Articles par Manu Zufferey

Fin de saison abrupte

24.03.2020  –  La décision est tombée le vendredi 13 mars, tous les domaines skiables du pays devaient fermer immédiatement pour éviter la propagation du coronavirus. Les employés des remontées mécaniques et de l’école de ski sont montés lundi 16 pour ranger le matériel de protection et de balisage. Nous avons délaissé un domaine skiable parfait avec 160cm de neige bien tassée au point de mesure à 2500m et 34cm en station à 1700m.

Barrage à l’entrée des Plats de la Lée.

Communiqué du service de sécurité de la commune d’Anniviers : Les chemins pédestres hivernaux, les sentiers raquettes, les rando parc ne sont plus ni sécurisés, ni surveillés. Les pistes de ski de fonds, par exemple les Plats de la Lée à Zinal, ne sont plus ni sécurisées ni entretenues, le balisage a été retiré, il en est de même pour les domaines skiables. Il est absolument nécessaire que les personnes qui souhaitent faire des randonnées en peau de phoque, raquettes, s’informent sur le danger d’avalanche. Ces personnes doivent connaitre le milieu alpin,  elles doivent avoir les connaissances suffisantes et le matériel adéquat. Ces sorties se font sur la base de la responsabilité individuelle de chacun.

En clair, les règles de la haute montagne « libre » s’appliquent sur ce qui était le domaine skiable, les piste de ski de fond des Plats de la Lée, les chemins pédestres et raquettes.  Au-delà des barrages et sur tout le territoire, plus rien n’est fait pour protéger les itinéraires contre les dangers de la montagne. De plus, les hôpitaux étant saturés et le personnel soignant mis à rude contribution, il serait malvenu de mobiliser les moyens des systèmes sanitaire et de sauvetage pour une imprudence.  

Depuis la fermeture générale du 14 mars, les conditions printanières sont, hélas, idéales pour la randonnée. Les hautes températures mouillent la neige la journée et le ciel nocturne dégagé fige le manteau. En-dessus de 2200m, la quantité de neige ne permet pas à l’humidité de pénétrer en profondeur, la masse reste stable. Jusqu’à 2600m, les pentes exposées au sud sont dégagées, souvent purgées par les minages près des domaines skiables. 

Jusqu’en début d’après-midi, le danger d’avalanches maintenu sur deux limité dans la région est quasi nul. Aucune avalanche notable sur les Gardes de Bordon où seules quelques chutes de pierres ont attiré mon attention. J’ai cessé de publier les mesures le matin sur Twitter, vous pouvez les retrouver directement sur la feuille de calcul mars 2020 régulièrement mise à jour. Je surveille le jalon de Sorebois avec le drone, les autres mesures sont disponibles via des stations en ligne et la webcam de la Vouarda. Les cabanes de haute montagne sont fermées, y compris les locaux d’hiver dans bien des cas. A Tracuit par exemple, seul un local de secours pour les personnes blessées ou perdues sera accessible. 

Le centre du domaine skiable fermé, le 18 mars à 10h. 

Confiné dans mon mayen je ne peux me plaindre, le temps est un luxe dont je profite avec bonheur. Reste à digérer cet énorme gâchis, et à lever les doutes sur le traitement des employés saisonniers souvent négligés par le système. Le magasin du village est bien alimenté, aucun produit ne semble manquer, je souhaite aux anciens venus se réfugier dans leurs résidences secondaires un printemps doux et ensoleillé

Si l’hiver rappelle son bon souvenir, Zinal et la montagne en général seront bien moins confortables. Retrouvez les pages internet officielles sur la gestion du coronavirus : la page de la confédération, celle du canton du Valais, et celle de la commune d’Anniviers, et daté de ce jour ce mot diffusé par Anniviers Tourisme.

La Chine, l’Italie, le Tessin, un premier cas dans le Haut-Valais… J’ai vu arriver la crise avec une totale nonchalance, comme on regarde des informations lointaines au téléjournal. La décision de fermeture du domaine skiable m’a désarçonné. Dix jours plus tard le monde est à l’arrêt, même Trump commence tout doucement à entrevoir le problème malgré son système nerveux centralisé près des hanches. L’autorité élue a repris un pouvoir abandonné depuis longtemps à l’économie. Beaucoup l’avaient bien dit après coup, mais seul Bill Gates criait au loup sur les dangers d’une épidémie mondiale il y a quatre ans. L’humanité fait silence, les machines qui sillonnent et polluent la planète sont en pause. Seuls les chasseurs de l’armée s’en donnent à coeur joie depuis trois jours, histoire de détendre l’atmosphère je présume. Espérons que les hommes profitent de cette pause forcée pour réfléchir, et changer ce qui doit l’être.

Février 2020

Février confirme sa réputation de mois des tempêtes, avec quatre événements remarquables. Différents organismes s’amusent à nommer les phénomènes atmosphériques, cette page wikipédia recense les tempêtes hivernales en Europe. Pour résumer, Petra nous a occupé les 3-4-5 avec une rafale à 133.9 km/h 321°, puis vint Ciara les 10-11-12 avec un record saisonnier à 137,5 km/h 315°, suivie de près par Ines dans la nuit du 13 au 14 et son modeste 109.1 km/h 290° qui n’entrera même pas dans le palmarès. Bianca clôt le mois avec un 124.6 km/h 304° le 27 à 20h. Comme les transports à câbles sont impactés dès 60 km/h, j’ai aussi recensé un 62.3 km/h 311° le 17, 67.3 km/h 280° le 20, 62.3 km/h 268° le 23. Saupoudrez les frasques d’Éole de quelques 135cm de neige pour comprendre les 8 minages dont 2 par hélicoptères et les 9 tirs de Gazex nécessaires pour sécuriser le vallon. Ce qui représente 1455kg de Tovex, et 471 explosions. Pour ceux qui aiment les chiffres… 

Les vents à la Corne 2900m en février 2020. Cliquez pour agrandir.

Ramenons le propos un peu plus à droite du cerveau; nous nous demandions après chaque tempête où se cachait la neige. Les arêtes et les bosses pelées par le vent laissaient une montagne à l’aspect dénudé, mais à y regarder plus près, des vallons avaient disparu, des pentes semblaient raccourcies. Les aspérités nivelées laissaient de grandes surfaces lisses à la place des terrains tourmentés. Comme nous minons au sommet des pentes, nos résultats restaient moyens. Nous avons dépassé le mètre au point de mesure le 3, Sorebois est toujours excellent à skier dès cette marque. En station à 1700m par contre, la couche oscillait autour des 30cm. Pour cause, malgré une météo dynamique, nous avons vécu le troisième février le plus doux depuis le début des mesures. La photo de Sorebois ci-dessous prise par drone le 9 montre déjà des pentes magnifiquement enneigées. Une dizaine de jours de beau temps bien répartis offrirent de belles vacances à la majorité. Les remontées ont fermé plusieurs jours de tempête, les stratèges semblent toutefois satisfaits de la fréquentation. 

Sorebois le 9 février 2020. Cliquez pour agrandir.

Au niveau des surprises, je retiens cette grosse plaque déclenchée à mi-pente sur les couloirs nord de l’arête de la Corne. La bombe a glissé, la cassure de plus d’un mètre et la quantité de neige déplacée sur ce secteur régulièrement skié m’ont laissé perplexe. Restait-il d’autres pièges similaires autour du domaine skiable?

Les pentes nord de l’arête de la Corne le 5 février 2020. 

Un ciel magnifique permit le minage des quelques 40cm bien soufflés de l’ultime coup de tabac du mois, Bianca, le 28 au matin. J’avais congé et me levais pour filmer les Gardes de Bordon, braqué sur l’avalanche de la Lée, ultime géante échappant aux purges des Gazex. Un résultat moyen mais les images sont belles. Comme la deuxième partie est prise de drone, sans le son, j’ai accompagnée le film d’une version libre de l’Apprenti Sorcier. A retrouver aussi sur YouTube, partage plus facile mais risque de pub.

Pour résumer, un mois tempétueux avec deux épisodes dangereux au début et à la fin, entre-deux des vacances de carnaval à la météo satisfaisante, une neige magnifique,avec de petits apports réguliers. Des températures qui passent du coq à l’âne sans toucher d’extrêmes, -2.2° au plus chaud et -16° au plus frais à la Corne à 8h00. Retrouvez les mesures sur la feuille de calcul février 2020 que résume le tableau ci-dessous.

Cliquez pour agrandir.

Enneigement 2000-2019

Mesure du cumul de neige avec une règle verticale devant un paysage alpin enneigé.

Mesures du cumul de neige à Sorebois 2500m, chaque saison d’hiver du 1er novembre au 30 avril :


Hivers 1999-2000 à 2008-2009

1999-2000 = 490 cm 2000-2001 = 580 cm

2001-2002 = 415 cm 2002-2003 = 390 cm

2003-2004 = 608 cm 2004-2005 = 435 cm

2005-2006 = 560 cm 2006-2007 = 457 cm

2007-2008 = 542 cm 2008-2009 = 677 cm

Moyenne 2000-2009 = 515.4 cm

Hivers 2009-2010 à 2018-2019

2009-2010 = 422 cm 2010-2011 = 243 cm

2011-2012 = 669 cm 2012-2013 = 731 cm

2013-2014 = 502 cm 2014-2015 = 514 cm

2015-2016 = 643 cm 2016-2017 = 411 cm   

2017-2018 = 842 cm 2018-2019 = 608 cm

Moyenne 2010-2019 = 558.5 cm

Moyenne 2000-2019, 20 ans = 536.45 cm

Janvier 2020

Après les dernières précipitations du 28 décembre, un temps ensoleillé et doux s’installait pour une longue période sur l’Europe centrale. Dans la continuité du troisième décembre le plus doux depuis le début des mesures, janvier se préparait à pulvériser les précédents records de chaleur. Nous entamions l’année avec une température positive à 2900m dès le matin, un peu plus tard dans la journée, je photographiais la première avalanche de glissement dans la zone exposée au sud du vallon d’Abondance à Bendolla.

Le vallon d’abondance le 1er janvier à 10h20.

Que dire de la suite? Nous avons bien ressenti quelques variations du mercure, avec un minima à -16.9° le 19 à 20h, et mesuré 10cm de neige fraîche le 18 au matin, mais le mois est resté terriblement ensoleillé, doux et sec jusqu’au 28. Le ciel dégagé permettait au manteau neigeux de serrer pendant la nuit, assurant une bonne stabilité de l’ensemble, les faces exposées au sud perdirent rapidement leur couverture jusqu’à 2700m. La neige vieillissante se transformait en profondeur, le 20 déjà la trentaine de cm en station n’était plus que gros sel et se skiait comme de la poudre. Un profil effectué par les répondants locaux du SLF le 24 janvier dans le secteur des Italiens montre une vingtaine de cm de gobelets surmontés d’une couche dominée par des grains à faces planes. Nous nous attendions à des déclenchements faciles au retour des précipitations. Je ne publie pas directement ce profil sous copyright du SLF, je contourne…

Le 27 au matin, de magnifiques nuages lenticulaires sur le Weisshorn
annonçaient la fin de la période anticyclonique.

Dès le 26, enfin, le baromètre chuta et MétéoSuisse annonça le retour tant attendu des perturbations et des précipitations. Je mesurais les 12 premiers cm le 28 au matin, chiffre peu représentatif car troublé par des courants d’ouest qui culminèrent à 124km/h vers 6h du matin. Éole s’est mêlé de l’ensemble des mesures de la période, les quelques 60cm cumulés avant le grand minage du 30 sont néanmoins représentatifs de ce que nous avions sous les skis. Le danger monta rapidement en degré 3 dès les premières précipitations pour atteindre un 4 justifié le 29 suite aux 34cm bien tassés mesurables sur la planchette au matin. La couche à Sorebois dépassa le mètre, on trouvait encore plus de 40cm à Zinal malgré le gros réchauffement du 31. L’éclaircie du 30 permit de constater que la plupart des pentes s’étaient spontanément purgées pendant la tempête, le minage ne fut spectaculaire que sur les Gardes de Bordon où subsistaient de belles plaques déclenchées par hélico.

Minage des Gardes de Bordon le 30 janvier 2020 au petit matin.

La montagne est belle et nos jours agréables durant ces longues périodes ensoleillées et douces, mais la succession de records de douceur commence à faire sérieusement flipper. On ressort les travaux de James Hansen qui publiait dans les années 1980 un scénario de réchauffement hélas vérifié quarante années plus tard. Insuffisant pour que la majorité suffocante impose une certaine décence aux plus gros pollueurs. On retrouve une description de ce mois de janvier particulièrement doux et ensoleillé sur le blog de MétéoSuisse et le rapport climatologique janvier 2020 par la même institution interprète le même air sur une mélodie plus chiffrée. En suivant ce  lien vers la feuille de calcul janvier 2020 vous pouvez consulter les données résumées sur le diagramme ci-dessous.

Janvier 2020 dans le vallon de Zinal. Cliquez dessus pour agrandir.

Décembre 2019

Avec une trentaine de cm de neige à 2500m et des températures plus fraîches, les premiers jours de décembre inaugurèrent une certaine ambiance hivernale. Lundi 2 vers midi, les nuages se dissipaient lentement, les cristaux en suspension dans l’air donnaient au soleil un air d’improbable soucoupe volante de lumière. Une zone anticyclonique nous accompagna ensuite jusqu’au 9 du mois, quand une situation d’ouest entrouvrit l’espoir d’avoir quelques pistes naturelles à préparer pour Noël.

Le soleil du lundi 2 décembre.

Du 9 au 14, quelques 70cm de neige s’accumulèrent sur la planchette sous un régime d’ouest, qui tourna franchement nord-ouest avec force et régularité les deux derniers jours de l’épisode. La plus belle rafale atteint les 130km/h le 14 au matin, plaçant haut le record saisonnier provisoire. Ce jour-là, la station est restée fermée, nous avons tenté de monter au Col miner l’amont de la piste noire et, curieusement, les bombes glissaient jusqu’en fond de pente. C’est le machiniste qui déclencha la coulée en ouvrant la route en amont plus tard en soirée. Nous étions impressionnés par la taille et la neige déplacée par cette avalanche, qui traversa largement la piste et remplit la digue de protection du Chiesso. 

Avalanche déclenchée par une machine le 14 en soirée.

Je mesurais une cassure de 2m, la neige était homogène, fortement tassée et très dure ce qui explique le glissement des bombes. Lors de la tentative de minage sous des vents à 130km/h, nous estimions notre position. Par mauvaise visibilité, on se retrouve facilement en aval de la zone de rupture, il vaut mieux laisser une belle marge de sécurité. Dans cette tempête, un sauvetage eut été extrêmement compliqué voire impossible sans mettre en danger d’autres patrouilleurs. Le 15, un minage par hélico permit l’ouverture des derniers secteurs et des Plats de la Lée.

La cassure perpendiculaire à la pente mesurait 200cm exactement.

Suivit une semaine de foehn régulier, sans excès, sans soleil ni neige. Les arêtes et bosses exposées au vent du sud étaient pelées, la neige entassée dans les combes au fond des pentes. En observant le domaine de haut, on pouvait se demander où elle était passée. Dès le 21, un chapelet de perturbations d’ouest nous envoya la neige commandée au Père Noël. Au 28, j’avais mesuré 110cm de fraîche judicieusement tombée, à point pour ouvrir les dernières pistes avant la grosse semaine de vacances. 

Les vents de décembre 2019 à la Corne de Sorebois 2900m.

Ce sont deux périodes de précipitations entraînées par des courants du nord-ouest qui sauvèrent notre début de saison. Leur traitement nécessita un peu plus de 500kg d’explosifs et deux grands minages en hélico les 15 et 25. Les Gazex des Gardes de Bordon on purgé les pentes le 23, je consacrerai mon prochain article à cette installation. Nous avons entamé l’anticyclone de Noël avec une couche de 80cm à 2500m et de 40cm en station, vous pouvez retrouver toutes les données du vallon sur la feuille de calcul Décembre 2019. Je note que deux freeriders se sont fait paqueter dans des avalanches qu’ils avaient déclenché, bien équipés, ils furent sauvés par leurs camarades. Dans les deux cas, ils ont défloré des secteurs juste avant le passage de l’équipe de minage qui ne peut pas être partout. Les stations ont cartonné pendant les fêtes. Au niveau Suisse, ce mois fut un des décembres les plus chaud depuis le début des mesures selon le le bulletin climatologique décembre 2019.

Décembre 2019, cliquez pour agrandir.

Novembre 2019

Novembre 2019 s’est montré décevant, moins que l’an passé quand les températures et l’ensoleillement ne permirent même pas la production de neige artificielle, mais plus frustrant. Les nombreuses perturbations ont déversé leurs précipitations sur l’ouest et le sud des Alpes, le val d’Anniviers n’obtenant que vents et nuages. Heureusement, les températures permirent la fabrication de neige artificielle et les équipes purent s’entraîner à Sorebois le 12 novembre déjà. Principal coupable de nos déboires, le foehn déversait toute son humidité sur les flancs sud du massif, pour ne laisser que son souffle sec et puissant traverser nos contrées.

Vents à la Corne en novembre 2019. Cliquez pour agrandir.

Au 10, une trentaine de cm étaient tombés sur nos montagnes, mais les températures et le vent n’allaient laisser qu’un peu de neige dans les pentes nord. La tempête de foehn du 14 plaçait le premier record saisonnier à 112.7 km/h 143° SE, mais découvrit toutes les pentes et bosses exposées au Sud; rebelote du 22 au 24 quand le courant du SE ne transporta pas la moindre goutte d’humidité au delà de l’arête sud des Alpes, alors que le Tessin et les Grisons enregistraient des records d’enneigement pour la période. Dès le 25, les vents tournèrent à l’ouest, emmenant des perturbations qui allaient cette fois déverser leur précieuse neige en Savoie, dans le Bas-Valais et les préalpes. Nous avons quand même reçu une trentaine de cm pour donner un air d’hiver à nos montagnes.

Quelques moyennes mesurées en novembre ces trois dernières années.

Avec 15 jours de mauvais temps et des températures moyennes assez basses, le millésime 2019 nous a laissé frustrés de neige. Nous avons néanmoins pu produire la couche de fond artificielle qui promet des pistes parfaites jusqu’en fin de saison sur le centre du domaine. le bulletin climatologique novembre 2019 de MétéoSuisse montre des températures supérieures de 0.3° à la norme au niveau national, et un déficit de lumière de près de 40% au Sud des Alpes. Le SLF publiait un premier bulletin d’avalanches le 14, nous étions en degré 2 puis en 3 le 16 déjà. Nous avons passé huit jours en degré 3 sans que la moindre possibilité d’avalanche n’existe pour la région, du moins en-dessous de 3500m. Au-delà, nous n’avons constaté aucune coulée. La crédibilité du bulletin est malheureusement discutable pour toute la période.  

Cliquez pour agrandir.

Je commence ma 11ème saison de mesures dans le vallon. Avec les photos, la descriptions des événements et les stats du service de sécurité, j’obtiens une bonne vision de l’évolution de nos hivers. Si le graphique tiré de mes feuilles de calcul semble barbare, je pourrais d’un coup d’œil résumer le mois qu’il illustre. Pour plus de précision, suivez le lien vers la feuille de calcul novembre 2019.

La Noire du Col le 30 novembre.

Pour l’anecdote, la seule avalanche constatée s’est produite le 30 novembre sur la Noire du Col. Une trentaine de cm de poudre avait recouvert les tas de neige à canons. La reprise de la production rajouta une neige massive et cohérente sur cette couche faible, le passage d’un skieur déclencha la plaque. Rien de dangereux, c’est le vent et une accumulation de glace qui plièrent la perche au fond de la coulée.

Bonne année 2020

C’est le drone qui est allé rencontrer le premier rayon du soleil de l’année pour mes vœux de Nouvel An. La photo est prise à 3350m d’altitude au-dessus de la Barthélémy à 8h35, Bonne année, bonne santé, et beaucoup de bonheur pendant ce nouveau tour du soleil.

Les mesures sur Twitter

Cet article a été remis en page en 2025 pour archivage. Il n’est plus du tout d’actualité, la plupart des liens sont périmés.

Je publie du 1er novembre au 30 avril la situation météo du vallon de Zinal sur le compte Twitter Annitrek. J’avais choisi ce média pour sa simplicité, je retranscris ensuite les données sur une feuille de calcul. Ceux qui veulent en profitent et je peux facilement partager sur la barre latérale de ce blog. Explications :

La température à Zinal 1700m : Les données de la station automatique de Mottec sont libres d’accès et très complètes. Mais plus froide que les flancs car près de la rivière, je lui préfère ma station Netatmo à 1725m en rive droite en amont de la Tsoucdanna. Les abonnés Netatmo peuvent la consulter.

La température à Tracuit 2600m est fournie par la station neige consultable sur les pages du SLF, la température en surface est sur le même graphique. Elle est en réalité à 2589m mais je veux pas chipoter tous les matins. Elle donne surtout une mesure de la neige très similaire à Sorebois.

La température à Sorebois 2900m est prise à la station vent de la Corne. La température n’est pas accessible au public, vous pouvez consulter la petite soeur installée par les parapentistes dans le col. Les données sont cohérentes mais la station dort la nuit. L’Humidité Relative de l’air est aussi prise depuis l’accès professionnel à la station du SLF. Quand je note des vents W>10km/h, comprenez une tendance avec des rafales entre 10 et 15km/h. Entre 15 et 20 j’aurai noté >20… L’essentiel est que je me comprenne!

J’estime la nébulosité en % du ciel occupé par les nuages entre 8h et 8h30 à Sorebois. La station de Mottec donne l’ensoleillement, le rayonnement, l’accès professionnel à Tracuit aussi. Les webcams de la Vouarda et de Sorebois donnent une excellente vue des conditions en direct. Une des deux fonctionne presque toujours…

Je cultive une zone protégée à Sorebois 2500m entre l’arrivée du téléski de Remointze et celui de Tsarmettaz. Elle donne des mesures de neige très pertinentes pour le domaine skiable, les données suivent bien la station de Tracuit située à 2600m. Les stations automatiques mesurent mal le cumul, nous devons travailler avec des données très locales sans contrainte technologique. Nos chers collègues, et néanmoins voisins, disposent de la station neige d’Orzival. Située dans un creux vite rempli par les vents, elle donne la mesure commerciale du domaine skiable.

Le Danger d’Avalanches publié sur le compte Twitter Sorebois provient du bulletin d’avalanches du SLF. Le service de sécurité local peut élever ce danger, il ne le baissera jamais. Notez que j’avais réservé ce compte Twitter pour les remontées mécaniques tellement je trouvais le truc génial. Ils n’en ont pas voulu.

Ci-dessous une carte interactive des lieux des mesures. J’ai regroupé les graphiques et liens intéressants pour le vallon de Zinal sur une page de mon site http://www.annitrek.ch/meteo-et-neige Je suis pas sûr d’avoir le droit de faire ça sur une page publique ya un copyright. Mais c’est bien pratique… Je n’utilise pour mes mesures que des stations automatiques que je peux consulter en cas d’absence. Mes collègues surveillent alors la zone protégée de Sorebois. Ainsi, un accident de n’importe quelle sorte ne compromettrait pas un ensemble de mesures qui entre dans sa 11ème saison.

 

Hiver 2020 – Situation initiale

06.11.2019   On prévoyait une brève accalmie entre deux perturbations actives le 1er novembre au matin. L’air délavé était limpide. Comme je tenais à participer aux cérémonies de la Toussaint, si si, j’ai envoyé le drone prendre l’habituelle photo de Sorebois au premier jour des mesures. De l’hiver 2020 déjà!

Le Sorbier du chamois, face à l’immensité à l’entrée du village.

Il ne reste rien de la neige d’octobre en-dessous de 2900m, même les couloirs ombragés sont nettoyés par les pluies. Le terrain est détrempé en profondeur. La neige au-dessus date principalement de la perturbation du 15 octobre, journée pluvieuse en vallée, je mesurais alors 33mm en 24h. Au matin du 16 la station était juste blanchie, Tracuit annonçait 24cm confirmés par les employés de Sorebois. Les températures sont fortement remontées en fin de mois, on nota jusqu’à 8° le samedi 26 à 15h à la Corne. Difficile d’appréhender l’état de cette neige résiduelle, je l’imagine tassée par le chaud puis durcie par le retour du froid; au contact du sol, la métamorphose construit certainement de gros cristaux.

Depuis le 2 novembre, un chapelet de perturbations entraînées par des courants d’ouest nous gratifie de précipitations modérées, tout de même 29mm en 6 jours, et surtout d’une baisse significative du mercure en montagne. Trop tard pour geler le terrain, désormais protégé par la neige fraîche il restera mou et boueux tout l’hiver. Rappelons qu’il n’a gelé qu’une fois ces onze dernières années, l’hiver 2016-2017 quand la neige n’arriva que début janvier. Je mesurais ce matin 3cm à Zinal, 13cm à 2500m et une trentaine de cm dès 2700m. Ces perturbations ont laissé plus de précipitations sur le Chablais, le St-Bernard et les Préalpes, les zones de précipitations s’amenuisaient à mesure qu’elles s’enfonçaient dans le massif. 

Le froid permet la production de neige dès 2500m, les remontées espèrent ouvrir une partie du domaine artificiel au public le week-end du 16 novembre. Ils y croient assez fort pour engager du personnel hivernal, mes vacances s’achèvent. Je me réjouis de retrouver les lattes, l’été fut sportif et équilibré, je suis en pleine forme rien ne grince. Le bonheur commence par l’absence de douleur, c’est valable au travail. Nous allons vivre la dernière saison du téléphérique Zinal-Sorebois qui sera remplacé l’été prochain par un luxueux télécabine. Si je compte bien elle sera ma 27ème saison d’hiver complète, dont deux à l’école de ski. Je me réjouis du changement mais appréhende une saison émotionnellement riche, si les murs de Sorebois pouvaient parler…  

Le Sorbier du chamois, face à l’immensité à l’entrée du village.

Du côté des signes, j’ai noté un été pauvre en insectes; certains jours de bronzette je me demandais même ce qu’ils étaient devenus. Le seul nid de guêpes rencontré se cachait malicieusement dans un carton, gros sprint, une seule piqûre au bras. Le sorbier que je photographie tous les automnes est normalement chargé, la photo trompe il reste des feuilles. J’ai fait beaucoup de bois.

les situations initiales des onze derniers hivers  Hiver 2009   Hiver 2010   Hiver 2011   Hiver 2012   Hiver 2013    Hiver 2014   Hiver 2015   Hiver 2016    Hiver 2017   Hiver 2018   Hiver 2019

 

Eté 2019 – L’été du drone

30.10.2019    Quel gosse de la génération Top Gun et Supercopter n’a pas rêvé d’un jouet volant? On ne confiait pas aux enfants les avions et hélicos télécommandés, chers et délicats à piloter. Je touchais la quarantaine quand les batteries au lithium, les moteurs sans balais et la miniaturisation permirent la fabrication de drones efficaces à des prix raisonnables. La marque Dji propose depuis 2018 un modèle grand public capable de photographier en 20 mégapixels, de filmer en 4K et de tenir plus de 20 minutes en vol, le Mavic Pro 2. J’ai craqué.

Le 24 juillet à 7h30, au-dessus de la mer de brouillard.

Le drone est avant tout une caméra volante, les images sont belles et autant stables que sur trépied. On peut l’envoyer par curiosité pour simplement voir ce qui se passe, comme ce matin bouché de juillet quand je me demandais où se situait le plafond nuageux. Je suis en phase d’apprentissage, l’album public été 2019 est déjà constellé de photos aériennes, je vais essayer de faire quelques montages avec les images maladroitement filmées cet été. Je pense mieux exploiter l’énorme potentiel de cet outil l’hiver prochain. Ci-dessous un premier essai, le rendu a saccadé certains clips, j’étais un rien mystique au montage, certainement la beauté des images. Merci Mylène!

Nous avons vécu un été météorologiques facile malgré un printemps persistant. Mai s’est montré pluvieux avec quinze jours de précipitations et un mercure assez frais. Le peu de neige restant en vallée fondit rapidement mais les alpages mirent du temps à verdir, un redoux permit d’alper normalement à Nava le 15 juin. La suite fut estivale avec deux épisodes caniculaires fin juin et début juillet qui mirent les médias en émoi et achevèrent la fonte des neiges de l’hiver en haute montagne. Des précipitations régulières mais modérées évitèrent les interdictions de feu et maintinrent une nature luxuriante, hélas trop tard pour permettre une fenaison abondante. J’ai par contre observé des bourgeons terminaux de 70cm sur de jeunes mélèzes, de 30cm sur les aroles et les épicéas. Les forêts que je fréquente ont profité du climat, les champignons étaient normalement abondants. La deuxième moitié du semestre fut régulièrement arrosée, l’écosystème du vallon de Zinal semble avoir vécu un été profitable pour toutes les espèces. Au final et d’après le bulletin climatologique été 2019 de MétéoSuisse, nous avons vécu le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Les vendanges furent normales, les vignes familiales touchées par la grêle en août produisirent la quantité et la qualité demandée sans plus, la récolte nécessita un long tri des grappes touchées par un orage très localisé. Le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid ont profité d’une météo clémente. Pas d’orage terrible ni de catastrophe à signaler, espérons que 2018 reste exceptionnelle.

En automne sur le sentier raquettes des Clautis.

Les rongeurs profitent du nouveau climat, les écureuils prolifèrent, j’ai piégé une quantité étonnante de souris et autres musaraignes. Les rapaces suivent la tendance, les grand corbeaux aussi semble-t-il. Je n’ai rien observé de remarquable chez la grande faune, si ce n’est une période de rut du cerf particulièrement bruyante et facile à observer dans les Gardes de Bordon. La contradiction habituelle entre la nécessité de protéger en imposant des réserves et autres zones interdites, et l’échec des chasseurs à réguler le gibier, devient exaspérante. En .pdf le bilan de la chasse haute par les services cantonaux. Je suis bientôt le dernier à ne pas l’avoir aperçu, le loup occasionna de gros dégâts, il semble que les éleveurs de moutons aient décidé d’abandonner notre vallon. Là aussi, le paradoxe entre le dépit paysan et le soutien citadin aux chiens sauvages laisse perplexe. Chaque apparition de la bête provoque l’hystérie, on se réjouit de la voir former des meutes, la « gestion du loup » coûte,  pollue, et son apport dans la régulation est discutable. Qu’importe l’élevage local, nos ministres sont fiers d’avoir signé un accord commercial avec l’Amérique du sud qui produit abondance de viande à un coût écologique dont on se fout, c’est loin l’Amérique. Nous enverrons les chomeurs débroussailler les alpages pour prévenir les avalanches…

Le 31 août aux prémices du rut, quand on se fout des drones… Cliquez pour agrandir.

Je conclus ce résumé de l’été par un aveu, j’ai taquiné mes voisins avec mon nouveau drone. Les mâles de toutes espèces sont moins craintifs, chevreuils et boucs semblent plus curieux qu’apeurés par le volatil mécanique jusqu’à une dizaine de mètres. Le cerf est inapprochable en dehors de la période du rut, j’ai alors survolé un groupe sans provoquer de réaction mais n’ai pas insisté. Les chevrettes fuient au bruit, l’approche des chèvres de chamois alerte rapidement la surveillante qui donne l’alerte à une trentaine de mètres. Les marmottes se cachent à longue distance, je n’ai pas taquiné les bouquetins. On sait que le gypaète et l’aigle tolèrent mal les intrus dans leur espace aérien, chaque décollage provoque l’hystérie des casse-noix, le corbeau s’approche, observe puis repart. J’ai également essayé de poser le drone sur des places préparées, ce qui permet une heure d’observation avant le vol de retour. Mais c’est pas bien de déranger la faune avec un drone, je le ferai plus, promis!

Sainte Greta

Telle Jeanne appelée malgré elle à libérer la France, Sainte Greta abandonna sa vie tranquille, les études et son confortable anonymat pour hurler la plainte de Gaïa devant les hommes.

Partout les jeunes se mobilisent, organisent des marches et des manifestations. Ils font grève, courbent l’école pour protester contre l’inertie de leurs aînés qui leur répondent par le mépris et la moquerie, ultimes arguments des incompétents avant l’autoritarisme et la violence. -« Après la grève ils ont mangé un Mc Do! » -« Ils veulent ranger la planète, ils feraient mieux de commencer par leurs chambres! » -« T’as vu le bordel qu’ils ont laissé après la manif? » -« Elle a mangé dans du plastic! » -« C’est une enfant, elle ne sait rien. » 

Né en 1973, j’ai entendu toute ma vie une petite part de la population, des troubles-fêtes appelés écolos, remettre en question la surexploitation des ressources naturelles, la gestion des déchets et l’impact exagéré de l’homme sur les autres espèces. Avec la guerre en Palestine, c’est une litanie sans fin qui taraude nos sens par tous les médias qui se les disputent. J’ai pris conscience des événement au début des années 80, c’était la guerre froide, les pluies acides décimaient les forêts, nous étions six millions sur le territoire suisse. Quarante ans plus tard le capitalisme à vaincu le communisme, l’essence sans plomb et le catalyseur ont sauvé nos forêts, j’ai 8,5 millions de concitoyens, le Proche-Orient brûle toujours, l’extension de l’économie de marché de l’occident à la planète entière l’a transformée en poubelle. Je ne suis pas négatif, l’exemple des pluies acides et les efforts pour combler le trou d’ozone montrent que nous pouvons agir. On ne l’a pas fait pour le problème climatique, au nom de la productivité, de la compétition, d’objectifs égoïstes. Les politiciens jouent la partie selon les règles en cours le temps de leurs mandats, oubliant leur véritable rôle, adapter les lois aux réalités pour permettre la pérennité du système. Ils ont préféré laisser l’économie de marché submerger le monde, au nom du progrès et de cette pauvre liberté apprêtée à toutes les sauces. Les pires parmi eux font croire à coups d’études et de chiffres que nous pouvons brûler en deux siècles les énergies fossiles sans conséquence, que le réchauffement actuel n’est qu’un cycle. Ces vieux cons ne sauront pas s’ils ont raison ou tort, leurs petits-enfants sauront. Ces petits enfants qui défilent dans les rues au lieu d’étudier pour devenir compétitifs dans une économie mondialisée.

Et l’âme du monde nous envoie Greta, jeune, fragile, innocente comme Jeanne jusqu’à preuve du contraire. Le buzz qu’elle crée suffit à montrer sa vocation prophétique, quel agent « gère son image » pour l’emmener à une telle notoriété? Est-ce sa personnalité seule qui soulève nos jeunes, sa beauté, son éloquence? Je préfère croire en une prophétesse. Arrive ce qui doit, manifestations, progression des partis écologiques et, le plus important peut-être, mise en exergue des comportements nocifs. C’est la clé, clouons au pilori les pollueurs au lieu de jalouser leurs bagnoles! Les mégapoles taxent les véhicules privés pour diminuer les particules. C’est donc les blaireaux en limousines qui polluent les centres-villes, ceux qui conduisent de petites voitures plus écolos ne peuvent plus y accéder. La plupart des partis suisses atterrés par la vague, ou l’hystérie verte pour certains, ne parviennent à imaginer que taxes, interdictions et obligations pour améliorer la situation. Un Lausannois se plaignait des SUV qui intoxiquent sa ville, les places de parc hors de prix ne permettent qu’aux plus aisés de se déplacer en voiture, ils retournent ensuite dormir dans leurs quartiers privilégiés au-dessus du smog. Allons-nous accepter que ceux qui s’accaparent les biens polluent aussi notre air commun? Cet héritier peut-il m’empoisonner parce qu’il peut payer?

Assurément non et non! Sainte Greta doit revêtir son armure et bouter l’injustice sociale loin du débat climatique. Les riches ne peuvent pas plus polluer parce qu’ils sont riches, ils doivent au contraire montrer l’exemple en achetant des véhicules verts encore hors de prix pour le citoyen lambda. Et les vieux cons, les négationnistes du débat écologique, vous qui pensez que votre descendance vous louera pour les biens et la fortune que vous leur laissez, regardez vos petits enfants! Ils gueulent dans la rue, parce que c’est le propre de la jeunesse de se révolter, c’est ainsi qu’elle s’exprime depuis toujours. De toute façon, les écouteriez-vous d’avantage s’ils se contentaient de dialoguer?       

Varallo

Les pèlerins d’Ayer sont arrivés à Varallo ce vendredi 27 septembre après six étapes exigeantes qui les virent franchir quatre cols de moyenne montagne. Ils étaient attendus jeudi au colle della Bottiggia par des membres de la section Varallo du Club Alpin Italien. 

Au difficile colle della Bottiggia, entre Macugnaga et Carcoforo.

La pluie nous a épargné, nous visiterons demain le Sacro Monte, j’allumerai une bougie en l’honneur de Notre Dame des Neiges, sa statue au Monte Moro dominait deux étapes difficiles de notre périple. Nous vivrons ensemble une messe dimanche matin avant de rentrer au pays.

Arrivée des Valaisans au pied du Sacro Monte.

Un grand merci aux pèlerins et acteurs de cette magnifique aventure, en particulier aux chauffeurs bénévoles du bus d’accompagnement. Je publierai avant l’hiver les détails et l’itinéraire du pèlerinage historique des habitants d’Ayer vers le Valsesia.

Le pèlerinage Ayer-Varallo

Un ancien itinéraire menait les habitants d’Ayer en pèlerinage vers le Sacro Monte di Varallo, dans le Valcesia en Italie. Ils effectuaient ce voyage pour obtenir l’indulgence plénière. Etre totalement libérés de la peine temporelle due pour les péchés? Ça valait bien dix jours de marche aller-retour…  En 1986, une délégation rejoignit Varallo à pied pour fêter les 500 ans du Sacro Monte. Dimanche 22 septembre, 12 Anniviards quitteront Ayer pour la première étape du pèlerinage 2019.

Les liens intéressants : Le chemin du pèlerinage effectué par des Anniviardes en 2012 et l’annonce du pèlerinage 2019 sur le 4 Saisons d’Anniviers, le journal local, le Mont Sacré de Varallo sur Wikipédia, et sur le site officiel.

Je m’étais résolu à ne plus accompagner de longs treks, mais je devais un dernier job au village adoré de mes juvéniles vacances: élever à l’ère numérique un pèlerinage mythique. J’ai opté pour une version luxueuse de l’aventure, bus d’accompagnement et nuits en hôtels. Nous profiterons aussi sans complexe du bus et des remontées mécaniques, pour ne pas marcher comme des cons au bord des routes ou sous des câbles.  L’étape qui remonte la vallée de Saas part du pittoresque plateau de Gspon en rive droite, et se termine après un chemin facile dans un hôtel avec spa. J’espère un troisième jour régénérateur avant les étapes du Monte Moro et du Colle della Bottiggia.

Je compte ramener tracés gps, photos et autres renseignements utiles qui seront mis à disposition des pèlerins du futur. Ils pourront ainsi trouver plus facilement le pardon de leurs péchés au Sacro Monte. La vidéo ci-dessous résume les six étapes que nous espérons accomplir vers l’absolution. Aussi sur YouTube, partage plus facile.

Itinéraire vers le Sacro Monte de Varallo.

La fin de l’été

Je dirai des contes et légendes du Valais le vendredi 16 août à la cabane de Sorniot/Fully.

Les dernières visites commentées du vieux village et du sentier nature Zau Zoura à Ayer sont programmées les 2 et 20 août

Les 23 et 24 août, Ayer pour demain ouvre le mayen des Moyes au public. Pour nuit festive le vendredi 23, pour une soirée plus familiale le 24 avec soirée contes et un guitariste.

Un grand merci à ceux qui participent aux activités et animations qui jalonnent la saison d’été, en particulier à l’équipe d’Ayer pour demain et tous les acteurs du mémorable Camp des Moyes 2019.

 

La Pierre des Sauvages

Sur demande de Sierre-Anniviers Tourisme, j’accompagnais le 23 octobre 2018 deux journalistes de « Couleurs Locales » sur le site de la Pierre des Sauvages à St-Luc. Diffusé le 8 novembre, le reportage de deux minutes affleure à peine ce que nous savons de cette curiosité passionnante. Je tiens à apporter quelques précisions, et regroupe ici les liens et sources qui fondent mon approche du sujet. C’est la vision d’un conteur local, mais pétri de rationalisme qui préfère ne laisser à l’imagination que ce que la science n’explique pas. Vidéo sur le site de la RTS, plus facile à partager.

Reportage de la TSR à la Pierre des Sauvages.

Commençons par décortiquer le dit du lieu: « La Pierre des Sauvages de St-Luc ». Jusqu’en 1871 le village s’appelait Louc, c’est le premier postier qui proposa de renommer l’endroit St-Luc pour le différencier, en particulier, de Luc près d’Ayent. Le nom vient du latin lucus, « bois sacré; forêt, bois », issu du gaulois lucos, « taillis, clairière, bois sacré ». Quand au terme « sauvages », il vient également du latin médiéval « sylvatica » de « sylva », la forêt – ce qui qualifie ou est en rapport avec la forêt. Nous sommes donc sur la pierre des habitants de la forêts, dans leur bois sacré. Pour l’étymologie des noms de lieux en Romandie, je me réfère au site henrysuter.ch.

On trouve de nombreuses pierres à cupules en Suisse, celle de St-Luc et la plus grandes. On sait que les cavités ne sont en aucun cas naturelles, elles ne semblent pas faites pour recueillir du liquide car nombre d’entre-elles sont trop verticales. La découverte d’offrandes ou de tombes à proximité attestent de lieux de culte. Lors de la construction de l’hôtel Bella Tola on a découvert près d’une pierre creusée des vestiges archéologiques, sépultures et offrandes, datés du VIème siècle avant au IIème siècle après J-C. A part ces chiffres qui donnent un ordre d’idée, les pierres à cupules sont difficiles voire impossibles à dater. On sait par le site du Petit Chasseur à Sion la richesse des croyances et du culte à l’époque préhistorique en Valais. Le dénigrement ou l’appropriation des sites par le christianisme conquérant atteste aussi d’un lien avec l’ancienne religion. Suivez ce lien vers le pdf Historique de l’hôtel Bella Tola.

Jusqu’au XIXème, des légendes persistantes ont porté la mémoire des pierres à travers les siècles. Qu’elles soient des « Sauvages », des « Martyrs », des « Fées » ou du « Sacrifice », les pierres creusées rappelaient l’époque terrible d’avant l’arrivée des missionnaires. De nombreuses versions existent sur la Pierre des Sauvages, chaque fois la roche massive prête à anéantir le village corrompu fut séparée en trois par la grâce divine. Retrouvez en pdf la version la plus populaire.

Dès le XIXème siècle, des esprits intrigués plus éclairés décrirent les pierres et osèrent quelques hypothèses. Ici en pdf Les monuments mégalithiques du Val d’Anniviers par Spahni. Récemment, Jean-Louis Claude de Zinal publiait une série d’articles sur le sujet dans le journal local « les quatre saisons d’Anniviers« . On trouve une série de pierres réunies dans un site d’importance national à Grimentz, retrouvez ici dans un pdf de piètre qualité une description du site de l’Îlot-Bosquet. J’avais déjà publié sur ce blog quelques légendes de Grimentz.

Voici d’autres liens intéressant: Une description de la Pierre des sauvages sur le site d’Anniviers Tourisme , les Pierres à Cupules sur le site archéologie-anniviers.ch , La pierre d’Ayer sur le sentier nature Zau-Zoura avec une page de liens.

J’aimerai rajouter un témoignage qui vient de feue ma grand-tante Mariette d’Ayer. Selon elle, on trouvait à Grimentz une pierre foncée creusée de cupules qui chauffait au soleil. On y mettait macérer un mélange de beurre et d’euphraises, puis on se servait de l’onguent pour soigner les yeux. Plus tard on bâtit sur le site une chapelle dédiée à St-Léger, un martyr auquel on avait crevé les yeux et qu’on priait pour les problèmes oculaires. On l’appelle l’oratoire du Carrovilla. Un lien entre les anciennes croyances et le christianisme?

C’est mon âme de conteur qui conclut cet article. Souvent invité à m’exprimer sur la Pierre des Sauvages ou à l’ìlot-Bosquet, je n’ai jamais senti une quelconque énergie tellurique me picoter les orteils. Mais ces pierres dominent souvent des emplacements propices aux réunions. Le poids des blocs ajouté à celui des millénaires, la force des mythes traversant les siècles d’oreilles à bouches de conteurs, le mystère de croyances à jamais perdues; tout en ces lieux renforce la magie des histoires d’autrefois. Quand je prends mon souffle avant d’accaparer de jeunes oreilles saturées de médias pour ne faire que… parler sur un caillou… je sens et je sais n’être que le suiveur d’une longue tradition. J’ai aimé l’exercice intellectuel d’Etienne Klein dans cette vidéo sur la persistance du passé; à la fin de la réflexion il déclare « On peut considérer que le passé a été littéralement néantisé, ou bien au contraire qu’il est définitivement immortel ».

Hiver 2019 – Conclusions

31 mai 2019  –   J’abordais ce nouvel hiver tout ébranlé du précédent, la puissance des éléments avait atteint des extrêmes certes archivés, mais que je n’avais jamais vécu. Bloqué à Ayer la fameuse semaine catastrophique de février 1999, employé sur une installation, je n’avais pas saisi alors la rareté ni les implications de l’épisode. La Suisse a inscrit sa gestion des dangers d’avalanches au patrimoine culturel de l’UNESCO. Un article du Nouvelliste le 24 novembre titrait sur « la suprématie du savoir-faire Suisse« . Quand on sait la part du Bon Dieu en la matière, on reste humble. Une fois le travail effectué dans les règles on prie, ou on espère c’est selon, pour que tout se passe bien. Nos spécialistes rejoignent sur ce coup le panier des crabes qui me sortent chaque année l’absurde « je connais la montagne ».

Le 1er décembre à la Corne, les anges volent très près des cailloux.

L’hiver tarda, les températures anormales de la première quinzaine de novembre empêchèrent l’utilisation des canons à neige. Si bien qu’au retour du froid et des perturbations, l’attente avait remplacé l’appréhension initiale par une folle envie de neige et de glisse. Au passage de Marilou, j’abordais les folies du ciel avec le sourire, comme on retrouve un vieux copain bien allumé. Les premiers entraînements sur neige artificielle animèrent la Corne le 22 novembre, nous ouvrîmes les pistes à la clientèle le 1er décembre pour les week-ends, tous les jours dès le 13. Les 15cm de fraîche au matin du 25  portèrent à 202cm le cumul de décembre. Le temps tourna au beau pour les fêtes de fin d’année, nous étions fiers de nos pistes, de notre pays, et heureux d’offrir des vacances d’hiver exemplaires à la nombreuse clientèle des stations. Début janvier, de jeunes skieuses inauguraient le stade de vitesse de Sorebois. Même à l’entraînement, un choc à ces vitesses nécessite une intervention rapide des secouristes. C’est dans le rôle du vautour que je pris la photo en exergue cet hiver; ces demoiselles attendent leur shoot d’adrénaline, les Aiguilles Rouges d’Arolla et le Grand Combin en arrière-plan. Un peu macho, mais tellement beau!

Le 7 janvier à la Corne de Sorebois.

Les explosifs ont résonné 22 jours dans le vallon, 6 minages concernaient de la neige de printemps. La répartition des grands minages par hélicoptère, les 25.12, 15.1, 12.2 et 15.3 montre l’espacement idéal des gros apports neigeux pendant la saison. L’an passé nous avons eu 13 fois recours au très coûteux minage par hélicoptère. Ajoutez ces économies à l’enneigement et l’ensoleillement des week-ends et principales périodes de vacances pour expliquer les résultats exceptionnels des remontées mécaniques. J’effectuais le premier minage de printemps sur la piste de l’Aigle le 16 février déjà. Sur cette photosphère prise le 28 depuis le promontoire qui domine la combe de Tsirouc, février s’était déguisé en avril pour carnaval. Le froid et la neige revinrent la première quinzaine de mars, glaçant ce manteau, le recouvrant ensuite de bonne poudreuse. Au lendemain du minage hélico décrit dans l’article de mars, le chef m’envoyait miner plus finement le secteur en amont de Barthélémy en cours de damage. Je fus surpris de déclencher une congère assez grandes pour traverser la route et condamner le machiniste à reprendre son travail sur toute la largeur de la piste. A l’analyse, les pentes à altitude et exposition similaires s’étaient toutes déclenchées, j’aurai pu prévoir ce résultat. Pour la moralité de l’épisode, seul celui qui mine par hélico bénéficie d’une vision d’ensemble. Morale de cette morale: faut souvent écouter les vieux.   

Barthélémy le 16 mars. A refaire !

Belle et assez fraîche pour garder la neige en état, la deuxième quinzaine de mars se terminait par le traditionnel lever du soleil sur la Corne de Sorebois. Organisée par les remontées mécaniques le matin du passage à l’heure d’été, la manifestation écourte une nuit déjà amputée d’une heure. Si d’autres patrouilleurs se dévouent, j’évite l’événement qui trouble mes biorythmes. Quand je pense aux nombreuses nuits blanches d’autrefois…
Cette année j’y étais, avec mon trépied et mon appareil photo. La matinée fut au diapason de la saison: paysage grandiose, température et neige agréables, clients aussi nombreux qu’heureux. Pour occuper mes heures de garde et entraîner ma capacité de pellage, j’avais taillé une tranchée à travers la gonfle sur le flanc Est de la Corne. Elle atteignait 240cm de profondeur, preuve d’un hiver bien enneigé et d’un régime d’ouest prononcé. Vidéo a retrouver également sur YouTube pour un partage plus facile.

Lever du soleil à la Corne de Sorebois.

Le rapport climatologique de MétéoSuisse transcrit pour le pays une hiver similaire à celui observé à Zinal, neige et températures dans les normes, avec de belles périodes anticycloniques. Retrouvez ici l’album public hiver 2019, et toutes les mesures sur les feuilles de calcul mensuelles au bout de ces liens: Novembre 2018Décembre 2018Janvier 2019Février 2019Mars 2019Avril 2019 .

Cet hiver, trois accidents mortels dans la profession rappelèrent à nos familles que nous ne partons pas au bureau le matin. Malgré toute la science et l’expérience qu’un homme accumule, il ne connait pas la montagne. On peut, au mieux, appliquer les mesures de sécurité apprises, assaisonner cette science d’un peu d’instinct acquis par la fréquentation assidue du milieu, et espérer que la prochaine leçon ne soit pas trop sévère.

La couche 2019

Novembre fut sec, la neige arriva tardivement mais nous pouvions compter sur un mètre à 2500m pour les vacances de Noël. Nous sommes rarement passés sous cette mesure ensuite. En station à 1700m par contre, nous étions limite pour proposer des pistes de fond et chemins raquettes agréables. L’ambiance est restée hivernale margré tout, avec une trentaine de cm sur les toits à Noël qui allaient persister jusqu’en avril. La plus haute mesure à Sorebois fut de 165cm le 15 mars suite à 83cm de fraîche tombés en six jours, et de  56cm à Zinal le 15 janvier. Le cumul de 608cm place cet hiver parmi les mieux enneigés.

La mesure de la couche tous les 15 jours.
Le cumul par quinzaine.

01.11.2018 = 06 cm, 02.11.2018 = 03 cm, 07.11.2018 = 12 cm, 20.11.2019 = 02 cm, 27.11.2018 = 12 cm, 28.11.2018 = 08 cm Total novembre = 43 cm


01.12.2018 = 03 cm, 02.12.2018 = 04 cm, 03.12.2018 = 15 cm, 04.12.2018 = 09 cm, 06.12.2018 = 03 cm, 08.12.2018 = 07 cm, 09.12.2018 = 12 cm, 10.12.2018 = 20 cm, 11.12.2018 = 18 cm, 16.12.2018 = 23 cm, 17.12.2018 = 15 cm, 20.12.2018 = 05 cm, 22.12.2018 = 24 cm, 24.12.2018 = 29 cm, 25.12.2018 = 15 cm
Total décembre = 202 cm


08.01.2019 = 01 cm, 09.01.2019 = 04 cm, 10.01.2019 = 06 cm, 13.01.2019 = 23 cm, 14.01.2019 = 37 cm, 15.01.2019 = 13 cm, 18.01.2019 = 05 cm, 28.01.2018 = 06 cm, 30.01.2019 = 02 cm
Total janvier = 97 cm


01.02.2019 = 04 cm, 02.02.2019 = 04 cm, 03.02.2019 = 08 cm, 04.02.2019 = 05 cm, 08.02.2019 = 06 cm, 11.02.2019 = 23 cm, 12.02.2019 = 04 cm
Total février = 54 cm


02.03.2019 = 10 cm, 05.02.2019 = 12 cm, 08.03.2019 = 06 cm, 10.03.2019 = 09 cm, 11.03.2019 = 07 cm, 12.03.2019 = 15 cm, 13.03.2019 = 03 cm, 14.03.2019 = 12 cm, 15.03.2019 = 37 cm, 16.03.2019 = 03 cm, 18.03.2019 = 07 cm
Total mars = 121 cm


04.04.2019 = 23 cm, 05.04.2019 = 20 cm, 07.04.2019 = 02 cm, 08.04.2019 = 07 cm, 11.04.2019 = 02 cm, 25.04.2019 = 02 cm, 26.04.2019 = 12 cm, 27.04.2019 = 14 cm, 28.02.2019 = 02 cm, 29.02.2019 = 07 cm
Total avril = 91 cm


Total hiver 2019 = 608 cm

Les records 2019

Rien de très excitant au niveau des extrêmes, ce fut une saison facile à vivre malgré un janvier globalement bien frais. Les mesures sont prises à la station MétéoSuisse de la Corne de Sorebois 2890m, elles ne sont pas contestables. Certains thermomètres placés trop près du sol ou d’une paroi exposée au rayonnement nocturne ont certes affiché des chiffres inférieurs, mais la station très chère de la Corne n’est jamais descendue sous la barre des -20° cette hiver.

Suivent : -17.7° le 12.03.2019 à 03h00, -14.9° le 11.12.2018 à 09h00, -13.6° le 08.12.2018 à 07h00, -12.9° le 19.11.2018 à 18h30

La tempête Marilou début décembre augurait d’un nouvel hiver agité, sa rafale record est « hélas » restée au top toute la saison. De nombreux coups de vent dépassèrent ensuite les 100km/h, ce qui gène considérablement l’exploitation des transports à câbles mais cause généralement peu de dégâts sur le terrain.

Suivent : 108.7 km/h S 186° le 07.03.2019 à 01h00, 106 km/h NW 284° le 04.03.2019 à 14h30, 94 km/h NW 290° le 03.12.2018 à 20h30, 89 km/h SW 202° le 23.11.2018 à 22h30

Ce sont comme d’habitude les valeurs extrêmes de chaque épisode qui sont prises en compte. Si un rafale à 130 est enregistrée le 10 décembre, c’est le record du 9 qui est pris en compte. Idem pour les températures. 

La nébulosité 2019

Cet hiver fut marqué par des périodes de beau temps idéalement placées. La semaine de Noël, la deuxième quinzaine de février pendant les vacances de carnaval de nos plus nombreux clients, la deuxième quinzaine de mars et beaucoup de week-ends furent beaux, les skieurs profitèrent de la neige, du soleil et du panorama exceptionnel de notre fond de vallée. Les remontées mécaniques jubilent, la citation suivante provient du Nouvelliste du 29 avril :

«Une saison record, la deuxième de suite», affirme PB, directeur des remontées mécaniques de Grimentz-Zinal. «L’année passée nous avons dépassé les 400 000 journées-skieurs pour la première fois. Cette saison nous faisons 9,5% de plus pour arriver à 449 000 et le chiffre d’affaires progresse de 12%.»

La nébulosité est estimée à 8h du matin depuis Sorebois, en % du ciel visible occupé par des nuages. J’ai compté 76 matinées parfaites, 34 où les nuages occupaient entre 10 et 50% de la voûte céleste. Sur les 71 jours présentant une nébulosité de 55% et plus, 43 ne laissaient aucune place au bleu du ciel. La proportion était de 53/46/82 l’hiver 2018.

Le danger 2019

Le SLF publiait déjà un bulletin national début novembre suite à la cinquantaine de cm tombés fin octobre. Généralement, le danger estimé par la vénérable institution basée à Davos correspond à nos estimations locales, nous sommes plus souvent gênés par un degré trop élevé que sous-estimé. Si le chef de sécurité peut adapter le danger vers le haut, il ne se risquera jamais à l’abaisser. Une nouvelle tendance tend à placer les régions en degré 4 après de fortes chutes de neige, même si la situation ne correspond pas exactement au texte. Ces matins-là, nous ne comprenons la réalité du terrain qu’après les premiers minages, je pense que devant l’inconnu, mieux vaut surestimer le danger. Un degré 4 fort aide à nos efforts de prévention. l’échelle de danger d’avalanches du slf au bout de ce lien.

Sur les 181 jours observés, 34 étaient en degré 1, 84,5 en degré 2, 57,5 en degré 3. Dès la mi-février, le réchauffement diurne augmentait parfois le danger, compté alors en 1/2 journée. 18 jours affichèrent un degré évoluant à la mi-journée. les 10 et 12 décembre, 14 et 15 janvier et 15 mars furent placés en degré 4 après de fortes chutes de neige.

Avril 2019

J’avais trois jours de cours à Vercorin du 3 au 5 avril, et loupais un épisode qui emmena 43cm de neige sur une sous-couche encore dure et stable. Les collègues repartirent à la mine, la matinée ensoleillée du 5 permit l’intervention de l’hélicoptère. En rentrant, je traçais mon chemin dans 30cm de fraîche, mon champ de mesure à Zinal arborait fièrement 51cm à la règle. Si l’enneigement à 2500m fut excellent cet hiver, la couche n’a jamais atteint les 60cm en station. Le redoux rapide compactait le neige vendredi 5, les bombes des collègues ne déclenchèrent que quelques combes remplies par des vents fluctuants. La journée devait être grandiose à skier, mais la chaleur puis le regel d’une nuit fraîche gâchèrent le ski du week-end, qui fut croûteux sauf sur les pentes plein Nord au-dessus de 2600m.

Les températures remontèrent encore par la suite, et le soleil d’avril pourrit le manteau rapidement. Les soucis liés à la neige de printemps revinrent, nous devions fermer des secteurs l’après-midi et miner les pentes exposées au soleil en amont des pistes ouvertes.

Inversion le 13 avril à 11h, ciel cristallin au-dessus de 2700m.

Il manque, je le répète chaque année, un effort de prévention sur les dangers de la neige de printemps auprès du grand public. La neige pourrite, mouillée sur toute l’épaisseur du manteau, ne doit pas être skiée, on sort des pistes jusqu’à l’apéro puis basta. Le neige mouillée est imprévisible, une boulette provoque parfois d’énormes avalanches, nous ne pouvons pas déclencher toutes les boulettes du domaine. Seules les pentes qui mettent en danger les pistes ouvertes sont traitées. La règle est valable en haute montagne; nous observions le 18 avril deux alpinistes qui gravissaient la face Nord des pointes de Mourti à 13h, chacun allant de son commentaire sur la dangerosité de l’expédition et la folie des hommes. Vers 15h, nous retrouvions nos deux compères en vrac au fond de la pente. Il semble que le premier engagé dans la descente aie déclenché la coulée qui l’emporta jusqu’au fond. le deuxième put le rejoindre mais sa trace montre qu’il n’en menait pas large. Sans mal, quasi miraculée, la victime qui avait perdu ses skis fut évacuée en hélico. Quand je vous dis que la montagne pardonne beaucoup !

La pointe de Mourti le 18 avril à 15h. Cliquez pour agrandir.

Les minages les plus tendus ne sont pas les plus spectaculaires. Le samedi 20, nous partions miner les pentes en amont de Combe Durand pour espérer ouvrir l’installation les dimanche et lundi de Pâques encore bien fréquentés. En passant par l’arête, nous avons déclenché facilement les portions en amont de la route qui mène à Barthélémy. Puis il fallut s’engager dans le terrain pour déclencher la grosse face où j’avais effectué un profil le 5 février. Alors que nous étions sûrs d’obtenir un bon résultat, nous n’avons déclenché que des languettes, la neige était si visqueuse que l’ensemble ne décrochait pas. Je tenais en surface pour atteindre le dernier point de tir, plaçais 5kg de Tovex, puis m’enfonçais jusqu’au sol en fuyant la zone. Le temps est relatif, les 90 secondes des mèches passent bien plus long à l’abri derrière une arête que lorsqu’on évalue mal son chemin de fuite. La charge ne déclencha pas la pente, le chef de la sécurité jugea la zone suffisamment ébranlée pour permettre aux machines de préparer les pistes pour le lendemain.

Minage de printemps le 20 avril à Combe Durand.

Nous avons fermé les installations le mardi 23, alors que nous restons habituellement ouverts la semaine après Pâques. Je ne commente pas cette décision de la direction, beaucoup s’en sont plaints dans les bistrots, aucun lors de l’assemblée des actionnaires. J’étais pour ma part heureux de terminer cette longue saison, je travaillais depuis le 5 novembre six jours par semaine. Le mercredi 24, une nouvelle tempête balayait la montagne vide, une rafale à 111 km/h monta sur la troisième marche du podium saisonnier. La fin du mois resta maussade et ajouta 37cm au cumul, ce qui porta le total de l’hiver à 608cm. La dernière semaine, j’ai utilisé les mesures de la sonde de Tracuit.

Retrouvez les données du vallon de Zinal à 8h sur la feuille de calcul avril 2019 et le bulletin climatologique d’avril sur le site de MétéoSuisse.

Mars 2019

Après un réchauffement jusqu’en haute altitude fin février, nous avions sécurisé la plupart des pentes problématiques en amont des pistes. Si bien que le coup de froid début mars, gelant le manteau en profondeur, nous permit d’accueillir les nouveaux apports sur un substrat favorable. La première quinzaine du mois des giboulées, selon un dicton souvent vérifié, vit une série de perturbations d’Ouest emmener une septantaine de cm sans dépasser la quinzaine par matin. De petits minages de vérification suffirent à garder la maîtrise de la situation, malgré des vents forts avec trois pics dépassant les 100km/h. Dans la nuit du 15 mars, une mesure NW atteint les 99km/h, ce dernier épisode de la série fut le plus intéressant. Il apporta 37cm de fraîche sur un manteau devenu complexe, avec de nombreuses petites couches successives déplacées par des vents variants du SSW au NNW. La météo défavorable du 15 au matin cachait nos résultats, nous minâmes le centre du domaine mais attendions l’éclaircie prévue en fin de journée pour avoir une vision d’ensemble, et effectuer le grand minage en hélicoptère. Il fut plutôt décevant sur le secteur Zinal, plus efficace à Bendolla où les épisodes successifs d’ouest avaient gavé les nombreuses pentes exposées Est et difficiles à atteindre à skis. Encore une fois à Zinal, l’avalanche de la Lée assura le spectacle.

Le point de minage à 3150m emporte la neige d’une vaste face qui déborde ensuite dans les falaises des Gardes de Bordon, passé ce point c’est une chute quasi libre jusqu’aux plats de la Lée. Une fois les pistes de ski de fond évacuées, aucune infrastructure en aval n’exige une minage à mi-pente qui réduirait la puissance du phénomène. Cette spectaculaire avalanche est souvent déclenchée par une unique bombe. Et quel spectacle depuis la station! Ce vendredi 15 mars, le résultat allait surprendre les nombreux promeneurs du week-end, et les montagnards en chemin vers la haute montagne qui traversent ce passage obligé vers le fond du vallon.

Avalanche de la Lée du 15 mars prise de drone par Boris.

Au lieu de s’étaler au fond des falaises, la neige glissa en longues traînées à travers la vallée, jusqu’à la rivière pour la plus imposante. Comme quelques photos parlent mieux qu’une longue description, visitez l’article de notre amis Claude sur le blog images en ballade. On voit que la neige de l’avalanche a glissé sur les plats, créant en certains endroits de véritables allées bien lisses au milieu du chaos des blocs. Ce phénomène plus que la quantité de neige permit à certains bras de la coulée de progresser loin. Je n’ai pas eu loisir d’aller tenter d’analyser le terrain, j’avais déjà observé cette curiosité 23.12.2013, quand l’avalanche de Singlinaz avait largement débordé sur la piste de ski créant aussi de longues allées et des murs lisses au milieu des blocs. Dans les deux cas, une puissante et rapide avalanche déclenchée en poudreuse rencontra plus bas de la neige lourde et mouillée sur un substrat bien tassé.

Le week-end suivant resta tendu, un minage fin samedi matin révéla de nombreuses petites plaques résiduelles une centaine de mètres sous les arêtes. Comme nous ne pouvons pas miner toutes les plaquelettes qui ne menacent pas directement les pistes, certains se sont fait peur. Encore une fois, la Montagne s’est montrée clémente.

La falaise en aval est souvent plus dangereuse que la neige.

Une situation anticyclonique persistante éclaira la fin du mois, la fraîcheur des nuits claires laissait un manteau bien stable en journée, nous libérant du gros soucis du risque d’avalanches sur le domaine skiable. Le mois se termina par une superbe journée ensoleillée, 150 personnes profitèrent du lever de soleil depuis la Corne de Sorebois le dimanche 31.

Mars 2019, cliquez pour agrandir.

La température moyenne à la Corne à 8h de -6.6° fut 2° plus élevée que l’hiver 2018, déjà trop chaud pour un mois de mars à 2900m. Avec 121cm de neige tombée ce mois, nous avons dépassé la moyenne saisonnière des 30 dernières années alors qu’il reste tout avril pour améliorer ce score. Vous pouvez consulter la feuille de calcul des mesures du vallon et le bulletin climatologique mars 2019 de MétéoSuisse au bout de ces liens.

Février 2019

25.03.2019   Février commença par quelques modestes apports, 21cm répartis sur les quatre premiers jours du mois. Juste de quoi recouvrir un substrat de vieille neige, fortement transformé par les basses températures et le ciel clément de janvier. Nous avions une couche bien régulière de plus d’un mètre au-dessus de 2500m, le profil réalisé le 5 montre la bonne cohésion du manteau sur les pentes NW à SE. Le soleil et le vent avaient dégarni les autres expositions, la couche moindre y subit une transformation plus radicale; on trouvait sous la neige fraîche de gros cristaux, parfois façonnés par le gel-dégel autour des cailloux et des taches herbeuses.

Un épisode emmena une trentaine de cm du 10 au 13. Les vents d’abord NW virèrent plein Nord le 11, avant de s’essouffler lentement. Deux rafales furent mesurées à plus de 100km/h le 10; c’est la constance plus que la puissance d’Eole qui poussa la neige dans les combes, et bas dans les pentes. Après la tempête, les plaques décorées de vaguelettes étaient faciles à repérer, les arêtes et les bosses pelées. Bien que satisfaisant et utile, le minage resta modeste. C’est pour utiliser les images plus que pour montrer la meilleure manière de tester la stabilité d’une pente que je publie cette vidéo: 

Le soleil occupa le ciel le reste du mois, alourdissant rapidement la neige fraîche en surface. Déjà le 12 dans l’après-midi, des skieurs engagés dans la zone de tranquillité du gibier sous le téléphérique de liaison déclenchèrent une coulée qui traversa avec puissance la route de Tsirouc. Inquiétés par la soudaineté du réchauffement, nous avons contrôlé assidûment les pentes Sud-Est en amont des pistes ouvertes. Le 14 février je déclenchais à skis une plaque qui traversa la route de la Latta. J’y retournais le lendemain avec des explosifs et nettoyais facilement tous les talus en amont de la piste. De petites coulées de neige mouillée entraînaient plus bas la totalité du manteau.

La Latta 2150m le 15 février.

Les dernières neiges alourdies et cohérentes partaient en plaques sur le substrat de gros sel. Il suffisait de trouver des zones plus fines, mouillées jusqu’au sol, pour provoquer de petites coulées qui entraînaient ensuite toute la masse en aval. Quelques jours plus tard, nous avons effectué la même opération en amont du Chiesso avec les mêmes résultats.

Le Chiesso 2400m le 18 février.

Il fallut attendre la fin du mois pour nettoyer une pente plus vaste exposées pareillement avec une zone de déclenchement à 2800m. Résultat spectaculaire sur cette face régulièrement skiée près des pistes. Bizarrement, les dépôts de ces coulées étaient constitués de gros blocs cohérents, mais quasi secs…

Le Col 2700m le 27 février.

Le bulletin climatologique février 2019 annonce un des cinq févriers les plus chauds depuis le début des mesures. L’article précédent relate mes observations de phénomènes habituellement printaniers, le climat ne cesse de nous surprendre. Les vacances de carnaval de nos amis genevois et vaudois furent parfaitement enneigées et ensoleillées, et la vie en montagne agréable. Le graphique résume une fin de mois parfaite, retrouvez la feuille des données au bout de ce lien. Je note une température moyenne à 8h à la Corne de -4,45°, elle était de -13.1° l’an passé.

Le 19, une avalanche recouvrit une vaste portion de piste ouverte à Crans-Montana. Un patrouilleur en intervention de secours y perdit la vie. Le caractère inhabituel de la coulée et les circonstances du drame laissent la profession dans un profond désarrois. Je transmets toute ma sympathie à la famille et aux amis de ce collègue, victime d’une fatalité sans pitié.

Les baleines de Moiry

09.03.2019  –   Depuis la Corne de Sorebois, le panorama permet d’observer les domaines skiables d’Anniviers, les hautes montagnes qui couronnent la vallée, et au Nord jusqu’au préalpes bernoises. L’observation des pentes permet une estimation de la situation avalancheuse dans toute la région.

On accède facilement au vallon de Moiry par le col de Sorebois, de nombreux skieurs traversent le barrage. La zone est sauvage, jamais minée, trois personnes y ont perdu la vie depuis 2000.

On observait déjà des « gueules de baleines » suite au redoux de Noël, ces fissures du manteau neigeux se trouvent en amont de portions du manteau en cours de glissement. Cette page du site slf explique parfaitement le phénomène, qui se produit principalement quand le terrain n’a pas gelé avant d’être recouvert de neige. Dans la pratique, ceux-qui-savent évitent de passer en aval de ces plaques susceptibles de se déclencher n’importe quand et insensibles au minage. Depuis mi-février, j’observe et photographie l’évolution de quatre zones sur la rive gauche du vallon de Moiry. Des traces humaines sillonnent la montagne en tous sens cet hiver clément, toutes les pentes sont déflorées. De nombreux skieurs s’aventurent à l’aveugle, on les voit remonter à pied quand ils s’aperçoivent qu’ils skient des lignes sans issue en amont des falaises. Les règles élémentaires sont constamment violées par des montagnards du dimanche qui jouent leurs vies à la roulette. On la dit cruelle et meurtrière, mais la Montagne pardonne 99,99% des affronts qu’on lui fait.

Avalanche en plaque entre deux zones de glissement. Cliquez pour agrandir.

Sur cette photo du 17 février, trois personnes ont skié entre deux gueules de baleines. Je n’aurais pas osé m’approcher de ces glissements actifs, c’est pourtant une plaque sèche alourdie en surface par le soleil qui croise les traces de ces téméraires. Je ne sais s’ils sont passés avant, pendant ou après le déclenchement de cette plaque qui infirme les théories.

Gueules de baleines en rive gauche du vallon de Moiry.

Le 25 février, deux nouvelles fissures plus au nord menaçaient le passage très fréquenté à la sortie ouest du barrage. Comme le déclenchement de ces coulées est indépendant de la température ambiante, une épée de Damoclès menaçait à toute heure ce passage. Au 1er rang des suicidaires, des skieurs empruntèrent l’étroit couloir menacé par le glissement à droite de l’image. Le même jour à 15h, je constatais que la zone en amont du barrage avait lâché, ensevelissant sur 20m ce passage obligé et la sortie du mur.

Avalanche de glissement le 25.2.2019 entre 11 et 15h.

Au soir, aucune disparition n’était signalée; nous aurions su où chercher. Si vous doutez de la générosité des montagnes, essayez de compter les traces des skieurs qui passèrent joyeusement, certainement en toute inconscience, sous cette masse en glissement. Des secteurs du domaine skiable sont parfois fermés pour une petite zone menacée. Ceux qui bravent les barrages jouent leurs vies à la roulette, avec un gros barillet certes, mais le drame accompli ne laisse aux survivants que d’éternels regrets. 

Profil pente Est 5 février 2019

05.02.2019   –    Cette pente orientée Est est représentative de ce qu’on peut trouver dans le domaine freeride. Elle ne s’est pas déclenchée cette saison, nous la minons régulièrement car elle menace directement le téléski et les pistes de Combe Durand. J’ai effectué le profil dans une partie vierge de 35°-37° juste en amont d’une zone atteignable depuis l’installation régulièrement skiée. 

Après un janvier frais aux nombreuses nuits étoilées, je pensais trouver de gros cristaux. La couche de 140cm a modéré le gradient, la vieille neige est principalement constituées de faces planes aux grains faciles à séparer, qui forment pourtant un ensemble bien cohérent et dense. La couche au contact du sol se mélange aux pierres, elle n’est pas assez épaisse pour constituer une faiblesse. On distingue ensuite la neige de novembre sale, les apports de décembre en 3ème et 4ème strates, puis l’épisode de mi-janvier; ces couches sont tassées et se délitent en blocs friables. Vient ensuite une couche faible transformée en surface la deuxième quinzaine du mois puis les petits apports des premiers jours de février.

Le bloc glissant montre un ensemble solide, avec quelques fragilités entre les strates, en insistant. Comme souvent quand la couche est épaisse, le poids écrase les faiblesses. Cet ensemble restera stable jusqu’au printemps, mais nous parvenons presque chaque année à déclencher cette pente quand toute l’épaisseur est mouillée. 

 

Janvier 2019

12.02.2019   –   L’année commença dans des conditions de rêve, neige, soleil, stations pleines, peu d’accidents. La neige poudreuse et la largeur des pistes garantirent de bonnes conditions sécuritaires sur le secteur Zinal; aucune collision conséquente malgré la fréquentation du domaine. Le danger d’avalanches est resté limité jusqu’au 9, puis Davos trouva bon de l’augmenter au niveau 3 sans que les conditions changent réellement chez nous.

L’épisode intéressant du mois vit 73cm s’ajouter du 13 au 15 dans un courant soutenu d’Ouest virant Nord en fin d’épisode. la plus belle rafale fut mesurée à 113.4 km/h 339° NNW le 14 janvier à 5h00, record du mois et deuxième mesure depuis novembre. Le gros des vents en fin d’épisode accumula la neige dans les pentes Est à Sud, ce qui changea radicalement le… sens du problème. Alors que les pentes Nord avaient mobilisé notre attention jusque-là, nous avons trouvé de belles accumulations de l’autre côté des arêtes mi-janvier.

Lors du minage régulier des pentes exposées en cours de tempête, le substrat de vieille neige permit des résultats faciles. Sur les Gardes de Bordon, les avalanches spontanées et les tirs de Gazex firent l’essentiel, l’avalanche de la Lée assura seule le spectacle au minage hélico du 15. Boris de Swiss-Fly promena son drone sur le domaine pendant la préparation des pistes, à voir sur sa chaine YouTube.

A Grimentz, l’épisode accumula la neige sur les flancs du vaste cirque de Bendolla orienté Sud-Est, ces pentes difficilement atteignables à ski attendaient l’hélico pour un premier minage, qui fut spectaculaire, filmé par un patrouilleur sur les pistes et par l’assistant de vol dans l’hélico. Les images firent le buzz dans les médias, elles montrent bien le fragile équilibre du manteau neigeux et la force des éléments auxquels sont confrontés les préparateurs de pistes après une tempête. Les journées du 14 et du 15 affichaient un degré 4 moyennement exagéré, les infrastructures et les routes en vallée n’ont jamais été menacées. Les médias ont rapporté deux accidents dans la profession, un jeune patrouilleur est décédé dans une avalanche aux Portes du Soleil et deux collègues Français ont explosé avec leurs charges. L’erreur est vite faite, fort de mes 25 saisons à Sorebois, dans la tempête du 14, j’ai confondu deux zones de tir avant qu’une éclaircie révèle mon erreur. Le reste du mois fut glacial sans s’approcher des extrêmes, nous n’avons pas franchi la barre des -20° à 2900m, mais nous ouvrions les pistes par -15° quasi tous les matins. L’épaisseur de la couche dès 2200m empêcha une transformation excessive, la quarantaine de cm sous les 2000m subit une métamorphose de toute l’épaisseur qui devint gros sel, même sur les secteurs déjà tassés. 

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Le bulletin climatologique janvier 2019 de MétéoSuisse montre de grandes disparités dans le pays, les Grisons furent copieusement enneigés comme le bas du canton et les préalpes vaudoises. Dans le centre, nous avons vécu un janvier tranquille, sans accident d’avalanche, sans extrême climatique. L’élévation brusque de la température de surface le 11 dans le diagramme ci-dessus résulte d’une erreur, la feuille des données janvier 2019 est corrigée. Voici quelques chiffres pour comparer l’incomparable, soit les premiers mois des années 2018 et 2019 :

En janvier 2018, la température moyenne à 8h à Zinal était de -2° pour -7.2 à la Corne de Sorebois. Il est tombé 335cm de neige, la plus belle rafale à la Corne atteignit 155 km/h.
En janvier 2019, la température moyenne à 8h à Zinal était de -7,45° pour -12.2° à la Corne de Sorebois. Il est tombé 97cm de neige, la plus belle rafale à la Corne atteignit les 113 km/h.

Le redoux de Noël

On parle souvent du « redoux de Noël », je me suis amusé à rassembler dans un tableau les températures à la Corne de Sorebois 2900m à 8h pour les mois de décembre de 2013 à 2018. Force est de constater que ces six dernières années, les températures ont subi une hausse significative du 21, solstice d’hiver,  au 24 décembre. Retrouvez les données au bout de ce lien .

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Le cadeau de Noël

Décembre 2018  –  Les frasques de Marilou n’avaient pas laissé suffisamment de flocons pour garantir un enneigement correct avant les fêtes de fin d’année, les stations scrutaient anxieusement la météo. Un flux du Sud emmena 38cm à 2500m les 15 et 16 décembre, de quoi améliorer nettement la situation en altitude, la vallée était enneigée depuis Vissoie, on mesurait 30cm à Zinal et plus de 70cm à Sorebois. La neige accumulée dans les pentes Nord bien nettoyées après Marilou restait en place, nous pouvions enfin profiter d’un ski hors-pistes de qualité dans les zones peu pierreuses. Mais pour jouir pleinement du relief de nos montagnes, nous devons dépasser le mètre au champ de mesures. Noël et le 1er janvier tombaient un mardi, les stations seraient bien peuplées pendant toute la période; beaucoup de propriétaires fêtent la nativité chez eux, les chalets se remplissent habituellement le 26. Le scénario idéal emmène une belle quantité de neige juste avant la période, puis du soleil pendant les vacances. C’est le cadeau de Noël du Ciel pour les stations de ski et les sportifs en cette fin d’année 2018, le tout accompagné du fameux redoux de Noël. Trop beau! Ce sont 73cm de neige qui ont porté le cumul saisonnier à 245cm du 20 au 25 décembre. Des vents modérés mais réguliers d’Ouest ont accumulé la neige dans le vaste cirque ouvert sur l’Est où nous skions.

Les vents à la Corne de Sorebois du 15 au 31 décembre 2018, cliquez pour agrandir.

Des minages réguliers et l’utilisation des nouveaux Gazex sur les Gardes de Bordon évitèrent les accumulations capables de provoquer des problèmes, sur le domaine skiable comme en vallée. Seul bémol, la pluie atteint la limite des forêts, il restait assez de neige en station pour ouvrir les pistes de ski de fond et de luge, mais pas de quoi damer la piste de l’Aigle. Le minage final du 25 décembre montre qu’il restait assez de matière sur les Gardes pour provoquer des avalanches de vallée spectaculaires.

L’avalanche de la Lée déclenchée par hélico le 25 décembre.

Quelques pentes Nord qui n’avaient pas encore cédé se purgèrent au terrain, l’image ci-dessous montre le résultat d’un minage sur la Corne de Sorebois côté Tsirouc. La corniche emporta toute la neige du couloir loin sur le replat 500m en aval. Sur la droite, on distingue une coulée déclenchée par des skieurs téméraires passés avant l’équipe de minage.  

Tsirouc après le minage du 25 décembre.

A l’arrivée des vacanciers le 26, nous avions plus de 110cm sur les pistes, un anticyclone puissant garantissait plusieurs jours de soleil et des températures plus qu’agréables pour la saison. La période battit tous les records de fréquentation. Le 29, le danger d’avalanches descendit au degré 2 limité; un minage des couloirs Nord du domaine Freeride avant son ouverture confirma la stabilité du manteau. Dans le paysage, de nombreuses gueules de baleines s’ouvraient sous l’effet du mercure dans l’air comme au sol qui n’est gelé que sur les versants Nord au-dessus de 2600m; et encore, à faible profondeur! Les collègues de Grimentz étaient confrontés aux problèmes de reptations sur les zones habituelles en amont de la Tsarva et du Val d’Abondance. Le problème survient normalement mi-février, rarement plus tôt.

La Tsarva et le Val d’Abondance le 29 décembre.

Le bulletin climatologique décembre 2018 de MétéoSuisse indique des températures 1.6° au-dessus de la norme, au niveau national s’entend. La moyenne des températures prises à 8h à la Corne de Sorebois était de -9,21° l’an passé, pour -6,18° ce décembre. Deux jours étaient placés en degré 4 fort, mais la situation n’a pas nécessité de fermeture de route ni d’évacuation. Nous avons vécu un mois idéal, et des vacances de fin d’année magnifiques à Grimentz-Zinal. Le tableau ci-dessous résume les mesures du vallon à 8h tous les matins, les données complètes sont publiques au bout de ce lien, comme l’album Hiver 2018.

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Profil pente N 31 décembre 2018

Les fêtes de fin d’année furent magnifiques pour les domaines skiables situés au-dessus de 2200m. Avant de décrire la période, je publie un profil réalisé dans une des rares pentes Nord restée intacte, la faible déclivité de la zone permet à l’ensemble du manteau de rester en place. Réalisé 20 mètres sous l’arête, les 165cm résultent en partie des accumulations dues aux vents du Sud. Je n’ai pas osé m’aventurer plus bas, j’aurais trouvé les mêmes faiblesses dans un manteau d’un mètre environ. Cette pente résiste aux skieurs mais continue à se transformer en profondeur, je ne la raterai pas au prochain minage si la surcharge de fraîche s’avère suffisante.

On trouve au sol de beaux gobelets, les fortes pentes sont parties sur cette strate extrêmement fragile. La neige jusqu’à 55cm date d’avant le 10 novembre, elle est sale et bien métamorphosée. La troisième strate à 20cm résulte certainement d’un apport de neige artificielle, on trouve des canons à 40m du profil. La grosse faiblesse à 47cm formée de gros cristaux s’est transformée en surface pendant la période sèche du 10 au 25 novembre. On trouve ensuite les différents apports de décembre, avec la neige dense accumulée par Marilou de 73 à 104cm. Le vent du Nord des derniers jours de 2018 forma la petite croûte qui chapeaute l’ensemble. Au test de stabilité CT, les dernières neiges se sont écroulées rapidement mais sont trop fines pour constituer un danger. La strate fragile a lâché au 14ème coup, un résultat moyen.

Le danger que constitue ces deux couches faibles ne subsiste que sur les versants Nord de faible et moyenne déclivité. Les pentes de plus de 40° sont purgées, spontanément ou artificiellement. La métamorphose importante pendant ces vacances ensoleillées accentue lentement mais sûrement l’instabilité des rares champs de neige Nord encore intacts.

Marilou

11.12.2018 – 22h     A la journée quasi printanière du 7 succéda l’hivernal samedi 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, jour de neige annoncé. Les remontées mécaniques ont fonctionné, le pic du jour est mesurée à 16h avec un modeste 76km/h d’Ouest. Le vent augmenta toute la nuit avec plusieurs rafales à plus de 100km/h. Dimanche à 10h la faible quantité de neige tombée et une brève accalmie permirent l’ouverture des installations centrales… une bonne heure avant que la plus grosse montée en puissance de l’épisode ne surprenne les courageux clients. Le record est établi à 136km/h 301° à midi. Pour faire une phrase, je n’ai point ouï dire que quelqu’un se fut plaint de la fermeture des installations. Lundi 10, dans un decrescendo symétrique, la désormais baptisée tempête Marilou tirait sa révérence.

Vents mesurés à la Corne de Sorebois. La crevasse au centre du graphique représente dimanche entre 10 et 11h.
Le pic est à midi. 

Mardi matin, quelques derniers nuages se dissipaient au lever du soleil, pour disparaître totalement vers 9h. La journée fut limpide et fraîche, record saisonnier battu à 9h avec -14.6°, toujours à la Corne. Nous avons trouvé des arêtes pelées par trois jours de vents appuyés. Les 60cm reçus ces derniers jours sont concentrés en plaques faciles à repérer dans les hauts, en vastes champs de poudre tout à fait intéressants à mi-pentes. Le danger passé à 4 samedi était redescendu à 3. Nous avons miné toute la journée avec de beaux résultats et du bon ski. Les plus grandes pentes visiblement gavées de neige se déclenchent facilement, les modérées tiennent. On mesure une couche régulière de 60cm à 2500m, de 25cm en station. Notez que bulletin climatologique de novembre est publié.

Sur le minage filmé ce matin, un patrouilleur devance le mineur qui ne voit pas la pente depuis la position de tir. A la place de l’observateur et dos au soleil, j’ai regretté le trépied. Les occasions de prendre de bonnes images sont rares, on rampe souvent dans la tempête. A voir également sur YouTube.

Couche de fond, qui fond

10.12.2018   C’est la providentielle chute des températures mi-novembre qui sauva notre début de saison, permettant l’enneigement artificiel du domaine. Malgré l’apport d’une vingtaine de cm en fin de mois, Il ne restait qu’un peu de neige naturelle dans les pentes Nord et les zones ombragées comme Tsirouc et la Combe Durand début décembre; la neige s’y métamorphosait lentement, mais sûrement. Le graphique et les données du mois de novembre relate une période trop chaude, trop sèche, suivant l’habituelle rengaine. Début décembre apporta une trentaine de cm de neige fraîche déplacée par des vents d’Ouest juste sous la barre des 100km/h. Lundi 3 vers 22h, de premières petites avalanches de vallée s’abattaient sur les plats de la Lée.

Mercredi 5 au matin après deux jours de congé, sous un ciel magnifique, je voulais tester le premier couloir sous la route de Tsirouc. La neige s’accumule sur le sommet de cette pente qui se déclenche facilement, je soupçonne un flux géothermique d’accélérer la métamorphose des couches au contact du sol… Hypotèse… Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu à couper la plaque, mon approche suffit à déclencher tout le couloir, largement, jusqu’à la première digue. En fin de semaine, tous les petits déversoirs adjacents s’étaient purgés spontanément, et le passage d’une machine vendredi déclencha une vaste zone sous la station du téléphérique de liaison jusqu’au couloir Meyer. Nous pouvons considérer que les pentes Nord de plus de 35-40° ont toutes été brassées, ce qui devrait améliorer la stabilité des prochains apports.

Il n’y a pas asssez de neige pour skier hors-pistes, on touche partout les cailloux et le risque d’avalanches n’est pas négligeable. Le degré « marqué » affiché dès lundi 3 est justifié. Outre le risque d’être emporté sur une longue distance au contact des cailloux, on peut se retrouver dans les digues encore vides sous plusieurs mètres de neige. Rassurantes pour certains, les digues constituent des diableries qu’aucun équipement n’exorcise. Un corps même rapidement détecté sous 3m de neige à peu de chance d’être récupéré intact.

Le reste de la semaine, les températures tassèrent, puis humidifièrent voire mouillèrent, la cinquantaine de cm en place à 2500m, n’épargnant que les Nord-Nord-Est jusqu’à 2900m. MétéoSuisse annonçait une dégradation pour le week-end avec un apport de neige significatif. Vendredi 7 fut carrément printanier, sous un soleil radieux, le mercure affichait 3° à 3000m. Les machinistes roulèrent la neige en place sur les pistes naturelles, elle durcira et constituera une couche de fond idéale. Je profitais d’un moment dans l’après-midi pour relever le profil publié dans l’article précédent. La couche se tassa jusqu’à 38cm au jalon. Dès le départ du soleil, la surface gela. 

Le Zinalrothorn et le Besso vendredi 7 vers 14h.

Profil pente NE 7 décembre 2018

07.12.2018   Le seul logiciel efficace pour dessiner un profil nivologique que j’ai pu tester appartient au SLF, il permet aux observateurs rémunérés d’envoyer des données sous copyright. Je retranscrit habituellement mes relevés sur papier que je scanne, ou modifie un profil vierge avec un logiciel de dessin. Le site snowpilot.org permet de créer et partager facilement des profils plus ou moins sophistiqués selon la précision des relevés.

La situation est atypique et mérite un article que j’espère publier demain, nous avons vécu une journée printanière avec +3° à 13h à la Corne de Sorebois. De demain samedi à mardi, MétéoSuisse annonce plusieurs fronts tempétueux, qui nous valent une alerte vent de degré 3 avec des rafales possibles de 150km/h, et une alerte neige de degré 3 avec 90 à 110cm possibles au-dessus de 1400m. Tout ça sur un substrat compliqué, nous avons encore provoqué aujourd’hui de grosses coulées sur les pentes Nord. Si les prévisions se confirment, la semaine prochaine sera sportive.

Pour réaliser ce premier profil sans prendre de risque, j’ai choisi une petite pente exposée NE à 2500m près de l’Avalanche Training Center et de mon champ de mesures. Les plats à proximité étaient mouillés sur toute l’épaisseur du manteau. Si la couche déjà travaillée regèle avant le nouvel apport, elle constituera un fond idéale pour les pistes damées, mais de nombreux pièges subsisteront longtemps en Montagne.

Cliquez pour agrandir.

Les neiges d’antan

25.11.2018 – 18h     Le bulletin climatologique octobre 2018 montre un mois exceptionnellement doux et ensoleillé comme prévu, la surprise vient « des plus basses pressions jamais atteintes depuis le début des mesures », en fin de période. Alors que j’avais pour ma part remarqué des pressions anormalement hautes pendant l’épisode anticyclonique. Températures, pressions et précipitations jouent au yoyo d’un extrême à l’autre. La première quinzaine de novembre montre des courbes de températures largement trop élevées pour l’enneigement technique. Ces dernières années, Zinal parvint à proposer avant le 10 novembre des pistes d’entraînement aux compétiteurs. Un chute brutale du mercure le 17 permit enfin de produire de la neige de qualité en-dessus de 2500m. Le graphique ci-dessous montre les températures à 8h du matin, vous pouvez retrouver les données exactes en suivant ce lien vers le graphique interactif. Une situation foehnique modérée a prédominé la première quinzaine de novembre. La nuit passée, un bref épisode du Sud-Ouest souffla sur nos monts, une rafale mesurée à 89km/h établit un record provisoire.

Complété en fin de mois. Cliquez pour agrandir.

Les usines à neige de tout le canton produisent depuis le 17 au matin; du moins dans les stations de haute altitude, peu exposées au soleil, qui profitent d’un bon approvisionnement en eau, car la sécheresse sévit toujours. Le sud des Alpes enregistre plus de 200% des précipitations normales, la Romandie reste à 30%, la semaine à venir ne rattrapera pas ce retard et le froid fige les eaux de surface. C’est sec à l’os, mais le danger d’incendies reste sur 1 faible. A n’y rien comprendre…

L’arête de Sorebois le dimanche 18 novembre à 15h30.

J’ai titré cet article « les neiges d’antan », du latin ante annum, l’an dernier. Ce sont bien les neiges de l’an passé qui ont rempli le barrage de Moiry où les remontées mécaniques puisent l’eau pour l’enneigement technique. Ces mêmes neiges turbinées en vallée fournissent l’énergie renouvelable qui alimente l’usine à neige et les installations. Nous skions depuis jeudi sur les neiges d’antan, au sens littéral.

L’arête de Sorebois jeudi 22 novembre à 13h.

En collaboration avec SwissSki, Grimentz-Zinal a amélioré l’enneigement technique des pistes de la Corne de Sorebois, la noire du Col est entièrement équipées pour tracer une piste de vitesse. Nous aurons encore plus d’athlètes à l’entraînement à Zinal. C’est une clientèle agréable mais exigeante, qui apprécie une neige très dure, difficile à maîtriser pour le commun des skieurs.

Les premières images de la saison inaugurent L’album public Hiver 2019. La semaine prochaine sera dominée par un régime d’Ouest perturbé et frais, sans précipitations significatives hélas. La célèbre émission Temps présent consacre un reportage à la gestion des dangers naturels; elle n’encourage pas le peuplement des régions de montagne. On parle de Zinal à la 40ème minute , la station y est décrite comme une erreur du passé. Deux séquences sont tirées de ma chaîne YouTube. Nous vivons en zones rouges, abrités derrière les croix érigées par nos ancêtres. Des caravanes de citadins nous rejoignent tous les week-ends, fuyant leurs existences organisées, planifiées, sécurisées… Ils passent sous nos filets, mettent leurs vies en péril pour les joies d’une glissade ou l’attrait d’une aventure. C’est peut-être soumise aux éléments, face au danger, le couteau sous la gorge, que la Vie exhale toutes ses fragrances.

Hiver 2019 – Situation initiale

Sorebois le 3 novembre 2018 à 13h.

08.11.2018  –  Il faut remonter à novembre 2012 pour voir une montagne enneigée en début de mois, prémices alors d’un hiver 2013 bien enneigé avec 731cm de cumul. Espérons que ce nouveau millésime se révèle aussi intéressant. Après le passage d’un bref front froid le 1er du mois, octobre fut exceptionnellement doux et sec, encore plus que l’année passée semble-t-il. Attendons le rapport climatologique de MétéoSuisse pour confirmer cette impression. Les pressions étaient affolantes, au-delà des possibilités de calibration de mes altimètres; la sécheresse alertait paysans, autorités et médias de tout l’Ouest de l’Europe.

La situation évolua radicalement en fin de mois, MétéoSuisse annonça la dégradation avec une bonne semaine d’avance. Quelques infimes traces blanches de la perturbation du 1er subsistaient sur les pentes Nord au-dessus de 2600m, quand un premier front blanchit le vallon, 12cm à 1700m le 27. Les autorités et médias criaient au loup devant la situation annoncée par MétéoSuisse pour le lundi 29, une remontée du Sud devait noyer le Tessin et le Haut-Valais placés en degré d’alerte 4, alors qu’Anniviers et les vallées latérales du bas se préparaient à des pluies de degré 3. Cellules de crises en alerte rouge pour, finalement, une bonne pluie qui permettrait enfin de lever les interdictions de feu. Je mesurais à Zinal 50.5mm d’eau du 27 au 30, dont 29.6mm pour la journée du lundi 29. Le cumul de neige atteignit 50cm, comme dans les livres, à 2500m, le tout dans un fort courant du SSE dont une rafale mesurée à 116km/h lundi 29. Cette neige n’entrera pas dans le cumul de l’hiver 2019 que je mesure dès le 1er novembre, il restait alors 36cm au plat à 2500m. Les deux premiers jours du mois restant nébuleux, j’effectuais ma traditionnelle promenade pour photographier le domaine skiable d’en face sous le soleil du samedi 3. Je marchais dans la neige dès 2000m, et m’enfonçais dans 20cm croûtés au-dessus de 2100m. La progression était… pas difficile mais chiante, et je me contentais d’une image de Sorebois à 2250m en 615800/110300, économisant par paresse les 700m qui manquaient pour atteindre l’habituel Tônet à 2350m. Les skis auraient aidé la progression en montée, mais je les aurais détruit en descente.

Le terrain n’est pas gelé, dorénavant protégé de ce blanc manteau il ne durcira certainement pas de l’hiver. Il reste 30cm de neige au plat à 2500m, le paysage montre bien l’effet des vents du Sud. Les proéminences et bosses exposées sont pelées, on observe de belles accumulations au sommet des couloirs exposés au Nord. Le SLF a, c’est exceptionnel, placé la région en degré 2 dès le début du mois, et émet depuis un bulletin tous les matin. Dans les faits, nous ne risquons rien en Anniviers sous 2900m, mais la situation doit être très délicate en haute montagne. Les canons à neige ont fonctionné sur le haut du domaine, les tas témoignent  d’essais plus que d’une réelle production de neige. On ne peut pas skier, au sens réel du terme, la neige recouvre juste les pâturages. Elle fond rapidement jusqu’à la limite des forêts, disparaîtra rapidement des pentes exposées Est-Sud-Ouest jusqu’à 3000m, mais subsistera jusqu’à 2000m dans les pentes Nord. La couche s’y transformera lentement mais sûrement, selon les conditions qui précéderont les prochaines neiges. C’eut été un bon substrat si l’hiver se fut mieux installé, mais…

Il fait à nouveau beaucoup trop chaud. Nous trouvons en surface de la neige les températures que nous espérons mesurer à 2m du sol. Je publie ce mot le 8, j’ai repris du service pour les remontées mécaniques; j’entretiens le matériel en attendant l’hiver. Le ciel reste perturbé dans un flux du Sud doux, il pleut régulièrement jusqu’à 2300m, les éclaircies fondent immédiatement la neige fraîche en amont. Impossible de produire de l’artificielle, MétéoSuisse nous annonces le retour d’un anticyclone et de températures anormales la semaine prochaine. Je doute que les pluies de la dernière quinzaine suffisent à remettre à niveau lacs et nappes phréatiques.

Eté 2018 – L’été des chauves-souris

L’été au mayen des Moyes m’a marqué émotionnellement, j’y ai passé l’essentiel de mes loisirs. Les sujets du blog restent la météo et le milieu naturel en Anniviers. Donc :

Zinal, le 8 août à 19h30.

Alors qu’il me semble avoir observé une nette baisse des effectifs chez les grands mammifères, les petits se portent bien. Les renards se font plus rares, on rencontre moins d’animaux galeux ou visiblement en mauvaise santé. Ils semblent avoir laissé plus de place dans l’écosystème aux souris, écureuils, lièvres et marmottes qu’on rencontre désormais en forêt à 1400m. Les corvidés en général profitent du climat, couples de grands corbeaux, geais et autres casse-noix prolifèrent. Mon chemin a croisé quatre vipères, ce qui est… assez. Les chauves-souris ont attiré souvent mon attention. On les voyait autrefois chasser en soirée autour des lampadaires en vallée, elles ont égayé la plupart de mes soirées en extérieur cet été. J’en ai trouvé dans un galetas, et quatre victimes en bordures de routes. J’ai découvert à Ayer le cadavre de ce qui semble être un lérot, rongeur que je n’avais jamais observé ni piégé. Je rappelle que ce ne sont que des observations personnelles, subjectives, celles d’un curieux qui vit en immersion. Les statistiques officielles sont produites dans des bureaux en ville, on sait déjà que la chasse fut médiocre.

Cadavre de lérot, je n’en avais jamais observé.

La couche de neige, impressionnante mi-avril, fondit rapidement sous le soleil exceptionnel de la dernière quinzaine du mois. Dès la mi-mai, on accédait pieds secs aux mayens jusqu’à 2000m. Mai fut doux, normalement pluvieux. Sur un terrain encore gorgé des eaux de fonte, la croissance des végétaux fut ahurissante. Nous imaginions des crues, glissements de terrains et autres catastrophe à la fonte des masses record de neige. Tout se passa bien, seuls quelques talus fragilisés par des routes s’éboulèrent au printemps. L’eau ayant pu s’infiltrer doucement dans le terrain, les sources taries en 2017 retrouvèrent toute leur vigueur. A la fin d’un été aride, elles donnent encore raisonnablement. On distingua facilement ces deux dernières années les sources alimentées par des réseaux profonds de celles dépendantes des précipitations annuelles. Les arbres enracinés dans un terrain détrempé ont mal supporté le poids des neiges hivernales, beaucoup de spécimens gisaient au sol, les racines à l’air. Les promenades forestières viraient au gymkhana avant le passage des services d’entretien.

En juin débuta l’été le plus chaud et aride depuis 2003, des orages arrosèrent encore les prés qui fournirent une fenaison précoce, supérieure à la moyenne selon certains, exceptionnelle selon d’autres. L’inalpe de Nava se déroula sous un soleil parfait le 16 juin, les pâturent étaient libres de neige. Après la première fauche en vallée, les prés sans irrigation brunirent, la croissance des végétaux ralentit, la nature sécha sous un soleil de plomb. Seuls de forts orages très localisé arrosèrent le terrain, l’eau n’avait pas le temps de s’infiltrer. Chaque pluie en juillet fut destructrice et mobilisa les services d’intervention. La crue de la Navizence du 2 juillet fait l’objet d’un précédent article, notons juste que les dégâts estimés à 20 millions après l’événement atteignent fin octobre quatre fois ce chiffre.

Torrent de Laulosses le 6 août 2018. A retrouver sur YouTube pour un partage plus facile.

Le centre de Lausanne fut inondé le 11 juinSion le 6 août, dans les deux cas par des cellules orageuses très localisées. Une lave torrentielle a dévalé le couloir du Peterey le mardi 24 juillet vers 22h, ce qui n’était plus arrivé depuis 2013. La nouvelle digue est presque terminée mais les boues ont, à cette occasion, coupé brièvement les deux routes en aval. Les principales manifestations anniviardes profitèrent d’un temps estival, sauf le marché artisanal de Vissoie qui subit des pluies, et un déluge s’abattit sur les festivités du 1er août. La Fête-Dieu, le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid profitèrent du nouveau climat. La vigne aussi; comme en 1834, année de la dernière crue historique de la Navizence, la vendange fut précoce, excellent en quantité et qualité. A la fin de l’été, les paysans manquaient déjà de pâtures et importaient de grosses quantités de fourrage. Une interdiction de faire du feu tomba le 13 juillet pour durer jusqu’au 24 août, une seconde moins agressive de niveau 4 fut décrétée du 29 septembre au 29 octobre. Une petite incursion hivernale blanchit les sommets début octobre, la neige survécu dans les pentes Nord au-dessus de 2900m malgré un nouvel été indien à l’ensoleillement et aux températures records. La dégradation en fin de mois sera décrite dans le premier article du semestre hivernal.

Pied de chasselas le 18 septembre à Corin.

Selon les bulletins climatologiques de MétéoSuisse, mai fut le 5ème plus chaud depuis le début des mesures, juin le 4ème, juillet le 5ème, août le 3ème, septembre le 2ème, octobre sera sur le podium. La majorité des scientifiques annonce depuis mon enfance un changement climatique extrême dû aux rejets de carbone et de gaz de synthèse dans l’atmosphère. Après un hiver record, nous pensions que les glaciers seraient épargnés cet été, mais ce fut finalement une fonte exceptionnelle. Paradoxe dans notre vallée, la lutte contre le changement climatique s’accompagne d’une combustion de diesel, essence et autre kérosène, incroyable. Tout l’été, camions, pelles mécaniques, hélicoptères chargés de matériel ou d’experts, ont sillonné les routes et les cieux pour réparer le lit de la Navizence, construire des digues, réparer des accès détruits par les intempéries, ingénioriser… Ce n’est pas anecdotique, des processions de camions chargés de pierres ont arpenté les routes. Montez en Anniviers derrière un camion chargé de blocs pour voir et renifler le paradoxe auquel nous sommes confrontés! Espérons comme l’affirment certains que la précession des équinoxes, les perturbations cycliques du champ magnétiques ou autres théories soient responsables des soubresauts climatiques. Si ce sont vraiment les activités humaines, et la combustions rapide des millions d’années de forêts fossilisées qui perturbent le climat, nous rajoutons du poison sur les plaies.

L’album public été 2018 est en ligne, je n’en suis pas fier; problèmes de réglages puis perte de mon appareil principal, destruction de mon pixel qui prenait d’excellentes photos… Et peu de randos dans la vallée cet été alors que mes images publiques sont toutes prises en Anniviers.

L’été des Moyes

J’avais 24 ans, accompagnateur fraîchement diplômé, quand on m’a demandé de reprendre l’organisation du traditionnel camp des enfants au mayen des Moyes. J’en gardais des souvenirs d’enfance mitigés; égocentrique de naissance, l’école, les camps et autres animations de groupes n’étaient que passages obligés entre deux moments de liberté. Je montais néanmoins constater l’état des lieux, voir s’il me semblait possible d’y passer une semaine avec les enfants du village. Orties et épilobes occupaient le terrain, on osait pas s’asseoir dans les bâtiments livrés aux insectes et aux rongeurs. Un peu désabusé, je montais sur le toit et m’asseyais sur le faîte à l’heure du coucher du soleil. J’eu à ce moment le coup de foudre qui, avec vingt ans de recul, eut le plus d’impact sur ma vie. Ce lieu, sous la crasse et les orties, était magnifique, magique.

Le mayen vu de drone pendants le camp des enfants 2016.

Avec les jeunes du village, nous avons organisé en 1997 le premier camp des Moyes de l’ère numérique et fondé l’association Ayer pour demain pour le pérenniser. Je proposais dans un travail de diplôme de consacrer l’endroit au tourisme doux naissant; sans aucune envie de m’impliquer au niveau commercial, je suis accompagnateur, animateur et conteur, en aucun cas entrepreneur, encore moins restaurateur. La commune et les autorités touristiques ont snobé mon idée, le tourisme doux à Ayer attendrait… Je suis depuis le gardien des lieux, j’entretiens les alentours et les bâtiments, et nous avons vécu en juillet avec 90 jeunes, dont le plus âgé ne compte que la moitié de mes jours, le 22ème camp des enfants. Pour fêter les 200 ans du mayen, Ayer pour demain a obtenu l’autorisation exceptionnelle d’y tenir buvette les week-ends de juillet et août. Le nouveau sentier didactique Zau Zoura et le tour VTT d’Anniviers passent par les Moyes, l’endroit a profité de 20 ans d’entretien régulier et de quelques investissements communaux, une buvette sympathique accueillait les randonneurs dans la forêt d’Ayer… Ma vision s’est réalisée! Avant de passer à la saison des glissades, je tiens à remercier tous les acteurs de l’aventure Ayer pour demain, les parents d’Anniviers et habitants d’Ayer qui, bien qu’intrigués voire méfiants, nous ont toujours soutenu. Avec une tendresse particulière pour les fondateurs de l’association qui nous confient maintenant leur progéniture.

L’ouverture de la buvette le 30 juin avec Alex, Sven et Coco.

J’ai passé l’essentiel des heures libres de mon été aux Moyes, à entretenir les lieux, à couper du bois, à câliner les ânes ou à picoler avec les jeunes. Comme nous n’avons pas pu faire de feu du 14 juillet au 25 août, j’ai conté devant des images projetées des lieux des légendes. C’était sympa, mais j’étais obligé de suivre les diapositives sans varier les histoires. Je m’attache aux lieux, 25 saisons d’hiver à Sorebois, 22 étés à entretenir et animer les Moyes, les gens partent, les pierres restent… Il n’y aura plus de buvette, mais des événements ponctuels selon les idées des jeunes de l’association qui utilisent le mayen pour leurs fêtes. Je suis fier d’avoir contribué à leur transmettre ce patrimoine, et heureux quand ils montent s’en mettre une sous les étoiles, à refaire le monde autour d’un feu, comme tous les jeunes fous depuis l’aube des Hommes.

L’équipe du camp 2018 le 13 juillet.

Orages et inondations du 2 juillet 2018

Le 2 juillet 2018, un violent orage éclata vers 18h au fond du vallon de Zinal. La Navizence était déjà gonflée par l’effet de températures estivales sur les neiges résiduelles d’un hiver record. Les pluies gonflèrent la rivière qui connut sa pire crue depuis la débâcle de 1834. Bien au chaud dans mon mayen, je suivais le phénomène depuis mon ordinateur, et ma fenêtre. 

J’ai compris vers 18h30 que l’événement serait exceptionnel, ce qui m’incita à prendre quelques captures d’écrans et à filmer la Navizence. Pour donner vie à ces images et tester un nouveau logiciel de montage, j’ai créé ce film sans ambition esthétique qui témoigne assez précisément de l’épisode tel que je l’ai vécu. En fin d’article, les meilleures descriptions sur le web.

Vidéo à retrouver sur YouTube pour un partage facilité.

Hiver 2018 – Conclusions

18 mai 2018     J’aimerais partager mes informations sur la neige en direct, la dimension du blog était choisie pour permettre la lecture sur smartphones. Ce n’est pas mon rôle, je ne regrette pas, j’ai mieux à faire que pianoter sur un clavier avec deux mètres de neige sous les spatules. L’exercice est périlleux, les sites officiels doivent tenir l’information à jour, un manquement leur serait reproché en cas d’accident. C’est déjà beau d’avoir du temps sur mon travail pour publier les mesures du matin, et de contribuer au partage des messages d’alertes et de prévention. Pour le reste, c’est avec du recul, la tête reposée, loin du délicat porte-à faux avec mon employeur, que je résume ici mes hivers pour la dixième année. Techniquement tout est dit; 842cm de cumul, 5 tempêtes, des mercures à -25°… Les articles précédents, les feuilles de calcul, l’album photo, les tweets, la page Google+ permettent de revivre l’exceptionnel hiver 2018. Je serai un peu plus philosophe dans ces conclusions.

Je choisis chaque saison une photo représentative; le ciel rougeoyant du 5 janvier au matin me trouble encore. Au sortir d’une grosse tempête nous arrivions au Col, les machines avaient déclenché des avalanches monstrueuses, nous partions le sac plein de bombes sur l’arête de Barthélémy sous un ciel magique. Je n’ai jamais déplacé autant de neige en quelques heures que ce matin-là. C’est un métier spécial, plein d’instants forts.

Le 5 janvier à 8h, juste après Eléanor.

Les avalanches du début janvier ont emporté un jeune pin d’arole sur le dernier tronçon de la piste de l’Aigle; le machiniste l’a coupé pour dégager le passage. Je croisais le sourire de cette victime innocente tous les matins et tous les soirs en ouvrant et fermant la piste. Impossible de perdre le moral quand même les arbres arrachés vous sourient. Ce drôle de smiley me servira d’avatar cet été.

Le scénario de la saison est parfait, une couche de fond précoce, du froid pour l’enneigement artificiel en début de saison, un gros paquet de neige pendant le creux de janvier, et une fin d’hiver assez fraîche pour garder les pistes parfaites jusqu’en avril. Comme en 2013, le poids de la neige écrasa les faiblesses du manteau qui forma un ensemble majoritairement stable jusqu’à la fin. Un terrain gelé aurait évité les avalanches de glissements. Le tunnel creusé début février évolua, mais on le traversait encore mi-avril sans l’avoir entretenu. L’estivale dernière quinzaine amorça une fonte rapide mais mesurée, l’eau pénétra le terrain et alimentera les sources taries l’été passé. A coup sûr, des pluies intenses sur cette neige fondante auraient entraîné inondations et glissements de terrain catastrophiques. C’est arrivé, mais modérément…

Le tunnel de la Corne le 15 avril.

La montagne est généreuse, si un millième des affronts aux règles de sécurité élémentaires portaient à conséquences, nous compterions les victimes par centaines chaque hiver. Le millésime 2018 fut meurtrier en Valais, le sort épargna le vallon de Zinal. On ne compte qu’une victime en Anniviers, elle randonnait dans un couloir improbable sur les hauts de St-Luc en début de saison. C’est beau le freeride, il reste un doute même quand on s’élance sur une pente minée, la montée d’adrénaline fait partie du sport, de la vie. J’ai par contre un parfait mépris pour ceux qui mettent les autres en danger, en skiant des pentes en amont de pistes ouvertes au public en particulier. Les parents et moniteurs qui font prendre des risques inutiles aux enfants méritent aussi des coups de bâtons.

Vents du Sud le 12 avril à 9h30.

Nous vivons quasi chaque hiver un jour de grand beau temps, gâché de vents qui empêchent les transports à câbles; ce fut le 12 avril cette année. La situation s’est rétablie vers 11h, mais les clients qui ne voient pas les montagnes depuis la station ne comprennent pas. Ci-dessous les liens vers les feuilles de calcul de la saison; de ces mesures journalières je tire les statistiques et le résumé de la saison, pour les remontées mécaniques et pour ce blog. Novembre 2017Décembre 2017Janvier 2018Février 2018Mars 2018Avril 2018

J’ai commencé les mesures et leur partage il y a dix ans, je me bonifie (n’est ce pas?) et la technique s’améliore, les photos sont meilleures, les outils numériques plus rapides et efficaces. Les chiffres sont précis, les expériences vécues. Nous avons des mesures de neige à Grimentz depuis 1957, à Bendolla depuis 1988. Les stations IFKIS enregistrent les données depuis la fin des années 1990, mais disséquer ces masses de chiffres me rebute. Les patrouilleurs d’autrefois remplissaient des rapports journaliers qui garnissent des cartons, je suis déjà trop vieux pour espérer mettre de l’ordre dans ces archives de mon vivant. Les forces motrices possèdent certainement des données depuis les années 1950 sur les précipitations du vallon de Zinal. On me conseille les archives de la commune d’Ayer et certains montrent des almanach annotés par leurs ancêtres. Les tempêtes de janvier étaient les plus puissantes depuis décembre 1999, les températures les plus basses de ces dix dernières années. Le chef de sécurité des débuts de Zinal m’a affirmé que seul l’hiver 1969/1970 avait dépassé les 8 mètres de neige cumulée.

Plan des pistes de Bendolla / Grimentz.

Nos autorités désirant profiter des conditions parfaites pour cartographier le domaine, je me suis proposé pour passer au GPS les bords de pistes de Grimentz. La carte obtenue servira à moderniser le plan des pistes, et nous en connaissons enfin la superficie exacte. Je connais désormais mieux le secteur de Bendolla et ses habitants, le coup de speed pour terminer ce travail m’a épargné la langueur des fins de saisons. A tous points de vues, l’hiver 2018 restera remarquable ! 

La couche 2018

842 cm de cumul de neige du 1er novembre au 30 avril. 240 cm au jalon à Sorebois 2500m. Des mesures entre 180 et 240 cm du 21 janvier au 15 avril. L’année de tous les superlatifs !

La mesure à 2500m chaque quinzaine.
Le cumul à 2500m par quinzaine.

06.11.2017 = 27 cm, 07.11.2017 = 04 cm, 12.11.2017 = 12 cm, 13.11.2017 = 28 cm, 14.11.2017 = 09 cm, 20.11.2017 = 06 cm, 26.11.2017 = 12 cm, 30.11.2017 = 10 cm

Total novembre = 108 cm

08.12.2017 = 08 cm, 09.12.2017 = 12 cm, 10.12.2017 = 08 cm, 11.12.2017 = 20 cm, 12.12.2017 = 14 cm, 13.12.2017 = 06 cm, 14.12.2017 = 05 cm, 15.12.2017 = 13 cm, 17.12.2017 = 07 cm, 19.12.2017 = 16 cm, 28.12.2017 = 07 cm, 30.12.2015 = 26 cm, 31.12.2017 = 18 cm

Total décembre = 160 cm

01.01.2018 = 07 cm, 02.01.2018 = 06 cm, 03.01.2018 = 13 cm, 04.01.2018 = 34 cm, 05.01.2018 = 25 cm, 09.01.2018 = 83 cm, 17.01.2018 = 06 cm, 18.01.2018 = 14 cm, 19.01.2018 = 21 cm, 20.01.2018 = 16 cm, 22.01.2018 = 81 cm, 23.01.2018 = 29 cm

Total janvier = 335 cm

01.02.2018 = 06 cm, 02.02.2018 = 23 cm, 12.02.2018 = 09 cm, 13.02.2018 = 12 cm, 15.02.2018 = 08 cm, 16.02.2018 = 23 cm, 18.02.2018 = 12 cm

Total février = 93 cm

03.03.2018 = 07 cm, 04.03.2018 = 03 cm, 08.03.2018 = 06 cm, 12.03.2018 = 12 cm, 13.03.2018 = 06 cm, 16.03.2018 = 07 cm, 18.03.2018 = 06 cm, 19.03.2018 = 09 cm, 20.03.2018 = 05 cm, 23.03.2078 = 04 cm, 28.03.2018 = 10 cm, 29.03.2018 = 08 cm, 31.03.2018 = 27 cm

Total mars = 110 cm

01.04.2018 = 12 cm, 05.04.2018 = 04 cm, 11.04.2018 = 02 cm, 12.04.2018 = 04 cm, 13.04.2018 = 02 cm, 30.04.2018 = 12 cm

Total avril = 36 cm

Cumul hiver 2018 = 842 cm

Les records 2018

La plus forte rafale et le mercure le plus bas de 2018 battent les chiffres des dix dernières années. Il faut probablement remonter à l’ouragan Lothard fin décembre 1999 pour trouver des vents si puissants à la Corne. C’est également à cette époque que furent posées les stations météo locale à Tracuit et Sorebois. Les mesures antérieures ne sont que mythes et légendes. Les mesures les plus impressionnantes de cet hiver impressionnant à la Corne de Sorebois :

Suivent : 122 km/h NW 306° le 21.01.2018 à 05h00, 94 km/h N 7° le 12.11.2017 à 22h30, 90.4 km/h S 180° le 11.12.2017 à 15h00, 82 km/h W 207° le 05.11.2017 à 02h30

suivent : -20.6° le 09.12.2017 à 18h00, -20,0° le 21.03.2018 à 05h00, 17.5° le 26.11.2017 à 06h50, –14.8° le 13.11.2017 à 01h10

Le danger 2018

Le SLF publiait son premier bulletin de la saison le dimanche 12 novembre. Nous avons compté jusqu’à fin avril 7,5 jours en danger 1, 66 jours en danger 2, 72,5 jours en danger 3, 8 jours en danger 4 et 1 jour en danger 5. Pendant 18 jours dont 6 après la fermeture de la station, le degré de danger augmentait suite au réchauffement diurne. 

Une saison tendue, le degré 1 qui occupe habituellement entre 20 et 25% des saisons n’a fait que quelques brèves apparitions. 8 jours en degré 4, ce qui n’a pas retenu les clients qui ont comme à leur habitude skié toutes les pentes atteignables par les installations, et une journée en degré extrême le lundi 22 janvier. Nous nous attendions à ce que le ciel nous tombe sur la tête, mais tout s’est bien passé. Les procédures sont rodées et les endroits dangereux connus.

La nébulosité 2018

La nébulosité par quinzaine.

De début novembre à fin avril, j’ai noté le pourcentage du ciel occupé par des nuages à 8h du matin depuis Sorebois 2500m. 53 jours montraient un ciel d’azur ou troublé par moins de 5% de blanc; j’estimais 46 matins un ciel où le bleu dominait; 82 matins, les nuages occupaient la majeure partie du ciel, parmi eux 40 ne laissaient aucune place au bleu. Ratio de 53/46/82 à comparer au 62/40/80 de l’hiver 2016 et au 74/41/66 de 2017. La station était fermée la deuxième quinzaine d’avril, plus belle période d’une saison très couverte. A noter que sur les 22 week-ends ouverts au public, soit 44 jours, la proportion est de 10/9/25, pas bon pour les caisses…

Avril 2018

17.05.2018    Je mesurais 12cm à Sorebois au matin du 1er avril, 18cm en station pour cacher les oeufs. Le cumul depuis le 28 mars atteignait 70cm avec une bonne météo jusqu’à mardi; nous attendions du monde sur les pistes. Réouvrirent progressivement au rythme du minage puis du damage des secteurs, le retour en station et les pistes de ski de fond devraient attendre la purge des arêtes en hélicoptère. Les 4 gazex mis en place ne protègent pour l’heure que le secteur de Singlinaz, les travaux continuent cet été avec la pose de 6 nouveaux exploseurs. Aux commandes des gazex, je posais mon appareil sur un trépied pour tenter de filmer les résultats. Encore une fois, le gros de la masse de neige restait en place, mais la fraîche se déclenchait facilement. L’avalanche de la Lé montra un résultat spectaculaire pour la troisième fois cette saison. La zone de déclenchement est vaste, propice aux accumulations, mais la pente modérée retient les spontanées. Le minage déclenche la vaste pente qui surplombe le nord de l’alpe de la Lé, puis tombe d’une série de falaises avant de s’écraser sur la partie étroite du vallon qui est périodiquement dévasté par les coulées. L’aérosol s’élève haut sur le versant opposé, les images sont spectaculaires. Les pistes de ski de fond et l’accès aux cabanes sont menacés. Les images sont lointaines, mais stables et de bonne qualité contrairement aux produits des smartphones.

Le 1er avril 2018, avalanche de la Lée. Aussi sur YouTube, partage plus facile.

Le manteau s’était déjà détrempé partout sous 2500m, sur les face ensoleillées jusqu’à 3000m. Nous étions satisfaits du minages des endroits menaçants les pistes. Le lundi de Pâques, tout le domaine s’offrait à une très nombreuse clientèle, satisfaite de la journée et de la saison selon mes contacts. Pas de miracle, les températures printanières n’allaient pas attendre le 15 pour déstabiliser la neige en montagne, et les talus en vallée. Un éboulement nous contraint à fermer définitivement la piste de l’Aigle le 5 au matin, nous fermions les pistes exposées l’après-midi. Des avalanches de glissement constellaient le paysage, une plaque nous surprit le 6 vers 16h30 en amont du Chiesso; elle n’atteint pas la piste, mais nous avions obtenu un déclenchement la veille et pensions la zone sécurisée.

Aucune fissure n’a précédé ce glissement dans une zone fraîchement minée.

Il est rare qu’une plaque suffisamment importante pour toucher les piste nous surprenne. Chat échaudé craint l’eau froide, nous avons redoublé de prudence et fermé les secteurs au moindre doute, parfois au grand dam des skieurs insouciants. Nous avions passé la saison sans accident et restons attentifs jusqu’à la dernière heure. Survivre à l’hiver le plus enneigée depuis plus de 30 ans demande une peu de science, de l’instinct, et beaucoup de chance comme en témoigne l’antique Chiesso de Tracuit épargné pour quelques mètres.

Le Chiesso de Tracuit, fraîchement rénové, le 12 avril 2018.

Beaucoup de coulées spontanées ponctuèrent le lundi 9 après une nuit couverte, malgré l’absence de soleil. Les autres jours, le regel nocturne sauva la situation jusqu’au dernier dimanche, où de nombreuses fissures apparurent en amont des pistes reléguant dans le centre du domaine les ultimes clients. Une fissure apparut dans le prolongement de la plaque du Chiesso du 6, juste en aval de la route nous avons poussé de la neige dans la fissure sans résultat. Les plaques de glissement se déclenchent quand elles veulent, passer dessous est une partie de roulette; l’équipement dans la neige lourde ne sert qu’à retrouver les corps broyés plus rapidement, et on ne « skie » pas les coulées de neige mouillée.

La sympathique petite station de Verbier accueillit notre sortie de fin de saison lundi 16. Nous avons comme d’habitude fait preuve de discrétion, et de la sobriété qui fait la réputation de notre team. A observer les énormes coulées autour du domaine bagnard, j’étais heureux de n’avoir pas à pousser le bouchon plus loin et plaignais mes collègues locaux qui jouaient les prolongations…

Sortie du secteur Zinal des RMGZ à Verbier.

La deuxième partie du mois fut un festival de soleil et de douceur. La neige fondait rapidement en journée, le regel nocturne assurait une certaine cohésion du manteau et permit une saison de ski de randonnée magnifique. La Navizence restait calme, elle s’amplifiait certes en journée mais sans atteindre les niveaux que j’imaginais par ces températures. Après dix jours qui nous auraient étonné en juin, des crocus apparurent autour de mon jalon en station. Une fonte rapide et modérée, rien à voir avec celle, catastrophique, du dernier hiver fortement enneigé en 2013.

Le bulletin climatologique avril 2018 de MétéoSuisse annonce le deuxième avril le plus chaud depuis le début des mesures en moyenne nationale. C’est assurément la deuxième partie du mois qui fit la différence. La neige fondit sur place, très peu de coulées au regard de 2013. Lien vers la feuille de calcul Vallon de Zinal avril 2018 résumée ci-dessous:

Mars 2018

15.05.2018     Mars a débuté par des courses FIS féminines sur les hauts de Sorebois. La piste principale est si souvent teintée de bleu que la couleur se remarque dans toute l’épaisseur du manteau. C’est un colorant alimentaire sans danger pour la nature qui sert à marquer le relief pour les concurrentes.

De la sortie de la ace à Etienne à l’entrée du Goulet le 1 mars 2018.

Les températures sont restées fraîches et la nébulosité bien présente jusqu’au 20, quand 24cm de neige récente accompagnée de vents rendit nécessaire un contrôle des pentes; autant pour la neige fraîche que pour vérifier la cohésion du manteau qui se transformait en gros cristaux sur les faces Nord à Sud-Est. Le minage a révélé quelques pièges, mais la stabilité générale restait bonne. Nous redoutions un changement structurel capable de déranger, par métamorphose ou chaleur, la stabilité de cette masse incroyable de neige. Nous observions sur les faces ensoleillées de nombreuses gueules de baleines, elles lâchaient sur les fortes pentes, entraînant une neige lourde loin en aval. Le 16 mars, 4 personnes trouvaient la mort dans une avalanche de ce type au vallon d’Arbi.

Avalanche de glissement typique à Navetta/Ayer le 24 mars 2018.

Les avalanches de neige mouillées, les reptations et avalanches de glissement ont préoccupé la deuxième moitié de notre mois. Si les stations de la rive droite du Rhône sont habituées à gérer les glissements, leur longue expérience n’a engendré que des solutions fatalistes; laisser fondre, fermer les pistes en aval, dévier la circulation. Il semble que rien ne permette de maîtriser le moment du déclenchement. Restent les modifications du terrain, digues, déviations ou arrêtes-neige, travaux estivaux peux esthétiques. Pour résumer le problème, lisez l’information sur les avalanches de glissement publiée par le SLF. Nous gérons la neige de printemps en déclenchant les pentes « mûres », soit détrempées, par minage ou en poussant la neige en machine ou à skis. Les grandes plaques de glissement résistent à ces méthodes et même le regel nocturne n’exclut pas l’éventuel déclenchement. Le secteur de la Tsarva à Grimentz est régulièrement confronté au problème; la zone la plus dangereuse à Zinal surplombe le passage de la Latta sur la piste de l’Aigle. J’y observais une belle déchirure du manteau le 23 au matin qui nous obligea à fermer la piste.

En amont de la route de la Latta le 24 mars 2018.

La masse en mouvement mesure 30m de haut sur 50m de large, l’épaisseur du manteau est d’un peu plus d’un mètre, j’ai mesuré une masse volumique entre 260 et 290 kg/m3 sur tous les prélèvements. Tout le reste de la piste de l’Aigle était parfait, mais nous vendons des pistes sécurisées. Il convenait de réduire le danger, ou de fermer la zone. Le premier minage déclencha deux coulées autour de la partie en mouvement, sans effet sur la masse. Nous profitâmes d’un redoux le 26 pour tenter notre chance en doublant la charge en amont direct de la fissure, en vain. Le 29 enfin, dans un brouillard à couper au couteau, nous cherchions des points de tir beaucoup plus en amont, dans l’espoir d’envoyer un maximum de neige sur la plaque. La neige toute « pourrite », il était 17h quand l’avalanche déclenchée 40m en amont traversa la plaque de glissement sur sa moitié. Le haut du couloirs des auberges se déversa également jusqu’à la Navizence peu après. Nous pouvions envisager d’ouvrir le retour en station pour Pâques. 

En bleu la piste, en orange le déclenchement du 29 mars. Photo du 26 mars.

Notre rôle est d’ouvrir des pistes sécurisées, nous posons un barrage avec filet et panneaux quand un danger subsiste. Evidemment la passage est étroit au regard de la piste de l’Aigle, et la plaque ne partira qu’une fois, faut pas avoir de chance… Ce sont des centaines de skieurs qui ont enjambé le filet, parfois avec des enfants en bas âge. J’ai même observé des moniteurs de camps, non-professionnels, qui jouaient à cette roulette montagnarde avec les enfants des autres. Il ne faut pas s’étonner que chaque année une vingtaine de personnes rentrent du ski dans une boîte en sapin.

Le samedi 31 au matin, 31cm de fraîche effaçaient les vieilles traces avant le week-end Pascal. La sensation générale du mois est confirmée par le bulletin climatologique mars 2018 de MétéoSuisse, un mars frais et peu ensoleillé, les 104cm de cumul supplémentaires ont maintenu la couche proche des deux mètres. 

Février 2018

15.05.2018   Partager des informations sur l’état du manteau neigeux reste une gageure, la prudence du SLF qui n’exprime son bulletin qu’en phrases types normalisées le démontre.  C’est un pari sur leur vie que prennent ceux qui s’engagent hors des pistes ouvertes. Lorsque survient l’accident, même ceux qui « connaissent la montagne » cherchent à minimiser leurs responsabilités. Difficile de publier sur la situation en cours, sinon pour partager les messages d’alerte en situations extrêmes; il vaut mieux écrire l’histoire la guerre terminée. Voici tardivement le résumé de notre bataille de février.

Encore 29cm les deux premiers jours de février, mois habituel des belles tempêtes hivernales. Nous ne savions plus où mettre la neige, carnaval tombait tôt cette année et nous craignions de nouvelles perturbations les stations pleines. Les patrouilleurs ne sont pas inusables, courir les arêtes le sac chargé de bombes, avec l’attention nécessaire pour éviter les accidents, fatigue. Puis le ciel s’est calmé, nous avons pu passer au côté touristique du métier : baliser, garantir une circulation harmonieuse sur les pistes, informer, aider et secourir la clientèle. Les conditions de ski étaient idéales avec la plus belle couche de neige depuis plus de trente hivers, soit deux mètres de neige bien tassée au jalon à Sorebois, et une peu moins du mètre en station. Le pied! En haute saison, nous assurons une permanence au sommet des pistes pour intervenir rapidement sur le domaine. Pour marquer l’enneigement exceptionnel, je profitais de ce temps d’attente pour forer un tunnel de 8m de long et 190cm de haut dans la grosse congère laissée à la Corne par les tempêtes de janvier, plus de 7m de neige entassée et compactée par les vents. Ce tunnel est devenu une véritable attraction touristique.   

On traversait le tunnel à ski sans se baisser sur 8 mètres.

La neige extrêmement dure était inattaquable à la pelle, les coups n’entaillaient que quelques cm. La tronçonneuse taillait par contre facilement de beaux blocs faciles à sortir du tunnel. On reconnaissait la strate du 9 janvier incrustée d’un sable brun-clair. Pendant que je creusais, mes collègues et des clients entassaient les blocs extraits dans des œuvres éphémères. Du 6 au 10 février, des températures hivernales modérées par un bel ensoleillement firent le bonheur des skieurs, un brouillard fluctuant entre 1500 et 2500m rajoutait au plaisir d’être en montagne. Des centaines de photos de la Couronne Impériale derrière nos kerns de neige circulaient sur les réseaux. J’inaugurais un nouvel appareil photo.

Les déblais du tunnel devant la Couronne Impériale.

Depuis la Corne de Sorebois, nous dominons les vallons de Zinal et de Moiry et observons toutes sortes de pentes. La montagne régulièrement minée et skiée subit plus tardivement les changements internes du manteau neigeux. Le terrain tiédi par un octobre doux, protégé par des neiges précoces et abondantes, allait favoriser les avalanches de glissement. Depuis le début du mois, de belles gueules de baleines s’ouvraient sur les fortes pentes, à commencer par les marécageuses pour s’étendre sur les faces exposées au soleil. Nous sommes impuissants devant le phénomène qui résiste au minage, la plaque lâche quant elle veut, quelle que soit la température ou l’ensoleillement. Nous ne pouvons qu’éviter la zone en aval du phénomène, surtout quand le moindre déclenchement emporte une couche de plus d’un mètre d’une densité de 300 kg/m3. Dès la mi-février, nous observions les premiers déclenchements sous 2300m, le problème nous préoccupera jusqu’en fin de saison.  

Avalanche de glissement dans le lac de Moiry le 19 février.

Du 12 au 18 février, 64cm rafraîchirent la surface du manteau et élevèrent la couche au-dessus des 2m quelques jours. Une neige bienvenue, nous commencions à manquer de pentes à tracer. La fréquentation des stations en février fut bonne, je pense que les chiffres des remontées mécaniques le confirmeront. Nous avons déclenché de belles coulées pendant la période, mais rien d’exceptionnel. Le manteau en place, épais et compact, collait à la montagne sur la plupart des pentes au-dessus de 2300m. Pour couronner ce février hivernal mais bien ensoleillé, une vague de froid exceptionnelle figea le pays en fin de mois avec la plus basse température mesurée à la Corne depuis 10 ans, soit -25.7° le 27 à 6h00 du matin.   

Atmosphère brumeuse, filets givrés; quand on voit le froid… 

Avec un manteau épais, des températures fraîches et un renouvellement de la surface traçable au milieu du mois, février 2018 restera comme un idéal dans les mémoires des amateurs de sports d’hiver. Toutes les pistes ouvertes, des conditions de freeride idéales jusqu’en vallée, mais aussi des pistes de ski de fond, des patinoires et autres pistes de luge en parfait état… Nos station proposèrent un « produit », comme ils disent, idéal, difficile à atteindre depuis que le climat s’adoucit. La feuille de calcul février 2018 retient les données précises de ce mois de rêve, la simple contemplation du diagramme produit par ces données me ravit… 

Il a fallu dessiner des lignes pour contenir la couche de février sur le diagramme standard.

Le bulletin climatologique février 2018 de MétéoSuisse résume un mois frais et sec.

Records de froid

06.03 2018   Les valeurs d’autrefois tiennent souvent du mythe. Je note les températures le matin à 8h sur ma station météo de Zinal 1700m, sur la stations IFKIS de Tracuit à 2600m qui indique la valeur en surface de la neige, et sur la station IFKIS de la Corne de Sorebois. Du 25 au 29 février, une vague de froid, décrite par le blog MétéoSuisse, s’est abattue sur l’Europe. Au matin du 27 février, Je notais -21.8° pour Zinal et -34.3° en surface de la neige. Le records depuis le début de mes mesures en novembre 2008 est enregistré à la Corne à 6h du matin avec -25.7°. Seul le plus bas mercure pour chaque vague de froid est pris en compte. Beaucoup de chiffres fantaisistes viennent de thermomètres placés trop près du sol ou des bâtiments. Le soleil dominait un ciel laiteux et la bise épargnait la région, rendant l’épisode supportable. 

Suivent : -23.6 le 31 janvier 2009 à 8h00, -23.3 le 17 janvier 2017 à 4h30, -22.4 le 13 février 2009 à 7h30

Un autre record est tombé ce 27 février à 3h00 : -34.3 en surface de la neige

Janvier 2018

04.03.2018     Avec un cumul de 335cm, trois tempêtes dépassant les 120 km/h, dont les deux plus puissantes de ces dix dernières années, une couche dépassant les 2 mètres à Sorebois, Janvier 2018 sera la nouvelle référence. Rien n’est terminé, je rédige ce résumé début mars, cette neige est toujours en place. Quand le réchauffement printanier aura mouillé toute l’épaisseur, les pentes se purgeront et ces flocons feront à nouveau l’actualité. Retournons en janvier; j’utilise les feuilles de calcul proposées par Google qui permettent une visualisation et un partage facile des données. Un dessin surplombe le diagramme pour inclure le dépassement des deux mètres sans modifier les paramètres, l’événement est rare. Vous pouvez consulter les données au bout de ce lien.   

Cliquez sur le diagramme pou agrandir.

Eleanor posa ses 85cm bien soufflés sur un mètre de substrats divers en début de mois, la plupart des pentes se purgèrent jusqu’au terrain remplissant les digues d’altitude. Les fortes pluies jusqu’à 2300m densifièrent la neige qui se stabilisa sur les déclivités moyennes. Les grandes avalanches se déclenchaient en poudreuse mais arrivaient en vallée mouillées, une neige lourde moins volumineuse qui suit bien le relief. Ces coulées suivent la pente comme de l’eau, elles surprennent moins que les poudreuses et provoquent peu de souffle. Elles sont restées dans les digues en vallée sans provoquer de dégâts sur les forêts ou les infrastructures. La digue de Tracuit dimensionnée pour des laves torrentielles est pleine, les machines ont vidé celles de Combe Durand.

Les 83cm du 9 regarnirent les pentes nord entièrement plumées par Eleanor. Cette neige à nouveau arrosée jusqu’au sommet des forêts est bien restée en place. Elle semble avoir écrasé le vieux substrat, plus de vroums sur les pentes vierges et une baisse rapide du degré de danger aidée par une belle chute des températures. Cette neige suivie de beau temps nous offrit bien du plaisir…

Rive gauche de la Navizence, les pentes régulièrement minées ont encaissé l’épisode du 15 au 23 sans trop bouger, en comparaison du minage d’Eleanor du moins, laissant une belle couche à skier sur l’ensemble de la montagne. Sur les côtés sauvages, Moiry et rive droite, les fortes pentes se sont déclenchées spontanément avant le retour des beaux jours et des sportifs imprudents. Un redoux en fin de mois acheva de croûter la couche en vallée mais la montagne est restée poudreuse. Dans les combes, au fond des pentes, sur les pentes moyennes, une quantité incroyable de neige bien tassée, deux mètres au jalon à 2500m.

Traces de ruissellements jusqu’à 2000m,  Singlinaz le 24 janvier à 10h30.

Le rapport climatologique de MétéoSuisse confirme le janvier le plus doux depuis le début des mesures, des précipitations et des vents exceptionnels. En Anniviers l’hiver commence à Vissoie, Ayer est bien enneigé, il faut passer le Pont du Bois pour trouver la couche impressionnante. Les stations de basse altitude ont vu couler leurs pistes vers les lacs, mais le vallon de Zinal baronne avec près d’un mètre en vallée. On compte 15 jours en degré 3, 6 en degré 4 et un sommet en degré 5 le 22. J’ai pu admirer la gestion du danger par les services publics et les remontées mécaniques, Zinal a beaucoup appris en 50 ans de tourisme hivernal. Pas de victime, pas de dégât. Beaucoup de blabla, beaucoup de bombes. Un peu de chance, un peu de Bon Dieu. La prévention a échoué, même par degré 4 toutes les pentes atteignables depuis les installations sont skiées. Pour achever toute velléité de vantardise, rappellons que la neige est toujours sur place. Le travail n’est pas fini, mais que la montagne est bonne! 

Ouverture de la route de Tsirouc le 28 janvier.

Janvier 2018 dans le PAS

12.02.2018    On a beaucoup parlé de la neige et de Zinal dans le Paysage Audiovisuel Suisse ce mois de janvier 2018. Je concentre ici quelques passages intéressants, Google tout puissant vous aidera à en trouver plein d’autres. En italique mes réflexions personnelles.

Petit retour en 2025 sur cet article, beaucoup de liens ne fonctionnent plus principalement du côté des médias valaisans, Canal 9 et Nouvelliste. Les autres semblent plus prudents avec leurs liens. J’ai sauvegardé deux JT représentatifs.

4 janvier Canal 9: Les gars font énormément de travail pour sécuriser le domaine skiable
Lors du passage d’Eleanor, notre directeur explique le pourquoi et le comment des fermetures d’installations, et autres incidences de la tempête sur les remontées mécaniques. Sans oublier le mot gentil pour ceux qui triment dans la tempête. Du beau boulot de communication comme de journalisme.  

4 janvier Canal 9: En Anniviers, Claude Peter et ses collègues veillent sur la sécurité de 22’000 personnes en haute saison
La télévision régionale prend encore le temps d’un reportage complet sur la situation en Anniviers, avec une belle valorisation des personnes et du système qui veillent sur nous.

9 janvier Canal 9: Route vers Zinal fermée en raison du danger d’avalanches: plus de 300 enfants belges bloqués à Sierre
300 enfants belges attendus à l’hôtel Intersoc sont bloqués à Sierre. Penser à toutes les conséquences d’une décision de fermeture…

9 janvier TSR: La route de Zinal est fermée
Les fortes précipitations après l’épisode foehnique du 7 janvier sur la Télélvision Suisse Romande, le média le plus entendu. Anniviers était le seul bout de Romandie vraiment atteint par l’événement, un débordement du sud.

21 janvier Le Nouvelliste: Zinal: 28 chalets évacués, la route coupée depuis Ayer
Le Nouvelliste est la référence valaisanne, le journal conservateur de nos ancêtres. Une information claire, exacte et vérifiée. Mais payante, ce qui exclut de cette page les articles et les liens les plus intéressants. 

21 janvier 20 Minutes: Danger d’avalanches, le village de Zinal évacué
28 chalets ne font pas Zinal. Contenu, illustration, références, tout est bidon. Le journal gratuit.

21 janvier Le Matin: Danger d’avalanches, le village de Zinal évacué
Ben si tu prends le 20 Minuten comme référence…

21 janvier blog Images en ballade: Il neige à Zinal
Les excellentes photos de notre ami et concitoyen Claude.

22 janvier TSR: Danger d’avalanche maximal en Valais avec évacuations et routes coupées
De belles images de l’ambiance à Zinal, village coupé du monde aux caves pleines. Et comme il aime les caméras mon chef…

22 janvier blog Images en ballade: Il fait beau à Zinal
Des images magnifiques, un véritable témoignage par un œil d’artiste.

22 janvier TSR: Enneigement, vers des records
La route de Zinal coupée, les journalistes ont visité Grimentz et Ayer. Nous avions ce jours-là la même couche à Sorebois 2500m qu’à Bendolla 2150m, pour un cumul de 575cm à Sorebois et 626 à Bendolla. La couche allait rapidement se tasser sous les 2m à Sorebois. J’ai mis l’intégralité de la grand-messe de ce jour particulier, le passage local commence vers 4m45s.

Quelques images volées pour la science.

27 janvier TSR: Minage des avalanches, stocks d’explosifs en baisse
Reportage intéressant sur la production des explosifs destinés aux déclenchements. Je l’ai surtout gardé parce qu’ils ont récupéré des images du 14 décembre, on revoit mon p’tit…  

Evi, David et cetera

04.02.2018     Nous étions groggy, une quantité de neige déjà étonnante, des records de froid et de vent, et MétéoSuisse nous annonçait une nouvelle série de tempêtes dans un courant d’ouest très actif. Les festivités devaient commencer lundi 15 janvier en fin de journée, elles allaient durer une semaine. Avec de grosses quantités, nous sommes plus prudents et gardons une marge d’erreur autant lors de la progression dans le terrain, qu’en évaluant la taille et les conséquences des avalanches provoquées. Dans l’absolu, le travail est le même; nous montons tôt le matin, suivons les parcours de minage, une fois les pentes sécurisées les machines peuvent commencer le déblaiement et le damage, si le vent n’est pas trop violent les installations montent les skieurs. Si nous ne pouvons ni accéder ni constater de visu que les zones de minage sont purgées, nous fermons pistes ou routes et évacuons les endroits menacés. Simple sur le papier, tout devient plus étrange quand Dame Nature met tant de zèle à nous surprendre. Nous étions déjà gavés de neige avant la huitaine du 15 au 23, la sonde de la Corne immortalisa les exploits d’Éole. Un tableau à compléter de 147cm de neige cumulée sur la période. Ouf!

Le vent à la Corne du lundi 15 au mardi 23.

Dès 60 km/h, le vent déplace la neige fraîche et les remontées mécaniques risquent de dérailler. Valeur atteinte le 16 pendant la nuit, la tempête nommée Evi souffla ensuite rapidement à 120 km/h pour atteindre un paroxysme avec deux pointes à 141,8 km/h NW mercredi dans la matinée. C’est énorme, des valeurs rares également sur la durée. MétéoSuisse s’est fendu d’un article sur le nom des tempêtes, juste de quoi comprendre que c’est un international bordel peut-être en voie de régularisation. Après Evi devait se pointer David, consultez la page wikipédia des tempêtes de l’hiver pour comprendre qu’il n’y a rien à comprendre sur ces noms. J’ai vu une tempête énorme de mardi matin à mercredi soir, des vents soutenus avec des pics à près de 100km/h la nuit de jeudi à vendredi, un remontée spectaculaire à près de 120 km/h de samedi à dimanche matin, et un final décoiffant quoique sous les 100 les 12 dernières heures du lundi 22. J’ai trouvé de la neige sur la planchette tous les matins du 17 au 23, la plus grosse chute étant de 81cm mesurés lundi 22 à 8h. MétéoSuisse décrit trois pics de précipitations du 20 au 23 sur son blog.

Le restaurant de Sorebois le 22 janvier à 10h15.

Dimanche 21 à midi les autorités fermaient la route de la vallée. Elles avaient émis un communiqué le 19 pour prévenir les clients des stations du risque. Le site www.annibook.ch informe rapidement de la situation et de l’état d’ouverture des différentes infrastructures. Un net progrès! Lundi 22 la situation était désespérée, 240cm du jalon se cachaient sous la couche. Nous croulions sous la neige à Sorebois, le village en vallée coupé du monde selon l’expression consacrée. Il pleuvait abondamment sous 2300m, la station ruisselait, on pataugeait en degré de danger 5, les Gardes à Bordon dégoulinaient sans discontinuer. Nous étions évacués selon les torchons rigolos; 29 chalets en fait, la station doit en compter plus de 300. Grosse couverture médiatique pour la région, alors que la Suisse entière souffrait des nombreuses inondations et glissements de terrains. Nouveauté à laquelle je n’avais songé, le trajet par Grimentz-téléphérique de liaison-téléphérique de Sorebois pourrait maintenant permettre, si besoin, un accès d’urgence en cas d’isolation totale de Zinal. 

Anniviers le mardi 23 avant la première bombe.

Mardi 23 le ciel dégagé avait croûté la neige en station, nous accédions assez facilement en machine sur l’arête de Sorebois. Le paysage grandiose; ce fameux calme qui précède les tempêtes les suit aussi, l’atmosphère prenait aux tripes. La montagne était potelée, toute arrondie, immaculée. La météo annonçait plusieurs jours de trêve, nous minions pour ouvrir les routes, les pistes, les installations. La plupart des grosses avalanches s’étaient déclenchées spontanément, une cinquantaine de cm restaient en place partout. Le minage fut frustrant, la couche écrasée sous son poids était et reste remarquablement stable. Le minage par hélicoptère donna d’impressionnants résultats sur les pentes Est de Bendolla, peux dans le vallon de Zinal.

Les machines ont creusé un passage pour les cabines du téléphérique.

Les huits jours d’Evi et cetera m’ont finalement moins impressionné qu’Eleanor en début de mois. Beaucoup de neige purge les grandes pentes, puis tasse les couches faibles. Nous trouvons une situation durablement stable quand nous nous réapproprions le terrain, comme en mars 2013. Après le minage le travail continue, nous savions une belle fenêtre météo et avons péniblement remis le domaine en fonction. Nous avons depuis deux mètres de neige et un danger limité, le rêve! Le prochain article cataloguera des liens vers des journaux, reportages et images publiés pendant cet épisode.