fond des bois. Comme ce blog est fortement impacté par le virage que prend mon existence, je pense devoir quelques explications, et quelques vérités. J’ai effectué ma première saison d’hiver complète pour les Remontées Mécaniques de Zinal en 1990-1991. Après quatre saisons j’ai tenté un apprentissage auprès d’un électricien, ce n’était pas pour moi. Je suis retourné en station pour officier comme moniteur auprès de l’ESS trois hivers durant. Apeuré par le départ du Club Méditerranée, j’ai repris un poste aux installations auprès des RMZ dès la saison 97-98. Je compte donc bien 30 saisons complètes auprès des Remontées Mécaniques. Après 12 hivers aux installations, j’ai obtenu mon premier brevet de patrouilleur en 2005, et un poste hivernal à plein temps au service des pistes l’hiver 2007-2008. Je prends depuis 2009 chaque matin les mesures météo du vallon de Zinal et les partage dans ce blog. Les sociétés de Grimentz et Zinal ont fusionné en 2014, on m’a alors nommé chef de la sécurité du secteur Zinal et envoyé en 2015 effectuer le cours C et le brevet fédéral de spécialiste. Le 4 décembre, avec l’autorisation de la direction, j’ai reçu deux journalistes pour un reportage sur les métiers de la montagne dans la revue du Club Alpin « Les Alpes ». Je m’excuse de leur avoir dit comment j’aimerais travailler, et non comme on travaille. L’article en .pdf au bout de ce lien.

Pour ceux qui ne croient pas au destin, le journal est sorti le jour même où j’informais la direction de mon incapacité à continuer de collaborer sans une mise à plat de mes responsabilités et l’élaboration d’un cahier des charges. Je n’en dormais plus la nuit, travaillais avec une barre sur les paupières au détriment de ma sécurité, de celles de mes collègues et des clients. Le 29 janvier, n’ayant pas même reçu un coup de téléphone, je démissionnais avec effet immédiat. Depuis je dors bien merci. Mes proches s’inquiètent pour les aspects légaux liés à la rupture unilatérale d’un contrat que je n’ai pas signé, ayant conditionné dès octobre mon paraphe à l’élaboration du fameux cahier; les sociétés anonymes ne pratiquent pas le suicide juridique. Un problème est survenu en 2016 et a perduré, demandes répétées, répétées, ironie, supplique, rupture. Je me suis toujours considéré comme un mercenaire attaché au pays, pas à l’entreprise.

Tout le travail de compilation des données et de rédaction de ce blog est réalisé durant mes loisirs. J’utilisais quelques heures de travail pour entretenir le champ de neige, noter chaque matin les chiffres météo, et effectuer trois à quatre profils par hiver. Mais ce sont bien ces données et mes analyses qui servaient à la gestion de la neige et du danger d’avalanche dans le vallon. J’ai perdu l’accès quotidien à la montagne et à la neige, le blog en souffrira inévitablement même si j’ai bien l’intention de poursuivre jusqu’en fin d’hiver. Je ne participerai plus aux minages, ne sentirai plus au quotidien la matière sous mes lattes, n’immortaliserai plus les instants météo particulier pour les classer en albums. C’est la régularité et l’ancienneté des mesures qui font leur valeur, tout est désormais compromis. Sans rapport, j’ai cessé début février mes publications matinales sur X. Twitter permettait un consultation publique, ma petite météo apparaissait sur six pages web, il faut désormais posséder un compte et être connecté, Elon ne répond pas plus que Bobol.

En mercenaire je choisis mes combats, je garde les deux pieds dans la sécurité comme chef opérationnel du secours régional. J’ai ajouté la course Sierre-Zinal à mes engagements et maintiendrai mon implication dans les manifestations sportives locales. Dans le même état d’esprit je reste à disposition des RM s’il leur prenait l’envie de moderniser leur structure. Il faut frapper selon le poète sans colère et sans haine, comme un boucher. J’ai rarement été aussi triste que le 29 janvier au soir, en prenant cette photo d’un horizon quotidien qui sera désormais rare. Mais il faut, plus que tout, être conséquent pour dormir l’âme en paix.

Janvier 2024

2024 commença par une superbe journée faiblement voilée, juste ce qu’il faut pour décorer, avec des températures de saison. Chaque fois que possible, je descends la piste de l’Aigle en fin de journée. En cette période, seul le majestueux Weisshorn reste éclairé dans le creux de Tracuit vers 17h. Pour bien commencer l’année, je vous propose cette image en grand format, et quelques secondes de silence.

Le Weisshorn depuis les hauts de Singlinaz le 1er janvier 2024 à 16h45.

Des vacances de fin d’année agréables et très fréquentées, l’économie locale se porte bien merci pour elle. Les 3 et 4, une vingtaine de cm emportés par des vents du nord-ouest soutenus, une rafale mesurée à 97.2 km/h NO 300° le 4 à 5h, forcèrent le minage des arêtes du haut du domaine. Au centre, la nouvelle neige effaça les vieilles traces et redonna une brève impression de poudreuse. Le danger passa quelques jours de 2 limité à 3 marqué, la météo annonçant quelques flocons nous restions sur nos gardes, pour finalement juste un peu de vent, rien de sérieux. Après une nouvelle période de beau temps le SLF baissa le danger à 1 faible, j’ai cru remarquer que l’institution aimait baisser sa jauge d’un cran avant un rebond. Ainsi le lendemain 15 janvier, pour 12cm à la planchette, le degré fut relevé à 3 marqué pendant une bonne semaine, le temps de laisser passer un nouvel épisode perturbé mais pas trop. Tout de même 73cm répartis sur cinq jours, sous un régime d’ouest soutenu, qui n’a toutefois jamais dépassé les 80 km/h. Nous avons effectué le minage principal le 18, répété le 19 sous les arêtes. Au soir de ce jour, l’hélico finalisait l’épisode avec quelques légers résultats résumés sur les séquences ci-dessous. Encore une fois des images de petite qualité sauvegardées ici pour la science.

Les dix derniers jours du mois, les températures se sont réchauffées à un point totalement inattendu en cette période à l’ensoleillement rare. Le 24 après une nuit couverte le manteau n’avait pas serré, les températures en journée ont atteint 4.9° à la Corne de Sorebois et 7° à Zinal dans l’après-midi. En-dessus de 2200m l’épaisseur de plus d’un mètre préserva la neige, plus bas l’effet conjugué de la température de l’air et du sol détrempa l’ensemble du manteau, on se serait cru en mars. Nous avons miné le couloir des Auberges, un épisode publié sur YouTube pour son côté préventif et pour la belle image de l’explosion.

Le clichés du mois sont peut-être à l’image de mon humeur, j’ai trouvé le ciel généralement terne, avec quelques rares journées parfaites. Les curiosités climatiques sont alarmantes à la longue, même celles qui prêtent à sourire comme ces souris courant sur les pistes. Le sol très chaud provoque de nombreux glissements avec de grosses ouvertures, les fameuses gueules de baleines. Zinal peu exposé au sud est épargné, mais de magnifiques fissures ornent le vallon de Moiry, les faces sud de Bendolla et les pentes de la rive droite de la vallée du Rhône. Rappelons que ces masses peuvent lâcher à tout moment et qu’il faut éviter de passer en aval.

Plus techniquement, il a fait trop chaud comme désormais de coutume, le bulletin climatologique de MétéoSuisse parle de 1.6° au-dessus de la norme pour l’ensemble du pays. Le manteau neigeux est resté très stable, quasi bétonné par la couche médiane rincée par les pluies jusqu’à 3000m puis regelée en profondeur. Quelques corniches ont provoqué des avalanches profondes en face nord, ailleurs seules les couches fraîches ont bougé suite aux précipitations. On déplore peu de victimes d’avalanches ce début de saison alors que la montagne est très fréquentée. Sous 2400m on trouve un mélange de vieille neige poudreuse, de neige cartonnée par les vents, et de zones croûtées par le soleil ou les anciennes pluies. En dessus la neige se métamorphose doucement, mais sûrement. On enfonçait de 10cm à peine près de mon carré de neige le 20, mais en fin de mois le pied traversait presque toute la couche. Si la neige revient en masse, le substrat sera fragile et varié, les pièges nombreux.

J’aime m’amuser à compiler les données pour en tirer quelques sentences « historiques », j’ai pris ici les feuilles des dix derniers mois de janvier pour comparer les couches moyennes à Zinal et Sorebois, ainsi que les températures moyennes à 8h à Zinal et à la Corne. Le cumul moyen de neige est de 130cm pour 119cm cette année, la couche moyenne à Zinal de 34cm contre 37cm ce janvier, celle de Sorebois de 121cm en 2024 pour une moyenne de 86cm. Les températures moyennes au matin furent de -8.5 pour -6.6 cette année à la Corne, et de -2.8 à Zinal pour une moyenne de -4.5. Retrouvez les données de ces tableaux sur la feuille de calcul certainement plus claire que mes phrases superflues.

Pour résumer enneigement dans la moyenne, janvier 2018 a fait bondir ces chiffres mais reste plus qu’exceptionnel, des températures beaucoup trop hautes surtout en fin de mois. Couche de neige très stable mais en lente métamorphose, avec beaucoup de situations différentes en surface. Il n’y a quasi plus eu de précipitations depuis le 20, le tassement reste faible malgré les hautes températures. Remarquez sur le graphique du mois la platitude des lignes qui résument la feuille de calcul janvier 2024, à l’image de ce mois un peu raplapla.

Décembre 2023

Dans la continuité de novembre, le ciel de la première quinzaine de décembre nous a apporté des perturbations actives riches en précipitations avec de belles variations de températures. Le week-end des 2 et 3 fut parfait pour le ski au-dessus de 2200m, avec une cinquantaine de cm de fraîche gardée poudreuse par une nette baisse des températures à la fin d’un épisode neigeux. Je donnais un 10/10 aux conditions le dimanche 3, comme je profite du ski toute la saison, je suis difficile.

Anniviers le 3 décembre 2023 à 8h, neige jusqu’en plaine, ciel dégagé, conditions de ski parfaites.

S’en suivit une période plus mitigée mais dominée par le soleil et des températures de saison, Zinal organisait des courses sous un ciel capricieux, nous avons eu du mitigé très esthétique, puis un magnifique ciel bleu pour la Saint-Nicolas. Commencer la saison dans ces conditions d’enneigement est un régal, nous préparons les pistes, mettons en place balisage et matériel de protection sereinement pour garantir les vacances de Noël, ça laisse aussi le temps de former correctement le nouveau personnel avant le rush.

L’épisode suivant laissera de nombreuses traces en Anniviers, un courant d’ouest à nord-ouest anormalement doux et riche en précipitations s’est mis en place le 9 pour une bonne semaine. La sonde de la Corne enregistra ce soir-là une rafale à 115 km/h NO à 22h30, toujours au sommet du podium des vents à l’heure où je rédige cet article. Les précipitations parfois abondantes sous forme de pluie jusqu’à 2300m ont lessivé les villages, épargnant heureusement l’essentiel du domaine skiable. En vallée, les pluies et la neige fondante détrempèrent le terrain provoquant de nombreux dégâts sur les routes et dans les forêts. Partout dans le canton les états majors de crise se rongeaient les doigts. Nombreuses fermetures de routes, éboulements, avalanches mouillées jusqu’en vallée mais au final rien de trop grave. J’ai tout de même mesuré 116cm de cumul à 2400m en 7 jours, la couche s’est stabilisée à 130cm à 2400m alors que les successions de pluies et de neige ont maintenu le 35cm qu’on trouvait avant l’évènement à Zinal. Le 12 au matin, je purgeais la combe de Tsirouc avec une seule bombe. Dans la plupart des pentes seule la neige fraîche s’est déclenchée, le pack en place depuis novembre au-dessus de 2500m, délavé, gelé et bien tassé, est resté en place. J’ai peu d’images de la période, la lumière n’était pas bonne et le boulot prenant. Le 15 au matin, sous un ciel d’azur appelé à durer, nous préparions le domaine pour le deuxième week-end noté 10/10 de la saison. Un régal au-dessus de 2400m, du carton dessous, un dernier saupoudrage dans un air redevenu plus frais le 14 blanchit toute la vallée.

Le 15 décembre 2023 à 13h depuis la cabine de liaison, les pluies ont laissé de profondes rigoles de ruissellement jusqu’à 2400m

Retour des perturbations le 20. Une tempêtes inutiles échappa à mon interprétation météo le 22, une rafale à 111 km/h NO au matin et ses sœurs nous firent perdre du matériel juste avant les vacances, quasi sans apport de neige mesurable. Le brassage de la couche poudreuse en surface péjora la qualité du ski, mais le grand minage du 23 démontra une bonne stabilité de l’ensemble confirmée par un rabaissement au degré 2 par le SLF le 24 au matin. Comme souvent depuis l’installation des Gazex, l’avalanche de la Lée fit seule le spectacle. Les images sont médiocres, je les diffuses ci-dessous pour la science.

Le 25 décembre était un lundi, le gros des touristes est arrivé le 26 pour des vacances enneigées, ensoleillées aux températures douces. La station a cartonné sans fausse note, toutes les pistes et infrastructures étaient au top sauf le retour à Zinal, décidemment difficile à préparer avec les températures de notre époque. Notons par honnêteté des pistes trop dures entre 2000 et 2400m. Le rapport climatologique de MétéoSuisse décrit un mois avec beaucoup de précipitations, aux températures au-dessus de la norme, l’épisode particulier entre le 9 et le 15 est décrit dans une série d’articles de leur l’excellent blog. Le tableau ci-dessous résume les données de ma feuille de calcul décembre 2023. Les 166cm de décembre ajoutés aux 139 de novembre portent déjà le cumul au-delà des trois mètres, cette saison bien entamée s’annonce pour le moins amusante.

Je n’ai pas eu le loisir de réaliser de véritable profil, mais pour décrire la situation en partant du sol on doit comprendre qu’il est exceptionnellement chaud et humide. Les sources et torrents ne sont pas gelés et sont biens marqués dans le terrain, les endroits sujets aux reptations et glissements sont garnis de gueules de baleines dont beaucoup sont arrivées en rupture. Heureusement Zinal est bien épargné par ce phénomène. Sur ce sol humide on trouve une couche bizarre assez faible, surmontée jusqu’à 3000m par une grosse strate héritée de novembre, très tassée et dure, mouillée puis regelée. Cette couche compacte stabilise l’ensemble du manteau dès 2400m, elle supporte bien les nouveaux apports poudreux agréables à skier. Plus bas, peu de neige bien figée par les nuits découvertes de la fin du mois. Peu de risques d’avalanches en moyenne montagne pour le moment.

Lien vers la feuille de calcul décembre 2023

Novembre 2023

Début de saison en fanfare, novembre s’est montré particulièrement dynamique. 134,6mm de précipitions liquides à Mottec, 139cm de neige tombée à 2500m, jusqu’à -17.2° de froid le 25 et deux rafales à plus de 100km/h dont la plus belle à 113km/h NO 302° le 17. Le SLF publiait déjà un bulletin national le 1er, les 13 et 14 furent placés en degré 4 fort, je compte 13 jours en degré 3 et 15 en degré 2. Du lourd pour commencer l’hiver, avec une couche moyenne de 32cm à 2500m alors que le blanc tapis s’installa solidement en station le 25 après plusieurs tentatives. Le plus marquant, même si le phénomène devient habituel, concerne les fortes variations de températures au gré des fronts, ce que résume le graphique ci-dessous établi par la station de la Corne de Sorebois.

La première série de perturbations laissa la vallée blanche dès 1200m le 6, avec des températures propices à la production de neige de culture dès 2000m. J’ai réalisé une photosphère au-dessus de Sorebois le 8 à midi. Le très complexe système d’enneigement a ensuite fonctionné sans heurts majeurs, les premières équipes s’entraînaient sur la piste de la Corne le samedi 11. La soirée restera mémorable, des lumières vertes dansaient en fond de vallée et je me demandais si les Zermattois fêtaient l’annulation de leur course de coupe du monde avec un gigantesque show laser. J’ai échoué à immortaliser correctement le phénomène, c’étaient bien des aurores boréales qui dansaient sur le Roc de la Vache, moi qui rêvait d’un voyage pour les observer j’en voyais dans mon paysage préféré. Il faut noter que le soleil est très actifs, avec de nombreuses taches qui témoignent de grosses éruptions, les médias regorgent de photos d’aurores plus si boréales que ça. C’est le premier témoignage du phénomène dans la région à ma connaissance, n’hésitez pas à me contredire si je fais erreur.

Une perturbation carabinée toucha le pays le 12, les précipitations atteignirent un paroxysme le 14 dans un air malheureusement tiède. Il plut dans un premier temps jusqu’à 2600m, de nombreuses coulées de neige mouillée parcoururent les pentes abruptes avec une ligne de déclenchement claire à 2600m. En fin d’épisode, les pluie lessivèrent toute neige en station et atteignirent 3200m en montagne. En trois jours, la couche s’est tassée de 42 à 30cm à 2500m, notre strate de base est depuis très mouillée et posée sur un sol chaud, qui ne gèlera pas de la saison. L’abondance de précipitations a également boosté les sources, torrents et marécages qui saperont notre blanc manteau tout l’hiver. L’image radar du 14 novembre à 19h30 montre combien nous aurions profité de températures plus basses, il est tombé 60mm de pluie du 12 au 14…

Le 13 à midi, une éclaircie montre clairement la limite des pluies et du déclenchement des coulées sur les Gardes à Bordon.

Un nouveau redoux très marqué poussa le mercure jusqu’à 4.6° à 2900m le 23 à 15h30, ça fait quelques années que je me dis qu’un registre des records de chaleur serait plus spectaculaire que celui du froid. C’est deux jours plus tard que je notais un -17.2° à la Corne, contraste impressionnant qui constitua une coûte ferme sur la neige humide. Nous avons ouvert au public les 18 et 19 puis tous les week-ends, les trois derniers jours frais et neigeux poussèrent la couche à 57cm pour un total de 139cm de cumul qui aurait pu atteindre les deux mètres si la pluie n’avait pas faussé le jeu. Retrouvez dans la graphique ci-dessous le résumé du mois, et la feuille des données au bout du lien.

Lien vers la feuille des données novembre 2023

Pour résumer, un hiver bien engagé avec une soixantaine de cm à Sorebois et une trentaine à Zinal. Le terrain n’est pas gelé voire chaud, avec 30cm de neige humide surmontés d’une croûte, sur laquelle repose une poudreuse très agréable à skier. Le tout est bien collé à la montagne, cette base ne bougera qu’après transformation constructive ce qui prendra un peu de temps. Sur les zones pentues d’est à l’ouest en passant par le sud, des reptations embêteront toute la saison. Sur le sujet, une personne m’a demandé si les gueules de baleines, ces ouvertures dans le manteau neigeux en reptation, éliminaient le danger en aval. Pire qu’un mythe, c’est un dangereux mensonge, je photographie souvent des gueules de baleines qui finissent par lâcher. Le bulletin climatologique de MétéoSuisse pour novembre 2023 décrit un mois très arrosé, on trouve aussi un bilan de l’épisode du 12 au 15 sur le blog de l’institution. Sur le terrain, nous sommes très contents de ce début de saison qui facilite la préparation initiale des pistes et promet un hiver glissant.

Hiver 2024 – Situation initiale

Ensoleillé et très chaud jusqu’au 20, octobre s’est rattrapé en fin de mois avec de la neige à 2600m le 22 suivi d’une huitaine arrosée. Le terrain très chaud n’a pas suffit à fondre ces premières neiges au-dessus de 2800m, la limite fluctuait plus bas. Une perturbation carabinée était attendue le 2 novembre, je profitais d’un éclaircie le 1er avant la messe pour prendre les traditionnelles images du domaine en début d’hiver. Clairsemée jusqu’à 2600m, une couche de 10 à 20cm s’impose dans toutes les expositions en amont, la montagne est lisse, les canons à neige posent de premières taches sur les futures pistes. La perturbation attendue fait grand bruit en Bretagne où j’ai passé ces dix derniers jours, on la nommée tempête « Ciaran » avec des vents à plus de 150 km/h et de nombreux dégâts. Nous sommes en marge, un courant de foehn s’est établi le 1er et les températures sont remontées, à l’arrivée du premier front le 2 la neige en place était fondante jusqu’à 2900m. Je montais à Sorebois placer mes instruments, on trouvait 10cm à 2500m, une vingtaine à l’Espace Weisshorn. Depuis plusieurs jours, un bulletin national place la région en degré 2 dès 2800m, c’est justifié du moins dans les couloirs nord où on parvient à déclencher de petites plaques symboliques. Le contraste entre la vallée en couleurs d’automne et la montagne est saisissant.

Sorebois depuis Lyrec le 1er novembre à 10h.

Je rédige cette 16ème situation initiale le 3, le premier front est passé laissant 11cm de neige fraîche à 2500m. Les températures chutent dans des proportions raisonnable, -1° au petit matin à Zinal, -10° à la Corne de Sorebois. L’usine à neige peut donner son plein rendement, les vents on bifurqué nord-ouest ce qui laisse la neige de culture sur les pistes. Une nouvelle perturbation devrait animer le week-end mais rien de bien folichon. Les températures devraient rester fraîches et nous pourrons certainement étaler les premiers tas en fin de semaine prochaine, si rien ne casse au pays des pompes et tuyaux. Notons que la montagne n’a plus été aussi blanche début novembre depuis la situation initiale de 2018.

J’ai photographié un sorbier pendant douze ans début novembre pour chercher d’éventuelles corrélations entre la production de sorbes et l’enneigement. J’en ai conclu qu’un printemps doux permettait une grande fructification chez le sorbier, cette année les arbres sont vides. Ils contrastent avec les épicéas qui ont beaucoup fructifié, ce que nous pouvions aussi imaginer ce printemps au nombre de fleurs qui donnaient un aspect rougeâtre aux forêts. Les mélèze ont également bien fructifié, mais sans que je puisse affirmer un caractère exceptionnel.

Epicéa qui rit, sorbier qui pleure. Le Perrec, 1er novembre 2023.

Internet évolue rapidement, moi qui imaginait un archivage facile et éternel je déchante. Des liens se cassent, des miniatures se perdent, des services employés depuis longtemps cessent avec quelques mois de préavis et souvent sans alternatives. Il y a 433 articles sur mon blog, je pense sérieusement à les imprimer pour garantir leur sauvegarde, un comble. Cette été le gazouillis de Twitter est devenu X, j’aimais bien l’oiseau bleu et m’en servais pour publier les éphémérides du vallon de Zinal tous les matins, un autre compte annonçait le bulletin d’avalanches avec, si nécessaires, les corrections locales. Ces publications s’affichaient sur toutes mes principales pages web, on les consultait sans être connectés, ce qu’X ne permet plus par une fantaisie de son nouveau patron. Il va falloir s’adapter, je cherche un nouveau moyen de partager sans restriction les infos météo du matin, mais je continue sur X en attendant une solution satisfaisante. l’album public Hiver 2024 est déjà en ligne, je le nourrirai tout l’hiver comme ce blog, dans la mesure où mes activités professionnelles le permettent. Il y aura des changements techniques sur la forme, sur le fond les lieux et méthodes des mesures restent inchangés, j’avais résumé sur cet article.

Un univers s’ouvre chaque début d’hiver, aurons-nous du froid, des tempêtes, beaucoup de neige ? Une chose paraît sûre, les clients viendront nombreux; on annonce déjà un bon taux d’occupation et nous inaugurons un nouveau joyau touristique, l’Espace Weisshorn. L’objet est beau, magnifiquement placé, atteignable par deux installations des plus modernes, fruit d’une longue préparation dans la stratégie globale de développement de la station. J’aime le design épuré, synonyme d’efficacité pour les bâtisses exposées aux conditions extrêmes. Je suis surpris par l’orientation « haut de gamme » de restaurant, n’est-ce pas le magic-pass et un retour du ski pour tous qui ont sauvé nos stations ? Je ne pense pas que mes ancêtres bergers faisaient la différence entre la vache d’un riche ou celle d’un pauvre. Tant qu’elle reste dans son parc.

Eté 2023 – L’été des épicéas

Après le très sec été 2022 et le triste état des forêts avant le repos hivernal, je m’inquiétais pour l’arrosage. Les arbres secs allaient-ils reprendre vie, les pâturages reverdir, les nappes se reconstituer ? Le printemps tardif a certainement sauvé nos campagnes d’une nouvelle sécheresse catastrophique; la première moitié de mai est restée maussade, neigeuse en haute montagne, il restait 80cm à Sorebois où nous avons skié jusqu’au 14. Le soleil s’est ensuite imposé doucement, nous avions encore à l’inalpe une sensation printanière avec de nombreux névés et une floraison tardive. Juillet gratifia de beaux orages, mais nous restions sous les moyennes. L’interdiction de faire du feu, désormais une tradition, est tombée le 19 juillet jusqu’au 8 août, pour être reconduite du 22 au 29 août. En comparaison avec les dix dernières années :

Avec 415mm nous sommes sous la norme 91-20 établie à 476mm pour la station de Mottec, et sous la moyenne des dix derniers étés à 433mm. Mais l’impression générale fut agréable, les arbres du vallon de Zinal n’ont pas semblé souffrir, le fond de vallée est resté verdoyant. Plus bas dans la région des Pontis et de Niouc jusqu’à Sierre, de nombreux pins meurent et sèchent, cette année encore les feuillus avaient triste aspect dès août, les chênes en particulier dont le bord des feuilles séchait, donnant un aspect automnal précoce. Dans les fonds de vallée et au-dessus de 1500m des précipitations bien réparties ont sauvé la végétation, les sources ont faibli mi-août mais sans tarir comme en 2022.

Outre quelques orages remarquables en juillet, dont le plus puissant illumina la nuit du 11 au 12, c’est un épisode remarquable fin août qui évita une sécheresse estivale tardive. Il est tombé 90mm en quatre jours, dont 36mm le 27 et 34mm le 28. Il neigea jusqu’à Zinal en fin de front, on annonçait 50cm au-dessus de 3000m. Ce front remarquable laissa un air frais qui conserva la neige en montagne, les coureurs des trails du Besso ne purent atteindre Tracuit. Corollaire, l’eau s’infiltra doucement et les sources retrouvèrent leur vigueur jusqu’en fin d’automne.

Pour résumer, sec mais pas trop. Par contre de nombreux records de température sont tombés partout en Suisse et dans le monde. Je retiens un isotherme 0° à 5289m le 21 août, le mois de septembre de plus chaud et le deuxième mois d’octobre le plus chaud. Le pape annonce que le monde s’écroule, le secrétaire général de l’ONU parle d’un effondrement climatique, Zermatt étale ses glaciers à la pelleteuse pour faire de jolies glissades. Un ami a arrêté de fumer après qu’on lui aie enlevé un poumon et la mâchoire, nous avons des réactions fortes devant l’inéluctable, souvent trop tard.

J’ai fêté mes 50 ans début septembre, je me souviens bien du glacier de Moiry dans mon enfance, un lieu privilégié pour les piques-niques familiaux. Puis j’emmenais des clients marcher sur la langue dans les années 1990, découvrir les crevasses profondes, il n’en reste aujourd’hui qu’un lac. Difficile de regarder les montagnes sans nostaltristesse. A ceux qui croient toujours qu’on peut brûler en deux siècles les forêts du carbonifère sans conséquences je dis merde, vos enfants jugeront.

La fenaison fut excellente et les vendanges d’excellente qualité, nous avons récolté le chasselas le 30 octobre sans atteindre notre quota. J’ai encore remarqué de nombreux fruits sur les pins d’arolles, écureuils et casse-noix sont à la fête. Mélèzes et épicéas étaient rouges de fleurs ce printemps, ces derniers sont impressionnants cet automne. Les branches ploient sous le poids des pives fraîches, on les croirait chargés de décorations de Noël. De nombreux arbres sèchent dans les forêts, également dans les jardins et autour des habitations. La fertilité des épicéas rassure, à moins qu’il ne s’agisse d’un chant du cygne. Les sorbiers sont vides, les oiseaux se sont acharnés sur les sureaux qui avaient pourtant bien donné.

Epicéas à Zinal fin octobre

Quelques liens utiles pour conclure un été agréable à vivre mais terrifiant. Le bulletin climatologique été 2023 de MétéoSuisse, et plus généralement la page des publications de MétéoSuisse. Notre institut météorologique national est une référence incontournable. Et mon album public été 2023 qui s’ajoute à la page dédiée du site. Pour conclure et justifier ma terreur je transmets une réflexion trouvée sur la toile, une théorie conspirationniste comme on dit de nos jours :

Nous sommes trop nombreux, épuisons l’écosystème et polluons l’atmosphère en consommant à outrance les énergies fossiles. Pour maintenir notre train de vie nous pouvons améliorer l’efficience des machines, restreindre notre consommation, ou laisser les lois du marché enlever progressivement aux indigents la possibilité de polluer. Ce qui permettra aux vrais parasites de notre planète et de nos sociétés de continuer la fête. Heureusement grâce aux réseaux, on a le droit de mâter.

Hiver 2023 – Conclusions

Un hiver sans élan qui n’est jamais vraiment monté dans les tours, très contrasté selon l’altitude. La production de neige commença efficacement mi-novembre, la même perturbation qui amenait le froid blanchit la montagne jusqu’à 1000 m, les premiers sportifs testaient les pistes artificielles de Zinal le 21, bien tard au regard d’autres années. Début décembre des températures hivernales et beaucoup de travail permirent d’ouvrir les pistes artificielles au public, mais rien à faire avec le peu de neige naturelle en place, nous voyions arriver Noël en nous demandant où nous allions mettre les skieurs. Quand, miracle, une grosse perturbation avec d’abondantes précipitations s’annonça, mais accompagnées du fameux « redoux de Noël » que les chiffres de cette saison viennent encore confirmer. 70 cm en trois jours à 2500 m, une pluie qui emporta toute blancheur sous 2000 m, et la gamme des neiges lourdes à détrempée entre-deux.

L’épisode des 23 et 24 décembre fut le plus remarquable de la saison, la nouvelle neige lourde posée sur une vieille neige fortement cristallisée déclencha des avalanches sur toutes les pentes connues. Une fois le minage terminé il n’y avait plus rien à miner autour des stations, il ne restait que quelques pentes moyennes dangereuses en haute montagne, mais comme on ne pouvait pas skier sous 2000m et que le manteau restait mince, l’arrière pays comme ils disent resta peu fréquenté. Nous avons accueilli les clients des stations de moyenne altitude ravagées par les pluies, tous les records de fréquentation pour des vacances de fin d’année sont tombés, le nombre d’accidents suivit la courbe, occupant les patrouilleurs à d’autres tâches que la gestion de la neige. Il a fait beau et chaud, une petite couche est venue gommer les traces les 9 et 10 janvier à la fin des vacances. D’autres petits apports du 15 au 19 maintinrent le manteau, comme nous étions sur une bonne base depuis la grande purge de Noël, ces apports restèrent faciles à gérer. Le 27, le drone prenait une photosphère du vallon en amont du Chiesso.

Puis plus rien, ce fut le février le plus sec de l’histoire, heureusement les températures ne sont pas exagérément montées. Nos efforts pour ouvrir les retours en stations furent disproportionnés, la piste noire de l’Aigle resta ouverte au public du 4 au 19 février, celle du Chamois vers Grimentz… huit jours. Certaines pistes naturelles passèrent juste le mois, la Coupe du Monde et les Gouilles frôlèrent le hors-jeu et on prenait Barthélémy au péril de ses skis. Quand on annonça enfin un changement de temps la deuxième semaine de mars, je dédiais deux articles et un profil à l’épisode. Encore une fois les nouvelles neiges posées sur un vieux substrat se déclenchèrent facilement et partout, les minages complétèrent le travail autour des stations, la nature resta piégeuse assez longtemps. Une météo agréable permit de profiter de la montagne une bonne semaine avant un belle série de perturbations, il est tombé 179 cm à 2500m en mars, mais jamais assez pour envisager la réouverture des retours en stations, les pistes à Sorebois restèrent ensuite parfaites jusqu’à fin avril et au-delà. La plus haute couche fut mesurée le 16 avril au matin, dernier jours d’ouverture de la saison, avec 164 cm. Nous ne nous sommes pas découverts d’un fil en avril, le bilan final de 578 cm de cumul au 30 place l’hiver 2023 au-dessus de la moyenne, principalement grâce aux apports des deux derniers mois. Je note deux incursions de poussières du Sahara, la première au 24 février n’a fait que troubler l’atmosphère, celle du 30 mars a laissé une belle strate brune dans le manteau. En station à 1700 m la couche n’a dépassé les 30 cm que le 15 mars avec un éphémère 36 cm, pistes de ski de fond et patinoire ont vécu une petite saison, heureusement la piste de luge du SwissPeak a été enneigée artificiellement pour la première fois. Nous avons maintenu des pistes ouverte pour les sportifs jusqu’au 14 mai, je rédige ces conclusions le 15, l’expérience semble bonne. Les températures sont restées fraîches et les précipitations abondantes, malgré ces apports le manteau neigeux diminue rapidement, le printemps s’impose doucement mais fermement. Lien vers le rapport climatologique hiver 2023 de MétéoSuisseLien vers la feuille de calcul incluant les mesures de tout l’hiverLien vers l’album public Hiver 2023

L’arête des Gardes à Bordon le 30 avril, il reste beaucoup de neige en montagne, les coulées de printemps seront impressionnantes mais le ski de randonnée certainement possible tardivement.

Quelques réflexions très personnelles, c’est mon blog après tout; d’abord on nous annonça une terrible crise énergétique due à de multiples facteurs dont la guerre à l’est. J’imaginais des économies drastiques dans les stations, ce que les médias et spécialistes annonçaient à grands discours. Il ne s’est rien passé, les mesures d’économie sont restées minimes, nous n’avons jamais manqué d’énergie malgré l’augmentation des coûts, les clients étaient nombreux et il fallait les satisfaire. Cette crise des mots a énormément enrichi les fournisseurs d’énergie au détriment de tous, riches et pauvres, un détail pour les premiers une catastrophe pour les autres car tous les biens de consommation ont suivi. Je pense qu’à l’avenir, au moins jusqu’aux centrales à fusion, il faudra consommer moins pour offrir de belles glissades à nos hôtes. Les retours en stations par exemple devraient attendre que les conditions soient propices à leur ouverture, plutôt que de brûler des quantités invraisemblables de courant et de mazout pour de piètres résultats. Si les scientifiques et les statistiques montrent que l’hiver commence à 2000 mètres, concentrons-nous sur ces altitudes tout en gardant la possibilité de skier plus bas quand la nature le permet. Mon travail se situe entre la donne naturelle et l’industrie du tourisme, je constate ainsi la chance insolente de notre région qui investit à la limite du surendettement; nous avons reçu 243 cm de neige l’hiver 2011, pareille situation peut se reproduire, ne l’oublions pas dans notre course en avant.

Je mets en exergue cette photo du futur Espace Weisshorn qui sera en fonction l’hiver prochain. Un nouveau restaurant qui changera toute la dynamique de la station, et devrait drainer une nombreuse clientèle hiver comme été. Rendez-vous en novembre…

Les records 2023

Pas de quoi s’étonner des records de vent ni de froid cette saison, aucune valeur ne s’approche du podium de ces 24 derniers hivers. Je rappelle que seule la plus belle rafale d’une perturbation et les plus basses températures d’une période froide entrent en compte. Les vrais records seraient une fois de plus à chercher dans les températures positives, mais c’est l’hiver que je souhaite observer, pas le réchauffement dont tout le monde parle. Le sol a gelé en début de saison avant d’être protégé par la neige, et je suis moins terrifié par l’avenir quand je note au moins un mercure sous les -20° pendant l’hiver.

Suivent : -16.7° le 07.02.2023 à 08h00, -16.8 le 23.02.2023 à 18h30, -16° le 15.03.2023 à 08h00, -14.8° le 10.01.2023 à 08h30, -13.1° le 20.11.2022 à 01h30

Les vents n’ont pas cassé la baraque, même pas 120 km/h sur la plus haute marche c’est petit. J’ai gardé la troisième place à une rafale du 27 mars, le front était clairement séparé de celui qui emmena le coup de vent record quatre jours plus tard. Nous avons évacué deux fois la station à cause du vent, notre magnifique télécabine tout neuf supporte moins bien les tempêtes que l’ancien téléphérique.

Suivent : 73.7 km/h WNW 292° le 20.11.2022 à 22h30, 73.7 km/h WNW 292° le 20.11.2022 à 22h30, 66.6 km/h NW 310° le 23.11.2022 à 19h00.

La couche 2023

Un hiver poussif marqué par de hautes températures à chaque épisode neigeux, ce qui créa le contraste entre Sorebois et le village sous les minimas historiques. Les mesures faites sous 2300m sont sous les moyennes, alors que le carré de mesures à 2500m fait grimper la moyenne calculée depuis l’an 2000 à 537,5 cm.

A l’approche de Noël nous avions pu ouvrir toutes les installations, dans la misère pour les naturelles. Ce sont les précipitations des 23 et 24 décembre ( 23+44cm) qui permirent des pistes parfaites pour les fêtes. En station et sous 2200m les pluies ne laissèrent que flaques et neiges détrempée. Une deuxième série de crachins du 17 au 19 janvier sauvèrent la saison qui firent dépasser brièvement le mètre de couche. Il ne tomba ensuite plus rien de sérieux avant mars, la couche d’un mètre le 11 connu son maximum le 16 avril avec 164cm. Avril resta frais, nuageux et dépassa le mètre de précipitations pour placer le cumul saisonnier à 578 cm. La station de Mottec mesura pour la période 350 mm de précipitations liquides.

Je mesure jusqu’au 30 avril, un beau dimanche ensoleillé le matin avec d’abondantes précipitations en soirée. Il y avait environ 30 cm de fraîche le premier mai, nous aurions passé les six mètres mais bon… Le passage du 31 mars au 1er avril emmena la même quantité de neige; coïncidence marrante comme la neige à Noël, la météo connaît-elle notre calendrier ?

04.11.2022 = 06cm, 05.11.2022 = 08cm, 10.11.2022 = 03cm, 14.11.2022 = 10cm, 15.11.2022 = 04cm, 16.11.2022 = 03cm, 17.11.2022 = 02cm, 18.11.2022 = 18cm, 21.11.2022 = 04cm, 22.11.2022 = 08cm, 24.11.2022 = 06cm, 26.11.2022 = 02 cm, 29.11.2022 = 02cm, 30.11.2022 = 08cm, Total novembre = 82 cm

05.12.2022 = 02cm, 09.12.2022 = 02cm, 10.12.2022 = 11cm, 11.12.2022 = 06cm, 13.12.2022 = 03cm, 16.12.2022 = 07cm, 22.12.2022 = 03cm, 23.12.2022 = 23cm, 24.12.2022 = 44cm, 27.12.2022 = 09cm, 30.12.2022 = 04cm, 31.12.2022 = 04 cm, Total décembre = 118 cm

09.01.2023 = 14cm, 10.01.2023 = 18cm, 12.01.2023 = 06cm, 13.01.2023 = 02cm, 15.01.2023 = 03cm, 16.01.2023 = 05cm, 17.01.2023 = 13cm, 18.01.2023 = 06cm, 19.01.2023 = 12cm, Total janvier 79 cm

05.02.2023 = 02cm (grésil), 23.02.2023 = 07cm, 27.02.2023 = 04cm, Total février 2023 = 13 cm

08.03.2023 = 04cm, 09.03.2023 = 18cm, 10.03.2023 = 04cm, 11.03.2023 = 36cm, 12.03.2023 = 14cm, 14.03.2023 = 17cm, 15.03.2023 = 16cm, 20.03.2023 = 09cm, 24.03.2023 = 04cm, 25.03.2023 = 11cm, 26.03.2023 = 04cm, 27.03.2023 = 18cm, 28.03.2023 = 07cm, 29.03.2023 = 05cm, 30.03.2023 = 5cm (sablés), 31.03.2023 = 07cm, Total mars = 179 cm

01.04.2023 = 32cm, 02.04.2023 = 02cm (grésil), 03.04.2023 = 02cm, 08.04.2023 =04cm, 12.04.2023 = 12cm, 13.04.2023 = 13cm, 14.04.2023 = 06cm, 16.04.2023 = 10cm, 21.04.2023 = 11cm, 24.04.2023 = 12cm, 25.04.2023 = 03cm, Total avril 107 cm

Cumul hiver 2023 depuis le 1er novembre 2022 = 578 cm

La nébulosité 2023

J’estime la nébulosité en pourcentage de ciel occupé par des nuages à Sorebois tous les matin à 8 h, on peut vérifier sur l’historique de la webcam de la Vouarda. Cette saison j’ai constaté 51 matin de grand beau temps, 62 jours mitigé avec moins de 50% de nébulosité et 67 jours nuageux avec plus de 50% de nébulosité. Parmi eux, 39 jours de grand beau temps à la nébulosité de moins de 10% et 51 jours complètement bouchés. Notez l’exceptionnelle première quinzaine de février, en deuxième quinzaine la colonne mitigée domine grâce à 4 jours notés à 10% de nébulosité, le minimum de la catégorie. Donc un février exceptionnellement ensoleillé, le reste de la saison bien mélangé. En 2022, je notais 81 journées de beau temps, 66 en 2021. Nous avons vécu un hiver un peu moins ensoleillé que la moyenne :

Le danger 2023

Une saison au stress moyenne pour les patrouilleurs, les principaux apports de neige sont arrivés chaque fois sur des substrats anciens faciles à déclencher ce qui, paradoxalement, facilite le travail et élimine rapidement le danger. Le 24 novembre, le SLF produisit un bulletin national qui plaçait la région en danger limité, j’ai pris note sans interpréter la manœuvre. Le premier bulletin régional selon la formule habituelle est tombé le 6 décembre avec un degré faible qui augmenta à 2 limité le 7 sans apport de neige. Ce sont 146 estimations du danger qui furent publiées jusqu’au 30 avril dont 18,5 jours en degré 1 faible, 66 en degré 2 limité, 54,5 en degré 3 marqué et 7 en degré 4 fort. 9 jours étaient placés en degré 1 le matin puis 2 suite au réchauffement diurne, du 14 au 22 février. Il n’y a que le 19 avril qui vécut une augmentation du 2ème au 3ème degré de danger pendant la journée. L’addition donne un taux de de stress du patrouilleur de 342, loin du record de 395,5 établi en 2019. J’ai commencé à calculer ce barème en 2015, hiver très tranquille avec 242 point6, nous avons donc vécu une saison moyenne. Cette méthode d’évaluation pas du tout officielle correspond bien à mes impressions, je la maintiendrai.

C’est un hiver tardif, pas de bulletin en novembre, et le février le moins dangereux de l’histoire récente. Ce n’est qu’après le 9 mars que le niveau s’est élevé dans notre région. Cette saison le SLF émettait des niveaux intermédiaires pour chaque degré de danger, cela se traduisait par des -, = ou + ajoutés au degré dans le bulletin d’avalanches. Je n’ai pas suivi le débat des spécialistes ni répondu à l’enquête de satisfaction de l’institution. Je n’ai pas utilisé ces intermédiaires dans mes notes quotidiennes mais les ai partagées sur les réseaux. Le concept est intéressant, affine l’interprétation du bulletin et favorise la discussion si ce n’est les disputes. Au quotidien dans les station on sort les panneaux de danger au degré 3, pas au 2+, et le domaine freeride ouvre au degré 2, pas au 3- même si certains docteurs s’en servent pour argumenter leur analyse avant d’enjamber nos filets. Quand ils ne les piétinent pas. Notons aussi qu’une progression du 3+ au 3= puis au 3- nous permet d’anticiper la régression en danger 2, ce que nous faisions assez bien au pifomètre autrefois. Mon avis est que si le SLF décide de garder l’an prochain ces niveaux intermédiaire ce n’est pas grave, et que s’il les abandonne ce n’est pas grave non plus.

Avril 2023

Un début en fanfare pour ce mois d’avril, je mesurais 32 cm sur la planchette à 2500 m le 1er au matin, une douzaine de cm blanchissaient Zinal, la région était en danger 4 fort. On prévoyait un dimanche ensoleillé le lendemain, avec gros débarquement de freeriders affamés; ce fut un samedi de minage intense avec des résultats mitigés. Les forts vents d’ouest de la veille avec la rafale record de la saison à 117 km/h avaient laissé de belles congères derrière les arêtes. Sur un domaine régulièrement miné où la plupart des avalanches de fond s’étaient déclenchées les semaines précédentes, nous notions les coups positifs sur les pentes extrêmes, amorcées par le minage des corniches. Les meilleurs résultats s’obtenaient dans les expositions nord, avec une surprise sous l’arête de la Corne au point d’ancrage de la Noire à Etienne où une avalanche massive traversa les deux premières digues sur une pente régulièrement purgée et skiée. Je ne connais pas la montagne malgré mes trente saisons. Le 2 au matin nous montions à 6h pour fignoler le travail et tirer les gazex dans les Gardes à Bordon, j’ai tenté de filmer les explosions depuis Sorebois, il y avait de belles accumulations qui laissaient espérer des images spectaculaires. Cette vidéo de qualité médiocre restera hélas dans le blog, pour la science, difficile de faire deux choses à la fois. Le trépied tremblait au vent, sans parler du son affreux, moi je commandais les gazex au chaud sans m’apercevoir du problème.

Les températures sont restées relativement fraîches en début de mois, le mélange soleil-vent-froid magnifiait le paysage. Zinal organisait les championnats de Suisse OJ dans d’excellentes conditions , les remontées fusionnées depuis dix ans de Grimentz-Zinal dépassaient pour la première fois le demi-million de journées skieurs, nous profitions de la montagne et du ski dans une belle ambiance. Un régime du nord frais entretenait la neige et nos soucis d’avalanches ont suivi l’avis du SLF qui décréta un danger limité dès le 6. Un front chaud les 12 et 13 effaça les vieilles traces en ajoutant 25 cm a un cumul qui atteint la moyenne; nous avons fait quelques minages de vérification en amont des tronçons menacés par les corniches, mais rien n’atteint les pistes. Le 16, dix centimètres cachaient la planchette et je notais la plus haute couche de la saison avec 164 cm bien tassés, on les aurait rêvés en décembre…

La saison de ski s’est terminée le 16 sur un week-end mauvais le samedi et mitigé le dimanche, nous avons rangé la station lundi. Le printemps s’installa lentement, les températures grimpèrent jusqu’à déclencher le 20 de belles et bruyantes coulées sur les Gardes, rien ne partait du sommet, j’observais des déclenchements sous 2800 m pas plus haut. Le 26, un fort refroidissement (-16° à la Corne le matin) stabilisait la menace. Deux jours plus tard à la même heure au même endroit, le mercure indiquait 0°…

Les remontées mécaniques ont tenté cette fin de saison d’entretenir quelques pistes pour permettre aux teams de s’entraîner jusqu’au 14 mai. Je remonte donc tous les week-ends pour les entraînements de 6 h à midi, l’ambiance est sympa et j’ai pu suivre l’enneigement jusqu’en fin de mois sans me référer aux sondes. Il a plu abondamment jusqu’à 2600m samedi 29 tout était annulé, par contre dimanche matin les pistes étaient béton comme ils aiment sous un ciel dégagé. On annonçait une perturbation carabinée pour le 1er mai avec une trentaine de cm de fraîche à 2500 m, j’ai vécu cette journée près du poêle dans mon mayen. Mes mesures se terminent le 30 avril, 180 jours où je note et publie chaque matin les mesures du vallon. Pour la comparaison, mes hivers restent dans la période où la neige est utile aux stations, donc malgré l’intérêt ma saison s’est terminé le 30 avril avec un cumul le 578 cm, mais nous aurions passé les 6 m en comptant le 1er mai.

Des pistes d’entraînement parfaites le 30 avril à 10h30.

la feuille de calcul avril 2023 résumée sur le graphique ci-dessous clôt les mesures de cet hiver 2023. Avril s’est révélé frais et neigeux avec -6.8° en moyenne de tous les matin à 8 h à 2900m et 105 cm de cumul. Du côté hivernal des normes mais rien d’exceptionnel, nous aurons confirmation dès publication du bulletin climatologique de MétéoSuisse. Le printemps bien engagé en vallée s’est ralenti, il faut de la chaleur pour booster la croissance des plantes. La saison de randonnée s’annonce belle et longue, il reste beaucoup de neige en montagne.

Cliquez sur l’image pour agrandir.

Mars 2023

Nous avons rattrapé en mars le déficit hivernal, en neige au-dessus de 2200 m comme en eau plus bas. Nous avons mesuré 179 cm de cumul à 2500 m et 117.4 mm de précipitations liquides à Mottec, plus du double de la norme. La situation initiale du mois et la première période perturbée sont décrits dans les deux articles précédents, je survolerai pour m’attarder sur la deuxième quinzaine. Exceptionnellement, je publie en première image le graphique qui résume la feuille de calcul mars 2023; la ligne bleue montre la couche à Sorebois, Les colonnes grises la nébulosité et les bleues les précipitations journalières. Mars à clairement sauvé notre fin de saison et constitué un bonne réserve d’eau en montagne pour alimenter sources et rivières ce printemps. Un soulagement au regard de la sécheresse de l’été passé.

Cliquez sur l’image pour agrandir.

C’est également du travail pour ceux qui transforment la montagne en parc d’attraction, patrouilleurs, machinistes et employés des remontées mécaniques, mais quel plaisir de pétrir une matière première qui commençait sérieusement à manquer. Après la première série de perturbations, la plupart des pentes autour du domaine skiable ne causaient plus de soucis, elles étaient purgées, impraticables ou stabilisées. Un réchauffement spectaculaire le 17 déstabilisa le manteau en place sous 2200m, on observait des avalanches mouillées de talus et quelques véritables coulées dans les pentes raides, les plus fracassantes au niveau bruit n’ont pas débordé des cônes au fond des couloirs des Gardes. Il restait beaucoup de pentes dangereuses en haute montagne, dès le 16 de vastes avalanches spontanées se déclenchaient, un grand coup de froid le 20 accompagné d’un apport d’une dizaine de cm stabilisa une situation tendue. Pas de victime dans la région malgré les imprudences.

Moiry le 16 mars 2023 à 13h, déclenchements à distance par des randonneurs sur l’itinéraire du col de Torrent.

Les précipitations reprirent le 24, MétéoSuisse nous promettait une fin de mois agités. Nous craignions des complications, les déclenchements de neige poudreuse en altitude qui emportent de la neige lourde et mouillée en aval sont particulièrement dangereux. La tempête nous força à évacuer la station le 26 vers 14h, comme souvent les pires vents précédaient une magnifique éclaircie, nous nous retrouvâmes sous le soleil et le calme une fois les clients évacués à 16h. Le 27 au matin, 37 cm s’étaient accumulés sur la planchette en trois jours et le SLF plaçait la région en danger 4; mais 4- moins, on en reparlera. Nous avons alors procédé à l’essentiel du minage à skis et aux Gazex, puis achevé le 28 par le minage hélico et quelques fignolages sous un ciel parfait. Nous avions atteint le mètre de couche le 9 pour ne plus passer dessous, toute cette poudre reposait sur un fond parfait, ce très frais mardi 28 (-14.8° à la Corne) fut magique. Le lendemain les perturbations étaient de retour avec un front chaud, les vents tournèrent au sud-sud-ouest et amenèrent un couche de 5 cm fortement mêlée de sables du Sahara pour la première fois observable cette saison. La photo ci-dessous a été prise pas Denis au départ de Durand, qui les a nommées « roulettes de neige ». les boulettes formaient des colimaçons aux couches délimitées par les sables en surface. Dame Nature doit réunir plein de paramètres pour créer ces merveilles éphémères.

Une « roulette de neige » le 30 mars à Combe Durand 2420 m.

Malgré les perturbations, le soleil de mars entretint une sensation de temps de gibouleux plus qu’hivernal avec d’agréables moments de soleil et des températures faciles. Le rapport climatologique mars 2023 de MétéoSuisse ne me contredit pas. Le dernier jour du mois fait l’objet d’une rétrospective sur leur blog, un épisode très intéressant qui garantit à mars une place sur le podium des vents avec un 117 km/h WNW le 31 à 16h. Une histoire que je terminerai en avril…

Bilan des neiges du 8 au 15 mars 2023

Il est tombé 109 cm de neige fraîche à Sorebois 2500 m du 8 au 15 mars, la station de Mottec a enregistré 61 mm de précipitations liquides sur la période. Cet épisode plus que bienvenu permet au cumul saisonnier de dépasser les 4 mètres, la couche a atteint 140 cm à Sorebois et brièvement dépassé les 30 cm à Zinal 1700 m le 15, mais les températures jouant au yoyo, c’est souvent la pluie qui s’est imposée sous 1800 m.

Le 10 mars à 9h, il tombe des pizzas sur le futur Espace Weisshorn à 2700m.

Les vents ont oscillé du sud au nord-ouest, la plus belle rafale est restée sagement à 95 km/h W 266° le 9 mars à 0h30, rien d’exceptionnel, néanmoins suffisant pour déplacer pas mal de neige. Côté températures je note surtout le +11.6° à Zinal le 13 à 14h, on mesurait au même instant +3.4° à la Corne de Sorebois 2900 m.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Quelques images du radar montrent les épisodes intenses, le premier laissa 14 cm, l’épisode principal vendredi accumula 36 cm, le magnifique front de lundi une première mesure à 17 cm auxquels on doit ajouter 16 cm mesurés mercredi matin.

Comme prévu, les premières neiges ont déclenchées largement, le minage du 12 purgea au terrain les pentes, les principales spontanées sont nées de ruptures de corniches, par minage plus bas dans le terrain. Après ces premiers résultats et jusqu’au retour des précipitations lundi 13, nous avons entretenu les pentes autour du domaine ouvert sans gros résultats. En formation à Blatten, j’ai malheureusement raté le spectaculaire minage par hélicoptère du mercredi 15 et dois me contenter des images qui m’ont été transmises. Au final, nous avons procédé à 14 tirs de Gazex le 12, les patrouilleurs ont jeté 375 kg de Tovex et le minage par hélico du mercredi a répandu 500 kg. Ce sont donc 875 kg d’explosifs qui ont été nécessaires pour sécuriser un mètre de neige fraîche tombé en 8 jours. Je note que les pentes déclenchées le 12 on majoritairement gardé leur neige ensuite, que la plupart des morceaux restants ont été déclenchés par minage et parfois sous les skis des freeriders le 15, que l’épisode sauve la couche d’une chute sous le minimum historique pour la saison. Je nourris d’amers regrets de n’avoir pu filmer le minage hélico du 15, il est rare d’avoir le soleil à l’heure d’un minage à coup sûr positif, c’eut été magnifique avec mon matériel, mes trépieds et mon drone. Merci aux copains qui ont filmé avec leurs smartphones, Laeti, Mathieu et Titi. Les photos intéressantes sont ajoutées à l’album public de la saison.

MétéoSuisse publie un bilan de l’épisode au niveau national sur son blog de plus en plus intéressant et réactif, celui du slf est plus centré sur la problématique des avalanches. Ces prochains jours, les températures prendront l’ascenseur, le soleil de mars contribuera à déstabiliser la neige restée en place. La montagne sera très dangereuse et les situations difficiles à estimer, soyez prudents !

Situation au 7 mars

Après une période exceptionnellement calme, MétéoSuisse nous annonce un changement radical de temps pour la semaine à venir. Ce mardi « marquera la transition vers une situation d’ouest dynamique faisant affluer vers les Alpes de l’air océanique humide et graduellement plus doux » selon MétéoSuisse, on peut s’attendre a 80 mm de précipitations d’ici dimanche, pluies jusqu’à 2200 m en fin de période et vents à plus de 100 km/h. La situation, similaire a celle des 23 et 24 décembre, est décrite dans cet article du blog de MétéoSuisse. La lune sera pleine mardi à 13h42, au tout début de l’épisode, elle se vengera certainement de cet article qui niait ses effets sur les phénomènes météo.

Prévisions du 6 mars 2023 à 20h.

La couche est de 80cm à Sorebois, sa composition au plat est décrite précisément dans l’article précédent. Au village, je mesure 10 cm avec des variations allant de rien à 30 cm entre les zones ensoleillées ou ombragées. A toutes les altitudes, les expositions NW à NE sont en gros sel, les zones fréquentées présentent une surface qui supporte les skis, à pied on s’enfonce profondément. Sous 2200 m les pentes ensoleillées sont dures, puis différemment croûtées selon l’exposition et l’altitude. Plein sud, les pentes sont dénudées jusqu’à 2700 m, j’ai photographié les premiers tussilages à Sorebois ce 6 mars. Dimanche 5 sous un ciel parfait mais légèrement laiteux, j’ai effectué un état des lieux par drone.

Vue générale de Sorebois direction sud-ouest.

Le vent d’ouest formera des accumulations dès les premières précipitations, la plupart des pentes NW à NE devraient se déclencher spontanément assez rapidement. Sous 2500m, les premières neiges tiendront sur un substrat gelé, l’altitude des pluies en fin d’épisode sera cruciale. Les pentes SW a SW très skiées devraient supporter la couche mais ne résisteront certainement pas au minage. Si le scénario météo se confirme, des avalanches déclenchées en poudreuse se mélangeront à la neige lourde en basse altitude. Les coulées en vallée seront puissantes mais devraient rester dans les les couloirs et les digues quasi vides. Nous pouvons attendre des avalanches puissantes jusqu’en vallée, puissent ceux qui « connaissent la montagne » rester sagement dans les zones sécurisées.

Profil au plat du 5 mars 2023

J’ai effectué ce profil de 11h à 12h30 près du carré de mesures à Sorebois. De la neige de plus d’un mois jusqu’à 80 cm, un manteau qui subit plusieurs fois de grandes variations de température. J’ai eu du mal a définir les cristaux de certaines strates, de belles faces planes avec des angles arrondis, je pense que le manteau s’est humidifié en profondeur mi février pour réamorcer depuis dix jours une métamorphose constructive. Mais je pense trop sans savoir.

La couche posée au sol est fondante sur le terrain, puis très compacte et dure sur une dizaine de cm, les cristaux sont progressivement liés mais je ne retiens qu’une strate née des neiges de novembre.

On trouve ensuite de beaux cristaux sur une couche fragile a coup sûr restée sèche, aucun angle n’est arrondi. Les précipitations des 9 à 11 décembre.

De 23 a 58 cm se retrouve la perturbation de Noël, une neige abondante surmontée d’une partie à la limite de la pluie. Les deux couches sont évidentes bien que similaires, si j’interprète bien la couche très humide est devenue moins dure après deux mois d’évolution..?

Puis les neiges de janvier surmontées d’une croûte compliquées, un morceau resté en surface un bon mois jusqu’au 23 février. Suivent des flocons qui n’ont connu que le froid, de beaux cristaux chapeautés par une croûte certainement née du vent. Enfin une légère décoration de givre de surface favorisé par ces dernières nuits claires.

Février 2023

Je me demandais après un janvier trop calme qui de la neige ou du chaud reviendrait en premier, ce furent hélas des chaleurs exceptionnelles pour la saison qui s’installèrent du 10 au 25. D’un point de vue nivologique peu à dire, 13 cm de fraîche en février, des températures de +5° à 3000 m, c’est une catastrophe climatique. Le 5 au matin je notais les 2 premiers cm du mois, du grésil composé de grains de 2 à 3 cm rapidement remodelé par des vents modérés mais soutenus du SE, la pointe à 55 km/h 157° du 7 au matin sera la plus violente de février. Les pistes artificielles sont restées excellentes et les machinistes ont réalisé des exploits pour sauvegarder les tronçons naturels, nous avons profité de bonnes conditions de ski sous un soleil généreux, les vacanciers sont venus nombreux et nous battons une fois de plus les records de fréquentation. Je décrirai donc un peu moins la neige, un peu plus les événements qui ont marqué la période. Pour commencer une heureuse rencontre le 3 février, alors que je balisais la piste de l’Aigle qui ouvrait le lendemain, un gypaète se dirigea droit sur moi et me survola à quelques mètres. Une photo ajoutée à l’album public Hiver 2023 libre de droit comme les autres, je ne revendique pas la propriété des beautés que Mère Nature offre à notre contemplation.

La Latta le 3 février à 11h.

L’unique canon à enneiger la piste de l’Aigle est alimenté par un torrent qui ne permet même pas son plein rendement, seul le mur noir bénéficie de neige de culture. Les températures ont dépassé les normes du 10 au 25, l’ensoleillement acheva les accès à la piste que nous avons pu maintenir ouverte du 4 au 19. Beaucoup d’efforts et d’énergie pour peu de temps, la piste du Chamois sur Grimentz, entièrement naturelle, n’a pas tenu dix jours. A l’élévation des températures, nous avons observé quelques avalanches de printemps sur les faces exposées, le 13 déjà la plupart des couloirs des Diablons s’étaient déclenchés, symboliquement, sans ampleur, même sur le très pentu couloir de Barneusa sur Mottec. Des mesures affolantes, +7.3° à la Corne de Sorebois 2900m le 14 à 13h, +6.6° le 20 à la même heure, avec un enneigement habituel, nous aurions connu de nombreux problèmes en période de haute fréquentation.

Les Diablons le 13 février à 16h15.

Le secteur dit de la « Coupe du Monde » à Combe Durand est très exposé, la terre s’est rapidement mélangée à la neige accélérant encore la fonte. Nous avons tenté de miner deux pentes qui se déclenchent souvent vu leur déclivité. Pas pour les sécuriser cette fois, mais pour tenter d’apporter un peu de neige sur la piste ce qui ne réussit que très partiellement. Une languette noirâtre ne déposa qu’une vingtaines de m3 sur la piste. C’est le seul et unique minage de ce mois de février, nous économisons au moins sur les explosifs et les heures d’hélicoptère.

Combe Durand le 21 février, suite au minage de la veille.

Un regard sur la vallée nous transportait en avril, les villages entièrement dégagés de neige, quelques restes sur les alpages, et une impression de sécheresse. L’hiver 2022 déjà trop clément présentait le même paysage mi-mars, ce qui nous inquiétait déjà. Un front froid apporta 7 cm le 23, les températures retrouvèrent les normes de saison et le manteau neigeux se figea. Un autre crachin le 27 eut pour particularité d’indiquer une dizaine de cm aux stations automatiques de Tracuit et d’Orzival, alors qu’a Sorebois, la planchette comme les pistes étaient juste recouvertes de 4 cm. Peut-être quelques congères sous les capteurs ?

Anniviers le 21 février à 12h30

Des papillons traversent les cols en direction de l’ouest dès les hautes températures, habituellement en mars. Je note chaque année la première observation, le 11 février cette saison. Je connais mal les insectes, il me semble que ce sont des petites tortues, si quelqu’un peut m’expliquer la raison de leurs migrations hivernales… Fait remarquable, nous avons observé deux frontales qui traversaient les Gardes à Bordon le 11 vers 20h, sur le parcours du chemin d’été. C’est un exploit encore jamais réalisé qui se reproduisit deux jours plus tard. Ce secteur est un des plus avalancheux du pays, les couloirs n’offrent aucun échappatoire et les coulées sont fréquentes en toutes périodes. Une corniche a encore cédé le 28 entraînant la neige jusqu’en fond de vallée. La montagne est tracée de partout, les randonneurs jouent leurs vies sans aucun discernement, on s’habitue. Mais là c’est le pompon. Les 24 et 25, le paysage était laiteux d’un faible quantité de sables remontés du Sahara pour la première fois de l’hiver.

La couche de neige oscilla autour des 80 cm à 2500 m, elle passa de 24 à 14 cm en station. Une longue période de métamorphose constructive depuis le 20 janvier transforma tous en gros sel, puis les hautes températures et le rayonnement découvrirent les faces ensoleillées jusqu’à 2500m. La couche subit une métamorphose de fonte en profondeur avant la chute des températures en fin de période. Je ferai un profil de la zone de mesures rapidement, trouvez d’ici-là mes mesures sur la feuille de calcul février 2023 résumée dans le graphique ci-dessous. J’attends les bulletin climatologique de MétéoSuisse qui décrira certainement le février le plus chaud de l’histoire jusqu’à l’année prochaine. Une blague qui ne fait plus rire personne tant on peut souvent la placer.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Janvier 2023

Avec leurs vœux beaucoup de journaux annoncèrent le premier de l’an le plus chaud de l’histoire, 1.5° à la Corne et 8.6° à Zinal à 13h pour la référence locale. Pas génial pour la neige mais une montagne belle et agréable pour notre très nombreuse clientèle, la station a battu les records de fréquentation. Les circonstances climatiques sont favorables à Grimentz-Zinal, mais la nature a besoin d’un hiver, cette année plus que jamais. On annonça un changement à la fin exacte des vacances, j’envoyais le drone faire un tour du domaine le samedi 7 janvier. On distinguait encore bien les avalanches des 23-24 décembre, le jeu des prochains minages sera de déclencher sur les morceaux restants.

Sorebois le 7 janvier à 11h30.

Nous avons reçu 32 cm les 9 et 10 du mois, comme prévu nous n’avons obtenu quelques résultats que sur les résidus de neige ancienne et sur les accumulations au sud-est des petites arêtes des versants nord. Jusqu’à la deuxième digue sur Coha du Bla sur le film ci-dessous, seules véritables avalanches de l’épisode. Mais quel bonheur cette neige sur un fond sécurisé enfin assez épais, nous avons retrouvé la joie de skier. Les températures sont restées excessive jusqu’au 16 quand nous avons perdu 10° en 24 h, nous allions ensuite continuer dans les normes de janvier. Le 10 était en degré 4 justifié par le mystère, le premier tour de minage effectué nous ressentions un trois bien tassé, rien ne risquait d’atteindre la vallée.

Du 16 au 19, de petites perturbations du nord-est apportèrent la quarantaine de cm qui emmenèrent la couche vers le mètre, seuil du bon ski à Sorebois. Quelques minages en amont des routes du Chiesso et de Barthélémy suffirent à sécuriser le domaine, le minage hélico du 19 garantit l’accès aux Plats de la Lée et termina la sécurisation. Les courants s’orientèrent N-NE pendant plusieurs jours, un froid glacial accentué par la bise s’installa, un record saisonnier à -21.2° s’établit le 21 au lever du jour.

Minage par hélico des Gardes de Bordon le 19 janvier à 8h, du moyen.

Le 19 je mesurais 102 cm à 2500 m, 42 cm à 2300 m et 28 cm à Zinal, l’enneigement n’est favorable qu’en altitude. Nous avons ouvert les pistes de fond, les patinoires ont profité des températures, les stations ont un air d’hiver malgré le peu. Les matins découverts et les températures extrêmes ont fortement transformé la neige, tout n’est que gros sel, même la neige travaillée a du mal à se lier. Le contact entre les corniches et les arêtes rocheuses s’est littéralement défait sous l’effet de la métamorphose des neiges de contact, certaines ont cédé entrainant des nuages de poudres plus émouvants que dangereux en haute montagne. Cet espace exagérément pourri entre arêtes et corniches a aussi été remarqué côté Bendolla. Le 26 j’envoyais le drone faire un point de la situation avec deux photosphères, une à 3000 m en amont de la Corne de Sorebois et l’autre à 2600 m en amont de Tsarmettaz. Le paysage renifle la neige ancienne, des traces partout, des champs de bosses, un relief accentué et des expositions sud déjà dégarnies sous 2300 m. Après un travail insensé, nous avons ouvert la piste du chamois samedi 28, pour quelques jours… Tout est ainsi en place pour les prochaines neiges si…

Moiry le 27 janvier, le lac a gelé autour du 15.

La feuille de calcul janvier 2023 est illustrée par le graphique ci-dessous, janvier est vraiment séparé entre une moitié tiède et une moitié fraîche. Au final nous somme exactement dans la moyenne des cinq dernières années, comparaison faite avec les températures à 8h, la couche est la moyenne du mois. Pour résumer les conditions à l’approche de février : 22cm de gros sel à Zinal, 85cm de gros sel à Sorebois. Reste a voir qui de la neige ou de la chaleur reviendra en premier. En plus du résumé du mois sur le blog de MétéoSuisse, je partage le lien vers cet horrible article sur les effets de la pleine lune; faut-il vraiment casser tous les mythes?

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Décembre 2022

Début décembre, nous avions suffisamment de neige de culture pour préparer le centre du domaine; les premiers clients, surtout des ski-clubs, profitèrent de l’ouverture anticipée le samedi 3 après deux reports. L’Immaculée Conception marqua l’ouverture saisonnière du secteur Sorebois, Bendolla suivit le 17. La montagne était douce et belle, pas grand chose à dire sur la neige si ce n’est que le peu en place se métamorphosait en gros cristaux. Le SLF publia un premier bulletin régional le 7, histoire d’être prêt pour le front froid du 10 qui laissa une quinzaine de cm à 2500m et blanchit la vallée dès 800m. Cette perturbation du NW entraîna un froid glacial qui plaça le record saisonnier à -19.7° le 11 à 7h, jusqu’à -27° en surface de la neige. Un manteau fin, un sol tiède et de grands froids accélérèrent la métamorphose constructive.

Anniviers le 11 décembre 2022 vers 11h.

On peut critiquer l’enneigement artificiel, il permet la survie voire l’essor économique de notre vallée en garantissant la saison touristique. La fréquentation des stations montre le besoin d’espace et d’évasion des citadins laborieux, leurs déplacements entre plaine et montagne inquiète bien plus mon œil d’écolo que la production de neige. Nous retenons l’eau pour la transformer en électricité, nous utilisons au passage un peu des deux ressources pour garantir l’attractivité touristique du pays. Que ceux qui critiquent présentent leurs bilans.

La météo se rétablit bien vite, nous approchions des fêtes sans pouvoir envisager l’ouverture des pistes naturelles quand le miracle de Noël se produisit : un front chaud très actif avec d’abondantes précipitations approchait, mais avec une limite pluie-neige entre 2000 et 2500m. Le déluge s’abattit le 23 décembre, je mesurais 23cm au matin, 44cm de plus le 24, mesures à 2500m. Les pluies rincèrent la montagne jusqu’à 2200m, jusqu’à 2400 en fin d’épisode. Au final, il subsista moins de 30cm de neige mouillée au départ du Chiesso à 2260m mais nous avions assez de matière plus haut pour préparer les pistes naturelles avant le rush des vacances de Noël. Au matin du 24, nous avions 96cm de neige lourde à 2500m, un manteau détrempé sous 2400m, des congères formées par trois jours de vents d’ouest modérés mais réguliers. Le tout posé sur un substrat d’une trentaine de cm de gros sel.

Nous skiions sur des œufs au minage du 24, des plaques énormes se déclenchaient à notre approche au-dessus de 2500m. Plus bas, tous les talus se détachaient facilement sous le poids d’un manteau détrempé, seules les faces exposées au sud et dégarnies de couche de fond et les faibles pentes gardaient le nouvel apport. L’épisode coûta peu en bombes, les zones de tir se déchargeaient à notre approche. Un minage tendu et impressionnant, avec de forts tassements sur les pentes moyennes et de nombreux départs sous nos skis. Les 25 au retour d’une bonne visibilité, nous constations que la montagne était purgée et qu’il ne restait plus grands risques dans la périphérie du domaine skiable. Le SLF plaça la région en degré 4- les 23 et 24, puis en 3+ marqué le 25 ce qui m’a semblé judicieux. Les nuances apportées aux degrés de danger par les symboles -,= et+ dans les bulletins d’avalanches feront l’objet d’un article prochain, je me laisse quelques mois pour apprécier la nouveauté. Niveau ski, nous avons apprécié quelques virages au-dessus de 2600m, dans une neige lourde et peu profonde d’où dépassaient de nombreux cailloux. Par contre cette neige bien tassée et les pentes purgées feront un substrat idéal aux prochains apports.

Le 24 décembre même les petits talus habituellement inoffensifs menaçaient.

Puis revint le beau temps, la vallée se remplit lundi 26 et les domaines skiables de Sorebois et Bendolla dépassèrent les 9500 skieurs le mercredi 28, un record. Une période faste pour nos stations d’altitude, au détriment des domaines situés sous 2200m. Pas de pistes de ski de fond, mais quelques possibilités de faire de la luge et des patinoires ouvertes. Il manquait clairement une petite touche hivernale dans les villages pour ces fêtes de fin d’année. Fin décembre, nous avions passé les 200cm de cumul, toujours au point de mesure à Sorebois 2500m. La feuille de calcul Décembre 2022 est résumée dans le graphique ci-dessous. Encore une fois, comme le démontrera certainement le bulletin climatologique de MétéoSuisse à paraître, ce dernier mois d’une année trop douce n’a fait que confirmer une réalité. Les stations devront s’y adapter ou périr.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Bonne année 2023 !

Notre monde est en mutation. La société change depuis trois siècles sous l’impact des nouvelles technologies et de la recherche d’un vivre-ensemble convainquant; il y eut des guerres, des révolutions, des changements profonds dans notre mode de vie. Depuis peu, la démographie, les technologies et l’utilisation massive des énergies fossiles touchent l’ensemble de la planète, le vivant, les courants atmosphériques et océaniques, le climat, nous sommes assez lourds pour faire basculer la planète. Souhaitons pour 2023 qu’individus et nations sauront faire taire les égos, pour atteindre une harmonie possible et souhaitable entre tout et tous. Il est si beau, ce monde où nous ne faisons que passer…

Retrouvez les photos de la saison sur l’album public Hiver 2023

Novembre 2022

Un novembre frustrant quand on attend la neige, ou du froid pour en produire. La perturbation des premiers jours du mois ne laissa rien, celle du 4 ouvrit une liste de quatorze crachins dont le plus beau afficha 18cm sur la planchette à 2500m le 18. Au total, le cumul du mois de 82cm laissa pour débuter décembre une couche d’une bonne trentaine de cm au-dessus de 2300m. Deux chiffres supérieurs à l’an passé, mais pas de quoi ouvrir la moindre piste. Ce sont les températures plus que la stérilité des perturbations qui marquèrent cette période grisâtre et tiède, 8° à la Corne 2900m le 11 du 11 à 14h30. Le 12, je montais à Nava en véhicule, la perturbation du 18 marqua le tournant de l’hiver, les températures se rapprochèrent des valeurs saisonnières et la production de neige put commencer sérieusement. Des équipes s’entraînaient le 23 sur l’arête de la Corne, les ouvertures anticipées du domaines furent reportées à décembre.

La production bat son plein le 24 novembre sur la Noire du Col.
Le 27 à 10h30, les équipes de compétition se disputent le terrain.

Le 24 à 9h, Lentin annonça le première avalanche sur les Gardes à Bordon. Le cumul des crachins et le vieillissement de la couche de fond engendraient les premières ruptures en haute montagne, aucun danger dans la périphérie du domaine. Le SLF émet un bulletin national en cas de dangers, puis régional quand l’hiver est bien installé. J’archive le degré de danger dans mes mesures journalières dès la publication du bulletin quotidien, mais au matin du 24 j’interprétais un degré 2 limité après lecture d’une publication ambigüe du SLF. Notez que depuis de nombreuses années, le pdf de la situation régionale est téléchargeable sur ce lien très pratique.

« Avalanche dans les Gardes ! », annonça Lentin le 24 novembre à 8h55.

Des mesures de neige dès le 4, des températures de saison depuis le 18, l’hiver s’est installé lentement. Une micro tempête le 20 plaça le curseur des records à -13.1 et 73.7 km/h à la Corne. Le bulletin climatologique novembre 2022 de MétéoSuisse décrit un énième mois trop doux et trop sec, une lecture plus attentive confirme l’impression générale pour notre beau Valais; le onzième novembre le plus chaud depuis le début des mesures, 1.4° en trop à Sion et 89% de l’ensoleillement par rapport à la norme 1991-2020. Ma feuille de calcul novembre 2022 résumée dans le tableau ci-dessous montre l’excès de nébulosité, les températures trop douces jusqu’au 18 et de nombreuses mais faibles précipitations dans le vallon de Zinal.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Hiver 2023 – Situation initiale

Sorebois depuis Lyrec le 2 novembre 2022 à midi.

Encore un record, octobre s’avère le plus chaud depuis le début des mesures selon MétéoSuisse, même au niveau mondial. Lassant et tout doucement inquiétant, nous vivons du ski, l’annulation des courses à Zermatt pose des questions sur notre industrie, je lève un sourcil. Donc pas grand chose à décrire dans cette situation initiale, l’hiver n’a eu encore eu aucun effet sous 3000m. Au-dessus les précipitations des premiers jours d’octobre laissent la montagne blanche, la neige n’a plus quitté les revers. De belles précipitations du 20 au 24 ont mouillé le terrain qui n’a évidemment pas gelé, même dans les couloirs nord. On nous annonça une première véritable offensive hivernale pour le dernier jours du mois, avec grosse chute des températures. Je décidais d’attendre pour noter la situation initiale de ce millésime.

Températures à Mottec du 28 octobre au 3 novembre 2022

Le tournant s’est effectué la nuit d’halloween, l’ambiance était fraiche pour la Toussaint. Mais les quelques flocons tombés jusqu’à 2000m n’ont pas survécu au retour du soleil. A l’heure de la traditionnelle photo de Sorebois reportée au 2 et par drone, plus rien de blanc, quelques résidus sur les couloirs N-E tout au plus. Au-dessus de 3000m la neige commence à s’accumuler, une vingtaine de cm, plus de 30cm au-dessus. On peut s’attendre à des départs faciles dans les Gardes à Bordon aux véritables premières précipitations qui sont annoncées pour les jours prochains. Les températures permettront de commencer l’enneigement artificiel.

Vue sud depuis Lyrec le 2 novembre 2022
Vue nord depuis Lyrec le 3 novembre 2022

J’ai passé mon trentième hiver à Sorebois, dont 17 au service de sécurité. L’hiver 2023 sera le quinzième décrit dans ce blog qui a subi un gros remaniement cet été. Le transfert des articles depuis blogger n’a pas été sans mal, mais on retrouve toutes les publications malgré quelques problèmes de mise en page, la perte de médias et de quelques liens. Les méthodes de mesures ne changent pas, on peut faire mieux mais la longueurs des séries permet les comparaisons, je garde le système initial, explications au bout du lien. Sur le compte Tweeter @annitrek retrouvez les mesures journalières, @sorebois transmet le danger d’avalanches dans le vallon, les mesures et les articles sont regroupés sur ce blog. J’entre en service lundi 14 novembre, d’ici-là les observations sont faites depuis Zinal et les stations automatiques, sans négliger le coup de fil aux copains qui travaillent en montagne quand la situation est confuse. Comme de coutume je nous souhaite un hiver enneigé, des genoux bien solides, et toute la chance qu’il faut quand on travaille entre Dame Nature et les touristes.

Hiver 2009   Hiver 2010   Hiver 2011   Hiver 2012   Hiver 2013    Hiver 2014   Hiver 2015   Hiver 2016   Hiver 2017   Hiver 2018   Hiver 2019    Hiver 2020   Hiver 2021 Hiver 2022

Eté 2022 – L’été trop, beaucoup trop

Il restait 75cm de neige à 2500m le 1er mai, la fonte battait son plein, les zones exposées étaient déjà dénudées jusqu’à 2900. Après un hiver trop chaud, un printemps trop beau s’installa; chaud, agréable et régulièrement arrosé ce qui permit une pousse exceptionnelle et précoce. La fenaison commença mi-juin, l’ardeur du soleil et les températures conjugués à la disparition précoce du manteau neigeux en haute montagne étonnait, mais nous entamions les vacances dans un climat propice. Début juillet tout était déjà trop sec, nous craignions une interdiction de faire du feu jusqu’à la belle rincée du 4, qui ne fit que retarder les restrictions. Des sources alimentées par la fonte des neiges étaient déjà taries.

L’interdiction générale de faire du feu dans tout le canton tomba le 18 juillet, cette décision incontestable resta en vigueur jusqu’à la mi-septembre. Interdire les barbecues et les feux de camp est une grosse restriction à la liberté de ceux qui aiment vivre en extérieur, mais en forêt comme sur les pâturages nous avions l’impression de marcher sur des corn flakes. Les prairies étaient déjà sèches de la Navizence à la Bella Tola en rive droite. Seuls les alentours des sources, des torrents et les prairies irriguées restaient vertes. Les forêts semblaient bien supporter la sécheresse dans les vallées, nous savons qu’elles étaient déjà en stress hydrique et qu’elles réagissent après un temps d’inertie, le problème reste à venir. Pour documenter la sécheresse, quelques photos dont une photosphère en amont de Cuimey le 16 août à découvrir au bout du lien, puis quelques chiffres :

On ne peut pas prendre uniquement la pluviométrie pour chiffrer la sécheresse, les neiges résiduelles en montagne, les températures et l’ensoleillement participent. La station MétéoSuisse de Mottec partage une pluviométrie depuis 1973, des statistiques certainement alimentées par les mesures de la centrale électrique avant la station automatique en 2015. Le graphique interactif ci-dessous résume les étés depuis 2013, ce millésime est le plus sec avec moins de 350mm. La moyenne pour les six mois d’été est de 434mm et la norme 1991-2020 de 476mm. En 2003, sécheresse historique, il a été mesuré 366mm à Mottec. Feuille de calcul en ligne .

Après une excellente fenaison la nature s’est déréglée, les pousses annuelles de certains feuillus ont séché (boulot, tremble), des fruits ont mûri trop vite avant de grandir, le tarissement des sources et des torrents laissait de grandes zones sans eau pour les animaux. Les cultures irriguées ont évidemment bien rendu, la vendange fut belle en quantité comme en qualité. Les sorbiers ont profité du printemps, ils sont gavés de fruits, le oiseaux dont les grands corbeaux nombreux cet été ne cachent pas leur plaisir. Le rut du est décrit dans un article précédent, les chasseurs ont atteint leurs quottas, les rapaces ont passé l’été au-dessus des forêts, ils étaient discrets en vallée. La sécheresse a eu plein de petites conséquences, mais rien de dramatique, nous avons échappé aux incendies qui ravagent durablement des régions. Des chiffres français parlent de 90% des incendies provoqués par l’homme, dont 70% par des actes de négligence ou de malveillance. On comprend la tutelle étatique sur les fumées.

Nouvelle plage du Toûno

Où allons-nous ? Deuxième été le plus chaud selon MétéoSuisse, pas des complotistes, après un hiver hors-normes, le système s’emballe. Une théorie récente accuse l’explosion volcanique aux îles Tonga en janvier d’avoir provoqué un effet de serre à l’échelle mondiale. J’ai compris que John Tyndall, le vainqueur de notre Weisshorn en 1861, était un des premiers à théoriser l’effet de serre et les conséquences des émissions de carbone. Nous savons, depuis longtemps. L’album publique Eté 2022 montre un début de saison au vert éclatant, les images sont brunes quasi automnales dès la fin juillet. Pour illustrer le paradoxe de notre société vis-à-vis de la nature, la remarquable floraison des linaigrettes dans le marais des plats de la Lée le 12 juin. Puis le marais s’est asséché mi-juillet, ce que je n’avais jamais observé. J’ai photographié un hélico posé sur cet espace protégé le 18, je n’ai pas vu où partaient les occupants; boire un café à la Tzouc? C’est pas gagné l’écologie, trop de connards avec de gros moyens.

Beau temps, températures confortables en montagne, c’était un magnifique été en Anniviers les touristes ne s’y sont pas trompés. La pression humaine sur la nature est plus forte quand il fait beau. L’économie cartonne, le tourisme alimente l’artisanat qui prospère. Pas de fausse note dans mes activités, nature et hommes furent généreux, des bons moments et du beau temps, du trop beau temps, du beaucoup trop beau temps.

Observation de la faune 2022

On ne s’improvise pas reporter animalier, ma campagne d’observations dans les environs de la Tzoucdana cet été me laisse plus de leçons que de satisfactions. Assez satisfait, j’ai donc énormément appris, le résultat de l’an prochain sera bien meilleur. Premier écueil le matériel technique avec ses trop grandes possibilités et ses limitations, dont l’alimentation. Trépieds, appareils photos, caméras, télécommandes, une seule batterie mal chargée et il faut changer ses plans. Ensuite les hommes, promeneurs téméraires, voleurs de caméras, philosophes citadins pleins de bonnes intentions mais coupés des réalités. Vivant en marge de la civilisation, je témoigne que la sélection par l’homme est bien moins cruelle que la sélection naturelle, qui se veut impitoyable, faisant fi de toute souffrance, de toute pitié.

J’épargnerai à cet article mes notes sur les déplacements du gibier, et le barbare vocabulaire cynégétique, pour ne garder que des observations basiques. Dès le 10 septembre, j’entendais bramer sans parvenir à localiser le précoce. Je plaçais les caméras dans les Chétisses le dimanche 11, j’en ramène quelques photos de biches et de daguets. Une semaine plus tard les gros mâles occupaient deux places de rut, dans les secteurs i19 et et L15, les biches commençaient à se regrouper. Autour, d’autres cerfs tentaient d’approcher les places gardées par les dominants, ou bramaient en périphérie. Une grande partie de la politique s’opère de nuit, j’ai observé quelques combats mais les dominants des premiers jours ont défendu leur place et leur cheptel. Deux bêtes paraissaient bien s’entendre en J20, elles semblaient partager la place, un combat coûta finalement un bois au plus petit et il ne s’approcha plus.

Le 2 octobre vers 14h j’immortalisais une saillie, moment fugace et rare .

Les photos prises entre 1000 et 1500 mètres de distance sont retravaillées, principalement pour la netteté. Le résultat ne s’affichera pas dans les concours. Il me satisfait compte tenu de la distance, du coût raisonnable de mon matériel, et de la certitude de ne pas interférer ni déranger. Je regrette la mésaventure de la caméra volée, qui sait les images qu’elle aurait enregistré laissée en place. Je comptais sur elle pour les sons, le brame proprement dit, qu’il serait vain de décrire par les mots. Plutôt que de longues phrases, voici les meilleures images et de brèves descriptions en légendes.

Une biche pose idéalement pour la photo. j11
Depuis Singlinaz, merci pour la pose M. le cerf. J24

Pas de place de rut dans le quart en bas à droite du quadrillage, alors qu’il y avait du monde en i6 l’an passé. On y voyait cette année des paires de mâles, des biches avec des jeunes en petits groupes. L’activité s’est calmée après le 10 octobre, pour cesser le 15. Tout ce petit monde s’est caché, on n’observe plus que des troupeaux de chamois. Biches et cerfs restent à couvert et se nourrissent de nuit pour récupérer un maximum de forces avant l’hiver.

L’observatoire de la Tzoucdana

Le cerf entre en rut vers la mi-septembre, les festivités durent un bon mois. Le brame est spectaculaire mais peu d’endroits permettent de l’observer sans déranger. Les chasseurs d’Anniviers ont construit et mis à disposition quatre observatoires équipés de longues-vues, celui de Zinal est situé en amont de l’auberge de la Tzoucana. Il fait face aux « Chétisses des Gardes à Bordon », 400 hectares de nature préservée protégée des ambitions humaines par les phénomènes extrêmes qui s’y produisent, laves torrentielles, éboulements et avalanches. L’auberge et le camping sont ouverts en périodes touristiques.

On observe principalement cerfs et chamois, les chevreuils préfèrent les régions plus boisées et la distance est trop grande pour la petite faune pourtant nombreuse. Pour ceux qui prennent le temps de suivre l’évolution des troupeaux toute l’année, l’endroit est idéal; les néophytes qui attendent un spectacle facile seront déçus, il vaut se faire accompagner d’un connaisseur capable de repérer les animaux, de les déterminer et de décrire leur comportement. La longue-vue n’est pas adaptée à toutes les morphologies et on ne peut pas la bloquer, prévoyez vos propres jumelles et des habits chauds. Pour aider les groupes à se repérer dans le paysage, j’utilisais une photo quadrillée qui s’est vite révélée indispensable pour partager les positions à observer. Vous pouvez télécharger ici dans la meilleure qualité une version récente.

N’espérez pas ramener de beaux clichés, même avec un téléobjectif et un trépied les sujets sont trop lointains. On entend bramer les journées fraîches et la nuit, quand la rivière alimentée par le glacier reste discrète. Les images et les sons que je partage proviennent d’un Nikon P1000 au zoom de 120X (ci-dessous, la première depuis l’observatoire) et de deux caméras 4G placées dans le terrain avant le brame, période où il convient de ne pas déranger.