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La rouille du rhododendron

11.08.2015  Beaucoup pensent en voyant brunir certaines pessières que les arbres sèchent, déduction facile en cet été de canicule. Les forêts de l’étage montagnard résistent facilement à deux mois sans précipitation, et on mesure 61,7 litres/m2 de pluie à Grimentz pour les dix premiers jours d’août. Les prés fauchés et les alpages verdissent à nouveau, le problème est ailleurs. Je comprends le regard dubitatif du client auquel j’expliquais hier que c’est un champignon qui provoque le jaunissement des jeunes pousses d’épicéa dans de vastes zones cet été. Le printemps doux et humide et les températures exceptionnelles de juin et juillet ont probablement favorisé la prolifération de la rouille du rhododendron. Ce champignon parasite, très présent dans les pessières plus tempérées des Grisons et du Tessin, s’observe chaque année sur quelques individus dans nos forêts.

Gros plan sur des pousses d'épicéas affectées par le champignon Chrysomyxa rhododendri, montrant des symptômes de rouille.
Seules les pousses annuelles des épicéas sont touchées.
Chrysomyxa rhododendri est une rouille à hôte alternant, le champignon subsiste en hiver sur les feuilles de rhododendron puis s’installe en début d’été sur la pousse annuelle des épicéas. Comme le parasite épargne les bourgeons, l’arbre poursuit sa croissance normalement l’année suivante. Cette maladie inquiète peu les forestiers.
Gros plan sur des aiguilles d'épicéa présentant des symptômes de rouille, avec des écidies orange et jaune visibles.
Les fructifications sont appelées écies ou écidies, elles produisent des spores.
Le champignon se développe d’abord dans l’aiguille, puis des fructifications appelées écidies apparaissent fin juillet. Lors de fortes attaques, on peut en compter un vingtaine par aiguille, un nuage d’écidiospores entoure parfois les branches que l’on secoue. Les spores retournent ensuite infecter le rhododendron.

Peu de références en français sur internet, la meilleure est publiée par notre WSL national sous la forme d’une brochure en pdf : Les rouilles de l’épicéa. Une page du site www.lenaturaliste.net propose de remarquables images au microscope.

Le méria du mélèze

Deux mélèzes bruns partiellement dépouillés en plein jour, avec un ciel bleu en arrière-plan.
03.09.2010 – Mission – 46°11’49.97N 7°35’29.28E

Dès la mi-juillet, nos mélèze semblaient se croire en septembre et brunissaient, puis perdaient leurs aiguilles. On observait ce phénomène dans toute la vallée, il était plus marqué dans le centre entre 1000 et 2000m. On pensait au manque d’eau en ce juillet beau et sec, mais le printemps avait été bien arrosé, et les arbres proches des points d’eau brunissaient aussi.

Renseignements pris auprès du service forestier, c’est le champignon du méria du mélèze qui provoque prématurément ces couleurs automnales. Cette maladie affecte les aiguilles qui se colorent en jaune-brun et tombent. La partie inférieure de l’arbre est atteinte en premier, puis l’infection se propage jusqu’à la cime. Méria laricis formede minuscules amas de spores décelables au microscope, il subsiste en hiver sur les aiguilles tombées au sol et peut infester l’arbre à nouveau. Il ne s’attaque qu’au feuillage caduc du conifère mais peut tuer de jeunes sujets, et favoriser l’apparition de champignons secondaires plus dangereux sur les individus affaiblis. C’est principalement un printemps et un début d’été humide, comme cette année 2010, qui favorise l’apparition de ce champignon.

Le sorbier des oiseleurs

Un sorbier aux fruits rouges en automne, entouré de conifères et de feuillus, avec des montagnes en arrière-plan.
24.10.2009 – Zinal – 46°080377N 7°373968E

Le nom du sorbier est dérivé du latin sorbere (boire). Les propriétés astringentes des sorbes provoquent une rapide sensation de soif. Très commun et pionnier, seuls les terrains gorgés d’eau et les conditions au-delà de 2000m limitent sa présence. Les fruits appréciés des oiseaux restent sur l’arbre jusqu’au coeur de l’hiver, ils servaient d’appâts aux oiseleurs qui tendaient aussi des filets dans les branches. Le jeune arbre devient mature après une quinzaine d’années et peut espérer vivre plus d’un siècle. Sans être vraiment toxiques, toutes ses parties sont impropres à la consommation. Les sorbes cuites peuvent devenir alcools ou confitures.


Le bois, particulièrement dur, servait à fabriquer des manches d’outils, des axes de roues ou des vis de pressoirs. On le plante comme arbre ornemental car il est beau durant les quatre saison; Il fleurit abondamment au printemps, présente un feuillage fourni en été qui se colore en automne (photo), ses fruits le décorent en hiver. En 2009, les branches ploient sous une quantité inhabituelle de sorbes.

Sorbus aucuparia F3R2L3T3K3 article wikipédia

Le colchique d’automne

Fleur de colchique à pétales violets, vue en gros plan sur un fond de herbes sèches.

22.09.2009 – Les Moyes – 46.189375° N 7.609507° E

Le colchique doit son nom au pays de la mythique sorcière Médée, sur la côte orientale de la mer Noire, en actuelle Georgie. Plante vénéneuse par la colchicine qu’elle contient, on l’appelle aussi tue-chien. Mortelle pour l’adulte dès 40mg, la colchicine est utilisée en médecine, en particulier pour soigner la goutte. Trop difficile à doser, elle est absente de la pharmacopée traditionnelle. Plante à bulbe, elle fleurit dès la fin août où elle annonce, comme dit la chanson, la fin de l’été. La fleur ressemble à un grand crocus. On peut rencontrer dès juillet sa cousine dite des Alpes à la corolle plus petite.

Colchicum autumnale F3 R3 L3 T3 K2 article wikipédia

Le chardon laineux

Fleur de chardon laineux (Cirsium eriophorum) avec des brins violets, au premier plan, et un arrière-plan de champ vert.
14.08.2009 – Ponchette – 46.274530 N 7.583764 E

Le chardon laineux, ou cirse laineux, se rencontre sur les terrains secs et calcaires jusqu’à 2500m. Magnifique plante d’ornement, elle défie la voracité du bétail par ses feuilles découpées en lobes terminés par une épine acérée. La plante a un fort pouvoir de reproduction, on la fauche avant la floraison pour éviter qu’elle n’envahisse les pâturages. Bisannuelle, elle fleurit de juillet à septembre et se reconnaît facilement par l’abondante pilosité blanche et filamenteuse qui entoure son capitule.

Cirsium eriophorum F2 R4 L4 T2 K3 article wikipédia

Plante de chardon laineux avec des fleurs violettes, sur un fond herbeux.

La paradisie faux lys

Fleurs blanches de Paradisia liliastrum (lis des Alpes) sur un fond d'herbe verte.
10.08.2009 – Ar Pitetta Zinal – 46.100941N 7.640905E

Aussi appelée lis des Alpes ou lis de saint Bruno, la paradisie se distingue des vrais lis par ses racines fibreuses, sans bulbe. Haute de 20 à 30 cm, elle habite les prairies de moyenne montagne et fleurit entre juin et août. On la dit abondante dans certaines régions, mais profitez de son odeur suave sans la couper en Anniviers où elle n’est pas commune.

Paradisia liliastrum F3 R3 L4 T2 K3 lien wikipédia

La campanule du Mont Cenis

Fleurs de campanule cenisia avec des clochettes ouvertes, poussant sur des rochers, caractérisées par une corolle profondément divisée et une hauteur ne dépassant pas 5 cm.
07.08.2009 – Arête des Diablons – 46.157332N 7.651334E

On ne rencontre que rarement cette campanule dans les rocailles calcaires au-dessus de 2000m entre juillet et septembre. Elle est la seule de sa famille à présenter des clochettes ouvertes à la corolle profondemment divisée. Rampante, elle ne dépasse pas les 5 cm de hauteur. Les botanistes ont dédié six plantes au site du Mont Cenis, situé en Savoie près de la frontière italienne entre Courchevelle et Turin. Ces espèces portent l’appellation « Cenisia ».

Campanula cenisia F3 R4 L5 T1 K3 lien wikipédia

Les valeurs écologiques

Cinq des neuf valeurs écologiques proposées par E. Landolt sont indiquées pour chacune des plantes décrites sur le site.

F : humidité
1. très sec
2. sec
3. grande amplitude, évite les lieux arides ou trop mouillés
4. humide à très humide
5. mouillé à détrempé

R : réaction du sol (acidité)
1. sols très acides
2. sols acides
3. sols peu acides ou neutres
4. sols alcalins
5. sols calcaires, souvent secs et chauds

L : lumière
1. lieux très ombragés
2. lieux ombragés
3. rarement en pleine lumière
4. plante de plein jour supportant un peu d’ombre
5. plante de pleine lumière ne supportant pas l’ombre

T : température
1. lieux froids ou zone alpine
2. lieux froids, lieux alpins ensoleillés ou zone subalpine
3. large répartition
4. surtout étage collinéen
5. lieux chauds

K : continentalité
1. air humide, faible amplitude thermique
2. ni gel, ni sécheresse prolongée
3. conditions moyennes, peu de variations
4. air sec, peu de neige en hiver
5. zone continentale, très exposée au vent, au gel et au soleil

Illustration d'une Terre verte avec des flèches circulaires et des feuilles, symbolisant la durabilité et le recyclage.

La joubarbe des montagnes

Une joubarbe des montagnes (Sempervivum montanum) poussant près d'une roche, avec des fleurs roses et des rosettes de feuilles vertes.
03.07.2009 – Ayer Barneusa – 46.093484N 7.375736E

Le nom joubarbe vient du latin Jovis barba, barbe de Jupiter, on attribue à la plante la capacité de détourner la foudre. Commune dans les massifs siliceux, la joubarbe des montagne forme de nombreux rejets à partir de stolons. Des poils glanduleux et collants la différencient de la joubarbe des toits, ciliée uniquement sur les bords des feuilles. On l’utilise en usage externe pour traiter les petites dermatoses, hémorroïdes, gerçures et brûlures légères. On peut l’appliquer sur les aphtes et autres inflammations de la bouche.

Sempervivum montanum F2 R2 L5 T2 K3 article wikipédia

Le bugle pyramidal

Une plante de bugle pyramidal (Ajuga pyramidalis) avec des feuilles et des fleurs violacées, poussant dans une pelouse alpine verte.
Bugle pyramidal

19.06.2009 – Zinal Plats de la Lé – 46.109817N 7.631767E

Commun dans les pelouses alpines et subalpines de préférence sur sols acides, le bugle fascine par sa forme et ses couleurs violacées. Toute la plante est connue pour ses propriétés vulnéraires mais la pharmacopée traditionnelle lui préfère des espèces plus puissantes. Le bugle, qui atteint rarement les 20cm, fleurit au début de l’été.

Ajuga pyramidalis F3 R1 L4 T2 K3 article wikipédia

La pensée à deux fleurs

Un groupe de pensées à deux fleurs (Viola biflora) avec des feuilles vertes en forme de cœur et des fleurs jaunes, photographié dans un environnement naturel.

10.06.2009 – Ar Pitetta Zinal – 46.102215°N 7.641059°E

La pensée à deux fleurs est très répandue à l’étage subalpin, elle affectionne tout particulièrement les rochers humides surplombants ainsi que les dessous sombres. Les feuilles ont une forme de cœur arrondi; les fleurs jaunes sont groupées par deux, l’une s’ouvrant avant l’autre.

Viola biflora F4 R3 L2 T2 K2 article wikipédia

L’anémone soufrée

Fleur jaune de l'anémone soufrée émergeant d'un tapis de myrtilles, photographiée dans les Alpes.
10.06.2009 – Ar Pitetta Zinal – 46.061867°N 7.382952°E 2160m.

L’anémone soufrée pousse entre 1500 et 2800 m dans tout l’arc alpin sur sols siliceux. Sur l’image, elle émerge d’un tapis de myrtille aussi en fleurs. Notez que sa soeur, la blanche anémone des Alpes, ne pousse elle que sur sols calcaires. La fleur se transforme en pompon soyeux qui ressemblent à des cheveux. Elle est toxique.

Pulsatilla alpina sulphurea F3 R2 L3 T2 K3 article wikipédia

Le rhododendron ferrugineux

Un paysage montagnard avec un rocher surplombant des rhododendrons ferrugineux en fleur sous un ciel bleu clair.
04.06.2009 – Les Clautis/Zinal – 615141/108524 1760m.

Les premiers rhododendrons ferrugineux en fleur observés à Zinal cet été. On le nomme ainsi car la face inférieur de ses feuilles est brun rouille. Aussi appelé « rose des Alpes », le rhodo colonise essentiellement les sols acides et décalcifiés entre 1500m et 2500m. Moyennement toxique, on le cueille uniquement comme plante d’ornement. Les spécimens à fleurs blanches sont très rares et strictement protégés.

Rhododendron ferrugineum F3 R2 L3 T2 K2 article wikipédia