Nous aurions signé pour pareil hiver en octobre, beaucoup de neige avant la mi-décembre suivi d’un entretien régulier du manteau sans apport excessif nécessitant beaucoup de travail. Le rêve au-dessus de 2200m, la même régularité en station où les toits sont restés décorés d’une trentaine de cm l’essentiel de la saison. J’ai regroupé les feuilles de calcul de tous mois de cet hiver regroupées en un fichier, pour tout résumer en un unique graphique. Ce n’est ci-dessous qu’une image illisible, mais en cliquant dessus vous arrivez sur la version interactive qui permet de retrouver toutes les données sans se perdre dans la barbarie des forêts de nombres. Je prendrai le temps de proposer un fichier similaires pour toutes les saisons observées. J’ai élaboré la méthode et le graphique, ce doit être très personnel j’y vois tout l’hiver météorologique et nivologique d’un coup d’oeil. La montée rapide, puis la belle régularité des lignes bleues qui figurent la couche de neige à Sorebois 2500m et Zinal 1700m, saute à tous les yeux. Le mètre dépassé à 2500m garantit du bon ski à Sorebois, pour le village il faudrait 50cm en moyenne, pas 30cm mais on peut être contents, les stations plus basses ou ensoleillées ont moins profité de cette sensation d’hiver.
Donc un hiver précoce, la photo initiale est blanche comme rarement, la photosphère du 8 novembre montre un domaine skiable déjà bien enneigé et un vallon de Zinal blanc. Les températures permirent un enneigement artificiel optimal; de nos jours les stations produisent une base artificielle quelle que soit l’enneigement naturel. Une bonne sécurité devant les soubresauts du climat, 80cm de neige artificielle garantissent des pistes jusqu’à fin avril. La période fut rude pour les travailleurs des monts, l’afflux dominant du nord-ouest idéal chez nous emmena froid, neige et vents. Hélas comme souvent, ce sont des front chauds contrastant avec les masses froides qui provoquent le plus de précipitations, les pluies ont par trois fois rincé complètement le manteau jusqu’à 2600m, partiellement jusqu’à 2900m. Après le 15 décembre , douceur sous ciel mitigé mais agréable pour les vacances de fin d’année, comme si les instances touristiques avaient décidé de la météo. On en a de la chance !
Quelques particularités des premiers mois illustrées ci-dessous : un manteau détrempé, des instruments de mesures souvent givrés avec des lectures bizarres, une bonne couche dès la mi-décembre, une croix fédérale dans le fond de vallée, et un superbe pilier de glace dans la grotte du glacier qui a fait le buzz sur les réseaux.



Dès décembre nous observions l’évolution d’impressionnantes gueules de baleines côté Moiry, phénomène habituel quand le terrain ne gèle pas. Sur le domaine skiable de Zinal, les rares pentes qui présentent ce risque avaient cédé aux premiers minage avant que l’humidité rende le manteau cohérent et glissant. A Grimentz et surtout dans les stations en rive droite du Rhône, les collègues ont dû gérer et c’est pas facile. La chance bien plus que la prudence ou le sachoir (je connais la montagne moi Monsieur) a protégé notre aimable clientèle hors des pistes cette année encore.
La désinvolture, le droit qu’à chacun de disposer de sa propre vie, l’espace de liberté que constitue la montagne sont professés jusqu’à l’accident. Passé l’effroi on cherche une responsabilité; quelqu’un a-t-il disposé de la vie d’un autre, par action ou par omission ? Des phénomènes météo brusques, de grandes variations rapides, exigent de grosses facultés d’adaptation pour les professionnels de la neige. Il y a en cerise notre aimable clientèle insouciante, en vacances, parfois querelleuse, qui transforme parfois les patrouilleurs en CRS et je promets que ce n’est pas le métier qu’ils ont choisi. Face à l’aléatoire nous travaillons selon des règles, des procédures, une organisation claire chapeautée par une autorité attentive. Ce qu’on appelle les règles de l’art, derrière lesquelles s’abriter quand un avocat défend son client, exercice capable d’éroder les vérités la plus évidentes.
Dès février je n’ai plus arpenté Sorebois professionnellement, j’ai profité du ski et des services de la station. Ma description de l’hiver s’en ressent, les mesures sont exactes jusqu’à la fin mais niveau sensations j’étais clairement moins sur le terrain. Je n’essaierai même pas de continuer sans travailler sur place au quotidien, c’est le dernier hiver décrit dans ce blog.



J’ai effectué le minage de printemps le plus précoce de ma carrière le 26 janvier, nous avons ensuite vécu le février le plus chaud depuis le début des mesures; des vacances de Pâques à Carnaval. « Le plus doux », refrain d’une chanson crescendo que beaucoup feignent d’ignorer, par peur ou lassitude, ça devient effectivement casse-pieds. Puis dès les premiers jours de mars le vent du sud, du foehn, de nombreuses incursions de sables du Sahara, un ciel jamais propre mais agréable avec assez de précipitations pour maintenir une grosse quantité de neige au-dessus de 2500m. Elle devait descendre tôt ou tard, le plus gros se fit la première quinzaine d’avril ou de nouveaux records de mercure ont été inscrits dans tout le pays jusqu’au 15, l’hiver est alors revenu après la fermeture des stations, refixant la neige en montagne.
633cm de cumul dont 300cm avant les vacances de Noël, la meilleure des bases pour une saison touristique réussie. Il fallait généralement skier haut, à plus de 2500m c’est resté bon toute la saison. Un guide me disait que les bonnes conditions après un apport duraient une 1/2 journée, les températures comme les traces des skieurs en augmentation constante réduisant chaque année la lucarne; je confirme, il faut être libre et réactif pour tracer de la bonne poudre. Il reste en fin de saison beaucoup d’une neige extrêmement tassée et dense en montagne, début mai s’annonce maussade. La nature en vallée conserve deux bonnes semaines d’avance. Si la situation devient toujours plus bizarre niveau météo et neige, les stations de la région ont à nouveau battu des records, la clientèle avait tout lieu d’être satisfaite. L’album public Hiver 2024 a pâti de mon absence quotidienne sur les pistes, une description de l’hiver 2023-2024 sur le blog MétéoSuisse parle de douceur, leur hiver météorologique s’achève en mars, le mien fin avril. Les article des l’hiver 2023/24 sur l’AvaBlog du SLF, en français s’il vous plait, valent les excellentes publication de MétéoSuisse, dont le rapport climatologique hiver 2023/2024. Nos institutions font du bon travail, sur le terrain et sur le web, la plupart des données sont à disposition du public.
Pour la photo traditionnellement mise en exergue cette saison j’hésitais entre un étrange corbillard qui parcourait les Plats le la Lée le 11 mars et l’authentique château de la Reine des Neiges fabriqué pour ma nièce. Et la nivologie me demanderez-vous ? Je la laisse aux plus poètes que moi; dans le doute je poste les deux images.



























































