Hiver 2023

Hiver 2023 – Conclusions

Un hiver sans élan qui n’est jamais vraiment monté dans les tours, très contrasté selon l’altitude. La production de neige commença efficacement mi-novembre, la même perturbation qui amenait le froid blanchit la montagne jusqu’à 1000 m, les premiers sportifs testaient les pistes artificielles de Zinal le 21, bien tard au regard d’autres années. Début décembre des températures hivernales et beaucoup de travail permirent d’ouvrir les pistes artificielles au public, mais rien à faire avec le peu de neige naturelle en place, nous voyions arriver Noël en nous demandant où nous allions mettre les skieurs. Quand, miracle, une grosse perturbation avec d’abondantes précipitations s’annonça, mais accompagnées du fameux « redoux de Noël » que les chiffres de cette saison viennent encore confirmer. 70 cm en trois jours à 2500 m, une pluie qui emporta toute blancheur sous 2000 m, et la gamme des neiges lourdes à détrempée entre-deux.

L’épisode des 23 et 24 décembre fut le plus remarquable de la saison, la nouvelle neige lourde posée sur une vieille neige fortement cristallisée déclencha des avalanches sur toutes les pentes connues. Une fois le minage terminé il n’y avait plus rien à miner autour des stations, il ne restait que quelques pentes moyennes dangereuses en haute montagne, mais comme on ne pouvait pas skier sous 2000m et que le manteau restait mince, l’arrière pays comme ils disent resta peu fréquenté. Nous avons accueilli les clients des stations de moyenne altitude ravagées par les pluies, tous les records de fréquentation pour des vacances de fin d’année sont tombés, le nombre d’accidents suivit la courbe, occupant les patrouilleurs à d’autres tâches que la gestion de la neige. Il a fait beau et chaud, une petite couche est venue gommer les traces les 9 et 10 janvier à la fin des vacances. D’autres petits apports du 15 au 19 maintinrent le manteau, comme nous étions sur une bonne base depuis la grande purge de Noël, ces apports restèrent faciles à gérer. Le 27, le drone prenait une photosphère du vallon en amont du Chiesso.

Puis plus rien, ce fut le février le plus sec de l’histoire, heureusement les températures ne sont pas exagérément montées. Nos efforts pour ouvrir les retours en stations furent disproportionnés, la piste noire de l’Aigle resta ouverte au public du 4 au 19 février, celle du Chamois vers Grimentz… huit jours. Certaines pistes naturelles passèrent juste le mois, la Coupe du Monde et les Gouilles frôlèrent le hors-jeu et on prenait Barthélémy au péril de ses skis. Quand on annonça enfin un changement de temps la deuxième semaine de mars, je dédiais deux articles et un profil à l’épisode. Encore une fois les nouvelles neiges posées sur un vieux substrat se déclenchèrent facilement et partout, les minages complétèrent le travail autour des stations, la nature resta piégeuse assez longtemps. Une météo agréable permit de profiter de la montagne une bonne semaine avant un belle série de perturbations, il est tombé 179 cm à 2500m en mars, mais jamais assez pour envisager la réouverture des retours en stations, les pistes à Sorebois restèrent ensuite parfaites jusqu’à fin avril et au-delà. La plus haute couche fut mesurée le 16 avril au matin, dernier jours d’ouverture de la saison, avec 164 cm. Nous ne nous sommes pas découverts d’un fil en avril, le bilan final de 578 cm de cumul au 30 place l’hiver 2023 au-dessus de la moyenne, principalement grâce aux apports des deux derniers mois. Je note deux incursions de poussières du Sahara, la première au 24 février n’a fait que troubler l’atmosphère, celle du 30 mars a laissé une belle strate brune dans le manteau. En station à 1700 m la couche n’a dépassé les 30 cm que le 15 mars avec un éphémère 36 cm, pistes de ski de fond et patinoire ont vécu une petite saison, heureusement la piste de luge du SwissPeak a été enneigée artificiellement pour la première fois. Nous avons maintenu des pistes ouverte pour les sportifs jusqu’au 14 mai, je rédige ces conclusions le 15, l’expérience semble bonne. Les températures sont restées fraîches et les précipitations abondantes, malgré ces apports le manteau neigeux diminue rapidement, le printemps s’impose doucement mais fermement. Lien vers le rapport climatologique hiver 2023 de MétéoSuisseLien vers la feuille de calcul incluant les mesures de tout l’hiverLien vers l’album public Hiver 2023

L’arête des Gardes à Bordon le 30 avril, il reste beaucoup de neige en montagne, les coulées de printemps seront impressionnantes mais le ski de randonnée certainement possible tardivement.

Quelques réflexions très personnelles, c’est mon blog après tout; d’abord on nous annonça une terrible crise énergétique due à de multiples facteurs dont la guerre à l’est. J’imaginais des économies drastiques dans les stations, ce que les médias et spécialistes annonçaient à grands discours. Il ne s’est rien passé, les mesures d’économie sont restées minimes, nous n’avons jamais manqué d’énergie malgré l’augmentation des coûts, les clients étaient nombreux et il fallait les satisfaire. Cette crise des mots a énormément enrichi les fournisseurs d’énergie au détriment de tous, riches et pauvres, un détail pour les premiers une catastrophe pour les autres car tous les biens de consommation ont suivi. Je pense qu’à l’avenir, au moins jusqu’aux centrales à fusion, il faudra consommer moins pour offrir de belles glissades à nos hôtes. Les retours en stations par exemple devraient attendre que les conditions soient propices à leur ouverture, plutôt que de brûler des quantités invraisemblables de courant et de mazout pour de piètres résultats. Si les scientifiques et les statistiques montrent que l’hiver commence à 2000 mètres, concentrons-nous sur ces altitudes tout en gardant la possibilité de skier plus bas quand la nature le permet. Mon travail se situe entre la donne naturelle et l’industrie du tourisme, je constate ainsi la chance insolente de notre région qui investit à la limite du surendettement; nous avons reçu 243 cm de neige l’hiver 2011, pareille situation peut se reproduire, ne l’oublions pas dans notre course en avant.

Je mets en exergue cette photo du futur Espace Weisshorn qui sera en fonction l’hiver prochain. Un nouveau restaurant qui changera toute la dynamique de la station, et devrait drainer une nombreuse clientèle hiver comme été. Rendez-vous en novembre…

Les records 2023

Pas de quoi s’étonner des records de vent ni de froid cette saison, aucune valeur ne s’approche du podium de ces 24 derniers hivers. Je rappelle que seule la plus belle rafale d’une perturbation et les plus basses températures d’une période froide entrent en compte. Les vrais records seraient une fois de plus à chercher dans les températures positives, mais c’est l’hiver que je souhaite observer, pas le réchauffement dont tout le monde parle. Le sol a gelé en début de saison avant d’être protégé par la neige, et je suis moins terrifié par l’avenir quand je note au moins un mercure sous les -20° pendant l’hiver.

Suivent : -16.7° le 07.02.2023 à 08h00, -16.8 le 23.02.2023 à 18h30, -16° le 15.03.2023 à 08h00, -14.8° le 10.01.2023 à 08h30, -13.1° le 20.11.2022 à 01h30

Les vents n’ont pas cassé la baraque, même pas 120 km/h sur la plus haute marche c’est petit. J’ai gardé la troisième place à une rafale du 27 mars, le front était clairement séparé de celui qui emmena le coup de vent record quatre jours plus tard. Nous avons évacué deux fois la station à cause du vent, notre magnifique télécabine tout neuf supporte moins bien les tempêtes que l’ancien téléphérique.

Suivent : 73.7 km/h WNW 292° le 20.11.2022 à 22h30, 73.7 km/h WNW 292° le 20.11.2022 à 22h30, 66.6 km/h NW 310° le 23.11.2022 à 19h00.

La couche 2023

Un hiver poussif marqué par de hautes températures à chaque épisode neigeux, ce qui créa le contraste entre Sorebois et le village sous les minimas historiques. Les mesures faites sous 2300m sont sous les moyennes, alors que le carré de mesures à 2500m fait grimper la moyenne calculée depuis l’an 2000 à 537,5 cm.

A l’approche de Noël nous avions pu ouvrir toutes les installations, dans la misère pour les naturelles. Ce sont les précipitations des 23 et 24 décembre ( 23+44cm) qui permirent des pistes parfaites pour les fêtes. En station et sous 2200m les pluies ne laissèrent que flaques et neiges détrempée. Une deuxième série de crachins du 17 au 19 janvier sauvèrent la saison qui firent dépasser brièvement le mètre de couche. Il ne tomba ensuite plus rien de sérieux avant mars, la couche d’un mètre le 11 connu son maximum le 16 avril avec 164cm. Avril resta frais, nuageux et dépassa le mètre de précipitations pour placer le cumul saisonnier à 578 cm. La station de Mottec mesura pour la période 350 mm de précipitations liquides.

Je mesure jusqu’au 30 avril, un beau dimanche ensoleillé le matin avec d’abondantes précipitations en soirée. Il y avait environ 30 cm de fraîche le premier mai, nous aurions passé les six mètres mais bon… Le passage du 31 mars au 1er avril emmena la même quantité de neige; coïncidence marrante comme la neige à Noël, la météo connaît-elle notre calendrier ?

04.11.2022 = 06cm, 05.11.2022 = 08cm, 10.11.2022 = 03cm, 14.11.2022 = 10cm, 15.11.2022 = 04cm, 16.11.2022 = 03cm, 17.11.2022 = 02cm, 18.11.2022 = 18cm, 21.11.2022 = 04cm, 22.11.2022 = 08cm, 24.11.2022 = 06cm, 26.11.2022 = 02 cm, 29.11.2022 = 02cm, 30.11.2022 = 08cm, Total novembre = 82 cm

05.12.2022 = 02cm, 09.12.2022 = 02cm, 10.12.2022 = 11cm, 11.12.2022 = 06cm, 13.12.2022 = 03cm, 16.12.2022 = 07cm, 22.12.2022 = 03cm, 23.12.2022 = 23cm, 24.12.2022 = 44cm, 27.12.2022 = 09cm, 30.12.2022 = 04cm, 31.12.2022 = 04 cm, Total décembre = 118 cm

09.01.2023 = 14cm, 10.01.2023 = 18cm, 12.01.2023 = 06cm, 13.01.2023 = 02cm, 15.01.2023 = 03cm, 16.01.2023 = 05cm, 17.01.2023 = 13cm, 18.01.2023 = 06cm, 19.01.2023 = 12cm, Total janvier 79 cm

05.02.2023 = 02cm (grésil), 23.02.2023 = 07cm, 27.02.2023 = 04cm, Total février 2023 = 13 cm

08.03.2023 = 04cm, 09.03.2023 = 18cm, 10.03.2023 = 04cm, 11.03.2023 = 36cm, 12.03.2023 = 14cm, 14.03.2023 = 17cm, 15.03.2023 = 16cm, 20.03.2023 = 09cm, 24.03.2023 = 04cm, 25.03.2023 = 11cm, 26.03.2023 = 04cm, 27.03.2023 = 18cm, 28.03.2023 = 07cm, 29.03.2023 = 05cm, 30.03.2023 = 5cm (sablés), 31.03.2023 = 07cm, Total mars = 179 cm

01.04.2023 = 32cm, 02.04.2023 = 02cm (grésil), 03.04.2023 = 02cm, 08.04.2023 =04cm, 12.04.2023 = 12cm, 13.04.2023 = 13cm, 14.04.2023 = 06cm, 16.04.2023 = 10cm, 21.04.2023 = 11cm, 24.04.2023 = 12cm, 25.04.2023 = 03cm, Total avril 107 cm

Cumul hiver 2023 depuis le 1er novembre 2022 = 578 cm

La nébulosité 2023

J’estime la nébulosité en pourcentage de ciel occupé par des nuages à Sorebois tous les matin à 8 h, on peut vérifier sur l’historique de la webcam de la Vouarda. Cette saison j’ai constaté 51 matin de grand beau temps, 62 jours mitigé avec moins de 50% de nébulosité et 67 jours nuageux avec plus de 50% de nébulosité. Parmi eux, 39 jours de grand beau temps à la nébulosité de moins de 10% et 51 jours complètement bouchés. Notez l’exceptionnelle première quinzaine de février, en deuxième quinzaine la colonne mitigée domine grâce à 4 jours notés à 10% de nébulosité, le minimum de la catégorie. Donc un février exceptionnellement ensoleillé, le reste de la saison bien mélangé. En 2022, je notais 81 journées de beau temps, 66 en 2021. Nous avons vécu un hiver un peu moins ensoleillé que la moyenne :

Le danger 2023

Une saison au stress moyenne pour les patrouilleurs, les principaux apports de neige sont arrivés chaque fois sur des substrats anciens faciles à déclencher ce qui, paradoxalement, facilite le travail et élimine rapidement le danger. Le 24 novembre, le SLF produisit un bulletin national qui plaçait la région en danger limité, j’ai pris note sans interpréter la manœuvre. Le premier bulletin régional selon la formule habituelle est tombé le 6 décembre avec un degré faible qui augmenta à 2 limité le 7 sans apport de neige. Ce sont 146 estimations du danger qui furent publiées jusqu’au 30 avril dont 18,5 jours en degré 1 faible, 66 en degré 2 limité, 54,5 en degré 3 marqué et 7 en degré 4 fort. 9 jours étaient placés en degré 1 le matin puis 2 suite au réchauffement diurne, du 14 au 22 février. Il n’y a que le 19 avril qui vécut une augmentation du 2ème au 3ème degré de danger pendant la journée. L’addition donne un taux de de stress du patrouilleur de 342, loin du record de 395,5 établi en 2019. J’ai commencé à calculer ce barème en 2015, hiver très tranquille avec 242 point6, nous avons donc vécu une saison moyenne. Cette méthode d’évaluation pas du tout officielle correspond bien à mes impressions, je la maintiendrai.

C’est un hiver tardif, pas de bulletin en novembre, et le février le moins dangereux de l’histoire récente. Ce n’est qu’après le 9 mars que le niveau s’est élevé dans notre région. Cette saison le SLF émettait des niveaux intermédiaires pour chaque degré de danger, cela se traduisait par des -, = ou + ajoutés au degré dans le bulletin d’avalanches. Je n’ai pas suivi le débat des spécialistes ni répondu à l’enquête de satisfaction de l’institution. Je n’ai pas utilisé ces intermédiaires dans mes notes quotidiennes mais les ai partagées sur les réseaux. Le concept est intéressant, affine l’interprétation du bulletin et favorise la discussion si ce n’est les disputes. Au quotidien dans les station on sort les panneaux de danger au degré 3, pas au 2+, et le domaine freeride ouvre au degré 2, pas au 3- même si certains docteurs s’en servent pour argumenter leur analyse avant d’enjamber nos filets. Quand ils ne les piétinent pas. Notons aussi qu’une progression du 3+ au 3= puis au 3- nous permet d’anticiper la régression en danger 2, ce que nous faisions assez bien au pifomètre autrefois. Mon avis est que si le SLF décide de garder l’an prochain ces niveaux intermédiaire ce n’est pas grave, et que s’il les abandonne ce n’est pas grave non plus.

Avril 2023

Un début en fanfare pour ce mois d’avril, je mesurais 32 cm sur la planchette à 2500 m le 1er au matin, une douzaine de cm blanchissaient Zinal, la région était en danger 4 fort. On prévoyait un dimanche ensoleillé le lendemain, avec gros débarquement de freeriders affamés; ce fut un samedi de minage intense avec des résultats mitigés. Les forts vents d’ouest de la veille avec la rafale record de la saison à 117 km/h avaient laissé de belles congères derrière les arêtes. Sur un domaine régulièrement miné où la plupart des avalanches de fond s’étaient déclenchées les semaines précédentes, nous notions les coups positifs sur les pentes extrêmes, amorcées par le minage des corniches. Les meilleurs résultats s’obtenaient dans les expositions nord, avec une surprise sous l’arête de la Corne au point d’ancrage de la Noire à Etienne où une avalanche massive traversa les deux premières digues sur une pente régulièrement purgée et skiée. Je ne connais pas la montagne malgré mes trente saisons. Le 2 au matin nous montions à 6h pour fignoler le travail et tirer les gazex dans les Gardes à Bordon, j’ai tenté de filmer les explosions depuis Sorebois, il y avait de belles accumulations qui laissaient espérer des images spectaculaires. Cette vidéo de qualité médiocre restera hélas dans le blog, pour la science, difficile de faire deux choses à la fois. Le trépied tremblait au vent, sans parler du son affreux, moi je commandais les gazex au chaud sans m’apercevoir du problème.

Les températures sont restées relativement fraîches en début de mois, le mélange soleil-vent-froid magnifiait le paysage. Zinal organisait les championnats de Suisse OJ dans d’excellentes conditions , les remontées fusionnées depuis dix ans de Grimentz-Zinal dépassaient pour la première fois le demi-million de journées skieurs, nous profitions de la montagne et du ski dans une belle ambiance. Un régime du nord frais entretenait la neige et nos soucis d’avalanches ont suivi l’avis du SLF qui décréta un danger limité dès le 6. Un front chaud les 12 et 13 effaça les vieilles traces en ajoutant 25 cm a un cumul qui atteint la moyenne; nous avons fait quelques minages de vérification en amont des tronçons menacés par les corniches, mais rien n’atteint les pistes. Le 16, dix centimètres cachaient la planchette et je notais la plus haute couche de la saison avec 164 cm bien tassés, on les aurait rêvés en décembre…

La saison de ski s’est terminée le 16 sur un week-end mauvais le samedi et mitigé le dimanche, nous avons rangé la station lundi. Le printemps s’installa lentement, les températures grimpèrent jusqu’à déclencher le 20 de belles et bruyantes coulées sur les Gardes, rien ne partait du sommet, j’observais des déclenchements sous 2800 m pas plus haut. Le 26, un fort refroidissement (-16° à la Corne le matin) stabilisait la menace. Deux jours plus tard à la même heure au même endroit, le mercure indiquait 0°…

Les remontées mécaniques ont tenté cette fin de saison d’entretenir quelques pistes pour permettre aux teams de s’entraîner jusqu’au 14 mai. Je remonte donc tous les week-ends pour les entraînements de 6 h à midi, l’ambiance est sympa et j’ai pu suivre l’enneigement jusqu’en fin de mois sans me référer aux sondes. Il a plu abondamment jusqu’à 2600m samedi 29 tout était annulé, par contre dimanche matin les pistes étaient béton comme ils aiment sous un ciel dégagé. On annonçait une perturbation carabinée pour le 1er mai avec une trentaine de cm de fraîche à 2500 m, j’ai vécu cette journée près du poêle dans mon mayen. Mes mesures se terminent le 30 avril, 180 jours où je note et publie chaque matin les mesures du vallon. Pour la comparaison, mes hivers restent dans la période où la neige est utile aux stations, donc malgré l’intérêt ma saison s’est terminé le 30 avril avec un cumul le 578 cm, mais nous aurions passé les 6 m en comptant le 1er mai.

Des pistes d’entraînement parfaites le 30 avril à 10h30.

la feuille de calcul avril 2023 résumée sur le graphique ci-dessous clôt les mesures de cet hiver 2023. Avril s’est révélé frais et neigeux avec -6.8° en moyenne de tous les matin à 8 h à 2900m et 105 cm de cumul. Du côté hivernal des normes mais rien d’exceptionnel, nous aurons confirmation dès publication du bulletin climatologique de MétéoSuisse. Le printemps bien engagé en vallée s’est ralenti, il faut de la chaleur pour booster la croissance des plantes. La saison de randonnée s’annonce belle et longue, il reste beaucoup de neige en montagne.

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Mars 2023

Nous avons rattrapé en mars le déficit hivernal, en neige au-dessus de 2200 m comme en eau plus bas. Nous avons mesuré 179 cm de cumul à 2500 m et 117.4 mm de précipitations liquides à Mottec, plus du double de la norme. La situation initiale du mois et la première période perturbée sont décrits dans les deux articles précédents, je survolerai pour m’attarder sur la deuxième quinzaine. Exceptionnellement, je publie en première image le graphique qui résume la feuille de calcul mars 2023; la ligne bleue montre la couche à Sorebois, Les colonnes grises la nébulosité et les bleues les précipitations journalières. Mars à clairement sauvé notre fin de saison et constitué un bonne réserve d’eau en montagne pour alimenter sources et rivières ce printemps. Un soulagement au regard de la sécheresse de l’été passé.

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C’est également du travail pour ceux qui transforment la montagne en parc d’attraction, patrouilleurs, machinistes et employés des remontées mécaniques, mais quel plaisir de pétrir une matière première qui commençait sérieusement à manquer. Après la première série de perturbations, la plupart des pentes autour du domaine skiable ne causaient plus de soucis, elles étaient purgées, impraticables ou stabilisées. Un réchauffement spectaculaire le 17 déstabilisa le manteau en place sous 2200m, on observait des avalanches mouillées de talus et quelques véritables coulées dans les pentes raides, les plus fracassantes au niveau bruit n’ont pas débordé des cônes au fond des couloirs des Gardes. Il restait beaucoup de pentes dangereuses en haute montagne, dès le 16 de vastes avalanches spontanées se déclenchaient, un grand coup de froid le 20 accompagné d’un apport d’une dizaine de cm stabilisa une situation tendue. Pas de victime dans la région malgré les imprudences.

Moiry le 16 mars 2023 à 13h, déclenchements à distance par des randonneurs sur l’itinéraire du col de Torrent.

Les précipitations reprirent le 24, MétéoSuisse nous promettait une fin de mois agités. Nous craignions des complications, les déclenchements de neige poudreuse en altitude qui emportent de la neige lourde et mouillée en aval sont particulièrement dangereux. La tempête nous força à évacuer la station le 26 vers 14h, comme souvent les pires vents précédaient une magnifique éclaircie, nous nous retrouvâmes sous le soleil et le calme une fois les clients évacués à 16h. Le 27 au matin, 37 cm s’étaient accumulés sur la planchette en trois jours et le SLF plaçait la région en danger 4; mais 4- moins, on en reparlera. Nous avons alors procédé à l’essentiel du minage à skis et aux Gazex, puis achevé le 28 par le minage hélico et quelques fignolages sous un ciel parfait. Nous avions atteint le mètre de couche le 9 pour ne plus passer dessous, toute cette poudre reposait sur un fond parfait, ce très frais mardi 28 (-14.8° à la Corne) fut magique. Le lendemain les perturbations étaient de retour avec un front chaud, les vents tournèrent au sud-sud-ouest et amenèrent un couche de 5 cm fortement mêlée de sables du Sahara pour la première fois observable cette saison. La photo ci-dessous a été prise pas Denis au départ de Durand, qui les a nommées « roulettes de neige ». les boulettes formaient des colimaçons aux couches délimitées par les sables en surface. Dame Nature doit réunir plein de paramètres pour créer ces merveilles éphémères.

Une « roulette de neige » le 30 mars à Combe Durand 2420 m.

Malgré les perturbations, le soleil de mars entretint une sensation de temps de gibouleux plus qu’hivernal avec d’agréables moments de soleil et des températures faciles. Le rapport climatologique mars 2023 de MétéoSuisse ne me contredit pas. Le dernier jour du mois fait l’objet d’une rétrospective sur leur blog, un épisode très intéressant qui garantit à mars une place sur le podium des vents avec un 117 km/h WNW le 31 à 16h. Une histoire que je terminerai en avril…

Bilan des neiges du 8 au 15 mars 2023

Il est tombé 109 cm de neige fraîche à Sorebois 2500 m du 8 au 15 mars, la station de Mottec a enregistré 61 mm de précipitations liquides sur la période. Cet épisode plus que bienvenu permet au cumul saisonnier de dépasser les 4 mètres, la couche a atteint 140 cm à Sorebois et brièvement dépassé les 30 cm à Zinal 1700 m le 15, mais les températures jouant au yoyo, c’est souvent la pluie qui s’est imposée sous 1800 m.

Le 10 mars à 9h, il tombe des pizzas sur le futur Espace Weisshorn à 2700m.

Les vents ont oscillé du sud au nord-ouest, la plus belle rafale est restée sagement à 95 km/h W 266° le 9 mars à 0h30, rien d’exceptionnel, néanmoins suffisant pour déplacer pas mal de neige. Côté températures je note surtout le +11.6° à Zinal le 13 à 14h, on mesurait au même instant +3.4° à la Corne de Sorebois 2900 m.

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Quelques images du radar montrent les épisodes intenses, le premier laissa 14 cm, l’épisode principal vendredi accumula 36 cm, le magnifique front de lundi une première mesure à 17 cm auxquels on doit ajouter 16 cm mesurés mercredi matin.

Comme prévu, les premières neiges ont déclenchées largement, le minage du 12 purgea au terrain les pentes, les principales spontanées sont nées de ruptures de corniches, par minage plus bas dans le terrain. Après ces premiers résultats et jusqu’au retour des précipitations lundi 13, nous avons entretenu les pentes autour du domaine ouvert sans gros résultats. En formation à Blatten, j’ai malheureusement raté le spectaculaire minage par hélicoptère du mercredi 15 et dois me contenter des images qui m’ont été transmises. Au final, nous avons procédé à 14 tirs de Gazex le 12, les patrouilleurs ont jeté 375 kg de Tovex et le minage par hélico du mercredi a répandu 500 kg. Ce sont donc 875 kg d’explosifs qui ont été nécessaires pour sécuriser un mètre de neige fraîche tombé en 8 jours. Je note que les pentes déclenchées le 12 on majoritairement gardé leur neige ensuite, que la plupart des morceaux restants ont été déclenchés par minage et parfois sous les skis des freeriders le 15, que l’épisode sauve la couche d’une chute sous le minimum historique pour la saison. Je nourris d’amers regrets de n’avoir pu filmer le minage hélico du 15, il est rare d’avoir le soleil à l’heure d’un minage à coup sûr positif, c’eut été magnifique avec mon matériel, mes trépieds et mon drone. Merci aux copains qui ont filmé avec leurs smartphones, Laeti, Mathieu et Titi. Les photos intéressantes sont ajoutées à l’album public de la saison.

MétéoSuisse publie un bilan de l’épisode au niveau national sur son blog de plus en plus intéressant et réactif, celui du slf est plus centré sur la problématique des avalanches. Ces prochains jours, les températures prendront l’ascenseur, le soleil de mars contribuera à déstabiliser la neige restée en place. La montagne sera très dangereuse et les situations difficiles à estimer, soyez prudents !

Situation au 7 mars

Après une période exceptionnellement calme, MétéoSuisse nous annonce un changement radical de temps pour la semaine à venir. Ce mardi « marquera la transition vers une situation d’ouest dynamique faisant affluer vers les Alpes de l’air océanique humide et graduellement plus doux » selon MétéoSuisse, on peut s’attendre a 80 mm de précipitations d’ici dimanche, pluies jusqu’à 2200 m en fin de période et vents à plus de 100 km/h. La situation, similaire a celle des 23 et 24 décembre, est décrite dans cet article du blog de MétéoSuisse. La lune sera pleine mardi à 13h42, au tout début de l’épisode, elle se vengera certainement de cet article qui niait ses effets sur les phénomènes météo.

Prévisions du 6 mars 2023 à 20h.

La couche est de 80cm à Sorebois, sa composition au plat est décrite précisément dans l’article précédent. Au village, je mesure 10 cm avec des variations allant de rien à 30 cm entre les zones ensoleillées ou ombragées. A toutes les altitudes, les expositions NW à NE sont en gros sel, les zones fréquentées présentent une surface qui supporte les skis, à pied on s’enfonce profondément. Sous 2200 m les pentes ensoleillées sont dures, puis différemment croûtées selon l’exposition et l’altitude. Plein sud, les pentes sont dénudées jusqu’à 2700 m, j’ai photographié les premiers tussilages à Sorebois ce 6 mars. Dimanche 5 sous un ciel parfait mais légèrement laiteux, j’ai effectué un état des lieux par drone.

Vue générale de Sorebois direction sud-ouest.

Le vent d’ouest formera des accumulations dès les premières précipitations, la plupart des pentes NW à NE devraient se déclencher spontanément assez rapidement. Sous 2500m, les premières neiges tiendront sur un substrat gelé, l’altitude des pluies en fin d’épisode sera cruciale. Les pentes SW a SW très skiées devraient supporter la couche mais ne résisteront certainement pas au minage. Si le scénario météo se confirme, des avalanches déclenchées en poudreuse se mélangeront à la neige lourde en basse altitude. Les coulées en vallée seront puissantes mais devraient rester dans les les couloirs et les digues quasi vides. Nous pouvons attendre des avalanches puissantes jusqu’en vallée, puissent ceux qui « connaissent la montagne » rester sagement dans les zones sécurisées.

Profil au plat du 5 mars 2023

J’ai effectué ce profil de 11h à 12h30 près du carré de mesures à Sorebois. De la neige de plus d’un mois jusqu’à 80 cm, un manteau qui subit plusieurs fois de grandes variations de température. J’ai eu du mal a définir les cristaux de certaines strates, de belles faces planes avec des angles arrondis, je pense que le manteau s’est humidifié en profondeur mi février pour réamorcer depuis dix jours une métamorphose constructive. Mais je pense trop sans savoir.

La couche posée au sol est fondante sur le terrain, puis très compacte et dure sur une dizaine de cm, les cristaux sont progressivement liés mais je ne retiens qu’une strate née des neiges de novembre.

On trouve ensuite de beaux cristaux sur une couche fragile a coup sûr restée sèche, aucun angle n’est arrondi. Les précipitations des 9 à 11 décembre.

De 23 a 58 cm se retrouve la perturbation de Noël, une neige abondante surmontée d’une partie à la limite de la pluie. Les deux couches sont évidentes bien que similaires, si j’interprète bien la couche très humide est devenue moins dure après deux mois d’évolution..?

Puis les neiges de janvier surmontées d’une croûte compliquées, un morceau resté en surface un bon mois jusqu’au 23 février. Suivent des flocons qui n’ont connu que le froid, de beaux cristaux chapeautés par une croûte certainement née du vent. Enfin une légère décoration de givre de surface favorisé par ces dernières nuits claires.

Février 2023

Je me demandais après un janvier trop calme qui de la neige ou du chaud reviendrait en premier, ce furent hélas des chaleurs exceptionnelles pour la saison qui s’installèrent du 10 au 25. D’un point de vue nivologique peu à dire, 13 cm de fraîche en février, des températures de +5° à 3000 m, c’est une catastrophe climatique. Le 5 au matin je notais les 2 premiers cm du mois, du grésil composé de grains de 2 à 3 cm rapidement remodelé par des vents modérés mais soutenus du SE, la pointe à 55 km/h 157° du 7 au matin sera la plus violente de février. Les pistes artificielles sont restées excellentes et les machinistes ont réalisé des exploits pour sauvegarder les tronçons naturels, nous avons profité de bonnes conditions de ski sous un soleil généreux, les vacanciers sont venus nombreux et nous battons une fois de plus les records de fréquentation. Je décrirai donc un peu moins la neige, un peu plus les événements qui ont marqué la période. Pour commencer une heureuse rencontre le 3 février, alors que je balisais la piste de l’Aigle qui ouvrait le lendemain, un gypaète se dirigea droit sur moi et me survola à quelques mètres. Une photo ajoutée à l’album public Hiver 2023 libre de droit comme les autres, je ne revendique pas la propriété des beautés que Mère Nature offre à notre contemplation.

La Latta le 3 février à 11h.

L’unique canon à enneiger la piste de l’Aigle est alimenté par un torrent qui ne permet même pas son plein rendement, seul le mur noir bénéficie de neige de culture. Les températures ont dépassé les normes du 10 au 25, l’ensoleillement acheva les accès à la piste que nous avons pu maintenir ouverte du 4 au 19. Beaucoup d’efforts et d’énergie pour peu de temps, la piste du Chamois sur Grimentz, entièrement naturelle, n’a pas tenu dix jours. A l’élévation des températures, nous avons observé quelques avalanches de printemps sur les faces exposées, le 13 déjà la plupart des couloirs des Diablons s’étaient déclenchés, symboliquement, sans ampleur, même sur le très pentu couloir de Barneusa sur Mottec. Des mesures affolantes, +7.3° à la Corne de Sorebois 2900m le 14 à 13h, +6.6° le 20 à la même heure, avec un enneigement habituel, nous aurions connu de nombreux problèmes en période de haute fréquentation.

Les Diablons le 13 février à 16h15.

Le secteur dit de la « Coupe du Monde » à Combe Durand est très exposé, la terre s’est rapidement mélangée à la neige accélérant encore la fonte. Nous avons tenté de miner deux pentes qui se déclenchent souvent vu leur déclivité. Pas pour les sécuriser cette fois, mais pour tenter d’apporter un peu de neige sur la piste ce qui ne réussit que très partiellement. Une languette noirâtre ne déposa qu’une vingtaines de m3 sur la piste. C’est le seul et unique minage de ce mois de février, nous économisons au moins sur les explosifs et les heures d’hélicoptère.

Combe Durand le 21 février, suite au minage de la veille.

Un regard sur la vallée nous transportait en avril, les villages entièrement dégagés de neige, quelques restes sur les alpages, et une impression de sécheresse. L’hiver 2022 déjà trop clément présentait le même paysage mi-mars, ce qui nous inquiétait déjà. Un front froid apporta 7 cm le 23, les températures retrouvèrent les normes de saison et le manteau neigeux se figea. Un autre crachin le 27 eut pour particularité d’indiquer une dizaine de cm aux stations automatiques de Tracuit et d’Orzival, alors qu’a Sorebois, la planchette comme les pistes étaient juste recouvertes de 4 cm. Peut-être quelques congères sous les capteurs ?

Anniviers le 21 février à 12h30

Des papillons traversent les cols en direction de l’ouest dès les hautes températures, habituellement en mars. Je note chaque année la première observation, le 11 février cette saison. Je connais mal les insectes, il me semble que ce sont des petites tortues, si quelqu’un peut m’expliquer la raison de leurs migrations hivernales… Fait remarquable, nous avons observé deux frontales qui traversaient les Gardes à Bordon le 11 vers 20h, sur le parcours du chemin d’été. C’est un exploit encore jamais réalisé qui se reproduisit deux jours plus tard. Ce secteur est un des plus avalancheux du pays, les couloirs n’offrent aucun échappatoire et les coulées sont fréquentes en toutes périodes. Une corniche a encore cédé le 28 entraînant la neige jusqu’en fond de vallée. La montagne est tracée de partout, les randonneurs jouent leurs vies sans aucun discernement, on s’habitue. Mais là c’est le pompon. Les 24 et 25, le paysage était laiteux d’un faible quantité de sables remontés du Sahara pour la première fois de l’hiver.

La couche de neige oscilla autour des 80 cm à 2500 m, elle passa de 24 à 14 cm en station. Une longue période de métamorphose constructive depuis le 20 janvier transforma tous en gros sel, puis les hautes températures et le rayonnement découvrirent les faces ensoleillées jusqu’à 2500m. La couche subit une métamorphose de fonte en profondeur avant la chute des températures en fin de période. Je ferai un profil de la zone de mesures rapidement, trouvez d’ici-là mes mesures sur la feuille de calcul février 2023 résumée dans le graphique ci-dessous. J’attends les bulletin climatologique de MétéoSuisse qui décrira certainement le février le plus chaud de l’histoire jusqu’à l’année prochaine. Une blague qui ne fait plus rire personne tant on peut souvent la placer.

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Janvier 2023

Avec leurs vœux beaucoup de journaux annoncèrent le premier de l’an le plus chaud de l’histoire, 1.5° à la Corne et 8.6° à Zinal à 13h pour la référence locale. Pas génial pour la neige mais une montagne belle et agréable pour notre très nombreuse clientèle, la station a battu les records de fréquentation. Les circonstances climatiques sont favorables à Grimentz-Zinal, mais la nature a besoin d’un hiver, cette année plus que jamais. On annonça un changement à la fin exacte des vacances, j’envoyais le drone faire un tour du domaine le samedi 7 janvier. On distinguait encore bien les avalanches des 23-24 décembre, le jeu des prochains minages sera de déclencher sur les morceaux restants.

Sorebois le 7 janvier à 11h30.

Nous avons reçu 32 cm les 9 et 10 du mois, comme prévu nous n’avons obtenu quelques résultats que sur les résidus de neige ancienne et sur les accumulations au sud-est des petites arêtes des versants nord. Jusqu’à la deuxième digue sur Coha du Bla sur le film ci-dessous, seules véritables avalanches de l’épisode. Mais quel bonheur cette neige sur un fond sécurisé enfin assez épais, nous avons retrouvé la joie de skier. Les températures sont restées excessive jusqu’au 16 quand nous avons perdu 10° en 24 h, nous allions ensuite continuer dans les normes de janvier. Le 10 était en degré 4 justifié par le mystère, le premier tour de minage effectué nous ressentions un trois bien tassé, rien ne risquait d’atteindre la vallée.

Du 16 au 19, de petites perturbations du nord-est apportèrent la quarantaine de cm qui emmenèrent la couche vers le mètre, seuil du bon ski à Sorebois. Quelques minages en amont des routes du Chiesso et de Barthélémy suffirent à sécuriser le domaine, le minage hélico du 19 garantit l’accès aux Plats de la Lée et termina la sécurisation. Les courants s’orientèrent N-NE pendant plusieurs jours, un froid glacial accentué par la bise s’installa, un record saisonnier à -21.2° s’établit le 21 au lever du jour.

Minage par hélico des Gardes de Bordon le 19 janvier à 8h, du moyen.

Le 19 je mesurais 102 cm à 2500 m, 42 cm à 2300 m et 28 cm à Zinal, l’enneigement n’est favorable qu’en altitude. Nous avons ouvert les pistes de fond, les patinoires ont profité des températures, les stations ont un air d’hiver malgré le peu. Les matins découverts et les températures extrêmes ont fortement transformé la neige, tout n’est que gros sel, même la neige travaillée a du mal à se lier. Le contact entre les corniches et les arêtes rocheuses s’est littéralement défait sous l’effet de la métamorphose des neiges de contact, certaines ont cédé entrainant des nuages de poudres plus émouvants que dangereux en haute montagne. Cet espace exagérément pourri entre arêtes et corniches a aussi été remarqué côté Bendolla. Le 26 j’envoyais le drone faire un point de la situation avec deux photosphères, une à 3000 m en amont de la Corne de Sorebois et l’autre à 2600 m en amont de Tsarmettaz. Le paysage renifle la neige ancienne, des traces partout, des champs de bosses, un relief accentué et des expositions sud déjà dégarnies sous 2300 m. Après un travail insensé, nous avons ouvert la piste du chamois samedi 28, pour quelques jours… Tout est ainsi en place pour les prochaines neiges si…

Moiry le 27 janvier, le lac a gelé autour du 15.

La feuille de calcul janvier 2023 est illustrée par le graphique ci-dessous, janvier est vraiment séparé entre une moitié tiède et une moitié fraîche. Au final nous somme exactement dans la moyenne des cinq dernières années, comparaison faite avec les températures à 8h, la couche est la moyenne du mois. Pour résumer les conditions à l’approche de février : 22cm de gros sel à Zinal, 85cm de gros sel à Sorebois. Reste a voir qui de la neige ou de la chaleur reviendra en premier. En plus du résumé du mois sur le blog de MétéoSuisse, je partage le lien vers cet horrible article sur les effets de la pleine lune; faut-il vraiment casser tous les mythes?

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Décembre 2022

Début décembre, nous avions suffisamment de neige de culture pour préparer le centre du domaine; les premiers clients, surtout des ski-clubs, profitèrent de l’ouverture anticipée le samedi 3 après deux reports. L’Immaculée Conception marqua l’ouverture saisonnière du secteur Sorebois, Bendolla suivit le 17. La montagne était douce et belle, pas grand chose à dire sur la neige si ce n’est que le peu en place se métamorphosait en gros cristaux. Le SLF publia un premier bulletin régional le 7, histoire d’être prêt pour le front froid du 10 qui laissa une quinzaine de cm à 2500m et blanchit la vallée dès 800m. Cette perturbation du NW entraîna un froid glacial qui plaça le record saisonnier à -19.7° le 11 à 7h, jusqu’à -27° en surface de la neige. Un manteau fin, un sol tiède et de grands froids accélérèrent la métamorphose constructive.

Anniviers le 11 décembre 2022 vers 11h.

On peut critiquer l’enneigement artificiel, il permet la survie voire l’essor économique de notre vallée en garantissant la saison touristique. La fréquentation des stations montre le besoin d’espace et d’évasion des citadins laborieux, leurs déplacements entre plaine et montagne inquiète bien plus mon œil d’écolo que la production de neige. Nous retenons l’eau pour la transformer en électricité, nous utilisons au passage un peu des deux ressources pour garantir l’attractivité touristique du pays. Que ceux qui critiquent présentent leurs bilans.

La météo se rétablit bien vite, nous approchions des fêtes sans pouvoir envisager l’ouverture des pistes naturelles quand le miracle de Noël se produisit : un front chaud très actif avec d’abondantes précipitations approchait, mais avec une limite pluie-neige entre 2000 et 2500m. Le déluge s’abattit le 23 décembre, je mesurais 23cm au matin, 44cm de plus le 24, mesures à 2500m. Les pluies rincèrent la montagne jusqu’à 2200m, jusqu’à 2400 en fin d’épisode. Au final, il subsista moins de 30cm de neige mouillée au départ du Chiesso à 2260m mais nous avions assez de matière plus haut pour préparer les pistes naturelles avant le rush des vacances de Noël. Au matin du 24, nous avions 96cm de neige lourde à 2500m, un manteau détrempé sous 2400m, des congères formées par trois jours de vents d’ouest modérés mais réguliers. Le tout posé sur un substrat d’une trentaine de cm de gros sel.

Nous skiions sur des œufs au minage du 24, des plaques énormes se déclenchaient à notre approche au-dessus de 2500m. Plus bas, tous les talus se détachaient facilement sous le poids d’un manteau détrempé, seules les faces exposées au sud et dégarnies de couche de fond et les faibles pentes gardaient le nouvel apport. L’épisode coûta peu en bombes, les zones de tir se déchargeaient à notre approche. Un minage tendu et impressionnant, avec de forts tassements sur les pentes moyennes et de nombreux départs sous nos skis. Les 25 au retour d’une bonne visibilité, nous constations que la montagne était purgée et qu’il ne restait plus grands risques dans la périphérie du domaine skiable. Le SLF plaça la région en degré 4- les 23 et 24, puis en 3+ marqué le 25 ce qui m’a semblé judicieux. Les nuances apportées aux degrés de danger par les symboles -,= et+ dans les bulletins d’avalanches feront l’objet d’un article prochain, je me laisse quelques mois pour apprécier la nouveauté. Niveau ski, nous avons apprécié quelques virages au-dessus de 2600m, dans une neige lourde et peu profonde d’où dépassaient de nombreux cailloux. Par contre cette neige bien tassée et les pentes purgées feront un substrat idéal aux prochains apports.

Le 24 décembre même les petits talus habituellement inoffensifs menaçaient.

Puis revint le beau temps, la vallée se remplit lundi 26 et les domaines skiables de Sorebois et Bendolla dépassèrent les 9500 skieurs le mercredi 28, un record. Une période faste pour nos stations d’altitude, au détriment des domaines situés sous 2200m. Pas de pistes de ski de fond, mais quelques possibilités de faire de la luge et des patinoires ouvertes. Il manquait clairement une petite touche hivernale dans les villages pour ces fêtes de fin d’année. Fin décembre, nous avions passé les 200cm de cumul, toujours au point de mesure à Sorebois 2500m. La feuille de calcul Décembre 2022 est résumée dans le graphique ci-dessous. Encore une fois, comme le démontrera certainement le bulletin climatologique de MétéoSuisse à paraître, ce dernier mois d’une année trop douce n’a fait que confirmer une réalité. Les stations devront s’y adapter ou périr.

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Bonne année 2023 !

Notre monde est en mutation. La société change depuis trois siècles sous l’impact des nouvelles technologies et de la recherche d’un vivre-ensemble convainquant; il y eut des guerres, des révolutions, des changements profonds dans notre mode de vie. Depuis peu, la démographie, les technologies et l’utilisation massive des énergies fossiles touchent l’ensemble de la planète, le vivant, les courants atmosphériques et océaniques, le climat, nous sommes assez lourds pour faire basculer la planète. Souhaitons pour 2023 qu’individus et nations sauront faire taire les égos, pour atteindre une harmonie possible et souhaitable entre tout et tous. Il est si beau, ce monde où nous ne faisons que passer…

Retrouvez les photos de la saison sur l’album public Hiver 2023

Novembre 2022

Un novembre frustrant quand on attend la neige, ou du froid pour en produire. La perturbation des premiers jours du mois ne laissa rien, celle du 4 ouvrit une liste de quatorze crachins dont le plus beau afficha 18cm sur la planchette à 2500m le 18. Au total, le cumul du mois de 82cm laissa pour débuter décembre une couche d’une bonne trentaine de cm au-dessus de 2300m. Deux chiffres supérieurs à l’an passé, mais pas de quoi ouvrir la moindre piste. Ce sont les températures plus que la stérilité des perturbations qui marquèrent cette période grisâtre et tiède, 8° à la Corne 2900m le 11 du 11 à 14h30. Le 12, je montais à Nava en véhicule, la perturbation du 18 marqua le tournant de l’hiver, les températures se rapprochèrent des valeurs saisonnières et la production de neige put commencer sérieusement. Des équipes s’entraînaient le 23 sur l’arête de la Corne, les ouvertures anticipées du domaines furent reportées à décembre.

La production bat son plein le 24 novembre sur la Noire du Col.
Le 27 à 10h30, les équipes de compétition se disputent le terrain.

Le 24 à 9h, Lentin annonça le première avalanche sur les Gardes à Bordon. Le cumul des crachins et le vieillissement de la couche de fond engendraient les premières ruptures en haute montagne, aucun danger dans la périphérie du domaine. Le SLF émet un bulletin national en cas de dangers, puis régional quand l’hiver est bien installé. J’archive le degré de danger dans mes mesures journalières dès la publication du bulletin quotidien, mais au matin du 24 j’interprétais un degré 2 limité après lecture d’une publication ambigüe du SLF. Notez que depuis de nombreuses années, le pdf de la situation régionale est téléchargeable sur ce lien très pratique.

« Avalanche dans les Gardes ! », annonça Lentin le 24 novembre à 8h55.

Des mesures de neige dès le 4, des températures de saison depuis le 18, l’hiver s’est installé lentement. Une micro tempête le 20 plaça le curseur des records à -13.1 et 73.7 km/h à la Corne. Le bulletin climatologique novembre 2022 de MétéoSuisse décrit un énième mois trop doux et trop sec, une lecture plus attentive confirme l’impression générale pour notre beau Valais; le onzième novembre le plus chaud depuis le début des mesures, 1.4° en trop à Sion et 89% de l’ensoleillement par rapport à la norme 1991-2020. Ma feuille de calcul novembre 2022 résumée dans le tableau ci-dessous montre l’excès de nébulosité, les températures trop douces jusqu’au 18 et de nombreuses mais faibles précipitations dans le vallon de Zinal.

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Hiver 2023 – Situation initiale

Sorebois depuis Lyrec le 2 novembre 2022 à midi.

Encore un record, octobre s’avère le plus chaud depuis le début des mesures selon MétéoSuisse, même au niveau mondial. Lassant et tout doucement inquiétant, nous vivons du ski, l’annulation des courses à Zermatt pose des questions sur notre industrie, je lève un sourcil. Donc pas grand chose à décrire dans cette situation initiale, l’hiver n’a eu encore eu aucun effet sous 3000m. Au-dessus les précipitations des premiers jours d’octobre laissent la montagne blanche, la neige n’a plus quitté les revers. De belles précipitations du 20 au 24 ont mouillé le terrain qui n’a évidemment pas gelé, même dans les couloirs nord. On nous annonça une première véritable offensive hivernale pour le dernier jours du mois, avec grosse chute des températures. Je décidais d’attendre pour noter la situation initiale de ce millésime.

Températures à Mottec du 28 octobre au 3 novembre 2022

Le tournant s’est effectué la nuit d’halloween, l’ambiance était fraiche pour la Toussaint. Mais les quelques flocons tombés jusqu’à 2000m n’ont pas survécu au retour du soleil. A l’heure de la traditionnelle photo de Sorebois reportée au 2 et par drone, plus rien de blanc, quelques résidus sur les couloirs N-E tout au plus. Au-dessus de 3000m la neige commence à s’accumuler, une vingtaine de cm, plus de 30cm au-dessus. On peut s’attendre à des départs faciles dans les Gardes à Bordon aux véritables premières précipitations qui sont annoncées pour les jours prochains. Les températures permettront de commencer l’enneigement artificiel.

Vue sud depuis Lyrec le 2 novembre 2022
Vue nord depuis Lyrec le 3 novembre 2022

J’ai passé mon trentième hiver à Sorebois, dont 17 au service de sécurité. L’hiver 2023 sera le quinzième décrit dans ce blog qui a subi un gros remaniement cet été. Le transfert des articles depuis blogger n’a pas été sans mal, mais on retrouve toutes les publications malgré quelques problèmes de mise en page, la perte de médias et de quelques liens. Les méthodes de mesures ne changent pas, on peut faire mieux mais la longueurs des séries permet les comparaisons, je garde le système initial, explications au bout du lien. Sur le compte Tweeter @annitrek retrouvez les mesures journalières, @sorebois transmet le danger d’avalanches dans le vallon, les mesures et les articles sont regroupés sur ce blog. J’entre en service lundi 14 novembre, d’ici-là les observations sont faites depuis Zinal et les stations automatiques, sans négliger le coup de fil aux copains qui travaillent en montagne quand la situation est confuse. Comme de coutume je nous souhaite un hiver enneigé, des genoux bien solides, et toute la chance qu’il faut quand on travaille entre Dame Nature et les touristes.

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