Articles par Manu Zufferey

Après le foehn

03.02.2018   Ce mois de janvier ne se contentera pas d’un résumé. Entre-deux dépressions baptisées s’est déroulé un épisode plus discret particulier à la région. Une situation de foehn s’est installée, nous étions le 7 janvier en bordure du « mur de foehn » bien visible derrière le Besso. Le vent soufflait SSE à SE, alors que si notre foehn vient du sud, on le connaît mieux avec une tendance Ouest. La situation décrite sur le blog de MétéoSuisse montre en début d’épisode de fortes précipitations sur le Simplon et l’arête Sud des Alpes. Parfois les précipitations débordent jusqu’en Anniviers, ce qui emmène de beaux cumuls. Le foehn s’est calmé lundi 8 au matin, la planchette était soufflée, pas de mesure. Il a neigé abondamment toute la journée, on mesurait déjà plus de 30cm à 16h à 2500m, il pleuvait à 1600m. Au réveil mardi, la sonde de Tracuit montrait plus de 70cm en 24h, le double de celle d’Orzival, nous étions en limite du phénomène. La route cantonale fermée, le village pas déblayé, je  partais bosser peaux aux skis. Traverser la station mardi matin m’a marqué, la civilisation avait abdiqué devant la neige. Seuls les gros 4/4 circulaient, les matinaux déblayaient devant leurs portes, les pompiers bloquaient la route du monde.   

Le centre de Zinal mardi 9 à 7h20.

Je mesurais 83cm mardi 9 à 8h, un record en 24 heures depuis 10 ans au moins. Pendant la journée, la pluie trempa le manteau jusqu’à 2200m, et l’humidifia jusqu’à 2500m. On ne retrouva pas cette neige sous les arêtes au minage, elle s’était accumulée dans les combes jusqu’à 2600m, et formait une couche uniforme en-dessous. Des avalanches spontanées de moyennes à grande ampleur marquaient le paysage matinal, toutes sur des pentes connues, dans des dimensions normales. La principale surprise du minage engloutit les balises déjà remplacées sur le croisement Durand-Aigle. La route est restée fermée un jour et demi sous danger 4 fort. Cette neige gorgée d’un sable brun sera facilement reconnaissable dans les profils. Le minage du 10 sur une neige dense eut de beaux résultats sur les grosses pentes, très peu sur les déclivités moyennes.

Les Gardes à Bordon le 10 à 8h20.

Danger 5 très fort

Carte du danger pour lundi 22 janvier 2018.

21.01.2018 – 18h00    Situation exceptionnelle, voies de communications coupées, zones dangereuses évacuées. La route Ayer Zinal est fermée depuis dimanche 21 à midi. Les sports d’hiver sont à proscrire, suivez scrupuleusement les consignes des autorités dans les zones concernées.

La situation ne se rétablira pas avant mardi 23 au plus tôt. Pour l’instant, tout va bien !

22-01.2018 – 10h00   La planchette était entièrement dégagée par le vent hier matin alors que la sonde de Tracuit indiquait 19cm en 24 heures. Le vent à diminué, la neige est tombée à plat depuis hier matin 8h sur le champ de mesures à Sorebois 2500m. Résultat 81cm de bonne poudreuse en 24 heures. La neige à Zinal était détrempée, la nouvelle neige n’a fait que tasser l’ancienne, la valeur était de 112cm à 1700m. La règle à 2500m affichait 240cm, et le cumul saisonnier est désormais de 574cm. Il passera certainement demain au-delà des 6 mètres. Tout ça avant fin janvier…

Eleanor

19.01.2018 – 19h30   Fin 2017 et début 2018, un défilé de perturbations traversait le pays dans un puissant flux d’ouest. La courte pause du 31 décembre permit un minage efficace du vallon, puis les festivités reprirent avec une première tempête au doux nom de Carmen, qui passa plus au Nord et épargna les Alpes. Ce ne fut pas le cas de sa puînée Eleanor qui nous frappa de toute sa force le mercredi 3 janvier avec un pic de puissance à la mi-journée, deux rafales record mesurées à 155.2 km/h 290° entre 12h et 13h30. Je n’avais jamais atteint ces valeurs depuis 10 ans que je mesure la situation météo dans le vallon. Il semble même que le seul chiffre comparable pour la Corne de Sorebois date de décembre 1999 et de l’ouragan Lothard. Le vent s’est engouffré en vallée détruisant moult arbres et branches, la plus puissante rafale mesurée sur la station MétéoSuisse de Pralong afficha 83,9 km/h 42° à 9h50. Dans les mélézins, le sol était jonché de branches. Comme souvent, c’est le vent quelque peu retombé le jeudi 4 que je mesurais le gros des précipitations; au final les 5 premiers jours de 2018 laissèrent 85cm de cumul sur la planchette. Nous avons noté jeudi matin, malgré la faible visibilité et la tempête, de gros départs d’avalanches à la Corne de Sorebois et sur Tsirouc. La pluie mouilla le manteau jusqu’à la limite des forêts, laissant jusqu’à 2600m une neige lourde et dense. L’effet de souffle des grosses avalanches spontanées sur les plats de la Lé fut atténué par la masse volumique de la neige. Le grand couloirs de Singlinaz se purgea jeudi vers 20h30, un nuage de neige humide s’abattant sur la station.

La lé le 7 janvier, au premier plan l’avalanche de Singlinaz qui déborda largement sur la route et la piste de l’Aigle.

Vendredi 5 au matin, nous partions miner conscients de trouver une situation rare. Aurore aux doigts de rose présidait un ciel qui allait hélas rapidement blanchir. De cette journée exceptionnelle, je souhaite garder le souvenir de trois avalanches à mon avis historiques. La première fut déclenchée par hélicoptère dans les pentes de Tsirouc. Tout le cirque se déclencha en poudreuse sur les hauts, la neige mouillée suivit le couloir des Roussons jusqu’au sommet du pré en face du village d’Ayer. J’avais 12 ans quand j’assistais le 22 février 1985 au dernier épisode historique de cette avalanche depuis Ayer. Plus puissante et en poudreuse, elle s’arrêta à 200m de la Navizence recouvrant la route cantonale de plusieurs mètres de neige. Un épisode à la genèse de ma passion pour les avalanches. Le printemps, il fallut nettoyer le pré des Roussons propriété de mes grands-parents. Par la suite, ce couloir fut coupé de cinq passages de routes capables d’absorber la puissance de l’avalanche, mon ancêtre affirma qu’elle n’atteindrait plus jamais son pré. On y était presque!

Je décris aussi pour mémoire l’avalanche du Col. Emmené sur l’arête par une machine, je m’apprêtais à commencer le minage et proposais au chauffeur d’ouvrir devant moi la route sur l’arête. Après quelques dizaines de mètres, il déclencha une plaque unique qui emporta tout le versant jusqu’à Barthélémy et recouvrit la piste bleue de la Combe sous plusieurs mètres, détruisant les canons à neige, emportant tout le balisage. L’économie de douze bombe me permit de continuer le minage en direction de Combe Durand et du Freeride.

L’arête du Col depuis le Plat de la Combe.

Avec mon collègue Thibaud, nous avons provoqué une belle coulée qui atteint les grandes digues en amont du pylône d’angle de Durand. Puis nous nous sommes acharnés sur la pente au nord de l’arrivée du téléski. Déjà complètement purgée deux fois cette saison, elle ne broncha pas. Nous avons gravi la première bosse en direction du freeride et posé une bombe sur une accumulation évidente. Une cassure de 2 mètres fendit la masse qui entraîna plus bas une vaste plaque qui se propagea dans tout le cirque du domaine freeride. Les grandes digues furent largement débordées, la masse coula avec puissance jusqu’au croisement Chiesso-Durand-Zinal, combla le vallon du torrent, se répandit sur tout le « plat des parapentistes » pour enfin s’arrêter juste en amont de la cascade. En 1980, le même phénomène en l’absence de digues poursuivit pleine puissance jusqu’à la Navizence, détruisant par le souffle les parties boisée de la gare de départ du téléphérique. Un récurrence moins forte en 1981, puis l’ensemble de digues de Combe Durand protégea efficacement le téléphérique et la route de Zinal. Sans ces digues, nous aurions subi des dégâts similaires à 1980.

La Combe Durand photographiée en aval des grandes digues.

Beaucoup d’autres coulées et avalanches dans le vallon témoignent d’un épisode exceptionnel, un des plus fort de ces trente dernières années. Nous en gardons souvenir par les rapports de minage et les photographies. Les trois événements décrits ne sont que les plus remarquables, de mon point de vue, des premiers jours de 2018.  

Décembre 2017

15.01.2018 – Sauf une belle accalmie et le fameux redoux de Noël, décembre continua comme il avait débuté, dynamique et hivernal. 160cm de neige tombée à 2500m, 11 jours avec des rafales de vent mesurées à plus de 50 km/h à la Corne de Sorebois, dont 6 jours avec des mesures dépassant les 75 km/h, un final à 127 km/h à la première minute du samedi 30. La mesure de la couche mit du temps à refléter la situation générale du manteau; le hasard des vents semblait s’acharner sur le champ de mesures situé entre Remointze et Tsarmettaz à 2500m, et ce ne sont que 44cm mesurés les deux derniers jours de l’année qui cachèrent le premier mètre du jalon. Les températures n’adoucirent pas la sensation générale de rudesse, deux épisodes avec des mercures sous les -20° les 9 et 29 du mois. Pour le contraste, la moyenne des températures au matin à la Corne le trop chaud décembre 2016 était de -3.01°, la moyenne du millésime 2017 est de -9.21° !

Le domaine skiable présentait déjà un enneigement magnifique le 19 décembre.

3 jours de minages partiels dont un par hélicoptère le 13 sécurisèrent le domaine avant Noël. Je profitais de la belle journée du 23 pour réaliser un rapide profil sur terrain plat, histoire d’observer l’évolution de la couche en place. J’ai surtout constaté sur ce profil simplifié au 23.12.2017  que la chaleur du terrain provoquait un espace de neige fondante près du sol, surmonté d’une couche dure et gelée. Une PhotoSphère réalisée à la Corne de Sorebois le 24 décembre à 13h45 devait refléter la beauté de la période, une polissonnerie que je n’avais pas remarqué gâche un peu le coup d’oeil. Le 23, la piste de l’Aigle permettait le retour en station. Le danger en degré 4 le 11 est resté à 3 marqué jusqu’au 25 où le SLF nous offrit trois jours en degré 2 avant les festivités de fin d’année.  Nous avons notés quelques beaux résultats aux premiers minages, et nous pensions que la couche de fond ainsi brassée permettrait quelques semaines de stabilité. Erreur, les neiges des 30 et 31 se déclenchèrent facilement sur des pentes déjà purgées sans fond cristallisé, comme à l’arrivée de Combe Durand. Les 30 et 31 hélas, la pluie gâchait le manteau jusqu’à 2300m.

La feuille de calcul décembre 2017 résume mieux la situation météo que les mots, et seuls les rapports de minages permettent une idée précise de la très complexe situation avalancheuse de ce mois qui restera dans les annales. S’il ne faut retenir qu’un fait, c’est que le froid n’a pas gelé les zones humides, et que la couche d’approximativement un mètre fondait au contact du sol plus qu’elle ne cristallisait, jusqu’à 3000m au moins.

Décembre 2017, cliquez pour agrandir.

 

Magnifique!

12.12.2017 – 19h30  Difficile d’imaginer meilleure base pour cet hiver 2018, les neiges naturelles de novembre ont évolué sereinement, sans redoux ni pluie, et les températures ont permis de créer une base artificielle solide sur les pistes équipées. Décembre débuta tranquillement, mais le yoyo des températures et 4 jours sans nuage ont favorisé la métamorphose de la neige. Alors que MétéoSuisse nous annonçait plusieurs perturbations actives dès le 8, je tirais un bilan du substrat sur lequel reposerait la nouvelle neige. Comme on a pas que ça à foutre, je me suis contenté d’une PhotoSphère et d’un profil-expres filmé à l’arrivée de Tsarmettaz à 2700m. 

Cliquez sur l’image pour une vue à 360°

Conclusions: vallée jusqu’à 1800m et faces plein Sud jusqu’à 2600m libres de neige; pentes Nord et plats au-dessus de 2000m avec 40cm de neige bien métamorphosée sans aucune cohésion; pentes faciles à atteindre depuis les installations déjà bien skiées, traces durcies par le froid. Et quel froid: -20.1 samedi au petit matin, -20.6 à 18h à la Corne de Sorebois 2900m, record saisonnier. On atteint rarement pareilles profondeurs de mercure début décembre. Moralité: déclenchements naturels ou provoqués très faciles sur toutes les pentes, sauf plein soleil, dès les premières neiges. Lors du premier minage de la saison samedi, nous avons déclenché facilement toutes les pentes jouxtant le domaine skiable et peu se sont aventurés plus loin.  Heureusement la journée de dimanche fut morose et peu fréquentée. Nous étions sous la perturbation et avons mesuré 30cm entre 8 et 16h. Les précipitations ont cessé en début de nuit, un fort redoux ne laissa que 20cm à noter après tassement lundi matin à 8h. La station fermée en semaine, nous avons effectué les premiers tirs des Gazex lundi vers 10h30 pour un résultat faible. toutes les pentes abruptes s’étaient purgées spontanément. Trois jours de vents plein Sud ont accumulé la neige dans les combes, qui se déclenchaient sous la charge de neige accumulée. Aucune rafale n’a dépassé les 100 km/h, mais les vents sont restés soutenus toute la période.

Ce mardi, la météo annonçait de faibles précipitations, nous en avons profité pour purger un maximum de pentes sous l’arête de Sorebois jusqu’à Combe Durand. Nous avons provoqué de belles coulées sur les pentes moyennes qui ne s’étaient pas purgées seules, le degré 4 fort décrété dimanche soir n’avait plus lieu d’être et Davos avait remis la région, à raison, en degré 3. Les couloirs Nord se sont déchargés rapidement sous les accumulations dues au foehn, nous avons aidé les pentes moyennes exposées Est qui n’ont opposé que peu de résistance au minage.

La plaine du Rhône a connu un épisode exceptionnel dimanche, on parle de 80cm à Sion, record depuis 1971?! Panique sur les routes et compagnie. J’ai appelé mes parents à Sierre 550m dimanche soir, des gosses faisaient de la luge sur la rue de Borzuat comme mes frères et moi dans notre enfance. Ce qui arrivait chaque hiver voici 30 ans est considéré comme exceptionnel en 2017. Je souhaite plein de neige aux enfants de demain, le monde est tellement plus marrant quand il glisse. Demain mercredi le soleil devrait s’approprier le ciel, nous en profiterons pour terminer la purge des pentes surplombant les pistes et autres infrastructures à protéger. Puis un nouveau chapelet de perturbations amènera, selon les estimations, assez de neige pour redistribuer les cartes.

Alors que la neige s’accumulait dimanche, de nombreux randonneurs arrivaient à Sorebois par Singlinaz. Lundi par degré 4 justifié, des randonneurs et raquetteurs sillonnaient le vallon. Les habitudes de « consommation » des loisirs en montagne ont favorisé la liberté individuelle au détriment des activités encadrées par des professionnels conscients du danger. Si un véritable Hiver revient, les morts suivront, comme dans le feuilleton. 

Novembre 2017

06.12.2017 – 19h30    Ce fut un novembre normal; des précipitations sous forme de neige jusqu’en station, de belles chutes du mercure au gré des fronts froids, de belles hausses au retour du soleil, un climat idéal en montagne pour produire de la neige artificielle. Nous n’avons pas ressenti ce malaise discret que nous taisons en skiant sur des pistes artificielles bordées de pâturages, ni la déception d’un redoux ou d’un période de foehn détruisant la base de notre travail hivernal. Lors des premiers week-ends ouverts au public, les pistes étaient parfaites bien que durcies en fin de journée par le passage des nombreux skieurs. J’ai évité les hors-pistes dans l’attente de meilleures conditions, je suppose que les acharnés voulaient démolir leur ancien matériel avant le passage du Père Noël. L’ouverture au public le samedi 18 novembre enregistre un record de fréquentation, les skieurs romands sont venus nombreux étrenner le Magic Pass à Grimentz-Zinal. Un aventure à signaler, la station organisait un combiné masculin le mercredi 29 sous un ciel changeant et des températures glaciales. Avec les interruptions de course dues à la visibilité, la manche de super-G à duré 4 heures. Bravo aux bénévoles peu habitués à supporter ces conditions extrêmes. Comme de coutume, la feuille de calcul regroupant les mesures à 8h du matin est en ligne. Je suis étonné que le bulletin climatique du mois n’aie pas encore été publiée par MétéoSuisse. Je suppose des précipitations et un ensoleillement dans les normes, des températures légèrement en-dessous.

Les canons à neige assurent des pistes praticables jusqu’à Pâques.

Les 108cm de neige tombée ont gardé une couche stable autour des 50cm, protégeant le terrain du froid. La terre des pentes Nord est gelée au-dessus de 2600m, tout reste mou ailleurs, les marécages et sources coulent encore, mais les principales cascades du vallon sont solides et praticables. Des débordements et le yoyo des températures laissent comme l’hiver passé de vastes plaques de glace cachées sous une neige encore peu épaisse. Un piège pour les randonneurs. Le premier bulletin régional annonçait un danger limité le 12 suivi par 4 jours en degré 3 marqué, ce qui était exagéré en-dessous de 3000m. Le mois s’est terminé en degré 2, nous n’avons pas brûlé de munition en novembre.

Cliquez sur le diagramme pour l’agrandir.

      

Un bon début, mais…

14.11.2017 – 18h30    Nous sommes clairement traumatisés par le début d’hiver précédent, quand les 104cm de la première quinzaine de novembre se firent d’abord bouffer par le foehn, puis achever par un décembre exceptionnellement doux et sec. La saison 2018 à beau démarrer sur les chapeaux de roues, nous regardons de biais ce blanc manteau fragile et menteur. Une première incursion hivernale apportait 31cm les 6 et 7 novembre, de quoi nous mettre dans l’ambiance. Le week-end passé, une tempête hivernale décrite sur le blog de MétéoSuisse nous apporta de quoi garantir l’ouverture au public prévue samedi 18. Un premier front chaud apporta d’abord 12cm à 2500m, la pluie ne laissant que quelques traces de neige sous 2000m. Une belle journée dimanche jusqu’au front froid express qui traversa le pays en soirée, apportant en quelques heures 25cm à Sorebois et faisant chuter les températures jusqu’à -14.8° à la Corne.

Dimanche 12 à 18h20 le front froid atteint les Alpes.

Nous étions déjà dans la traîne vers 21h. Une traîne active lundi, avec des vents de plus de 50 km/h et des températures sous -10°, le ciel se dégagea complètement en fin de journée pour laisser toute la place au soleil ce jour. La situation est idéale pour préparer les pistes, la première neige lourde du front chaud, comme celle tassée par le vent, sont figées par le froid. L’air sec et les températures optimisent l’usine à neige.

La Face à Etienne ce mardi à 10h.

es sportifs s’entraînent depuis vendredi 10. La neige poudreuse, un peu molle au goût des compétiteurs, creuse autour des portes. Un excellent entraînement selon un cador, qui souriait en regardant gesticuler les jeunes. De nombreux français sont présents, l’ambiance générale est plombée par l’accident de David Poisson, un ami de Zinal.

La zone des Italiens, de premières avalanches spontanées.

La neige est compacte, plaquée par les vents tempétueux d’un très large Ouest tendance Nord… Une mesure de 61cm à 2500m, plus de 80cm à l’altitude du téléphérique de liaison. De nombreuses avalanches spontanées, petites à moyennes. Le premier bulletin plaçait la région en danger limité le 12 pour passer à marqué le 13, évaluation conforme aux observations. La première victime de la saison est déplorée à Engelberg ce mardi. Les pistes ouvertes sont bonnes, le hors-pistes à 5/10 demain, à 4/10 ce week-end avec les zones croûtées. Les cailloux, juste cachés, sont bien plus dangereux que les avalanches.

Hiver 2018 – Situation initiale

05.11.2017 – 18h30  Il faut remonter à 2012 pour trouver de la neige à Sorebois  début novembre. J’ai repoussé au 2 la randonnée vers le Tônet d’où je prends la traditionnelle image du domaine skiable à la Toussaint. J’inaugure l’album et le libellé hiver 2018 par un clone des saisons précédentes; du pâturage loin d’être gelé, quelques résidus dans les faces ombragées, les premiers tas de neige artificielle.

Sorebois le 2 novembre 2017 à midi.

A regarder de plus près, on remarque des zones vertes près des reposoirs et des marécages, octobre fut exceptionnellement ensoleillé et doux. La journée du 2 était un peu laiteuse entre deux jours radieux. Les 90 minutes de marche pour atteindre le Tônet appartiennent plus au rituel personnel qu’à la science, j’ai fait une photo-sphère de cet endroit magnifique. Cette technique fonctionne bien, c’est même bluffant avec un casque de réalité virtuelle, je l’utiliserai plus régulièrement. J’aborde la saison en pleine forme physique, avec enthousiasme et bonne humeur. La gestion de la neige et la sécurité des hôtes nous expose à des scénarios imprévisibles, aborder ces situations avec une longue expérience du terrain facilite le jeu. La principale difficulté vient de l’indiscipline des sportifs. Si toutes les consignes étaient respectées, ainsi que les filets, panneaux et règles générales de la montagne, nous aurions très peu de victimes. Equipez ce très peu d’un bon matériel bien utilisé il se réduira à très très peu.

Grande nouveauté cette année, 4 Gazex surplombent les pentes de Singlinaz et de la Lé. Ces gros tuyaux visibles sur l’arête des Gardes-de-Bordon permettent des déclenchements télécommandés, même par mauvais temps ou de nuit. Moins dépendants de l’hélicoptère, nous éviterons les grosses accumulations capables de toucher les infrastructures. Reste à persuader les randonneurs de respecter les fermetures avant les tirs, sur la route de Singlinaz et les piste de fond. Les déflagrations sont plus fortes qu’avec les explosifs, tout le vallon sera secoué. Je consacrerai un article complet quand je connaîtrai les procédures exactes.

Un beau front froid actif est entré samedi par l’ouest, il a commencé à pleuvoir à Zinal vers 7h ce dimanche matin, la limite de la neige d’abord à 1900m est arrivé vers 1600m à midi. Nous noterons demain les premières neige du millésime, la sonde de Tracuit affiche déjà 22cm pour 8cm à Zinal. La semaine s’annonce perturbée et froide, des conditions qui permettront de préparer des pistes pour l’ouverture au public le week-end des 18 et 19 novembre. Comme d’habitude, la situation météo du matin est publiée sur le compte twitter Annitrek, le danger d’avalanches sur le compte twitter Sorebois, les informations brèves et autres liens intéressants sur la page Google+ Annitrek, ce blog décrit la situation et affiche l’enneigement, les records saisonniers, et regroupe les liens intéressants. Les photos de la saison sont sur l‘album public Hiver 2018 , les vidéos sur le compte YouTube.

2017 – L’été de l’âme

2014 fut l’été des champignons, 2015 celui des écureuils, 2016 celui des longues oreilles; je titre l’habituel résumé de la saison d’après une observation inhabituellement redondante, toujours en lien avec la nature et la météo. Toutes mes activités exigent une synchronisation avec le ciel et les cycles naturels. Comme un paysan, je m’organise d’après Dame Nature, ce lien permanent devient routinier, inconscient. Entre il fait frisquet ce matin et il fait -7,6° HR 60%, ce blog partage la médiane entre les chiffres et le ressenti.

Le très partagé coucher de soleil sur la Couronne du 4 octobre 2017 depuis Nava à 19h15.

Une saison estivale facile à vivre, des températures à nouveau trop douces, des périodes ensoleillées suivies d’assez de pluies pour éviter les sécheresses mais un total des précipitations nettement sous les normes. Le tout accompagné par une fonte spectaculaire des glaciers peu protégés par le faible enneigement de l’hiver passé. Le danger d’incendies n’a pas excédé  4, aucune interdiction générale prononcée cet été malgré la chaleur dans les bureaux. Le bulletin climatologique été 2017 de MétéoSuisse comme celui du printemps résume le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Un refroidissement mi-avril ravagea le vignoble et les vergers, un autre en septembre fit peur aux feuillus qui se colorèrent précocement. L’automne fut somptueux, octobre qualifié de flamboyant et magnifique par MétéoSuisse. Une fenaison normale sans plus, la pire vendange, une saison d’estivage du bétail facile, production de fruits dans la norme pour les sorbiers. Les principales manifestations en Anniviers ont bénéficié d’une météo favorable. J’ai remarqué une présence accrue du lièvre, beaucoup de souris. Six rencontres avec des vipères contre deux à trois habituellement. Les arolles ont de nouveau fourni abondance de cônes, écureuils et cassenoix prolifèrent. J’ai probablement perdu le cycle des arolles faute de rigueur dans l’observation. On a fait grand battage du braconnage d’un loup à Mayoux , et de l’installation d’une meute. L’album public Eté 2017 est en ligne, j’ai fait peu d’efforts cette saison dans les clichés comme dans les publications générales.

Dans le monde 10 ouragans dont 6 majeurs ont animé l’Atlantique Nord, Ophélia s’est perdue en Irlande, les incendies les plus spectaculaires ont touché la Californie, le Portugal et l’Espagne, les Chinois ont acheté 20 millions de véhicules neufs depuis le début de l’année, la concentration de CO2 est la plus forte depuis 5 millions d’années, l’économie libérale voit le mur et accélère… Peut-être pour passer à travers?

Inalpe de Nava le 17 juin à l’heure de l’apéro.

Plus rigide encore que l’ossature, condamnée à suivre l’ensemble de l’individu, souvent surprise par les choix de l’esprit, parfois entraînée contre son gré par l’ensemble, on trouve l’âme. La mienne exigeait des choix; plusieurs projets menés à bien me laissent définir de nouveaux objectifs. Esprit et âme ont conversé l’été durant, dans un corps encore en excellent état, dans un pays merveilleux assez bien habité.

Conclusions des tractations neuronales : La croissance démographique galopante, le vol et le gaspillage des ressources par l’élite, la maîtrise que nous offrent la science et les machines laissent envisager trois scénarios. Dans le premier la nature, dont notre tempérament belliqueux, régule l’espèce jusqu’à un chiffre écologiquement acceptable. C’est l’idée du pire. Dans la deuxième, comme nous voulons tous vivre longtemps et avoir nombreuse descendance, nous apprenons à cohabiter. Dans la troisième nous colonisons l’univers en utilisant la science et l’instinct naturel de prolifération de la Vie, qui nous a peut-être créé uniquement pour échapper à la planète. Fan d’Asimov, je visualise bien cette hypothèse. Dans les deux cas où la régulation par extermination est évitée, nous devrons vivre en tas dans des citées géantes, des vaisseaux ou des colonies. Pour vivre dans un milieu confiné nous devons en maîtriser artificiellement tous les paramètres, le lien avec l’incroyable diversité de Dame Nature sera rompu, nous n’utiliserons que les parties que nous savons utiliser, que nous jugeons utiles. Tout semble préparer l’homme à la vie artificielle; technologies de la communication, nivellement des genres, véganisme, spécisme, éducation étatique, condamnation et rééducation de toute déviation ou instinct violent, exclusion des drogues naturelles au profit des cordes chimiques qui font dormir, sourire ou bander, veuillez lire la notice d’emballage. La notion d’animal de compagnie et son coût écologique exorbitant montre le divorce jusqu’à l’affectif entre l’homme-animal et l’homme-succédané que nous préparons.

Mon âme s’y refuse, elle veut rester au contact du côté sauvage de la nature, terminer cette existence au-dessus des moutons et des loups. Aimer sans adoucir l’élan qui m’y pousse, respecter animaux et plantes pour ce qu’ils sont, ni des décorations ni des doudous, m’extasier, apprendre de mes erreurs, choisir mes objectif, affronter l’impondérable et les échéances. Nous sommes la seule espèce à contrarier les instincts, je limite par dépit ce pouvoir à la procréation. J’espère que les hommes de demain pourront garder un pied sur le carrelage et l’autre dans la terre, mais crains que ce privilège ne survive à ma génération. Manutou a parlé, ugh!

A hue et à dia

L’amour de la nature extirpe ses aficionados du contexte socioculturel, le plaisir des choses dites simples offre un échappatoire facile aux vicissitudes de la vie de troupeau. En considérant « bien » ce qui nous stimule favorablement les neurones, et « mal » ce qui déplaît, sans filtre imposé ni effort, on s’invente un système de valeurs. Encore faut-il pouvoir suivre sa propre sagesse, la société tire sa force de la dictature du nombre et tend à éviter les électrons libres. A vouloir vivre sa définition du bien sans compromis on se retrouve seul; à observer le monde de son bastion intérieur en cherchant le mal et ses causes, on annihile doucement sa capacité d’aimer. Malgré ça, le loup solitaire n’est qu’un composant satellite de la meute, si elle s’éloigne, il la suivra.

L’état de solitude terrifie la majorité qui la considère anormale et pesante, elle est la béatitude du solitaire. Je suis ainsi fait, mes interactions sociales ne sont validées qu’après une période de calme et d’introspection. L’immersion dans la nature, la contemplation d’un paysage de montagne, d’un torrent, des vagues ou d’un feu, rend l’idée au chaos qui la lave puis la retourne à la raison, qui peut à son tour la trouver digne d’intégrer l’âme. Le solitaire vit par et pour les autres, ses pensées par et pour son âme. Je soupçonne de couardise ceux qui, à l’autre extrême, puisent, confortent et intègrent les idées au sein du groupe uniquement. Ils imaginent un univers artificiel logique et contrôlable, se cachant par mille subterfuges ce chaos d’où nous sommes issus, où nous retournons inexorablement.

Ravis que vous me lisiez toujours à ce stade du discours. Internet permet au solitaire-près-du-feu-dans-sa-cabane d’interagir à l’envie, puis de soumettre immédiatement la pensée au chaos. J’utilise beaucoup l’outil, c’est souvent fort d’une idée validée que je retourne dans la meute. Puis rentre penaud, incapable de restructurer un schéma mental inadapté. Rattrapé par la réalité, j’ai cessé d’émettre en janvier, histoire d’éviter de compliquer une situation qui me dépassait aux niveaux professionnels et affectifs. Un jour de perplexité, je regardais la posture des âne qui paissent l’été durant à la Tzoucdana, ils semblaient tirer à hue et à dia selon l’expression consacrée. Comme le monde, comme ma décision de continuer ou pas de rendre publics mots et images de ma vie.

« Je t’aime! Moi non plus! » ou « Je vais par là, mais pas sans toi! »

J’ai tranché début septembre en publiant mes articles de blog de l’hiver passé. J’ai du plaisir à observer l’évolution de la neige comme à transcrire les mesures et mes modestes analyses. C’est partie de mon travail hivernal d’observer, mesurer et constater; le partage est pur altruisme et n’engage à rien. Il crée une relation particulière avec les habitués du vallon qui lisent le blog, et évitent les questions répétitives comme l’éternel: « Combien de neige tombée cette saison? »

Les publications numériques dépendent du business des machines, et de celui particulièrement capricieux des logiciels. Mon HP acheté en 2010 sous Seven est mort d’un cancer de Windows fin janvier; une mise à jour intempestive l’a laissé tourner en boucle. La bécane acquise ce printemps tourne sous Ubuntu, j’en suis satisfait et prends désormais plaisir à utiliser les nouveaux logiciels, libres, auxquels j’ai dû m’habituer. On les disait plus configurables, il faut en effet plus les configurer… 

Et il y a Google tout puissant, qui m’a séduit jadis par sa philosophie d’entreprise, la simplicité voire la pureté des produits, l’efficacité des outils gratuits à disposition contre un peu de publicité ciblée. En contrepartie tes publications comme leurs supports appartiennent à la firme, qui ferme un service sans recours pour celui qui y a ses habitudes, et souvent passé beaucoup de temps dessus. Reader, Picasa, Buzz… à quand la fermeture de blogger qui héberge tant de temps et de mots lancés à la volée? Allez, restons optimistes, tout meurt.

Les records 2017

Rien d’exceptionnel cet hiver 2016-2017, mais plusieurs tempêtes dépassant les 100 km/h et une période fraîche en janvier avec plusieurs mercures sous les -20°. Comme d’habitude, c’est le record de chaque période qui est retenu. Les valeurs sont mesurées à la station météo de la Corne de Sorebois 2900m.

Le vent :

Suivent 96.1 km/h S 187° le 20.11.2016 à 22h00 et 88.6 km/h W 291°  le 10.11.2016 à 07h00

Le froid :

Suivent -15.5° le 07.11.2016 à 07h30  et  -13.8° le 29.04.2017 à 01h00

Hiver 2017 – Conclusions

Zinal, le 7 septembre 2017 – Après l’article du 19 janvier ct, j’ai cessé de publier sur ce blog et sur Google+, me contentant des mesures au matin sur Twitter. Je me suis retrouvé à surveiller un filet pour interdire l’accès d’une piste en préparation quand un touriste m’a agressé, images des profils que j’avais réalisé à l’appui, pour m’expliquer que j’étais un parfait ignare si je l’empêchait de skier le secteur. S’il me lit toujours, je ne le salue pas. Voici neuf hivers que je partage sur ce blog ma passion de la dynamique de la neige, j’essaie d’éviter les porte-à faux entre la communication des remontées mécaniques qui m’emploient, la réalité du terrain et l’interprétation, inévitablement personnelle à chacun, de mes publications. Je ne suis ni nivologue ni licencié en lettres, mais j’assume mes mots comme mes erreurs. Mes articles sont pour moi une mise à plat d’un problème complexe, une mémoire des hivers que je vis, et un héritage pour ceux qui devront gérer les dangers d’avalanches dans le vallon. J’ai failli renoncer, c’est si facile. Je me permettrai un brin de philosophie dans le prochain article. Je publie d’un coup ce jour toutes les données de l’hiver passé. Et serai bien présent à cette adresse, si la Vie le permet, l’hiver 2018.

Mai 2017 – Les entraînements à Sorebois débutèrent le 4 novembre déjà, il suffit de quelques mètres de largeur et d’une épaisseur de neige suffisante pour planter les piquets de slalom, et les premières équipes affluent. Dès le 6, la neige est tombée régulièrement; avec déjà 118cm de cumul fin novembre, nous espérions une saison exceptionnelle. Mais comme les trois hivers précédents, la neige bouda décembre, la couche de novembre cristallisa fortement, déstabilisant le substrat pour le reste de la saison. Ce scénario étrangement redondant avec des vacances de fin d’année sans neige compromet l’existence des stations de moyenne altitude et celles qui ne se sont pas équipées d’enneigement mécanique. Même pour les canons, il faut du froid et nous battons régulièrement des records de chaleur. Je ne me remets pas du « mois de janvier le plus froid depuis 30 ans » proclamé par MétéoSuisse, au-dessus du stratus nous avons peu souffert du froid, je pense que cette moyenne est fortement influencée par les stations météo de plaine. Malgré ces doutes, le terrain découvert tout décembre et les frimas de janvier ont gelé la terre, ce qui n’est jamais arrivé depuis que je décris les hivers soit dix ans. Difficile de tirer des conclusions, si l’affirmation « le terrain n’est pas gelé » ressemble à « c’est la pleine lune » dans le ton des experts qui tendent leur indexe vers les cieux, le résultat est comparable. Statistiquement aucune différence, et pratiquement les mêmes difficultés à gérer le danger. Terrain gelé ou pas, la neige se transforme en profondeur, on observe juste moins de reptations des pentes exposées au soleil et presque pas de gueules de baleines. Mais c’est bien le manque de neige qui rendit cette saison facile.

L’album public en ligne Hiver 2017 partage mes images de l’hiver dans l’ordre chronologique, comme de tradition j’en mets une en exergue dans les conclusions. J’ai choisi cette saison l’hallucinant spectacle que donnait le soleil au matin du 13 avril. Des cirrus faisaient prisme en haute altitude, offrant une traîne arc-en-ciel au soleil. Evidemment, la photo ne donne qu’un aperçu de l’instant. Je suis heureux d’être resté à Sorebois pour admirer la Super Lune du 14 novembre, là encore l’appareil ne montre qu’un échantillon de la beauté du moment.

Jeux de lumières sur les Diablons le 13 avril à 9h.

Comme les années précédentes, la neige fortement cristallisée de novembre influença tout le travail du reste de l’hiver. Des 411cm de cumul mesurés du 1er novembre au 30 avril, 265cm seulement participèrent à la préparation des pistes naturelles. Les 118cm de novembre avaient disparu fin décembre ou était si cristallisés qu’on ne pouvait les travailler, et 28cm sont tombés après la fermeture des pistes. Mes mesures décrivent les hivers plus que l’état des pistes, et les dates comme les lieux et méthodes de ces mesures doivent être maintenus pour permettre une comparaison effective.

J’aurai 44 ans cet automne, je m’assagis… ou je deviens craintif? Si j’ai peu de compassion pour ceux qui bravent les filets et risquent leur vie pour un instant de frisson, je m’émeus de constater les risques que nous prenons parfois pour offrir de belles glissades sécurisées à notre clientèle. L’épisode du 11 mars où, à cours de munitions et dans l’impossibilité de miner à mi-pente, j’étais réduit à surveiller les pentes en amont de mes collègues machinistes, me laisse perplexe. Heureusement, ce n’est pas à moi de décider jusqu’où risquer du matériel voire des hommes pour ouvrir un secteur. De cet épisode je conclus que les métiers de patrouilleurs et de machinistes doivent être valorisés, alors que la stratégie actuelle vise à économiser sur l’humain pour privilégier l’infrastructure. Tout tend d’ailleurs à satisfaire le client par du matériel clinquant, et à empêcher le local, ce sauvage, de se mêler aux hôtes. Ou alors dans des exercices imposés, comme des distributions générales de vin chaud sur les pistes à des clients casqués, qui évitent toute spontanéité aux rapports humains.

On trouve l’aspect nivologique de la saison au fil des articles du blog, et pour résumer le côté technique, consultez les feuilles de calcul des mesures prises au matin dans le vallon de Zinal au bout des liens suivants : novembre 2016 , décembre 2016 , janvier 2017 , février 2017 , mars 2017 , avril 2017

La nébulosité 2017

Sur 181 matins observés du 1er novembre au 30 avril, 74 montraient un ciel parfait, des nuages occupaient moins de 50% du ciel 41 matins, et l’impression était au mauvais temps 66 matins. Nous avons donc l’hiver le plus ensoleillé depuis 2014. Notons l’épisode venteux du 4 mars où des vents du sud dont une pointe fut mesurée à 100km/h empêchaient le secteur Zinal d’ouvrir au public, alors que Grimentz était peu gêné. On mesura -23.3 le 17 janvier à la Corne, et une rafale d’Ouest à 105 km/h le 6 mars.

Le danger 2017

Une couche épaisse écrasée par son propre poids est heureusement plus stable qu’un enneigement d’un mètre. L’avarice du ciel n’a pas amoindri nos soucis. Le SLF a émis chaque jours un bulletin d’avalanches depuis le 10 novembre. La région était en danger faible 26 jours, en danger limité 29 jours, en danger marqué 86 jours. 14 jours se sont partagé le danger 1 le matin pour passer à 2 lors du réchauffement diurne.

Davos est parfois loin, et nous restons perplexes en découvrant le bulletin du matin. Ainsi le danger restait désespérément marqué après les neiges et le réchauffement de début mars. Devant l’ampleur des avalanches spontanées et provoquées, nous attendions une augmentation du niveau de danger. Le message de prévention est difficile à faire passer quand les publications officielles omettent le problème. A contrario, le danger passait de faible à limité le 19 avril pour… 4cm de neige fraîche.

La couche 2017

La neige est mesurée sur une surface plate, protégée des vents et du passage des skieurs, entre l’arrivée du téléski de Remointze et celui de Tsarmettaz à 2500m. La neige fraîche est mesurée tous les matins sur une planche peinte en blanc, un jalon fixe donne la hauteur de la couche.

L’évolution de la couche par quinzaine à Sorebois 2500m.
Le cumul par quinzaine à Sorebois 2500m.

Sur l’ensemble de la Suisse, cet hiver enregistre 50% de précipitations en moins que la norme 1981-2010. Avec 411cm de cumul de neige à Sorebois, cet hiver qui n’atteint pas la moyenne est le plus pauvre depuis 2011. De ce chiffre, nous pouvons retirer les 118cm tombés début novembre et les 28cm notés le 28 avril. Nous avons dû nous contenter de 265cm pour travailler les pistes naturelles. La couche est restée supérieure à 50cm de mi-janvier à mi-avril, la valeur la plus haute fut de 111cm à 2500m le 9 mars.

Il est tombé l’hiver 2017:

06.11.2016 = 14 cm, 07.11.2017 = 12 cm, 08.11.2016 = 04 cm, 10.11.2016 = 14 cm, 11.11.2016 = 22 cm, 12.11.2016 = 22 cm, 14.11.2016 = 16 cm, 18.11.2016 = 04 cm, 19.11.2016 = 06 cm, 27.11.2016 = 04 cm Total novembre = 118 cm

19.12.2016 = 03 cm, 25.12.2016 = 01 cm Total décembre = 04 cm

05.01.2017 = 04 cm, 06.01.2017 = 03 cm, 08.01.2017 = 09 cm, 11.01.2017 = 12 cm, 13.01.2017 = 27 cm, 14.01.2017 = 10 cm, 15.01.2017 = 14 cm, 31.01.2017 = 11 cm Total janvier 90 cm

01.02.2017 = 08 cm, 03.02.2017 = 05 cm, 04.02.2017 = 01 cm, 05.02.2017 = 24 cm, 08.02.2017 = 07 cm, 09.02.2017 = 06 cm, 18.02.2017 = 04 cm Total février = 55 cm

01.03.2017 = 07 cm, 02.03.2017 = 23 cm, 05.03.2017 = 05 cm, 06.03.2017 = 12 cm, 07.03.2017 = 27 cm, 09.03.2017 = 16 cm, 10.03.2017 = 03 cm, 19.03.2017 = 07 cm, 23.03.2017 = 02 cm, 26.03.2017 = 06 cm Total mars = 108 cm

01.04.2017 = 01 cm, 05.04.2017 = 03 cm, 19.04.2017 = 04 cm, 28.04.2017 = 28 cm Total avril = 036 cm

Cumul de neige hiver 2017 = 411 cm

Avril 2017

Peu de précipitations du 1er avril à la fermeture de la station le 23, mais des températures printanières qui pourrirent progressivement toutes les pentes. On mesurait 70cm au jalon à 2500m au début du mois, il en restait 40 quand 28 derniers cm ont porté le cumul définitif de la saison à 411cm le 28 (ce n’est pas une erreur, il est tombé 28cm le 28 avril). Le jeu comme souvent en fin de saison consista à déclencher les pentes dès qu’on les sentait mûres, ou à fermer les secteurs concernés si nous n’y parvenions pas. La responsabilité est énorme, nous devons garantir aux clients leur sécurité sur les pistes ouvertes. Imaginez la catastrophe si l’avalanche déclenchée artificiellement le 11 sur le haut de Combe Durand s’était déclenchée spontanément, ou sous les skis d’un freerider, avec la ligne du téléski pleine. La neige mouillée peut atteindre une masse volumique de plus de 300 kg/m3, les victimes sont broyées.

La piste de montée de Combe Durand le 12.4.2017 à 11h30.

La neige fond puis ruisselle sur le terrain, favorisant le glissement des plaques encore compactes et créant de petits lacs dans les creux comme ici au fond de la piste de St-Barthélémy. le refroidissement nocturne crée une couche de glace que les téméraires bravent au matin, d’autres s’essayent au waterslide l’après-midi. L’eau dépasse à peine le 0°, la chute est synonyme de retour au vestiaire. 

Le lac de Barthélémy, protégé par un filet côté piste, le 12.4.2017.

Les skieurs individuels déclenchent des avalanches mouillées en V inversé, une plaque de la largeur des skis emporte progressivement une masse toujours plus grande. Le danger concerne plus les skieurs en aval. Zinal est particulièrement traumatisé par l’accident du 19 avril 2003 quand un père déclencha l’avalanche de printemps qui emporta et tua son fils de 11 ans dans le secteur des Italiens. Le 14 avril, ce secteur était purgé par une machine qui poussa de la neige depuis l’arête du Col en amont. Une surcharge par de nombreux skieurs engagés simultanément sur la pente peut déclencher de pareilles plaques. Pour parvenir à un bon résultat avec des explosifs, nous utilisons des charges entre 5 et 10kg. Comme la majorité du grand public ne comprend pas le danger terrible que représente la neige mouillée, nous fermons les installations quand nous ne parvenons pas à déclencher artificiellement les pentes. 

Secteur des Italiens le 15.4.2017 à 10h, la moitié gauche s’est déclenchée d’une plaque.

Les responsables de la sécurité passent une partie de leur journée à vérifier l’état des pentes surplombant les pistes dès les premiers signes de réchauffement. Fermer une installation ou un secteur provoque le mécontentement des clients. Le 19 avril, les températures ont fortement chuté, on mesurait -16.4° à la Corne à 8h, et -23 en surface de la neige. Le manteau avait serré en profondeur et nous avons vécu le dernier week-end d’ouverture libéré de ce soucis. Le 26 et jusqu’à la fin du mois, donc de l’hiver météo sur ce blog, les conditions se sont fortement dégradées. le bulletin climatologique avril 2017 en .pdf publié par MétéoSuisse annonce un avril 0,5° au-dessus de la norme. Retrouvez les valeurs sur la feuille de calcul vallon de Zinal avril 2017.

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Mars 2017

Les deux premiers jours de mars ajoutèrent 30cm sur les 70 en place, les minages des 3 et 4 furent un vrai plaisir. La neige fraîche se déclenchait dans les fortes pentes, sans toutefois entraîner le gros de la masse ce qui offrit du très bon ski. Nous nous permettions même des fantaisies en plaçant, comme ci-dessous, notre bombes où le chamois avait renoncé à traverser la pente, en comptant sur l’instinct de la bête pour rentabiliser le coup.

Avec un résultat démonstratif de ce que nous parvenions à déclencher ce jour-là :

Le 4 par nébulosité moyenne, de forts vents du Sud-Est empêchaient les installations du secteur Zinal de fonctionner alors que Bendolla était peu touché. Difficile comme souvent de faire comprendre aux clients en vallée qu’une tempête touche le domaine skiable. La plus belle rafale de la saison fut mesurée le 6 mars, un modeste 105 km/h 262° à 14h30.

Les 5, 6 et 7 rajoutèrent 44cm au cumul, puis 16cm le 10 permirent la plus haute mesure de la saison au jalon, un modeste 111cm. Les conditions sont parfaites quand le jalon dépasse les 140cm de neige tassée. Le 10 au matin, la station de la Corne indiquait -8.4°, le 11 sous un ciel parfait, elle ne mesurait que -2.4° et la température augmenta considérablement pendant la journée. L’après-midi, nous partions miner l’amont de la route pour permettre aux machines d’atteindre la combe de Tsirouc, pour ouvrir le lendemain la piste du Chamois. Depuis l’arête, même en variant les points de tir et en augmentant les charges, nous ne parvenions pas à déclencher la masse. Arrivés sur la partie basse, Nous avons déclenché un grosse coulée qui entraîna plusieurs coulées secondaires en aval, sans contact avec la coulée principale. Au loin, la machine qui ouvrait la route déclenchait à distance de grosses plaques qui entraînait la neige jusqu’au terrain. Impossible pour nous de miner au coeur de la pente, à cours de munition, nous nous contentions d’avertir le machiniste quand sa progression déclenchait des plaques, qu’il puisse rapidement reculer et s’abriter. Les coulées que la machine déclenchait à mi-pente étaient massives, largement capables d’emporter la machine. Péniblement, après avoir déclenché de nombreuses coulées, la machine atteint Tsirouc et put damer la liaison vers Grimentz. Nous retournions à Sorebois avec mon collègue Elliot. Sur l’image ci-dessous prise par drone (merci Boris), les étoiles marquent les coups négatifs, le orange marque les cassures des coups positifs, le vert marque les cassures déclenchées par les vibrations de la machine.

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Après avoir terminé la piste, le courageux chauffeur avec qui nous étions en contact téléphonique, a été emporté sur une cinquantaine de mètres par une nouvelle coulée sur la route qu’il avait précédemment ouverte. Heureusement sans mal ni dégât, mais nous avons dès lors compris que la situation était hors de contrôle. La piste du Chamois est restée fermée pour le reste de la saison, les autres parties du domaine nous ont causé bien du soucis. De pareilles mésaventures ont touché le secteur Grimentz. Le SLF maintint toute la période un danger inchangé à 3 marqué. Les jours suivants, nous avons purgé beaucoup de grandes pentes menaçantes, celle du Freeride lâcha le 10 à 30 mètres du lieu de l’explosion. D’évidence, le réchauffement avait complètement modifié la cohérence du manteau neigeux sur le terrain, ce jusqu’à 2900m.

Il tomba 15cm supplémentaires la dernière dizaine du mois, mais le problème vint des températures plus que de la quantité de neige. Selon le bulletin climatologique MétéoSuisse mars 2017, ce fut le deuxième plus chaud depuis le début des mesures. Retrouvez au bout de ce lien la feuille de calcul des mesures du vallon de Zinal mars 2017 .

Février 2017

Février débuta par un temps maussade mais pauvre en précipitations, 51cm s’ajoutèrent aux 11cm du 31 janvier avant le 9, puis plus rien avant 4 malheureux cm le 18. C’est le vent plus que la neige qui nous obligea à miner régulièrement les arêtes où de belles accumulations se formaient. Si certains font de la science, les patrouilleurs responsables de la sécurité des pistes vont miner quand la situation avalancheuse change. Les résultats des premières bombes sont plus fiables que toutes les spéculations intellectuelles. Les petites accumulations journalières restaient difficiles à déclencher mais amélioraient la qualité du ski. Février étant le mois le plus fréquenté, la majorité des clients ont profité d’excellentes conditions en et hors pistes, même s’il fallait se méfier des cailloux juste cachés par un enneigement toujours faible. Les températures restèrent assez basses pour garder la neige poudreuse en altitude, les pistes de retour en stations restaient ouvertes dans de bonnes conditions.

Le 9.2.2017, le vent et 6cm de fraîche avaient bouché les anciennes traces et lissé la montagne. Les conditions étaient excellentes jusqu’en vallée.

Les températures moyennes dans les Alpes dépassèrent de 3 à 4° la norme des 30 dernières années, conjuguées à un ensoleillement respectable après le 12, la vallée et les pentes exposées au soleil se découvrirent de leur manteau. Les stations de basse altitude éprouvèrent rapidement des difficultés à entretenir leurs domaines skiables, nous rencontrions à Zinal des passionnés venus de partout attirés par nos bonnes conditions. Sans cracher dans la soupe, le mois est resté nivologiquement terne, permettant au service de sécurité de se concentrer sur la qualité des pistes, les accidents et le service à la clientèle. Le jour de St-Valentin à 14h, je prenais une image à 360° au coeur du domaine, sur la bute près de la buvette des Mormottes, à visionner sur Google Photo.

Le 23.2.2017 à 15h, la vallée est libre de neige, les pentes exposées au sud jusqu’à 2000m.

Le SLF plaça la région en danger 3 marqué du 4 au 16, le restant de février affichait un degré limité. Nous gardions à l’esprit que la neige se cristallisait lentement, particulièrement au niveau du sol. La couche atteint les 98cm à 2500m suite aux 24cm tombés le 6. Tôt ou tard, les pentes se purgeraient de cette neige même régulièrement minée et skiée. Le jeu consista dès lors, pour les patrouilleurs, à déclencher ces pentes avant les skieurs. Retrouvez au bout de ces liens  le bulletin climatologique février 2017 édité par MétéoSuisse et la feuille de calcul des données du vallon de Zinal février 2017.

Janvier 2017

Plus de neige en janvier entre le 15 et le 31, mais des températures assez fraîches pour travailler les 79cm tombés après les vacances de fin d’année. MétéoSuisse annonce le mois de janvier le plus froid depuis 30 ans, ce qui m’a fortement étonné n’ayant mesuré des valeurs inférieures à -20 à 2900m le matin que du 16 au 19, avec un record à -23.3° le 17 à 4h30. Comme l’ensoleillement était généreux, la montagne était agréable et nous n’avons pas souffert du froid. Le stratus baignait la plaine, les habitants du plateau n’ont pas vu le soleil et je suppose que la moyenne des stations de basse altitude a établi ce record de fraîcheur. Mon ordinateur principal rendit son âme à Windows alors que je recevais un nouveau smartphone capable de faire des prises de vues à 360°.

Image à 360° prise le 21.1.2017 à 15h sur la Corne de Sorebois
Pour profiter de l’effet 360°, retrouvez l’image sur Google Photo

La neige jusque en plaine et les températures basses relancèrent notre hiver, la joyeuse clientèle de la station traçait les pentes comme par gros enneigement, au détriment des semelles ou des parties du corps qui rencontraient le sol lors des chutes. Il fallut un gros travail pour ouvrir les retours en station, et beaucoup d’entretien pour les garder en état. Les canons à neige et les machines modernes, puissantes, légères et équipées de treuils font des miracles. Ainsi la descente sur Zinal s’ouvrait au public le samedi 28, alors qu’on ne mesurait que 26cm de neige naturelle en station.

Le mur de Singlinaz le dimanche 29.1.2017 à 11h.

Le danger d’avalanches retombait à 2 limité le 26, nous n’avions plus de soucis depuis le 20 déjà mais gardions en tête que nous retrouverions dès le retour de la neige les faiblesses constatées dans le manteau. Le 31 au matin, 11cm portaient le cumul du mois à 90cm et la couche à 2500m à 50cm. Comme nous n’avions plus de problème avec la neige, les dirigeants de la station s’en inventèrent. Retrouvez le Bulletin climatologique janvier 2017 par MétéoSuisse en .pdf et la feuille de calcul des mesures du vallon de Zinal janvier 2017 au bout de ces liens.

 

Le point après la neige

19.01.2017 – 22h00   Grand coup d’hiver, 51cm de cumul du 13 au 15, deux journées glaciales les 16 et 17 avec un record saisonnier à -23.3°, et beaucoup d’air. Les vents du Nord et d’Ouest, avec plusieurs pointes à plus de 100km/h répartis dans la semaine, ont sculpté le manteau à leur guise. La plupart des arêtes sont pelées, la neige est dans les pentes et au fond des combes. La règle mesurait 41cm ce jeudi à 2500m, le tassement devrait se stabiliser, le chiffre indique un moyenne correcte. Les deux points profilés dépassaient les 80cm, on trouve des accumulations de plus d’un mètre. Nous sommes en danger 3 depuis vendredi 13.

En amont des digues de Durand.

Des minages réguliers de Sorebois dès vendredi et un grand minage par hélicoptère dimanche ont sécurisé le vallon. Les pentes abruptes ont lâché facilement provoquant de grandes avalanches sur les expositions Nord à Est. Les pentes moyennes et les combes gardent leur neige. Des deux scénarios imaginés dans l’article précédent, la nature a fait une moyenne. Le manteau de neige fraîche est cohérent, compacté par les vents, il se tasse ou glisse en grandes plaques. Les couloirs dangereux pour la station se sont déclenchés rarement naturellement, dans la plupart des cas par minage. Mais toutes les petites plaques latérales, et la montagne « naturelle » cachent des pièges, et on est directement sur les cailloux si ça part.

J’ai effectué deux profils rapides sur des pentes caractéristiques. A l’arrivée de Combe Durand, la nouvelle neige avait tassé l’ancienne, et le froid durci le tout. Il est possible que le tassement de la zone soit consécutif au minage de dimanche, un coup plus haut a fissuré une vaste plaque. Nous avons là 80cm de bonne neige stable. Notez déjà des faces planes dans tout le manteau, la transformation va bon train, neige sous les -20 tous les matins.

Je voulais une pente Nord intacte pour le deuxième profil, j’ai choisi une petite plaque sans danger, je la pense représentative du couloir adjacent trop risqué. Ici aussi une couche étrangement dure au sol, mais de la neige plus transformée dans l’ensemble, et une grosse faiblesse à 50cm sur laquelle roulent facilement les 40 derniers cm. Le travail du vent explique la cohésion de l’ancienne neige jusqu’à 50cm. On reconnaît la nouvelle neige dès 60cm, déjà étonnamment cristallisée. La graille entre-deux doit résulter du givre formé en surface depuis novembre. Cette faiblesse est un sale piège, à considérer pour la suite.

Le bloc glissant illustre cette faiblesse dans la partie supérieure du manteau, dont nous reparlerons certainement.

 

Le point avant la neige

12.01.2017 – 18h00   Après le redoux de ce jeudi qui permit des températures positives jusqu’à 2000m, 4° à Zinal au meilleur de l’après-midi,  MétéoSuisse annonce l’arrivée d’un front froid « digne de ce nom » sur son excellent blog. Vent, neige et grands froids au programme, mais raisonnablement semble-t-il. Résumons la situation avant ce tournant de l’hiver; fait exceptionnel, la terre est gelée jusqu’en station, les sources et torrents sont de pures plaques de glace, bientôt cachées par une neige sèche qui n’adhérera pas.

Le torrent de Laulosses à Singlinaz à l’heure des premières chutes de neige.

De la Navizence 1600m à la limite des forêts, le terrain gelé est recouvert d’une dizaine de cm de neige juste humidifiée par l’air de ce jour, elle tient en boule sans dégager d’eau. Puis on trouve des résidus neigeux fortement cristallisés sur les pentes peu exposées au soleil entre 2000 et 2500m, surmontés de la dizaine de cm restant des récents apports. Plus haut, les vents ont troublé la donne, principalement lors de l’épisode Nord du 5 janvier. De petites accumulations appuient déjà sur un substrat pourri, les faibles quantités expliquent l’absence d’avalanches spontanées. Partout où subsiste de l’ancienne neige, elle n’est que roulements à billes, du gros gobelet sans cohésion.

Gobelets observés à la Corne le 30 décembre, plus de 6mm pour les plus beaux.

Sur ce substrat deux scénarios possibles: les quantités de nouvelles neige sont suffisantes pour que tout se déclenche spontanément, puis facilement par minage. Comme l’an passé, l’épisode dangereux serait court et nous repartirions sur une base plus solide.

Dans le deuxième scénario, les quantités sont faibles et la couche rendue irrégulière par les vents. Les zones contrôlées par minage seront purgées, mais plein de petites pentes et la haute montagne resteront piégeuses, et piégeront plein d’imprudents comme chaque année hélas. Le bulletin de 17h place déjà la région en degré 3, et le bas-Valais en 4, la lune était pleine ce jour à 12h34. Faites vos jeux, moi j’y crois !

La sécheresse

08.01.2017 – 18h30  Après le long épisode foehnique de fin novembre, un anticyclone puissant s’est installé sur le continent, nous avons vécu, hélas, le mois de décembre le plus sec depuis le début des mesures selon MétéoSuisse. Le bulletin climatologique de 2016 décrit des températures trop élevées en Suisse cette année, la routine quoi… La neige naturelle a lentement disparu sous 2000m, la couche s’est tassée jusqu’à 25cm à 2500m, puis s’est cristallisée sans plus perdre en épaisseur. Les températures début décembre nous laissaient craindre le pire pour les vacances de Noël, le mercure affichait 6.5° à 2900m le 10 à 15h. Les nuits dégagées maintenaient le manteau en altitude, puis la masse d’air s’est refroidie en fin de mois. Ce sont donc, une fois de plus, les canons à neige qui ont sauvé les vacances des skieurs, et nos emplois.

Neige de culture sur la piste de Tsarmettaz en préparation le 5 décembre.

Pendant que la sécheresse faisait augmenter le danger d’incendies, les sources et torrents gelaient magnifiquement. D’immenses plaques de glace sur les routes forestières et chemins pédestres ont provoqué des accidents, les autorités ont publié des mises en garde. Les cascades du vallon sont bonnes et facilement accessibles. Après l’enthousiasme forcené du début de saison, nous avons retrouvé un calme désenchanté devant l’inexorable disparition de la neige naturelle. Les vacanciers des fêtes ont profité des pistes artificielles sous un ciel parfait, avec une belle ambiance sur les terrasses.

La Vallée depuis la Corne le 26 décembre à 14h, la misère!.

La vieille neige s’est cristallisée à l’extrême, on trouve de gros gobelets de plus de 5mm sur toutes les expositions, tout n’est que sel, seules quelques croûtes entretenues par le vent sont palpables. La situation se débloque lentement depuis Nouvel-An, et le stratus cantonné au plateau s’est infiltré jusqu’à 1700m le 3 janvier. Les courants ont tourné Nord-Ouest et un premier front nous emmena 7cm de neige sous des vents puissants le 5, une rafale à 103 km/h et une mercure à -20.4° à la Corne ont établi ce même jour les records provisoires de la saison. Le froid a figé la terre, ce dimanche matin 9 nouveaux cm tapissaient la montagne, dans un air plus supportable. Un flux du Nord-Ouest animera la semaine prochaine, les quantités annoncées restent faibles mais, petit à petit l’hiver reprend ses droits. Les anciens quittaient autrefois les mayens de Zinal à la mi-janvier, quand le véritable hiver commençait.

Le Mange-Neige

25.11.2016  20h30   C’est ainsi que les fribourgeois appellent le foehn selon la TSR, un surnom mérité. Entre les deux épisodes principaux des nuits des 20 et 25, il a soufflé modérément mais continuellement. La couche s’est fortement tassée en début de semaine, perdant 25cm en deux jours et disparaissant des faces exposées jusqu’à 2200m. Des 64cm mesurés le 12 il n’en restait plus que 33cm le 22. Elle a disparu en station mais s’est stabilisée à une trentaine de cm à 2500m au plat.

Mur de foehn au Sud de Zinal le 22 novembre 2016.

Je mesure les records saisonniers de vent à la Corne de Sorebois, les rafales n’ont pas dépassé la barre des 100 km/h. A Tracuit pourtant, plus bas mais dans un vallon ouvert aux vents du Sud, on mesura 108 km/h lundi à 4h30 et… 119.9 km/h ce vendredi matin. Le vent s’est engouffré en vallée ces deux épisodes, libérant les mélèzes de leurs dernières aiguilles et secouant les chalets.

Le Nord est ensoleillé, mais le vent puissant plus gênant qu’à Zinal

Les pistes artificielles préparées pour la compétition sont intactes, mais rien à faire en dehors, tout a mouillé. Le foehn est mort ce vendredi, il pleut à Zinal avec un 0° est à 2000m. Un petit coup de blanc avant le week-end ?

Première course

17.11.2016 – 22h   Un net redoux tasse la neige, le manteau est mouillé sur toutes les expositions jusqu’à 2300m, sur les faces ensoleillées jusqu’à 3000m. Il reste 50cm au plat à 2500m et 23cm en station à 1700m. On annonce une période venteuse et douce la semaine prochaine, elle sera dominée par le foehn, on spécule sur la journée de dimanche sur le blog de MétéoSuisse. Rien de bon pour le manteau neigeux semble-t-il. Dommage, les images prises lundi par le drone de Boris, un ami habitué de Zinal, montre une situation de rêve pour la mi-novembre :

A voir sur YouTube.

Un slalom géant féminin inaugurait la saison de compétition ce jeudi dans d’excellentes conditions, quelques nuages le matin mais visibilité optimale pour la deuxième manche. Le résultat de cette première course sur le site de la F.I.S. affiche des noms déjà célèbres qui attestent du niveau général de ces demoiselle.

Le podium du slalom géant féminin de ce jeudi 17 novembre.

On remet ça demain sous un ciel moins coopératif. Le foehn peut maintenir une fenêtre ensoleillée sur le Valais central comme souvent dans pareille configuration, les températures actuelles garantissent une neige ferme et dure propice au ski de compétition. La station sera ouverte au public ce week-end, seul le centre du domaine sera préparé et sécurisé. A samedi !

Au-dessus du brouillard

14.11.2016 – 21h00   Le réchauffement de dimanche nous a fait craindre pour la neige en station, la couche attaquée par l’air et le sol encore tiède se ratatinait jusqu’à 2000m vers 15h. Le thermomètre retrouva des valeurs saisonnière avec l’arrivée des précipitations annoncées, 16cm de fraîche firent passer le mètre au cumul saisonnier, entre 16h et 21h dimanche. A Sorebois, cette petite couche tombée sans vent et le ciel immaculé de ce lundi firent le bonheur des sportifs, de leurs entraîneurs et des ouvriers de la montagne. Un brouillard stable noyait le bas-monde toute la journée, il fallait vivre à Chandolin pour entrapercevoir le soleil.

Les employés quittent Sorebois à 17h.

Je suis resté à la mine après le départ du dernier wagonnet, pour admirer la super Lune depuis la Corne. Elle s’est levée près de l’Omen Rosso avec un diamètre spectaculaire et une couleur orangée inhabituelle. Je n’ai pas obtenu de bonnes images sans trépied, ma science de la photo se limite à mettre sur automatique, viser et appuyer. Je vous offre l’image de la super Lune sans repère pour estimer sa taille, elle s’est montrée vers 17h50 alors que les couleurs du coucher de soleil et du crépuscule laissaient place à la nuit. A l’heure où je publie, le brouillard se déchire à Zinal, la lumière extérieure est magique.

La super Lune du 14 novembre 2016 à 18h.

Couche de fond idéale

La vallée est blanche depuis Vissoie, 1200m.

12.11.2016 – 19h30   MétéoSuisse changeait de programme mardi matin; neige plus conséquente en semaine et beau samedi, ce qui s’avéra. La mesure prise à 2500m après ce samedi ensoleillé et relativement doux, -4° à la Corne à 15h, est de 54cm. Nous avons reçu 58cm depuis lundi, le cumul est de 90cm, la neige s’est déjà bien tassée dans les endroits ensoleillés, les vents d’ouest fort l’ont concentrée dans les combes, on patauge dans 90cm autour de la buvette des Marmottes. Les pentes exposées au vent et au soleil sont déjà inskiables, on profite d’une excellente poudreuse dans les combes sans cailloux; ils ne sont pas loin, j’ai touché sur toutes les lignes un peu engagées. La région est sous danger marqué depuis jeudi, de premières coulées spontanées et provoquées sont signalées vendredi, aucun mouvement ce samedi.  

Une couche de fond idéale pour préparer les pistes, ici le Goulet.

Les piste sont réservées par des équipes de compétition qui occupent toute le domaine sécurisé. Autour, c’est les grandes manœuvres de préparation, nous accueillons des compétitions les 17 et 18, le centre du domaine sera ouvert au public le week-end prochain.

Les pistes sécurisées sont occupées par des équipes à l’entraînement.

Notre concitoyen et ami Claude a posté de superbes photos qui illustrent le changement de décor en station. Son blog Images en ballade nous fait voyager, pauvres anniviards enracinés et incultes que nous sommes. Demain sera maussade, on prévoit même quelques flocons en soirée, tout devrait se dégager lundi pour observer la super Lune.

Lundi bleu ciel

08.11.2016 – 22h  Il restait lundi en fin de journée 22cm à Sorebois. Le soleil plus présent que prévu illumina les premières séances d’entrainement. Le ski en dehors des pistes artificielles est impossible, mais le vallon est blanchi et les températures clairement hivernales. Catastrophe, un accident de natel et un oubli me privent d’images de qualité de cette superbe journée. Pour l’ambiance du jour avec le natel de secours :

L’arête de la Corne lundi 7 vers 11h.
-15.5 au matin, et 22cm pour blanchir la montagne.

Ce mardi était plus nébuleux, la sensation de froid intense. Le contraste depuis vendredi est saisissant, et la semaine s’annonce perturbée avec deux épisodes de précipitations, entre demain et jeudi et la journée de samedi. Cette neige trouvera 20cm de flocons peu transformés, humidifiés et regelés sur les pentes exposées. Si nous prenons 50cm d’ici dimanche, la moitié est annoncée, nous aurions une belle couche de fond. Les vents du sud-ouest seront forts à tempétueux. On peu imaginer un premier bulletin d’avalanches utile pour notre région jeudi.  

Hiver 2017 – Situation initiale

06.11.2016 – 19h00   Un puissant anticyclone nous gratifia d’un magnifique été indien fin octobre, la situation étant stable, j’ai effectué la promenade vers le Tônet pour la traditionnelle photo de début d’hiver le 30. Le neuvième hiver décrit sur ce blog commence comme le précédent, un peu de neige artificielle sur des pâturages secs, encore plus secs que l’an passé. Le terrain n’est évidemment pas gelé, il ne l’a jamais été depuis que je note l’évolution du manteau neigeux, soit 2009. Je serai curieux de revivre un hiver sur un terrain profondément gelé…

Sorebois le 30 octobre, la station IFKIS de la Corne 2900m mesurait 7° à midi.

J’ai été surpris du téléphone des remontées mécaniques jeudi, les stratèges comptaient sur la dépression annoncée ce week-end pour ouvrir des pistes d’entraînement dès lundi 7. Pari gagné, la dépression « Husch » nous emmenait samedi soir des précipitations conséquentes, et surtout du froid. Ce dimanche matin, on mesurait 14cm à 2500m, la sonde indiquait -7.1° à 2900m et il neigeait dru. A 10h30 à Sorebois, une couche de 24cm transformait les pâturages, le ciel s’éclaircit durant la journée mais le mercure poursuivit sa chute. MétéoSuisse prédit une semaine perturbée et fraîche, des précipitations épisodiques hélas. Les usines à neige de tout l’arc alpin tourneront à plein régime pour garantir la saison de glisse. Sur le terrain demain, je décrirai la couche de fond offerte par ce premier week-end hivernal.

J’ai modifié le site annitrek.ch pour en changer la couleur selon la saison ou l’humeur. Merci à ceux qui n’aiment pas le orange, ils suivent mes publications d’amateur. Cet hiver sera couleur patrouilleur, je changerai au printemps. Les lieux et méthodes des mesures évoluent peu, la régularité permet de comparer les saisons. La situation météo du matin est publiée sur le compte twitter Annitrek, le danger d’avalanches sur le compte twitter Sorebois, les informations brèves et autres liens intéressants sur la page Google+ Annitrek, ce blog décrit la situation et affiche l’enneigement, les records saisonniers, et regroupe les liens intéressants. Les photos de la saison sont sur l‘album public Hiver 2017 , les vidéos sur le compte YouTube.

En espérant des publications plus courtes, mais nombreuses et actuelles, j’aspire à plus d’humeurs et d’opinions. Nous pouvons aborder l’hiver avec enthousiasme, 25cm de neige mouillée, -3° à Zinal et -13° à la Corne à 18h30 ce dimanche. Ca attaque fort! Avant les premières images d’hiver demain, la dernière du vallon de Zinal sans neige cette année. Ou bien quoi !?

Le vallon de Zinal vendredi 4 novembre 2016 à midi.

2016 – L’été des longues oreilles

04.11.2016  Aucune prolifération animale ni végétale ne m’a marqué cet été 2016, j’ai trouvé les insectes et les oiseaux particulièrement discrets. En plus de ma quinzaine de lapins, on m’a confié six ânes de mai à septembre pour nettoyer le mayen des Moyes, ça fait quelques mètres d’oreilles…

Les ânes, très curieux, accueillent les enfants aux Moyes.

L’hiver touristique s’est terminé le 10 avril, les vacances s’annonçaient longues et douces, mai et juin ont prolongé le printemps plus que de raison. La neige peinait à fondre en moyenne montagne, un redoux fin mai accéléra la fonte des neiges résiduelles provoquant une série de laves torrentielles qui eurent raison du terrain de foot presque cinquantenaire de Zinal. Filmées depuis mon nouveau domicile, les images ont rapidement passé le millier de vues sur YouTube. Juin fut très maussade au niveau national, l’enduro du Besso qui vivait sa deuxième édition fut copieusement arrosé. Le soleil de juillet mit du temps à réchauffer l’atmosphère, une dépression spectaculaire occupa la semaine du camp des enfants aux Moyes, nous étions dans le thème choisi depuis décembre: le Pôle Moyes. Puis l’été revint, juillet et août furent 1° au-dessus des normes, septembre le troisième plus chaud depuis 1850. Un octobre agréable, mais un poil sous les normes de températures, un avertissement de l’hiver le 11 avec 4cm à Zinal, et une courte période fraîche suivie d’un redoux particulièrement spectaculaire la dernière semaine du mois. La fenaison et les vendanges furent abondantes et de bonne qualité. Les sorbiers croulent à nouveau sous les fruits.

Neiges résiduelles à Sorebois 2700m le 23 juin.

De nombreux changements ont touché ma vie et mes publications sur internet. Si mon déménagement me rapproche de la nature, il m’éloigne du village et des hommes. La webcam pointée sur ma station météo, très visitée, ne sera pas en service cet hiver. La nouvelle station MétéoSuisse de Mottec/Pralong, placée dans des courants de montagne frais, n’est pas représentative de la température à Zinal. Je cherche une solution efficace. D’autres évolutions troublent mes habitudes; comme souvent, Google modifie les règles du jeu, Picasa que j’utilisais pour gérer mes milliers de photos est abandonné au profit d’une version trop simplifiée. J’ai créé une page spéciale pour réorganiser les albums publics, je remercie Google pour le temps perdu mais la solution me convient. Le site annitrek.ch subit également de profondes mutations, les offres autour du village d’Ayer sont en rapide évolution. Les promenades historiques du vieux village et le sentier nature Zau Zoura subissent un rajeunissement. Rendez-vous au printemps 2017 pour retrouver ces animations, ultimes vestiges de mon catalogue d’accompagnateur en montagne. Je garde le site comme vitrine personnelle, sans réelle motivation commerciale. Ce qui me permet de délirer sur le design et le contenu.

Gâteau reçu cet été pour mon vingtième camp des Moyes.

Deux fois vingt ans et des poussières… moi qui voulait rester libre d’engagement je remets sans cesse le même ouvrage sur le métier. Mon kung-fu cet hiver? A suivre…

Hiver 2016 – Conclusions

Un début difficiles pour cet hiver 2016, enneigement nul jusqu’au 21 novembre, une semaine hivernale, puis le mois le plus chaud depuis le début des mesures d’après le bulletin climatologique de décembre 2015. Les stations de haute altitude dont Zinal ont sauvé les vacances de fin d’année grâce à l’enneigement artificiel, les autres voient leurs jours d’exploitation diminuer chaque année. La situation n’arrange personne, la consultation de la page des rapports climatique de MétéoSuisse effraie plutôt, 2014 était la plus chaude, 2015 a fait mieux.

Une couche suffisante de neige artificielle pour offrir une piste d’entraînement en novembre.

La neige de novembre, transformée en roulements par un mois de métamorphose, n’a pas supporté les premiers apports de janvier, les pentes se purgeaient facilement. La deuxième moitié du mois fut belle et la neige se stabilisa, elle avait peu cristallisé au retours de précipitations qui allaient égayer tout février, avec un cumul d’une année moyenne de 492cm au 29 février. Un gros tassement de la couche de fond sous le poids de la neige fraîche était observé mi-février, la couche affichait 140cm. Les fortes variations de températures nous obligèrent à surveiller et miner les faces exposées dès fin janvier, le manteau était stable mais épais, et les inévitables coulées printanières difficiles à prévoir. Les remontées ont fermé boutique le 10 avril déjà, il restait suffisamment de neige à 2000m pour offrir des pistes jusqu’en mai. Les 643cm de cumul ne représentent pas la skiabilité de notre hiver, les conditions n’ont été bonnes que du 10 janvier au 10 avril.

Le temps va, les moeurs changent, pas toujours vers mieux. Dans la petite station de Zinal, les habitués connaissent les locaux, chacun participe à l’ambiance avec son caractère de montagnard, ses bonnes têtes et ses mauvaises. On vit parmi les vacanciers, quand nous attisons une ambiance positive nous en profitons. Quel privilège de rencontrer, au quotidien, des gens venus de partout pour voir notre pays et s’y détendre. Fusionnés, Grimentz et Zinal sont une grande station, avec une infrastructure fantastique. Le problème à résoudre pour nos stratège, c’est le taux d’occupation risible de nos stations. Transformer la population et les acteurs du tourisme en marionnettes à la Disneyland tuera l’ambiance sans améliorer l’occupation. Si vous ne rencontrez plus les bleus des installations et les oranges de la sécurité à la buvette ou au bar de Sorebois pendant leur heure de pause, c’est qu’on nous l’a interdit. Au nom d’un néo-tourisme étrange pour une vallée qui a fait sa réputation d’accueil dans les caves.  Bon, faut avouer que quand on ne comprend pas les employés, c’est plus du patois!

Les employés de Zinal s’offrent un coucher de soleil à la Corne de Sorebois, une fondue et du ski sous la pleine lune de mars. Cette année, une brume dans les basses couches et un ciel clair nous offrait des couleurs incroyables quand le soleil se coucha. La lune apparut simultanément sur les Diablons, je choisis ces deux images prises au même instant pour remémorer cette saison. Retrouvez ici l’album en ligne.

Le 22 mars à 19h36, depuis la Corne de Sorebois.

Les feuilles de calcul avec les données de la saison au bout de ces liens:
Novembre 2015décembre 2015janvier 2016février 2016mars 2016avril 2016

Le danger 2016

Le premier bulletin d’avalanches paraissait le 21 novembre avec un danger 3 provoqué par 44cm de neige fraîche. Le danger retombait à 1 le 7 décembre, il fallut attendre le 3 janvier pour que les choses se compliquent à nouveau. Le 10, le SLF émettait un degré 4 pour quatre jours consécutifs. La situation était si extrême que presque tous restèrent prudents. Un tassement général de la sous-couche sous le poids des nouvelles neiges limita le danger d’avalanches poudreuses dès le 15 février. La neige mouillée et les reptations constituèrent les principaux problèmes en mars et avril. Le danger augmenta suite au réchauffement diurne 16 jours. Sur les 160 observés, 38,5 affichaient degré 1 faible, et comme l’an passé 4 degré 4 fort.

Diagramme circulaire montrant la répartition des niveaux de danger.

24% de journées en degré 1 cette saison, l’unique grâce d’un décembre trop clément.

La nébulosité 2016

2016 étant bissextile, nous avons noté le pourcentage du ciel occupé par des nuages 182 matins à 8h. Le ciel était grand bleu ou présentait moins de 5% de nébulosité 62 matins, l’impression de beau dominait 40 matins avec moins de 50% de nébulosité. 80 matins, les nuages occupaient plus de la moitié du ciel. 11 mauvaises journées en plus que l’an passé, souvent le week-end et pendant les périodes de forte fréquentation.

La nébulosité par quinzaine.

 

La couche 2016

Les mesures sont prises à Sorebois dans une zone protégée à 2500m, du 1er novembre au 30 avril. La neige restait absente jusqu’au 21 novembre, 89cm ont permis de proposer des pistes en décembre, mois désespérément sec. Il a bien neigé début janvier, le mètre de couche était atteint le 12, nous avons bénéficié ensuite d’excellentes conditions.

Evolution de la couche par quinzaine.

21.11.2012 = 44 cm, 22.11.2015 = 14 cm, 26.11.2015 = 15 cm, 27.11.2015 = 16 cm Novembre 2015 = 89 cm

05.12.2015 = 03 cm, 16.12.2015 = 04 cm Total décembre = 07 cm

01.01.2016= 01 cm, 03.01.2016 = 11 cm, 04.01.2016 = 17 cm, 05.01.2016 = 16 cm, 07.01.2016 = 06 cm, 08.01.2016 = 25 cm, 09.01.2016 = 10 cm, 10.01.2016 = 13 cm, 11.01.2016 = 16 cm, 12.01.2016 = 39 cm, 13.01.2016 = 18 cm, 15.01.2015 = 06 cm, 31.01.2015 = 34 cm Total janvier = 212 cm

01.02.2016 = 32 cm, 04.01.2016 = 22 cm, 05.02.2016 = 18 cm, 08.02.2016 = 06 cm, 10.02.2016 = 10 cm, 11.02.2016 = 03 cm, 12.02.2016 = 04 cm, 13.02.2016 = 18 cm, 14.02.2016 = 16 cm, 21.02.2016 = 17 cm, 23.02.2016 = 10 cm, 24.02.2016 = 11 cm, 25.05.2016 = 04 cm, 26.02.2016 = 08 cm, 28.02.2016 = 02 cm, 29.02.2016 = 03 cm Total février = 184 m

02.03.2016 = 03 cm, 03.03.2016 = 14 cm, 04.03.2016 = 12 cm, 05.02.2016 = 04 cm, 06.03.2016 = 06 cm, 08.03.2016 = 01 cm, 16.03.2016 = 03 cm, 24.03.2016 = 07 cm, 28.03.2016 = 04 cm, 29.03.2016 = 06 cm Total mars = 60 cm

06.04.2016 = 06 cm, 07.04.2016 = 02 cm, 09.04.2016 = 12 cm, 14.04.2016 = 10 cm, 19.04.2016 = 19 cm, 23.04.2016 = 19 cm, 25.04.2016 = 10 cm, 26.04.2016 = 03 cm Total avril = 91 cm


Cumul hiver 2016 = 643 cm

Avril 2016

02.06.2016    Après le faux départ de novembre, la fermeture des remontées le 10 avril à clos une saison de ski inhabituellement courte à Zinal. Les températures forcèrent à fermer les retours en station fin mars déjà, mais au-dessus de 2200m la neige est restée abondante, nous n’aurions eu aucune peine à garder les pistes ouvertes jusqu’en mai.

le tableau est généré depuis la feuille de calcul en ligne avril 2016 qui recense les données du mois.
Cliquez sur l’image pour agrandir.

Il a fait trop chaud les 1er et 2 avril, la couverture nuageuse empêchait le gel nocturne, le manteau s’est détrempé sur toute son épaisseur sur les versants exposés. Nous fermions des secteurs pour minage en début d’après-midi, quand le résultat ne répondait pas à nos attentes, la piste restait fermée jusqu’au lendemain. Le troisième jour, une baisse des températures et un bon regel nocturne calmait nos inquiétudes. L’épaisseur du manteau et sa stabilité augurait d’une bonne arrière-saison de peau de phoque, nous commencions à observer des traces un peu partout sur les montagnes. 

La station organisait des courses FIS jeudi 7 et vendredi 8, ainsi que le combiné des championnats suisses samedi. Le brouillard joua les troubles-fête, et une douzaine de cm de fraîche nous obligeait à purger certains passages délicats samedi matin avant les courses. Pas que ces quelques cm aient beaucoup changé la situation, mais ils suffirent à protéger l’épaisseur du manteau du regel nocturne tout en augmentant la charge. Les résultats furent proportionnels, mais ce petit minage de fin de saison fut comme le dessert d’un bon repas.  Un ciel grand bleu et la mer de brouillard à 2400m ravissait l’oeil, la neige et des températures fraîches permettaient du très bon ski. Le brouillard stagnait quelques mètres sous l’arrivée des courses toute la matinée, permettant un super-g parfait, il monta jusqu’à 2600m l’après-midi ce qui ne gêna pas trop le slalom dans le goulet. Quelques curiosités tout de même ces derniers jours: de larges plaques se déclenchèrent, dans le vallon de Moiry et aux Gouilles, sur des pentes que tous les spécialistes consultés auraient skié sans souci; jamais déclenchées pendant l’hiver, ces talus étaient recouverts des 120cm mesurables au plat, et je suppose affaiblis depuis le fond par les eaux de ruissellement. De véritables pièges heureusement déclenchés spontanément, dont la neige lourde n’aurait laissé aucune chance aux skieurs.

Le samedi 9 avril, le brouillard épargnait juste les dernières courses.

La suite du mois sembla normale pour la saison, la neige disparut de la vallée, les grands couloirs se purgeaient l’après-midi mais nous n’observions rien d’exceptionnel. Plus de 60cm s’ajoutèrent tout de même au cumul saisonnier la deuxième moitié du mois, car en avril… Mais ceux qui en mai on fait ce qui leur plaisait, ont passé le mois tout mouillés !

Machinistes de Sorebois : La Clique

Je publie habituellement sur ma chaîne YouTube les montages humoristiques qui animent nos soupers d’entreprise. Ce clip illustre le travail des machinistes sous une musique de Kanye West jugée explicite, YouTube refuse de la rendre publique pour une question de droits d’auteurs, souvent réglés par la présence d’une petite pub. Comme il est plaisant de contourner les interdits, je l’ai postée sur mon drive et rendue disponible par ce lien, ou tout simplement sur mon blog.

Les machinistes de Sorebois, hiver 2016.

Mars 2016

25.05.2016    Le mois le plus agréable à vivre en montagne avec des conditions d’enneigement parfaites, une météo clémente et des températures assez fraîches pour garder la neige poudreuse dans les expositions ombragées.

le tableau est généré depuis la feuille de calcul en ligne mars 2016 qui recense les données du mois.
Cliquez sur l’image pour agrandir.

La couche s’est maintenue à 140cm avec un apport de 60cm de fraîche dont 40cm les 6 premiers jours du mois, ce qui nous contraint à un minage par hélicoptère le 6 qui vérifia la stabilité relative du manteau suite au tassement de la couche de fond. Je filmais ce jour de congé l’avalanche de la Lé de nouveau spectaculaire, quoiqu’ incomparable au monstre du 13 janvier. Cette coulée met en danger les pistes de fond et de promenade, et le passage obligé du Vichiesso vers les cabanes de haute montagne.

A voir également sur YouTube.

Comme le terrain n’avait pas gelé en début d’hiver, ce qui n’est d’ailleurs jamais arrivé depuis que je décris l’enneigement sur ce blog, que la couche était importante et que les températures diurnes transformaient les pentes exposées, nous avons observé de nombreuses gueules de baleines. Ce phénomène mal connu du public se présente comme de grandes grimaces au sommet des zones de reptation. Les gueules de baleines nous indiquent que le manteau est en mouvement et qu’une rupture va se produire. Seules quelques pentes posent ce problème à Zinal, qui est bien plus fréquent à Grimentz. Le minage ne déclenche quasi jamais ces reptations, les ruptures peuvent avoir lieu n’importe quand, même après regel du manteau. Je vous laisse imaginer la difficulté à gérer ces pentes pour les responsables de la sécurité.

Gueule de baleine dans le vallon de Moiry.

Autre phénomène intéressant en mars, la montagne au-dessus de 2700m était recouverte de cristaux de givre de surface centimétriques le 13 au matin, pistes damées la veille comprises. Je n’avais jamais observé de si gros cristaux sur toute la montagne, magnifique !

Givre de surface le 13 mars au matin.

Les derniers jours du mois, un gros réchauffement mouillait le manteau et annonçait le printemps, le 31 au matin, le mercure était positif à 2900m.

Février 2016

24.05.2016    Février commença en fanfare, avec les 34cm du 31 janvier et les 32 du premier du mois, nous avions de quoi offrir des pistes parfaites au-dessus de 2300m, et les freeriders avaient matière à s’amuser. Mais la pluie détrempa le manteau sous cette limite, la première nuit de février vit de grosses coulées se déclencher à mi-pente sur les Gardes de Bordon. Le mois commençait un lundi, le soleil baigna ces deux jours à faible fréquentation et les températures s’élevèrent rapidement, mardi 2 des avalanches de neige mouillée dans la forêt touchaient le retour en station. Tout le mois, les précipitations, les températures et le vent se joueraient de nous.

le tableau est généré depuis la feuille de calcul en ligne février 2016 qui recense les données du mois.
Cliquez sur l’image pour agrandir.

Avec 184cm de cumul, février fut moins neigeux que janvier mais le ciel resta mitigé, les précipitations mieux réparties et la situation avalancheuse difficile à gérer jusqu’au 15. Le 5 en particulier, suite à deux jours qui ajoutèrent 40cm au cumul, nous constations une bonne stabilité sur l’ensemble du domaine. Il fallut arriver aux minages de dernière priorité pour déclencher des avalanches surprenantes sur des pentes Nord et Nord-Est du secteur Tsirouc, et nulle part ailleurs… Ce jour-là, une moitié des patrouilleurs minait et l’autre se débattait pour empêcher les riders d’accéder aux zones en cours de préparation. A l’avenir, des secteurs entiers de pistes resteront certainement fermés jusqu’à la fin des minages sur toutes les pentes accessibles par les installations, impossible de raisonner ceux qui « connaissent la montagne »! Le samedi 6, après beaucoup de travail, nous ouvrions la piste du Chamois vers Grimentz.

5 février, le minage sécurise les pentes pour permettre aux machines de progresser vers la piste du Chamois.

Le 9, une tempête d’ouest souffla la plus belle rafale de la saison qui manqua de peu la barre des 120 km/h, puis une série de perturbations emmena la couche à 138cm le 14. Le lendemain, malgré 16cm de fraîche sur la planchette, la règle affichait la même valeur et l’on enfonçait plus jusqu’aux hanches. Le poids du manteau avait tassé la couche de gobelets à sa base. Dès lors et comme souvent quand les quantités sont importantes, le manteau est resté stable sur la plupart des pentes, sauf celles exposées au soleil, au réchauffement et aux coulées printanières de neige mouillée. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu longtemps, un front chaud emmena des températures positives à 2900m au lever du jour le 22 déjà, puis un regel stabilisa les pentes au-dessus de la limite des forêts jusqu’en mars.

Janvier 2016

24.05.2016    Voilà quelques saisons que je peine à tenir ce blog à jour, et beaucoup de billets commencent par des mots d’excuse. Cet hiver, j’ai abandonné les publications à mi-janvier, me contentant de tenir correctement les comptes Twitter et les mesures de neige. Trois raisons principales, la première est un défi personnel avec une échéance à tenir; puis viennent les interprétations de mes écrits, pour exemple ma description de l’avalanche du 13 janvier ne signifie en aucun cas que le zone est sécurisée pour le reste de la saison… Les interprétations absurdes des articles engagent-elles pas ma responsabilité? les juges, même Valaisans, semblent ignorer les impondérables de la montagne; enfin la pression du travail, les nouvelles tâches s’additionnent. Le blog est un outil fantastique, je l’alimente de partout grâce au smartphone, il garde mémoire des événements depuis 2009, les informations libellées par saison sont rapides à trouver avec le moteur de recherche, et tout un chacun peut profiter des publications pour affiner son analyse des conditions. C’est là que le bât blesse. Pour que cet hiver de découragement n’affecte pas la belle continuité des sept saisons déjà décrites, je vais résumer l’hiver 2016 mois par mois, puis résumer et conclure comme ces précédentes années.

Donc janvier déjà bien décrit jusqu’au 13, le tableau est généré depuis la feuille de calcul en ligne janvier 2016 qui recense les données du mois. Cliquez sur l’image pour agrandir.

Pas de chance, la neige est arrivée juste après les vacances de fin d’année, 176cm s’étaient rajoutés au cumul saisonnier le 15, puis des conditions anticycloniques sont revenues sur les Alpes. Le mètre tombé majoritairement en novembre avait transformé sur toutes les pentes, puis disparu des faces exposées au soleil. La neige de janvier s’est posée sur de gros cristaux anciens, la plupart des grandes déclivités se sont purgées spontanément dès les 30 premiers cm atteints, les pentes moyennes partaient sous les skis, les minages donnaient des résultats spectaculaires.

Le 5 janvier, un minage chaud bouillant !

Dans les faces nord, probablement suite au lissage du terrain par les précédentes avalanches, par la chaleur émanant du sol, et par le déclenchement des plaques latérales secondaires reposant encore sur de la vieille neige, la situation restait très instable. Un minage emporta toutes les pentes Nord de Tsirouc, empêchant le damage de la liaison vers Grimentz. Après une deuxième quinzaine ensoleillée et froide, les pentes minées et skiées paraissaient stables, mais un profil réalisé au plat le 28 montrait que l’ancienne couche fortement cristallisée subsistait sur les faibles pentes, on trouvait encore 45cm de gobelets de plus de 3mm en fond de couche. Il fallut attendre le 15 février pour que cette strate s’effondre sous le poids de la nouvelle neige et que le manteau se stabilise définitivement. Le 31 janvier, 34 nouveaux cm annoncèrent un février sportif.

Un monstre

13.01.2016     Je parviens à garder à jour les mesures publiées le matin sur le compte twitter, et à noter les mesures de neige sur ce blog. Mais quand la neige est abondante la pression du métier suit, difficile de prendre du temps pour commenter une situation qui évolue rapidement, et impossible de répondre aux commentaires ou demandes individuelles de renseignements. Les articles de ce blog archivent des situations, seuls les bulletins d’avalanches officiels émis par le SLF et les renseignements donnés par les remontées mécaniques et l’office du tourisme doivent participer aux décisions des utilisateurs de la montagne. C’est après coup que je me permets d’analyser et de commenter les situations.

Cet après-midi, une éclaircie nous a permis de procéder à une grande purge. Le minage par hélicoptère a déclenché un monstre sur La Lé à 15h40. En attendant une description plus précise des événements nivologiques de ce début d’année, je peux vous offrir trois vues de ce monstre, depuis Sorebois 2500m, depuis Zinal 1700m, et depuis l’hélico de minage. Nos hôtes comprendront mieux les mesures de protection qui limitent leur utilisation du domaine skiable et de la montagne.

Depuis Sorebois.
Depuis le village.
Depuis l’hélico de minage.

Le Valais en rouge

Carte du danger d’avalanches du 11.1.2016 à 17h.

11.01.2016    Ce n’est hélas pas la répartition politique du pays, mais bien le danger d’avalanches qu’illustre cette carte. Sur la trentaine de cm de neige fortement cristallisée en place sont tombés 115cm depuis le premier janvier. La joie des premiers flocons s’est muée en doutes le 5, quand le moindre trouble suffisait à déclencher des pentes sur toutes les expositions au-dessus de 2500m. La nouvelle neige posée sur un substrat transformé en roulements par un mois sous fort gradient coulait de partout, spontanément parfois, sous les skis souvent, par minage le cas échéant. Le grand minage du 8 troubla les pentes larges à déclivité moyenne, les autres s’étant purgées sous le poids des nouvelles précipitations. La neige continue de tomber, les doutes deviennent peur, 39cm depuis samedi ont fait passer le cumul saisonnier sur la barre des 2m. A 16h cet après-midi, 30cm s’étaient ajoutés au calcul. Il neige, et il neigera encore ces prochains jours. Un fort courant du Nord-Ouest souffle depuis midi, 103 km/h à 13h à la Corne de Sorebois, le froid s’ajoutera demain au tableau.

Le miracle  a eu lieu hier, le service des pistes de Zinal a sauvé une personne ensevelie sous 60cm de neige en marge du domaine skiable. L’information est discrète dans les médias, on rappelle les fantômes pour parler des sauvés. Le Nouvelliste du Valais. En degré de danger 4, c’est plus que de la prudence qui s’impose. Le service de sécurité fait le maximum pour garantir l’intégrité des skieurs sur le domaine ouvert. Sur les pistes comme au village, nous espérons une coopération maximale de nos hôtes. Les consignes, barrages et panneaux doivent être scrupuleusement respectés, les randonnées et le hors-pistes bannis. Jusqu’à que ce qui s’entasse, se tasse…

Attendons, la vie est courte, l’éternité trop longue pour jouer la mise sur une glissade en haute neige. Au retour du beau temps, nous aurons largement plus d’un mètre de neige sur l’ensemble du domaine, ce qu’il faut pour faire du très bon ski. Ce pour le cinquième hiver consécutif.

Bonne année 2016

01.01.2016     Ce matin à 9h30, le soleil rasant la Corne de Sorebois et la Pointe de Tsirouc dessinait un superbe halo sur la mer de brouillard. Exactement derrière le halo, la station Supérieur du télécabine de Bendolla au centre du domaine skiable de Grimentz. Avec ce clin d’œil de la nature pour illustrer mes vœux, je vous souhaite bonheur et santé pour 2016.

Les températures élevées et l’ensoleillement exceptionnel ont marqué 2015. Certains médias annoncent décembre comme le plus chaud depuis le début des mesures, nous attendrons les conclusions de MétéoSuisse. Il n’est tombé que 7cm de neige ce mois, nous avons passé les fêtes sur 89cm de neige naturelle tombée, plus l’artificielle produite en novembre. Espérons que ce début d’hiver restera une curiosité, une exception… 

Ceux qui ont réservé leurs vacances en Anniviers ont skié. Des compétiteurs qui voyagent beaucoup affirment que nos conditions sont parmi les meilleures du continent, les amateurs de carving apprécient, mais la tribu des Skis-Larges reste sur sa faim. Sur le brouillards, face aux cinq 4000, sous un soleil parfait et des températures douces, ce début d’hiver fut facile et agréable à vivre. Le danger d’avalanches est tombé à 1 faible le 7 décembre. La neige se tassa rapidement, il restait 37cm le 15, on trouve ce 1er janvier 32cm d’une neige fortement cristallisée à 2500m. 

Les 3 premiers cm au contact du terrain sont mouillés, le reste est constitué de faces planes et de gobelets de plus de 3mm, d’une densité de 290 kg/m3. Du gros sel! Les mesures sont prises sur un terrain plat à l’ensoleillement représentatif de la station, imaginez la taille des cristaux dans les pentes Nord!

La neige arrive enfin, une perturbation traverse les Alpes demain. Pour citer Madame Métral lors de la météo de 20 heures: « Le Valais central sera le mieux servi en terme de flocons avec 15 à 20cm ». Nous aurons une accalmie dimanche puis un deuxième front lundi, les affaires reprennent! Attention, rien ne tiendra sur les pentes recouvertes de vieille neige, des avalanches se déclencheront rapidement a la moindre accumulation. Il faudra se montrer très prudents toute la saison. Les minages brasseront la vieille neige près des domaines skiables, les pentes entameront un nouveau cycle. Mais comme lors de l’hiver 2014, la couche de novembre piégera la montagne jusqu’en fin de saison.

La base

Le centre du domaine skiable ce samedi 28 novembre à 14h.

28.11.2015   Alors que les premières précipitations ne devaient nous toucher qu’ en matinée de jeudi, nous avons trouvé 15cm à toutes les altitudes à 8h du matin déjà. Puis une traîne de giboulées sans éclaircie dans un froid mordant anima les premières courses FIS Dames de la saison. 16cm supplémentaires s’étaient accumulés sur la plaquette vendredi à 8h, une poudre très légère constituée de gros cristaux. Et la lune dans tout ça? A la fin de sa croissance elle décrut, comme d’habitude, se foutant de la météo comme des croyances humaines.

89cm de cumul en deux épisodes quelques jours avant l’ouverture au public, et le danger 3 émis par le SLF, imposaient une reconnaissance en milieu intact. Nous avons miné vendredi les grosses pentes de la Corne à Durand. Seule les 30 derniers cm se déclenchaient sur de petites distances. Le manteau est stable. Les 58cm de Ste Catherine se sont purgés seuls sous les arêtes et dans quelques pentes connues pour leur tendance à accumuler par vents d’ouest. Ailleurs, le vent s’est contenté de plaquer la neige au sol. La neige légère de jeudi s’est posée délicatement sur ce substrat dense. Nous trouvons actuellement un peu moins de 20cm en station et 60cm au-dessus de 2500m. Cette couche naturelle se tassera fortement au premier redoux, annoncé après le front chaud de demain. 60cm sur la montagne, c’est peu pour skier. Zinal a ouvert les pistes enneigées artificiellement, un reportage de la télé locale Canal 9 montre bien l’ambiance de nos journées de travail.

Ce jour d’ouverture débuta dans la neige et la grisaille, puis le ciel s’ouvrit. En début d’après-midi, les skieurs déflorèrent les meilleures pentes. On touche facilement les cailloux, les skis morflent et les chutes sont dangereuses. Ceux qui sont venus malgré la météo ont dégusté cette première poudre avec prudence, dans de superbes conditions et sans déclencher de coulée. Nous ne sommes pas en décembre et disposons déjà d’une couche de base idéale. Le contraste en 8 jours est saisissant, nous sommes passés du pâturage aux pistes de ski.

La Noire du Col après deux heures d’éclaircies.

L’hiver pour Ste Catherine

24.11.2015   La foire Sainte Catherine rassemble les habitants du district de Sierre chaque automne. Elle revêtait un côté commercial vital autrefois, c’est devenu un week-end prolongé de festivités. L’hiver s’est invité, l’attrait du fendant… Les pluies ont touché Zinal vendredi à 9h30, on trouvait les premiers flocons à 2500m, ils s’accumulaient vers 2600m. Les précipitations allaient durer toute la journée et le froid s’installer progressivement. En montagne, les vents d’ouest dépassèrent les 100 km/h à 13h. Il plut à Zinal jusqu’à la nuit, je mesurais samedi matin 12cm en station et 44 à 2500m. la traîne de cette perturbation emmena le froid, puis une deuxième perturbation peu active. J’y croyais pas mes sondes: -18.8 à la Corne dimanche à 22h. Lundi, sous un ciel limpide et un froid sec, les canons à neige fournirent de quoi garantir l’ouverture des pistes de ski samedi 28.

Sorebois ce mardi 24 à 14 h.

Les entraînements ont repris mardi à Sorebois. La production continue, la neige artificielle est parfaite mais l’air s’adoucit. Une nouvelle perturbation nous touchera cette nuit, les précipitations sont annoncées demain matin, il neigera jusqu’en plaine. la situation ne se rétablira que vendredi, et jeudi soir c’est pleine lune. Nous avons une perturbation active dans des vents modérés, de l’air moyennement frais et, pour le côté sorcellerie, une dernière phase de lune montante… résultat vendredi!

Pour accueillir ces flocons nous avons en station 10 cm d’une neige déjà finement cristallisée par deux nuits fraîches et dégagées, avec une légère croûte sur les faces ensoleillées et déjà du givre de surface. A 2500m, une quarantaine de cm pas trop déplacés par le vent, une poudre dense et bien posée. Au-dessus de 2600m il y a plus de neige mais travaillée par les vents d’ouest. Les principales zones d’accumulation ont décroché provoquant de petites coulées. Le danger 3 samedi et dimanche est passé à 2 limité lundi déjà.Tout ça constitue une excellent couche de fond, mais il manque 50cm au minimum pour skier de la neige naturelle. 

Hiver 2016 – Situation initiale

Sorebois depuis Lyrec le 1er novembre à 10h.

Après une brève incursion à la mi-octobre, le froid bouda l’Europe, et l’automne se prit pour l’été. Je ramenais de mon pèlerinage de la Toussaint à Lyrec la même image que l’an passé, quelques restes de neige dans les pentes nord au-dessus de 2500m, les premiers tas artificiels, un terrain mou. Peu d’espoir de ski, MétéoSwiss et les médias nous annoncaient un oméga bloc garantissant pour quinze jours soleil et douceur. Surprise le lendemain, un coup de fil abrégeait mes vacances, on avait produit assez de neige à Sorebois pour commencer les entraînements. Jusqu’au 14, des compétiteurs ont skié la Face à Etienne et le Goulet, remontant en bus et skidoo jusqu’au départ. C’était la plage sur lattes, le thermomètre passa les 10° à 2900m vendredi 13. La piste ramollissant trop vite, re-vacances pour le sauveteur de service.

La Face à Etienne le 6 novembre, comme en 2011.

Ce jeudi 19 novembre clôt un été indien exceptionnel, MétéoSuisse nous annonce le changement depuis une semaine. La carte isobarique montre un retrait au sud de l’anticyclone, et des basses pressions centrées sur la Baltique. Le front de demain se traînera sur le flanc nord des Alpes, on nous promet des précipitations sur tout le pays avec une alerte de degré 3en Anniviers (plus de 40cm/24h), et une grosse chute des températures. Les festivités commencent! Le terrain qui recevra la neige attendue est dégelé sur toutes les expositions jusqu’à 3000 mètres.

Prévisions pour le 20 par MetOffice (UK)

Les lieux et méthodes des mesures ne changeront pas, la régularité permet de comparer les saisons. La situation météo au matin est publiée depuis le 1er sur le compte twitter Annitrek, le danger d’avalanches sur le compte twitter Sorebois, les informations brèves et autres liens intéressants sur la page Google+ Annitrek, ce blog décrit la situation et affiche l’enneigement, les records saisonniers et regroupe les liens intéressants. Les photos de la saison sont sur l’album Picasa, les vidéos sur le compte YouTube.

Dédions le huitième hiver décrit sur ce blog à Blanche-Neige, la princesse glissante! 

2015 – L’été des écureuils

30.10.2015  –  L’été fut particulièrement agréable à vivre en montagne, l’épisode caniculaire le plus marqué depuis 2003 nous laissera de doux souvenirs. On passe rarement nos soirées sur les terrasses de Zinal en t-shirt et sandales. Avant de rédiger, j’ai relu les conclusions de l’été 2014 et quelques précédentes. Les anciens annotaient le Messager Boîteux pour garder mémoire des événements naturels. J’utilise ce blog pour atteindre un résultat similaire depuis 2009. Y aura-t-il dans quelques générations quelqu’un pour s’intéresser et se dire: « Tiens, les pins d’arol ont beaucoup fructifié deux années de suite en 2014 et 2015! »?  Ca dépendra de l’évolution d’internet, qui devient une prodigieuse mais fragile mémoire. Malgré les doutes, j’ai plaisir à prendre le temps de regarder en arrière, pour transcrire mon long trek anniviard.

Carnet de bord du capitaine, été 2015 de l’ère chrétienne:

Un écureuil noir mange sur une branche d'arbre en pleine nature.

Les écureuils ont proliféré, eux se sont aperçu de l’abondance de « mougnettes » pour la deuxième année consécutive. Ils animent les forêts de leurs caquètements, ou se remarquent trop souvent, inanimés hélas, au bord des routes. Effets conjugués de l’augmentation de la circulation et de la population de rongeurs? Certainement! Les sorbiers que j’observe chaque année n’ont aucun fruit. Après la surabondance de 2011 et les années 2012 et 2013 moyennes, ce sera le deuxième hiver sans les sorbes si précieuses pour les oiseaux nicheurs. Les forêts n’ont pas semblé souffrir de la canicule; mais on dit dans les médias que le bostryche en a profité, les dégâts sont peut-être à venir. La rouille du rhododendron touchait des stations d’épicéas, principalement sur les versants ombragés des Morasses et d’Ayer. Peu de guêpes et d’insectes en général. Je me souviens du harcèlement des mouches en 2003, cette été en plein cagnard je me demandais où étaient les insectes.

La canicule fut la star des médias! La plus belle depuis 2003, avec des maximas supérieurs, mais moins longue. Ainsi le record de 2003 était de 16.4° à la Corne de Sorebois 2900m le 4 août, la plus haute valeur de cet été atteint les 17.2° le 7 juillet. Les pluies ont rafraîchit l’atmosphère début août. Le couloir à laves torrentielles du Peterey est resté inactif.  Nous sommes ébahis devant la fonte des glaciers, la montagne est dénuée d’une partie de sa majesté. La fonte est moindre qu’en 2003, mais 12 ans de recul incessant accentuent le visuel de la catastrophe en cours. les bulletins climatologiques du printemps 2015 et de l’été 2015 (pdf) publiés par MétéoSuisse s’ajoutent à la liste des records de température. Par curiosité, je publie ci-dessous les courbes de températures à la Corne pour la même période de 2003 et 2015. 

J’imaginais qu’une bonne canicule emmènerait de nombreux clients en altitude. Il fait meilleur vivre parmi des touristes curieux et des commerçants épanouis, mais toute la période la plus chaude de fin juin et juillet resta anormalement calme. On l’explique par le franc fort qui baisse le pouvoir d’achat des étrangers en Suisse et augmente celui des Suisses à l’étranger. Résumé: l’avion et les voyages lointains sont moins chers. Ca va améliorer le climat… Mais se sont bien les nationaux qui ont sauvé la saison en août et septembre. Les grandes manifestations, le Grand Raid et le camp des Moyes furent ensoleillés. Sierre-Zinal passa entre les gouttes, pluie le matin et soleil dès 11h. 

Vue d'un sentier en montagne avec des falaises rocheuses à droite et des arbres en automne au premier plan.

Le climat automnal semble normal, anticyclones et perturbations se succèdent dans une douceur dominante. La vallée est agréable à vivre, les couleurs hallucinantes et les week-ends ensoleillés. Je n’avais plus visité le bisse des Sarrasins depuis la fin des travaux. Autrefois dubitatif devant l’ampleur des ouvrages nécessaires au passage de ce chemin, dans une zone alors préservée de l’impact humain, je trouve le résultat positif. Les passerelles vieillies sont bien intégrées et le chemin très agréable. Les photos de la promenade sont consultables dans l’album public été 2015

J’irai demain au Tônet sur l’alpage de Lirec photographier le domaine skiable d’en face comme de coutume. Dès le premier novembre commenceront les mesures de l’hiver 2016, que j’espère autant enneigé que les quatre précédents.

Super Lune de sang

28.09.2015    Qui s’est réveillé cette nuit pour voir la pleine lune au périgée et en éclipse totale? Un spectacle qui ne se reproduira qu’en 2033, avec… ou sans nous. J’ai assisté à l’événement depuis le mayen des Moyes à 1930m et le résume en quatre images:

Pleine lune visible derrière les branches d'un arbre, illuminant le ciel nocturne.

La pleine lune devait atteindre son périgée à 2h46, elle orbiterait alors à 356’877 km de la terre. Elle sortit sur l’arête de Nava à 21h30, le ciel était limpide, le diamètre apparent de l’astre semblait 14% plus grand qu’habituellement.

Vue nocturne de montagnes obscures surplombant un lac silencieux, illuminées par une lune partiellement voilée, créant une atmosphère mystérieuse.

Dès la tombée du jour, des bancs de stratus garnirent les coteaux de la vallée, Grimentz restait bien dégagé mais une nappe dense s’installa sur le vallon de Zinal, pour la nuit. Petite promenade sur la route de Nava, une lumière irréelle, et le brame des cerfs depuis toutes les places de rut du vallon.

Une pleine lune partiellement éclipsée, affichant une teinte rougeâtre sur un fond noir.

Le croissant de lumière qui occupait encore un bon tiers du globe à 3h56 aura disparu à 4h11, le brouillard stagnait sous le mayen dans un air agréable pour la saison. 

Lune de sang pendant une éclipse totale, avec une teinte rouge éclatante sur fond noir.

J’attendis le maximum de l’éclipse annoncé à 4h47 en adoration. J’ai photographié dès 4h45, ma dernière image de la lune de sang est prise 4h46, un brouillard dense a ensuite enveloppé les Moyes.

La chasse bat son plein, un anticyclone nous offre un début d’automne agréable. La période est magique! 

La rouille du rhododendron

11.08.2015  Beaucoup pensent en voyant brunir certaines pessières que les arbres sèchent, déduction facile en cet été de canicule. Les forêts de l’étage montagnard résistent facilement à deux mois sans précipitation, et on mesure 61,7 litres/m2 de pluie à Grimentz pour les dix premiers jours d’août. Les prés fauchés et les alpages verdissent à nouveau, le problème est ailleurs. Je comprends le regard dubitatif du client auquel j’expliquais hier que c’est un champignon qui provoque le jaunissement des jeunes pousses d’épicéa dans de vastes zones cet été. Le printemps doux et humide et les températures exceptionnelles de juin et juillet ont probablement favorisé la prolifération de la rouille du rhododendron. Ce champignon parasite, très présent dans les pessières plus tempérées des Grisons et du Tessin, s’observe chaque année sur quelques individus dans nos forêts.

Gros plan sur des pousses d'épicéas affectées par le champignon Chrysomyxa rhododendri, montrant des symptômes de rouille.
Seules les pousses annuelles des épicéas sont touchées.
Chrysomyxa rhododendri est une rouille à hôte alternant, le champignon subsiste en hiver sur les feuilles de rhododendron puis s’installe en début d’été sur la pousse annuelle des épicéas. Comme le parasite épargne les bourgeons, l’arbre poursuit sa croissance normalement l’année suivante. Cette maladie inquiète peu les forestiers.
Gros plan sur des aiguilles d'épicéa présentant des symptômes de rouille, avec des écidies orange et jaune visibles.
Les fructifications sont appelées écies ou écidies, elles produisent des spores.
Le champignon se développe d’abord dans l’aiguille, puis des fructifications appelées écidies apparaissent fin juillet. Lors de fortes attaques, on peut en compter un vingtaine par aiguille, un nuage d’écidiospores entoure parfois les branches que l’on secoue. Les spores retournent ensuite infecter le rhododendron.

Peu de références en français sur internet, la meilleure est publiée par notre WSL national sous la forme d’une brochure en pdf : Les rouilles de l’épicéa. Une page du site www.lenaturaliste.net propose de remarquables images au microscope.