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Eté 2025 – L’été des faucons

Le mètre de neige tombé mi-avril sur un terrain déjà tiède avait disparu début mai jusqu’à la limite des forêts. Les cours d’eau étaient bien gonflés mais sans plus, c’est le terrain qui absorba l’essentiel des plus fortes précipitations en 24h de l’histoire. Les sources coulaient comme jamais, le climat général m’a semblé normal pour un mois de mai ce que confirment les données, légèrement trop chaud, légèrement plus de précipitations. La nature en vallée exultait, la végétation craint la sécheresse mais s’accommode bien d’un excès d’eau. Début juin les paysans estimaient à une dizaine de jours la précocité des cultures dans tout le pays. Pas de gros regel en plaine, on pouvait espérer une excellent production de tout ce qui pousse ce que l’automne a confirmé.

En montagne la neige fondait à son rythme, sans excès saturant les rivières malgré quelques alertes, les paysans ont inalpé aux dates habituelles après quelques hésitations. Nous étions à l’équilibre, même si les quantités de neige encore présentes en haute montagne menaçaient tel une l’épée de Damoclès. Un gros redoux, trop de pluie, un orage auraient très vite saturé le terrain et les cours d’eau. Rien n’est venu, la catastrophe qui nous préoccupa datait d’avril; une quantité invraisemblable d’arbres tombés encombrait la forêt, les chemins pédestres quasi tous impraticables, et la crainte d’un désastre phytosanitaire si des parasites proliféraient dans ce bois tombé.

Les bûcherons ont travaillé comme jamais pour amoindrir le problème, dégageant routes, forêts et cours d’eau en priorité, puis sortant le bois tombé dans les forêts protectrices. La problème reste en suspens, le scolyte a des ailes et peut fort bien proliférer dans les forêts négligées pour essaimer ensuite partout. La partie n’est de loin pas jouée. Les arbres morts sur pied suite aux sécheresses de ces derniers étés, 2022 en particulier, sont tombés on ne les voit plus; c’est rassurant.

Juin s’est montré beau, très sec, le deuxième plus chaud de la référence 1991-2020 avec un excédent de 3.8° en moyenne suisse. Avec un terrain encore gorgé, la nature a explosé permettant une magnifique fenaison et un herbage abondant pour le bétail. Malgré des précipitations sous la moyenne en juillet encore, nous avons gardé une sensation de normalité jusqu’à mi-août. Le canton a finalement décrété une interdiction de faire du feu du 19 août au 17 septembre. C’est le coeur du mois d’août qui fut le plus chaud, la météo de Sierre-Zinal fut similaire à 2024, très beau, très chaud, très sec. Le graphique des températures de la Corne de Sorebois 2900m donne une bonne vision des mercures de l’été, le record est mesuré le 13 août à 15h30 avec 16.6°, le pique du 26 juin à 15.9° celui du 19 septembre à 15.7°.

Graphique montrant les variations de température entre mai et octobre, avec des pics atteignant jusqu'à 20°C et des creux en dessous de zéro.

Températures, précipitations et ensoleillement font une soupe nommée climat, notre ressenti personnel comme collectif ajoute d’autres facteurs. J’aime la précision des chiffres, ils ne mentent que si on les trafique, ils se taisent si on les censure comme l’a bien compris le monstre orange de Washington. Ci-dessous les précipitations du semestre 2025 à Mottec, en gris les extrêmes depuis 1973, la barre noire montre la norme 1991-2020.

414mm pour le semestre 2025, moyenne depuis 1973 de 467mm, ce sont les trois mois d’été qui ont été déficitaire, avec une interdiction de feux.

La station météo de Mottec donne une mesure des précipitations depuis 1973, mon année de naissance. Demandez d’ajouter aux données une ligne de tendance pour hotter tout doute, les précipitations diminuent. Faites de même avec les températures et, n’en déplaise aux blablas des tocsons, elle monte spectaculairement. Je vais beaucoup m’amuser avec ces outils début 2026, après publications des derniers chiffres de l’année.

Graphique des précipitations pour le vallon de Zinal, affichant les données des semestres d'été de 1973 à 2025, avec des barres représentant les mois de mai à octobre et une ligne tendance indiquant la variation totale.
Cliquez sur l’image pour accéder au graphique interactif.

Pour revenir au déroulé de l’été je déplore la météo des Trails du Besso le 30 août, neige à 2800m, ciel long à se dégager. L’automne se passa normalement, agréablement, J’ai profité du pic de chaleur du 19 pour passer une très agréable soirée à Nava 2400m, des températures rares en cette période. Désalpe le 20 septembre avec une production fromagère record, puis bonnes vendanges le 27, de belles quantités et un chasselas à 76° dans le secteur de la Croix près de Corin.

Cet été j’ai observé des faucons crécerelles partout. Facilement reconnaissables par leur fameux vol du « Saint-Esprit » j’en ai vu à toutes les altitudes, même au-dessus des vignes pendant les vendanges. Peut-être une conséquence de l’abondance de rongeurs signalée l’été 2024 ? Je n’ai tiré aucune bonne photo de ces rencontres, comme l’IA entre progressivement dans ma vie numérique j’ai demandé à Gemini d’incruster un crécerelle dans le paysage du petit lac de Bella-Lé à Nava, avec une souris de PC comme proie. J’ai aussi utilisé PhotoShop pour effacer les traces de satellites, des plaies désormais permanentes, sur la photo de la Voie Lactée sur la Corne de Sorebois le 18 septembre. C’est du faux, ou du semi-vrai, mais ça illustre bien l’époque.

Un bel automne pour clore un été sans catastrophe ce qui devient rare. Le terrain est resté chaud jusque fin octobre, deux apports ont blanchi la vallée le 24 et le 28, cela sera développé dans la situation initiale de l’hiver prochain. Pour l’heure l’album publique été 2025 est en ligne, et je remercie MétéoSuisse de publier un deuxième bulletin climatologique mensuel pour l’été 2025, je vous propose au bout de ce lien le résumé IA de ce pavé, il faut vivre avec son époque. Je reste dubitatif et méfiant, mais je compter bien m’amuser avec les nouveaux jouets à notre disposition.

Eté 2024 – L’été des rongeurs

L’article Janvier 2024 s’étonnait des nombreuses souris rencontrées sur les pistes, ça arrive parfois près des bâtiments, je me souviens même d’en avoir vu tomber d’un parapente au décollage, mais si souvent au milieu des pistes? J’en avais déduit qu’elle profitaient d’un terrain pas gelé et protégé d’une épaisse couche de neige. Cet été, c’est la prolifération des écureuils qui a d’abord étonné, les souris sont devenues envahissantes dès septembre. J’ai l’habitude de piéger celles qui s’installent autour du mayen en automne, j’avoue cinq souricides par jour les trois premières semaines d’octobre, du jamais vu. Corrélation certaine, mes caméras n’ont plus capté d’hermine ni de fouine, et les rapaces furent rares en vallée cet été, je les imaginais chasser plus haut profitant de la douceur. Toute cette humidité a également favorisé les champignons de toutes sortes, nous avons cueilli des morilles début mars, les chanterelles sont restées abondantes jusqu’en octobre, comme les pieds-bleus, éperviers et autres cadeaux des bois. Seuls les bolets qu’on appelle cèpes furent relativement discrets.

Mon été d’observation commence le 1er mai, il restait énormément de neige en montagne. Certaines pentes se déclenchent tous les ans en neige de printemps, comme la spectaculaire avalanche de la Lée dont je possède plusieurs films. J’étais au village cette année quand les immenses pentes entre l’alpage de la Lée et le sommet des Gardes se purgèrent, le 8 mai à 12h45.

Mai est resté maussade avec plus de 80mm de pluies pour une norme à 50mm, mesurés à la station MétéoSuisse de Mottec, ma référence en vallée. Il restait 1 mètre de neige à 2500m, 2 mètres au-dessus de 2900m, cette couche épaisse persista jusqu’aux chaleurs de la deuxième moitié de juin. L’inalpe fut reportée au 22, encore une journée pluvieuse avec de la grêle sur Nava à 15h. La débacle de la Navizence la veille vola la vedette aux vaches, elle s’avéra autant ravageuse que celle de 2018. Deux crues centennales en six ans, on en a de la chance avec le temps, pour citer le slogan actuel d’Anniviers Tourisme.

Ce n’était pas la première catastrophe à toucher Anniviers cette année, les festivités commencèrent en mars avec un éboulement qui coupa la route principale de la vallée pour plusieurs semaines. Le 30 mars, c’est l’accès par Vercorin qui subit un éboulement; nous avons brièvement été coupés du monde selon l’expression. Le pire événement pour le vallon de Zinal et les berges de la Navizence fut celui du 21 juin. Outre les dégâts sur les berges, le pont de Singlinaz est resté impraticable tout l’été, le passage entre St-Jean et Mission n’a été rétabli que début novembre, la route Vissoie-Mayoux est restée fermée jusqu’au 12 juillet. Dame Nature remit ça le samedi 29 juin, Chippis et des quartiers de Sierre se réveillèrent les pieds dans l’eau au matin du 30. Le 12 août, pendant la période la plus chaude de l’été, un orage centralisé sur Sorebois provoqua de nombreux éboulements et laves torrentielles dans le vallon de Zinal, village martyr du changement climatique. Les terrains saturés d’eau par la fonte des neiges hivernales posées sur un substrat déjà saturé des précipitations de novembre 2023, provoquèrent des dégâts jamais vus, avec la perte de nombreux terrains agricoles. La station de Mottec enregistre les précipitations depuis 1973, j’ai résumé les données des derniers étés dans le graphique interactif ci-dessous. Retrouvez au bout de ce lien la feuille des données Précipitations vallon de Zinal étés 2013-2024.

Mais les évènements de l’été prennent racine en octobre 2023 déjà. Voire à l’invention du moteur à vapeur… Encore une fois, les stations MétéoSuisse de Mottec et celle du SLF à la Corne de Sorebois sont les références locales. Je me fie aussi à ma Netatmo privée au mayen des Clautis. Les graphiques ci-dessous ne sont que des images, cliquez pour arriver à la station MétéoSuisse et consulter les données publiques.

Précipitations vallon de Zinal été 2024
Ensoleillement vallon de Zinal été 2024

Suite au printemps poussif, la végétation s’est rattrapée dès les chaleurs de juin, les paysans sont contents de la fenaison 2024. La mauvaise publicité des problèmes de la route et l’été tardif n’ont pas favorisé la saison touristique, la neige en haute montagne et les dégâts énormes aux chemins pédestres non plus, même si nous étions heureux de marcher sur les névés d’antan. Les glaciologues médiatisés se réjouissaient de la protection que cette grosse couche offrirait aux glaciers; très mélangée aux sables du Sahara, la neige sale n’a pas résisté longtemps au soleil estival. Au bilan, la perte de masse des glaciers est quasi identique aux années précédentes. La météo s’est montrée dynamique et surprenante, avec un beau crachin de neige en vallée le 14 septembre déjà. Le record de chaleur fut mesuré le jour de Sierre-Zinal, soit le 10 août à 16h avec 15.9° à la Corne et 26.3 à Mottec. Le 13 septembre détient le record de froid des six mois avec -10.3° à la Corne et 0.1 à Mottec, octobre n’a pas fait mieux. Pour le vent, retenons la rafale à 92.9 km/h sud-est 159° le 29 juin, du foehn la veille des inondations de Chippis. Les vendanges furent tardives, le 3 octobre pour les parchets familiaux de fendant; qualité excellente loin des quantités espérées, malgré les nombreux soins exigés par l’humidité de la saison. L’album public été 2024 est ajouté sur la page des archives photos. Ci-dessous un exercice de style que je ne peux faire qu’avec les outils du blog; j’ai visité deux mélèze issus d’une même souche qui semblent se fuir, à St-Luc les 26 mai puis le 6 novembre. J’aime toutes les saisons en Anniviers, je retournerai voir ces compères sous leur blanc manteau.

Les frères ennemis sur le chemin de la Barma à St-Luc

Un peu de philosophie devant les misères du temps. La fameuse troisième correction du Rhône occupe politiciens, ingénieurs et médias depuis plus de vingt ans. Approuvé par la confédération, le canton et le Peuple, le projet final réjouissait l’ancien rafteur que je suis, avec des méandres, de la place pour la nature, les promeneurs en quête de fraîcheur, et évidemment l’eau des crues. Et voilà qu’au printemps, un conseiller d’Etat annonçaient aux médias une révision du projet soi-disant surdimensionné, armés de l’avis d’un ami expert pour sauver les terres d’amis agriculteurs. Guerre en Palestine, pollution, dérèglement climatique et correction du Rhône sont la litanie des Valaisans de mon âge. On en rigole tant que ça ferraille ailleurs et que son bel et paisible appartement en Suisse n’est pas inondé ou sa route coupée.

Seule la démocratie permet un semblant de justice dans les relations humaines, celle dite « directe » de notre pays est la plus élaborée. Elle coûte, experts et politiciens grassement rétribués argumentent puis la majorité décide. Les états à l’ONU devraient fonctionner selon un même principe contraignant, pour que le système fonctionne les résultats font loi. Hélas, certains partis considèrent une défaite dans les urnes comme un obstacle à contourner par tous les moyens. On se croit alors plus malins mais c’est notre constitution qu’on piétine, la base du vivre ensemble. La troisième correction du Rhône, les moult exceptions à la loi Weber, les tentatives de relance du nucléaire sont des insultes à notre démocratie. Et au compromis social déjà malmené par les inégalités d’un capitalisme qui achève doucement sa révolution, un tour complet qui nous ramène au temps des seigneurs héréditaires et des masses serviles. Qu’importent les arguments du jour, on a voté point.

2024 marque la fin des rêves de paix d’une génération qui a vu tomber le mur de Berlin et les toits se garnir de panneaux solaires. Au revoir la paix, salut la peur. Sil y a des vainqueurs quand les hommes se battent entre eux, les morts des deux camps n’en font jamais partie. Contre la nature il y aura, au mieux, des survivants. Je rédige ce résumé le 20 novembre, un bout de falaise s’est effondré hier sur la route cantonale à hauteur du tunnel des Pontis. Notre vallée, notre Valais, sont en première ligne face aux changements climatiques, qui transforment nos monts sous le soleil de menaces récurrentes à permanentes. Acceptons de reculer, nos pelles mécaniques ne gagneront que quelques batailles.

Eté 2023 – L’été des épicéas

Après le très sec été 2022 et le triste état des forêts avant le repos hivernal, je m’inquiétais pour l’arrosage. Les arbres secs allaient-ils reprendre vie, les pâturages reverdir, les nappes se reconstituer ? Le printemps tardif a certainement sauvé nos campagnes d’une nouvelle sécheresse catastrophique; la première moitié de mai est restée maussade, neigeuse en haute montagne, il restait 80cm à Sorebois où nous avons skié jusqu’au 14. Le soleil s’est ensuite imposé doucement, nous avions encore à l’inalpe une sensation printanière avec de nombreux névés et une floraison tardive. Juillet gratifia de beaux orages, mais nous restions sous les moyennes. L’interdiction de faire du feu, désormais une tradition, est tombée le 19 juillet jusqu’au 8 août, pour être reconduite du 22 au 29 août. En comparaison avec les dix dernières années :

Avec 415mm nous sommes sous la norme 91-20 établie à 476mm pour la station de Mottec, et sous la moyenne des dix derniers étés à 433mm. Mais l’impression générale fut agréable, les arbres du vallon de Zinal n’ont pas semblé souffrir, le fond de vallée est resté verdoyant. Plus bas dans la région des Pontis et de Niouc jusqu’à Sierre, de nombreux pins meurent et sèchent, cette année encore les feuillus avaient triste aspect dès août, les chênes en particulier dont le bord des feuilles séchait, donnant un aspect automnal précoce. Dans les fonds de vallée et au-dessus de 1500m des précipitations bien réparties ont sauvé la végétation, les sources ont faibli mi-août mais sans tarir comme en 2022.

Outre quelques orages remarquables en juillet, dont le plus puissant illumina la nuit du 11 au 12, c’est un épisode remarquable fin août qui évita une sécheresse estivale tardive. Il est tombé 90mm en quatre jours, dont 36mm le 27 et 34mm le 28. Il neigea jusqu’à Zinal en fin de front, on annonçait 50cm au-dessus de 3000m. Ce front remarquable laissa un air frais qui conserva la neige en montagne, les coureurs des trails du Besso ne purent atteindre Tracuit. Corollaire, l’eau s’infiltra doucement et les sources retrouvèrent leur vigueur jusqu’en fin d’automne.

Pour résumer, sec mais pas trop. Par contre de nombreux records de température sont tombés partout en Suisse et dans le monde. Je retiens un isotherme 0° à 5289m le 21 août, le mois de septembre de plus chaud et le deuxième mois d’octobre le plus chaud. Le pape annonce que le monde s’écroule, le secrétaire général de l’ONU parle d’un effondrement climatique, Zermatt étale ses glaciers à la pelleteuse pour faire de jolies glissades. Un ami a arrêté de fumer après qu’on lui aie enlevé un poumon et la mâchoire, nous avons des réactions fortes devant l’inéluctable, souvent trop tard.

J’ai fêté mes 50 ans début septembre, je me souviens bien du glacier de Moiry dans mon enfance, un lieu privilégié pour les piques-niques familiaux. Puis j’emmenais des clients marcher sur la langue dans les années 1990, découvrir les crevasses profondes, il n’en reste aujourd’hui qu’un lac. Difficile de regarder les montagnes sans nostaltristesse. A ceux qui croient toujours qu’on peut brûler en deux siècles les forêts du carbonifère sans conséquences je dis merde, vos enfants jugeront.

La fenaison fut excellente et les vendanges d’excellente qualité, nous avons récolté le chasselas le 30 octobre sans atteindre notre quota. J’ai encore remarqué de nombreux fruits sur les pins d’arolles, écureuils et casse-noix sont à la fête. Mélèzes et épicéas étaient rouges de fleurs ce printemps, ces derniers sont impressionnants cet automne. Les branches ploient sous le poids des pives fraîches, on les croirait chargés de décorations de Noël. De nombreux arbres sèchent dans les forêts, également dans les jardins et autour des habitations. La fertilité des épicéas rassure, à moins qu’il ne s’agisse d’un chant du cygne. Les sorbiers sont vides, les oiseaux se sont acharnés sur les sureaux qui avaient pourtant bien donné.

Epicéas à Zinal fin octobre

Quelques liens utiles pour conclure un été agréable à vivre mais terrifiant. Le bulletin climatologique été 2023 de MétéoSuisse, et plus généralement la page des publications de MétéoSuisse. Notre institut météorologique national est une référence incontournable. Et mon album public été 2023 qui s’ajoute à la page dédiée du site. Pour conclure et justifier ma terreur je transmets une réflexion trouvée sur la toile, une théorie conspirationniste comme on dit de nos jours :

Nous sommes trop nombreux, épuisons l’écosystème et polluons l’atmosphère en consommant à outrance les énergies fossiles. Pour maintenir notre train de vie nous pouvons améliorer l’efficience des machines, restreindre notre consommation, ou laisser les lois du marché enlever progressivement aux indigents la possibilité de polluer. Ce qui permettra aux vrais parasites de notre planète et de nos sociétés de continuer la fête. Heureusement grâce aux réseaux, on a le droit de mâter.

Eté 2022 – L’été trop, beaucoup trop

Il restait 75cm de neige à 2500m le 1er mai, la fonte battait son plein, les zones exposées étaient déjà dénudées jusqu’à 2900. Après un hiver trop chaud, un printemps trop beau s’installa; chaud, agréable et régulièrement arrosé ce qui permit une pousse exceptionnelle et précoce. La fenaison commença mi-juin, l’ardeur du soleil et les températures conjugués à la disparition précoce du manteau neigeux en haute montagne étonnait, mais nous entamions les vacances dans un climat propice. Début juillet tout était déjà trop sec, nous craignions une interdiction de faire du feu jusqu’à la belle rincée du 4, qui ne fit que retarder les restrictions. Des sources alimentées par la fonte des neiges étaient déjà taries.

L’interdiction générale de faire du feu dans tout le canton tomba le 18 juillet, cette décision incontestable resta en vigueur jusqu’à la mi-septembre. Interdire les barbecues et les feux de camp est une grosse restriction à la liberté de ceux qui aiment vivre en extérieur, mais en forêt comme sur les pâturages nous avions l’impression de marcher sur des corn flakes. Les prairies étaient déjà sèches de la Navizence à la Bella Tola en rive droite. Seuls les alentours des sources, des torrents et les prairies irriguées restaient vertes. Les forêts semblaient bien supporter la sécheresse dans les vallées, nous savons qu’elles étaient déjà en stress hydrique et qu’elles réagissent après un temps d’inertie, le problème reste à venir. Pour documenter la sécheresse, quelques photos dont une photosphère en amont de Cuimey le 16 août à découvrir au bout du lien, puis quelques chiffres :

On ne peut pas prendre uniquement la pluviométrie pour chiffrer la sécheresse, les neiges résiduelles en montagne, les températures et l’ensoleillement participent. La station MétéoSuisse de Mottec partage une pluviométrie depuis 1973, des statistiques certainement alimentées par les mesures de la centrale électrique avant la station automatique en 2015. Le graphique interactif ci-dessous résume les étés depuis 2013, ce millésime est le plus sec avec moins de 350mm. La moyenne pour les six mois d’été est de 434mm et la norme 1991-2020 de 476mm. En 2003, sécheresse historique, il a été mesuré 366mm à Mottec. Feuille de calcul en ligne .

Après une excellente fenaison la nature s’est déréglée, les pousses annuelles de certains feuillus ont séché (boulot, tremble), des fruits ont mûri trop vite avant de grandir, le tarissement des sources et des torrents laissait de grandes zones sans eau pour les animaux. Les cultures irriguées ont évidemment bien rendu, la vendange fut belle en quantité comme en qualité. Les sorbiers ont profité du printemps, ils sont gavés de fruits, le oiseaux dont les grands corbeaux nombreux cet été ne cachent pas leur plaisir. Le rut du est décrit dans un article précédent, les chasseurs ont atteint leurs quottas, les rapaces ont passé l’été au-dessus des forêts, ils étaient discrets en vallée. La sécheresse a eu plein de petites conséquences, mais rien de dramatique, nous avons échappé aux incendies qui ravagent durablement des régions. Des chiffres français parlent de 90% des incendies provoqués par l’homme, dont 70% par des actes de négligence ou de malveillance. On comprend la tutelle étatique sur les fumées.

Nouvelle plage du Toûno

Où allons-nous ? Deuxième été le plus chaud selon MétéoSuisse, pas des complotistes, après un hiver hors-normes, le système s’emballe. Une théorie récente accuse l’explosion volcanique aux îles Tonga en janvier d’avoir provoqué un effet de serre à l’échelle mondiale. J’ai compris que John Tyndall, le vainqueur de notre Weisshorn en 1861, était un des premiers à théoriser l’effet de serre et les conséquences des émissions de carbone. Nous savons, depuis longtemps. L’album publique Eté 2022 montre un début de saison au vert éclatant, les images sont brunes quasi automnales dès la fin juillet. Pour illustrer le paradoxe de notre société vis-à-vis de la nature, la remarquable floraison des linaigrettes dans le marais des plats de la Lée le 12 juin. Puis le marais s’est asséché mi-juillet, ce que je n’avais jamais observé. J’ai photographié un hélico posé sur cet espace protégé le 18, je n’ai pas vu où partaient les occupants; boire un café à la Tzouc? C’est pas gagné l’écologie, trop de connards avec de gros moyens.

Beau temps, températures confortables en montagne, c’était un magnifique été en Anniviers les touristes ne s’y sont pas trompés. La pression humaine sur la nature est plus forte quand il fait beau. L’économie cartonne, le tourisme alimente l’artisanat qui prospère. Pas de fausse note dans mes activités, nature et hommes furent généreux, des bons moments et du beau temps, du trop beau temps, du beaucoup trop beau temps.

Eté 2021 – L’été des escargots

Je vis le calendrier celte, la saison sombre débutait en novembre avec les festivités de Samain pour s’achever fin avril, suivaient les six mois clairs. La première moitié de notre saison claire 2021 n’a pas mérité l’appellation, froide et humide elle permit des récoltes de champignons record. « L’été des champignons », le titre que j’avais choisi pour ce résumé saisonnier, était déjà attribué au millésime 2014. Je me suis donc rabattu sur les gastéropodes si nombreux dans mes souvenirs d’enfance, encore bien représentés cet année.

Helix pomatia le 13 juillet aux Moyes 1930m.

Il fallut revoir cet article tellement il ressemblait à celui de 2014. Net progrès, j’ai exploité les données de la station MétéoSuisse de Mottec en ligne depuis 2015 qui propose une pluviométrie depuis 1973, certainement grâce aux chiffres de l’usine hydroélectrique voisine. Je résumé les données dans le tableau interactif ci-dessous, le cumul de 355mm pour mai, juin et juillet est le plus élevé de ces dix dernières années. 2014 suit, les 202mm alors mesurés en juillet ne sont battus que par les 225mm de janvier 2018.

lien vers la feuille de données

Beaucoup de champignons, de souris, de petits rapaces comme le faucon crécerelle, une bonne fenaison pour ceux qui ont profité des créneaux météo, et comme en 2014 aucun fruit sur les sorbiers. Dans les différences, notons que les aroles on produit très peu de cônes, que les guêpes sont restées discrètes, que les effets conjugués du regel printanier et du mildiou ont provoqué la plus maigre vendange de l’histoire. Les vignes familiales n’ont donné que quelques raisins de table, du jamais vu. Il semble que ceux qui ont traité leurs vignes dans les bons créneaux avec des produit chimiques aient sauvé leurs récoltes, ceux qui se sont contentés de l’épandage bio par hélicoptère ont tout perdu. Le kérosène brûlé ne protège pas du mildiou. Nous sortîmes hébétés de la période, qui eut cru qu’il y eut tant d’eau dans les cieux? La seule semaine du camp des enfants aux Moyes du 12 au 15 juillet fut rincée par 78mm de pluie dont 40mm pour le mardi 13. Heureusement, après une période transitoire début août, la saison claire mérita enfin son nom. Phébus régna jusqu’à fin octobre tout en permettant un arrosage régulier très propice aux jardins potagers. Les milieux touristiques démoralisés fin juillet annoncent finalement de bons chiffres, on sent enfin une onde positive baigner la communauté.  

Coucher du soleil « à travers » les Pointes de Nava le 9 août.

La crise du coronavirus continue avec ses fluctuations d’avis et de méthodes, l’humanité bêlante choisit d’essayer à large échelle des vaccins à ARN messager. A chacun son opinion; je constate que le seul ancien de ma grande famille à avoir succombé avait refusé le vaccin, mais ne peux omettre les doutes bien exposés par cet article de notre-planete.info. Vacciner les personnes affaiblies, à risques, et les anciens me semble légitime, mais toute la population avec un produit dont on ne sait rien des effets à long terme? J’aurais préféré affronter le virus et mener ce combat avec mes défenses naturelles, qu’elles luttent et deviennent plus fortes. Le conseil fédéral impose depuis le 13 septembre un pass sanitaire sous forme de QR code pour aller aux spectacles, manger dans un restaurant, et beaucoup d’activités de la vie normale. Tout en le déclarant facultatif, ils imposent le vaccin en rendant la vie impossible aux rebelles. Je me suis fait piquer pour gagner ma vie, seuls les fortunés peuvent échapper en payant des tests ou en vivant reclus. C’est bien plus grave que devoir s’incliner devant un chapeau, si je me transforme en zombie je sais qui bouffer !

Chanterelles d’été ou girolles dans la Zau Zoura, le 25 juillet.

Mes albums archivent les saisons, une photo parle plus que mille mots, l’album public Eté 2021 profite de trois excellents outils de capture. Engagé à pour assurer la sécurité de la course Sierre-Zinal, j’ai passé du temps dans les hauts d’Ayer, beaucoup d’images témoignent de l’avancée saisonnière marquée par un été tardif et un automne rayonnant. Le bulletin climatologique été 2021 de MétéoSuisse montre que l’ensoleillement touche les 100% de la norme à Sion, malgré des précipitations record. Notre beau Valais reste très agréable à vivre. Ce document succinct est une lecture obligée pour tous ceux qui parlent de la pluie et du beau temps. 

Eté 2020 – L’été des annulations

Octobre 2020 – L’été s’est déroulé entre deux vagues de contaminations au coronavirus, la plupart des manifestations, cours et autres rencontres qui jalonnent ma saison furent annulés. Le pays sortit progressivement du semi-confinement le 27 avril, l’école reprit le 11 mai. Ceux qui organisèrent des manifestations avec toutes les mesures exigées le firent le couteau sous la gorge, le risque de voir leur travail sali, jeté à la vindicte de « ceux qui l’avaient bien dit ». Ce sont les héros de mon été, en particulier les jeunes d’Ayer qui maintinrent le camp des Moyes pour les enfants et les organisateurs de Sierre-Zinal, qui trouvèrent des solutions pour ne pas se contenter d’annuler. A l’heure où je résume les six mois estivaux, nous affrontons une deuxième vague qui jette le doute sur l’avenir. Mais revenons au vallon de Zinal…

Le 6 mai, Zinal est libre de neige jusqu’à 2000m.

Le printemps parfait eut vite raison de l’enneigement abondant, un arrosage régulier et le soleil allaient favoriser le monde végétal. On peut considérer que nous avions deux semaines d’avance sur le cycle printanier à la mi-mai. L’abondance de nourriture rendit la faune plus discrète que de coutume, les grands herbivores n’eurent pas à se montrer pour s’alimenter. La présence insistante des promeneurs et autres confinés en quête de nature accentua certainement le phénomène. Il y avait des gens partout, sur les chemins, dans les forêts; les campings cars et des bivouaqueurs occupèrent les places tout l’été, la police et les propriétaires fermèrent les yeux. Les températures de juin furent, selon MétéoSuisse « exactement conformes à la norme 1981-2010 » et les précipitations abondantes, si bien qu’une fenaison supérieure aux moyennes fut engrangée lors de beaux épisodes ensoleillés en fin de mois. 

Le 22 mai déjà, la vallée verdoie jusqu’aux alpages.

Juillet  respecta les normes, sans excès de chaleur ni de précipitations. Les orages sont restés sympathiques, les plus gênants annoncés bien à l’avance n’ont surpris que les randonneurs mal organisés. Rapidement, les neiges résiduelles fondirent en haute montagne, ce qui découvre les pièges mais complique la progression, plus aisée sur les névés que les pierriers.

Pas de canicule ni d’interdiction de faire du feu, la période la plus chaude chevaucha juillet et août avec des records le 31 juillet vers 16h avec 36.7° à Sierre, 26.9° à Zinal et 14.6° à la Corne. Les sources ne faiblirent pas mais on peut constater sur la carte que notre région est une des seules à présenter un bilan hydrique positif. Fin août, une magnifique perturbation gâcha le Trail du Besso maintenu par la bravoure des organisateurs. Dimanche 30 au matin, on mesurait 8cm à Zinal. De beaux fronts froids blanchirent encore le vallon les 3 et 27 octobre, mois plus frais que la norme néanmoins agréable à vivre. Le rapport climatologique été 2020 de MétéoSuisse montre des températures moyennes supérieures aux normes, évidemment…

Je n’ai pas constaté d’autres anomalie côté faune, je suis juste surpris de la discrétion des souris surabondantes l’été passé. Pourquoi n’auraient-elles pas survécu à un hiver aux températures clémentes? Comme d’habitude, on cria à la surpopulation des guêpes dès qu’elles pointèrent leurs ailes, alors que je n’ai détruit aucun nid ni déploré d’accident. Les activités humaines resteront dans les annales outre les promeneurs et campeurs; l’infrastructure du village de Zinal est en mutation. La croix qui surplombe la chapelle depuis 1899 est remplacée, la rue centrale entièrement rénovée, l’hôtel Diablons qui a brûlé au printemps se reconstruit. Le téléphérique qui transforma le mayen en station de ski en 1967 sera remplacé cet hiver par un télécabine. Le pylône 2, notre tour Eiffel locale, a disparu du paysage. 

Nous avons vendangé le 19 septembre sans parvenir au quota de poids, la teneur en sucre juste passable; le printemps fut sec en plaine. Les arolles on fait peu de cônes, les fruitiers ont produit abondamment, le « coup d’hiver » du 30 août ralentit les jardins potagers et précipita la coloration des feuillus et mélèzes.   

La pandémie de covid-19 a mené de nombreux Suisses vers les beautés du pays, la nature fut littéralement envahie. La plupart sont respectueux mais le nombre poussera certainement nos autorités à restreindre l’utilisation du milieu, pour protéger la nature et le travail des paysans. La votation pour la loi sur la chasse montre un clivage radical entre ceux qui vivent dans la nature et ceux qui la fantasment depuis les villes. On parle de régulariser quand on tir des animaux pour diminuer leur pression sur l’écosystème. Je crains que l’homme n’ait rien inventé, la nature régularise… Retrouvez les photos de la saison dans l’album public été 2020. Pour conclure, j’ai volé l’image ci-dessous dans Le Temps, trop parfait…

Eté 2019 – L’été du drone

30.10.2019    Quel gosse de la génération Top Gun et Supercopter n’a pas rêvé d’un jouet volant? On ne confiait pas aux enfants les avions et hélicos télécommandés, chers et délicats à piloter. Je touchais la quarantaine quand les batteries au lithium, les moteurs sans balais et la miniaturisation permirent la fabrication de drones efficaces à des prix raisonnables. La marque Dji propose depuis 2018 un modèle grand public capable de photographier en 20 mégapixels, de filmer en 4K et de tenir plus de 20 minutes en vol, le Mavic Pro 2. J’ai craqué.

Le 24 juillet à 7h30, au-dessus de la mer de brouillard.

Le drone est avant tout une caméra volante, les images sont belles et autant stables que sur trépied. On peut l’envoyer par curiosité pour simplement voir ce qui se passe, comme ce matin bouché de juillet quand je me demandais où se situait le plafond nuageux. Je suis en phase d’apprentissage, l’album public été 2019 est déjà constellé de photos aériennes, je vais essayer de faire quelques montages avec les images maladroitement filmées cet été. Je pense mieux exploiter l’énorme potentiel de cet outil l’hiver prochain. Ci-dessous un premier essai, le rendu a saccadé certains clips, j’étais un rien mystique au montage, certainement la beauté des images. Merci Mylène!

Nous avons vécu un été météorologiques facile malgré un printemps persistant. Mai s’est montré pluvieux avec quinze jours de précipitations et un mercure assez frais. Le peu de neige restant en vallée fondit rapidement mais les alpages mirent du temps à verdir, un redoux permit d’alper normalement à Nava le 15 juin. La suite fut estivale avec deux épisodes caniculaires fin juin et début juillet qui mirent les médias en émoi et achevèrent la fonte des neiges de l’hiver en haute montagne. Des précipitations régulières mais modérées évitèrent les interdictions de feu et maintinrent une nature luxuriante, hélas trop tard pour permettre une fenaison abondante. J’ai par contre observé des bourgeons terminaux de 70cm sur de jeunes mélèzes, de 30cm sur les aroles et les épicéas. Les forêts que je fréquente ont profité du climat, les champignons étaient normalement abondants. La deuxième moitié du semestre fut régulièrement arrosée, l’écosystème du vallon de Zinal semble avoir vécu un été profitable pour toutes les espèces. Au final et d’après le bulletin climatologique été 2019 de MétéoSuisse, nous avons vécu le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Les vendanges furent normales, les vignes familiales touchées par la grêle en août produisirent la quantité et la qualité demandée sans plus, la récolte nécessita un long tri des grappes touchées par un orage très localisé. Le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid ont profité d’une météo clémente. Pas d’orage terrible ni de catastrophe à signaler, espérons que 2018 reste exceptionnelle.

En automne sur le sentier raquettes des Clautis.

Les rongeurs profitent du nouveau climat, les écureuils prolifèrent, j’ai piégé une quantité étonnante de souris et autres musaraignes. Les rapaces suivent la tendance, les grand corbeaux aussi semble-t-il. Je n’ai rien observé de remarquable chez la grande faune, si ce n’est une période de rut du cerf particulièrement bruyante et facile à observer dans les Gardes de Bordon. La contradiction habituelle entre la nécessité de protéger en imposant des réserves et autres zones interdites, et l’échec des chasseurs à réguler le gibier, devient exaspérante. En .pdf le bilan de la chasse haute par les services cantonaux. Je suis bientôt le dernier à ne pas l’avoir aperçu, le loup occasionna de gros dégâts, il semble que les éleveurs de moutons aient décidé d’abandonner notre vallon. Là aussi, le paradoxe entre le dépit paysan et le soutien citadin aux chiens sauvages laisse perplexe. Chaque apparition de la bête provoque l’hystérie, on se réjouit de la voir former des meutes, la « gestion du loup » coûte,  pollue, et son apport dans la régulation est discutable. Qu’importe l’élevage local, nos ministres sont fiers d’avoir signé un accord commercial avec l’Amérique du sud qui produit abondance de viande à un coût écologique dont on se fout, c’est loin l’Amérique. Nous enverrons les chomeurs débroussailler les alpages pour prévenir les avalanches…

Le 31 août aux prémices du rut, quand on se fout des drones… Cliquez pour agrandir.

Je conclus ce résumé de l’été par un aveu, j’ai taquiné mes voisins avec mon nouveau drone. Les mâles de toutes espèces sont moins craintifs, chevreuils et boucs semblent plus curieux qu’apeurés par le volatil mécanique jusqu’à une dizaine de mètres. Le cerf est inapprochable en dehors de la période du rut, j’ai alors survolé un groupe sans provoquer de réaction mais n’ai pas insisté. Les chevrettes fuient au bruit, l’approche des chèvres de chamois alerte rapidement la surveillante qui donne l’alerte à une trentaine de mètres. Les marmottes se cachent à longue distance, je n’ai pas taquiné les bouquetins. On sait que le gypaète et l’aigle tolèrent mal les intrus dans leur espace aérien, chaque décollage provoque l’hystérie des casse-noix, le corbeau s’approche, observe puis repart. J’ai également essayé de poser le drone sur des places préparées, ce qui permet une heure d’observation avant le vol de retour. Mais c’est pas bien de déranger la faune avec un drone, je le ferai plus, promis!

Eté 2018 – L’été des chauves-souris

L’été au mayen des Moyes m’a marqué émotionnellement, j’y ai passé l’essentiel de mes loisirs. Les sujets du blog restent la météo et le milieu naturel en Anniviers. Donc :

Zinal, le 8 août à 19h30.

Alors qu’il me semble avoir observé une nette baisse des effectifs chez les grands mammifères, les petits se portent bien. Les renards se font plus rares, on rencontre moins d’animaux galeux ou visiblement en mauvaise santé. Ils semblent avoir laissé plus de place dans l’écosystème aux souris, écureuils, lièvres et marmottes qu’on rencontre désormais en forêt à 1400m. Les corvidés en général profitent du climat, couples de grands corbeaux, geais et autres casse-noix prolifèrent. Mon chemin a croisé quatre vipères, ce qui est… assez. Les chauves-souris ont attiré souvent mon attention. On les voyait autrefois chasser en soirée autour des lampadaires en vallée, elles ont égayé la plupart de mes soirées en extérieur cet été. J’en ai trouvé dans un galetas, et quatre victimes en bordures de routes. J’ai découvert à Ayer le cadavre de ce qui semble être un lérot, rongeur que je n’avais jamais observé ni piégé. Je rappelle que ce ne sont que des observations personnelles, subjectives, celles d’un curieux qui vit en immersion. Les statistiques officielles sont produites dans des bureaux en ville, on sait déjà que la chasse fut médiocre.

Cadavre de lérot, je n’en avais jamais observé.

La couche de neige, impressionnante mi-avril, fondit rapidement sous le soleil exceptionnel de la dernière quinzaine du mois. Dès la mi-mai, on accédait pieds secs aux mayens jusqu’à 2000m. Mai fut doux, normalement pluvieux. Sur un terrain encore gorgé des eaux de fonte, la croissance des végétaux fut ahurissante. Nous imaginions des crues, glissements de terrains et autres catastrophe à la fonte des masses record de neige. Tout se passa bien, seuls quelques talus fragilisés par des routes s’éboulèrent au printemps. L’eau ayant pu s’infiltrer doucement dans le terrain, les sources taries en 2017 retrouvèrent toute leur vigueur. A la fin d’un été aride, elles donnent encore raisonnablement. On distingua facilement ces deux dernières années les sources alimentées par des réseaux profonds de celles dépendantes des précipitations annuelles. Les arbres enracinés dans un terrain détrempé ont mal supporté le poids des neiges hivernales, beaucoup de spécimens gisaient au sol, les racines à l’air. Les promenades forestières viraient au gymkhana avant le passage des services d’entretien.

En juin débuta l’été le plus chaud et aride depuis 2003, des orages arrosèrent encore les prés qui fournirent une fenaison précoce, supérieure à la moyenne selon certains, exceptionnelle selon d’autres. L’inalpe de Nava se déroula sous un soleil parfait le 16 juin, les pâturent étaient libres de neige. Après la première fauche en vallée, les prés sans irrigation brunirent, la croissance des végétaux ralentit, la nature sécha sous un soleil de plomb. Seuls de forts orages très localisé arrosèrent le terrain, l’eau n’avait pas le temps de s’infiltrer. Chaque pluie en juillet fut destructrice et mobilisa les services d’intervention. La crue de la Navizence du 2 juillet fait l’objet d’un précédent article, notons juste que les dégâts estimés à 20 millions après l’événement atteignent fin octobre quatre fois ce chiffre.

Torrent de Laulosses le 6 août 2018. A retrouver sur YouTube pour un partage plus facile.

Le centre de Lausanne fut inondé le 11 juinSion le 6 août, dans les deux cas par des cellules orageuses très localisées. Une lave torrentielle a dévalé le couloir du Peterey le mardi 24 juillet vers 22h, ce qui n’était plus arrivé depuis 2013. La nouvelle digue est presque terminée mais les boues ont, à cette occasion, coupé brièvement les deux routes en aval. Les principales manifestations anniviardes profitèrent d’un temps estival, sauf le marché artisanal de Vissoie qui subit des pluies, et un déluge s’abattit sur les festivités du 1er août. La Fête-Dieu, le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid profitèrent du nouveau climat. La vigne aussi; comme en 1834, année de la dernière crue historique de la Navizence, la vendange fut précoce, excellent en quantité et qualité. A la fin de l’été, les paysans manquaient déjà de pâtures et importaient de grosses quantités de fourrage. Une interdiction de faire du feu tomba le 13 juillet pour durer jusqu’au 24 août, une seconde moins agressive de niveau 4 fut décrétée du 29 septembre au 29 octobre. Une petite incursion hivernale blanchit les sommets début octobre, la neige survécu dans les pentes Nord au-dessus de 2900m malgré un nouvel été indien à l’ensoleillement et aux températures records. La dégradation en fin de mois sera décrite dans le premier article du semestre hivernal.

Pied de chasselas le 18 septembre à Corin.

Selon les bulletins climatologiques de MétéoSuisse, mai fut le 5ème plus chaud depuis le début des mesures, juin le 4ème, juillet le 5ème, août le 3ème, septembre le 2ème, octobre sera sur le podium. La majorité des scientifiques annonce depuis mon enfance un changement climatique extrême dû aux rejets de carbone et de gaz de synthèse dans l’atmosphère. Après un hiver record, nous pensions que les glaciers seraient épargnés cet été, mais ce fut finalement une fonte exceptionnelle. Paradoxe dans notre vallée, la lutte contre le changement climatique s’accompagne d’une combustion de diesel, essence et autre kérosène, incroyable. Tout l’été, camions, pelles mécaniques, hélicoptères chargés de matériel ou d’experts, ont sillonné les routes et les cieux pour réparer le lit de la Navizence, construire des digues, réparer des accès détruits par les intempéries, ingénioriser… Ce n’est pas anecdotique, des processions de camions chargés de pierres ont arpenté les routes. Montez en Anniviers derrière un camion chargé de blocs pour voir et renifler le paradoxe auquel nous sommes confrontés! Espérons comme l’affirment certains que la précession des équinoxes, les perturbations cycliques du champ magnétiques ou autres théories soient responsables des soubresauts climatiques. Si ce sont vraiment les activités humaines, et la combustions rapide des millions d’années de forêts fossilisées qui perturbent le climat, nous rajoutons du poison sur les plaies.

L’album public été 2018 est en ligne, je n’en suis pas fier; problèmes de réglages puis perte de mon appareil principal, destruction de mon pixel qui prenait d’excellentes photos… Et peu de randos dans la vallée cet été alors que mes images publiques sont toutes prises en Anniviers.

L’été des Moyes

J’avais 24 ans, accompagnateur fraîchement diplômé, quand on m’a demandé de reprendre l’organisation du traditionnel camp des enfants au mayen des Moyes. J’en gardais des souvenirs d’enfance mitigés; égocentrique de naissance, l’école, les camps et autres animations de groupes n’étaient que passages obligés entre deux moments de liberté. Je montais néanmoins constater l’état des lieux, voir s’il me semblait possible d’y passer une semaine avec les enfants du village. Orties et épilobes occupaient le terrain, on osait pas s’asseoir dans les bâtiments livrés aux insectes et aux rongeurs. Un peu désabusé, je montais sur le toit et m’asseyais sur le faîte à l’heure du coucher du soleil. J’eu à ce moment le coup de foudre qui, avec vingt ans de recul, eut le plus d’impact sur ma vie. Ce lieu, sous la crasse et les orties, était magnifique, magique.

Le mayen vu de drone pendants le camp des enfants 2016.

Avec les jeunes du village, nous avons organisé en 1997 le premier camp des Moyes de l’ère numérique et fondé l’association Ayer pour demain pour le pérenniser. Je proposais dans un travail de diplôme de consacrer l’endroit au tourisme doux naissant; sans aucune envie de m’impliquer au niveau commercial, je suis accompagnateur, animateur et conteur, en aucun cas entrepreneur, encore moins restaurateur. La commune et les autorités touristiques ont snobé mon idée, le tourisme doux à Ayer attendrait… Je suis depuis le gardien des lieux, j’entretiens les alentours et les bâtiments, et nous avons vécu en juillet avec 90 jeunes, dont le plus âgé ne compte que la moitié de mes jours, le 22ème camp des enfants. Pour fêter les 200 ans du mayen, Ayer pour demain a obtenu l’autorisation exceptionnelle d’y tenir buvette les week-ends de juillet et août. Le nouveau sentier didactique Zau Zoura et le tour VTT d’Anniviers passent par les Moyes, l’endroit a profité de 20 ans d’entretien régulier et de quelques investissements communaux, une buvette sympathique accueillait les randonneurs dans la forêt d’Ayer… Ma vision s’est réalisée! Avant de passer à la saison des glissades, je tiens à remercier tous les acteurs de l’aventure Ayer pour demain, les parents d’Anniviers et habitants d’Ayer qui, bien qu’intrigués voire méfiants, nous ont toujours soutenu. Avec une tendresse particulière pour les fondateurs de l’association qui nous confient maintenant leur progéniture.

L’ouverture de la buvette le 30 juin avec Alex, Sven et Coco.

J’ai passé l’essentiel des heures libres de mon été aux Moyes, à entretenir les lieux, à couper du bois, à câliner les ânes ou à picoler avec les jeunes. Comme nous n’avons pas pu faire de feu du 14 juillet au 25 août, j’ai conté devant des images projetées des lieux des légendes. C’était sympa, mais j’étais obligé de suivre les diapositives sans varier les histoires. Je m’attache aux lieux, 25 saisons d’hiver à Sorebois, 22 étés à entretenir et animer les Moyes, les gens partent, les pierres restent… Il n’y aura plus de buvette, mais des événements ponctuels selon les idées des jeunes de l’association qui utilisent le mayen pour leurs fêtes. Je suis fier d’avoir contribué à leur transmettre ce patrimoine, et heureux quand ils montent s’en mettre une sous les étoiles, à refaire le monde autour d’un feu, comme tous les jeunes fous depuis l’aube des Hommes.

L’équipe du camp 2018 le 13 juillet.

2017 – L’été de l’âme

2014 fut l’été des champignons, 2015 celui des écureuils, 2016 celui des longues oreilles; je titre l’habituel résumé de la saison d’après une observation inhabituellement redondante, toujours en lien avec la nature et la météo. Toutes mes activités exigent une synchronisation avec le ciel et les cycles naturels. Comme un paysan, je m’organise d’après Dame Nature, ce lien permanent devient routinier, inconscient. Entre il fait frisquet ce matin et il fait -7,6° HR 60%, ce blog partage la médiane entre les chiffres et le ressenti.

Le très partagé coucher de soleil sur la Couronne du 4 octobre 2017 depuis Nava à 19h15.

Une saison estivale facile à vivre, des températures à nouveau trop douces, des périodes ensoleillées suivies d’assez de pluies pour éviter les sécheresses mais un total des précipitations nettement sous les normes. Le tout accompagné par une fonte spectaculaire des glaciers peu protégés par le faible enneigement de l’hiver passé. Le danger d’incendies n’a pas excédé  4, aucune interdiction générale prononcée cet été malgré la chaleur dans les bureaux. Le bulletin climatologique été 2017 de MétéoSuisse comme celui du printemps résume le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Un refroidissement mi-avril ravagea le vignoble et les vergers, un autre en septembre fit peur aux feuillus qui se colorèrent précocement. L’automne fut somptueux, octobre qualifié de flamboyant et magnifique par MétéoSuisse. Une fenaison normale sans plus, la pire vendange, une saison d’estivage du bétail facile, production de fruits dans la norme pour les sorbiers. Les principales manifestations en Anniviers ont bénéficié d’une météo favorable. J’ai remarqué une présence accrue du lièvre, beaucoup de souris. Six rencontres avec des vipères contre deux à trois habituellement. Les arolles ont de nouveau fourni abondance de cônes, écureuils et cassenoix prolifèrent. J’ai probablement perdu le cycle des arolles faute de rigueur dans l’observation. On a fait grand battage du braconnage d’un loup à Mayoux , et de l’installation d’une meute. L’album public Eté 2017 est en ligne, j’ai fait peu d’efforts cette saison dans les clichés comme dans les publications générales.

Dans le monde 10 ouragans dont 6 majeurs ont animé l’Atlantique Nord, Ophélia s’est perdue en Irlande, les incendies les plus spectaculaires ont touché la Californie, le Portugal et l’Espagne, les Chinois ont acheté 20 millions de véhicules neufs depuis le début de l’année, la concentration de CO2 est la plus forte depuis 5 millions d’années, l’économie libérale voit le mur et accélère… Peut-être pour passer à travers?

Inalpe de Nava le 17 juin à l’heure de l’apéro.

Plus rigide encore que l’ossature, condamnée à suivre l’ensemble de l’individu, souvent surprise par les choix de l’esprit, parfois entraînée contre son gré par l’ensemble, on trouve l’âme. La mienne exigeait des choix; plusieurs projets menés à bien me laissent définir de nouveaux objectifs. Esprit et âme ont conversé l’été durant, dans un corps encore en excellent état, dans un pays merveilleux assez bien habité.

Conclusions des tractations neuronales : La croissance démographique galopante, le vol et le gaspillage des ressources par l’élite, la maîtrise que nous offrent la science et les machines laissent envisager trois scénarios. Dans le premier la nature, dont notre tempérament belliqueux, régule l’espèce jusqu’à un chiffre écologiquement acceptable. C’est l’idée du pire. Dans la deuxième, comme nous voulons tous vivre longtemps et avoir nombreuse descendance, nous apprenons à cohabiter. Dans la troisième nous colonisons l’univers en utilisant la science et l’instinct naturel de prolifération de la Vie, qui nous a peut-être créé uniquement pour échapper à la planète. Fan d’Asimov, je visualise bien cette hypothèse. Dans les deux cas où la régulation par extermination est évitée, nous devrons vivre en tas dans des citées géantes, des vaisseaux ou des colonies. Pour vivre dans un milieu confiné nous devons en maîtriser artificiellement tous les paramètres, le lien avec l’incroyable diversité de Dame Nature sera rompu, nous n’utiliserons que les parties que nous savons utiliser, que nous jugeons utiles. Tout semble préparer l’homme à la vie artificielle; technologies de la communication, nivellement des genres, véganisme, spécisme, éducation étatique, condamnation et rééducation de toute déviation ou instinct violent, exclusion des drogues naturelles au profit des cordes chimiques qui font dormir, sourire ou bander, veuillez lire la notice d’emballage. La notion d’animal de compagnie et son coût écologique exorbitant montre le divorce jusqu’à l’affectif entre l’homme-animal et l’homme-succédané que nous préparons.

Mon âme s’y refuse, elle veut rester au contact du côté sauvage de la nature, terminer cette existence au-dessus des moutons et des loups. Aimer sans adoucir l’élan qui m’y pousse, respecter animaux et plantes pour ce qu’ils sont, ni des décorations ni des doudous, m’extasier, apprendre de mes erreurs, choisir mes objectif, affronter l’impondérable et les échéances. Nous sommes la seule espèce à contrarier les instincts, je limite par dépit ce pouvoir à la procréation. J’espère que les hommes de demain pourront garder un pied sur le carrelage et l’autre dans la terre, mais crains que ce privilège ne survive à ma génération. Manutou a parlé, ugh!

2016 – L’été des longues oreilles

04.11.2016  Aucune prolifération animale ni végétale ne m’a marqué cet été 2016, j’ai trouvé les insectes et les oiseaux particulièrement discrets. En plus de ma quinzaine de lapins, on m’a confié six ânes de mai à septembre pour nettoyer le mayen des Moyes, ça fait quelques mètres d’oreilles…

Les ânes, très curieux, accueillent les enfants aux Moyes.

L’hiver touristique s’est terminé le 10 avril, les vacances s’annonçaient longues et douces, mai et juin ont prolongé le printemps plus que de raison. La neige peinait à fondre en moyenne montagne, un redoux fin mai accéléra la fonte des neiges résiduelles provoquant une série de laves torrentielles qui eurent raison du terrain de foot presque cinquantenaire de Zinal. Filmées depuis mon nouveau domicile, les images ont rapidement passé le millier de vues sur YouTube. Juin fut très maussade au niveau national, l’enduro du Besso qui vivait sa deuxième édition fut copieusement arrosé. Le soleil de juillet mit du temps à réchauffer l’atmosphère, une dépression spectaculaire occupa la semaine du camp des enfants aux Moyes, nous étions dans le thème choisi depuis décembre: le Pôle Moyes. Puis l’été revint, juillet et août furent 1° au-dessus des normes, septembre le troisième plus chaud depuis 1850. Un octobre agréable, mais un poil sous les normes de températures, un avertissement de l’hiver le 11 avec 4cm à Zinal, et une courte période fraîche suivie d’un redoux particulièrement spectaculaire la dernière semaine du mois. La fenaison et les vendanges furent abondantes et de bonne qualité. Les sorbiers croulent à nouveau sous les fruits.

Neiges résiduelles à Sorebois 2700m le 23 juin.

De nombreux changements ont touché ma vie et mes publications sur internet. Si mon déménagement me rapproche de la nature, il m’éloigne du village et des hommes. La webcam pointée sur ma station météo, très visitée, ne sera pas en service cet hiver. La nouvelle station MétéoSuisse de Mottec/Pralong, placée dans des courants de montagne frais, n’est pas représentative de la température à Zinal. Je cherche une solution efficace. D’autres évolutions troublent mes habitudes; comme souvent, Google modifie les règles du jeu, Picasa que j’utilisais pour gérer mes milliers de photos est abandonné au profit d’une version trop simplifiée. J’ai créé une page spéciale pour réorganiser les albums publics, je remercie Google pour le temps perdu mais la solution me convient. Le site annitrek.ch subit également de profondes mutations, les offres autour du village d’Ayer sont en rapide évolution. Les promenades historiques du vieux village et le sentier nature Zau Zoura subissent un rajeunissement. Rendez-vous au printemps 2017 pour retrouver ces animations, ultimes vestiges de mon catalogue d’accompagnateur en montagne. Je garde le site comme vitrine personnelle, sans réelle motivation commerciale. Ce qui me permet de délirer sur le design et le contenu.

Gâteau reçu cet été pour mon vingtième camp des Moyes.

Deux fois vingt ans et des poussières… moi qui voulait rester libre d’engagement je remets sans cesse le même ouvrage sur le métier. Mon kung-fu cet hiver? A suivre…

2015 – L’été des écureuils

30.10.2015  –  L’été fut particulièrement agréable à vivre en montagne, l’épisode caniculaire le plus marqué depuis 2003 nous laissera de doux souvenirs. On passe rarement nos soirées sur les terrasses de Zinal en t-shirt et sandales. Avant de rédiger, j’ai relu les conclusions de l’été 2014 et quelques précédentes. Les anciens annotaient le Messager Boîteux pour garder mémoire des événements naturels. J’utilise ce blog pour atteindre un résultat similaire depuis 2009. Y aura-t-il dans quelques générations quelqu’un pour s’intéresser et se dire: « Tiens, les pins d’arol ont beaucoup fructifié deux années de suite en 2014 et 2015! »?  Ca dépendra de l’évolution d’internet, qui devient une prodigieuse mais fragile mémoire. Malgré les doutes, j’ai plaisir à prendre le temps de regarder en arrière, pour transcrire mon long trek anniviard.

Carnet de bord du capitaine, été 2015 de l’ère chrétienne:

Un écureuil noir mange sur une branche d'arbre en pleine nature.

Les écureuils ont proliféré, eux se sont aperçu de l’abondance de « mougnettes » pour la deuxième année consécutive. Ils animent les forêts de leurs caquètements, ou se remarquent trop souvent, inanimés hélas, au bord des routes. Effets conjugués de l’augmentation de la circulation et de la population de rongeurs? Certainement! Les sorbiers que j’observe chaque année n’ont aucun fruit. Après la surabondance de 2011 et les années 2012 et 2013 moyennes, ce sera le deuxième hiver sans les sorbes si précieuses pour les oiseaux nicheurs. Les forêts n’ont pas semblé souffrir de la canicule; mais on dit dans les médias que le bostryche en a profité, les dégâts sont peut-être à venir. La rouille du rhododendron touchait des stations d’épicéas, principalement sur les versants ombragés des Morasses et d’Ayer. Peu de guêpes et d’insectes en général. Je me souviens du harcèlement des mouches en 2003, cette été en plein cagnard je me demandais où étaient les insectes.

La canicule fut la star des médias! La plus belle depuis 2003, avec des maximas supérieurs, mais moins longue. Ainsi le record de 2003 était de 16.4° à la Corne de Sorebois 2900m le 4 août, la plus haute valeur de cet été atteint les 17.2° le 7 juillet. Les pluies ont rafraîchit l’atmosphère début août. Le couloir à laves torrentielles du Peterey est resté inactif.  Nous sommes ébahis devant la fonte des glaciers, la montagne est dénuée d’une partie de sa majesté. La fonte est moindre qu’en 2003, mais 12 ans de recul incessant accentuent le visuel de la catastrophe en cours. les bulletins climatologiques du printemps 2015 et de l’été 2015 (pdf) publiés par MétéoSuisse s’ajoutent à la liste des records de température. Par curiosité, je publie ci-dessous les courbes de températures à la Corne pour la même période de 2003 et 2015. 

J’imaginais qu’une bonne canicule emmènerait de nombreux clients en altitude. Il fait meilleur vivre parmi des touristes curieux et des commerçants épanouis, mais toute la période la plus chaude de fin juin et juillet resta anormalement calme. On l’explique par le franc fort qui baisse le pouvoir d’achat des étrangers en Suisse et augmente celui des Suisses à l’étranger. Résumé: l’avion et les voyages lointains sont moins chers. Ca va améliorer le climat… Mais se sont bien les nationaux qui ont sauvé la saison en août et septembre. Les grandes manifestations, le Grand Raid et le camp des Moyes furent ensoleillés. Sierre-Zinal passa entre les gouttes, pluie le matin et soleil dès 11h. 

Vue d'un sentier en montagne avec des falaises rocheuses à droite et des arbres en automne au premier plan.

Le climat automnal semble normal, anticyclones et perturbations se succèdent dans une douceur dominante. La vallée est agréable à vivre, les couleurs hallucinantes et les week-ends ensoleillés. Je n’avais plus visité le bisse des Sarrasins depuis la fin des travaux. Autrefois dubitatif devant l’ampleur des ouvrages nécessaires au passage de ce chemin, dans une zone alors préservée de l’impact humain, je trouve le résultat positif. Les passerelles vieillies sont bien intégrées et le chemin très agréable. Les photos de la promenade sont consultables dans l’album public été 2015

J’irai demain au Tônet sur l’alpage de Lirec photographier le domaine skiable d’en face comme de coutume. Dès le premier novembre commenceront les mesures de l’hiver 2016, que j’espère autant enneigé que les quatre précédents.

2014 – L’été des champignons

31.10.2014 – 20h30  Dès demain, les pages numérique annitrek focaliseront sur la neige. Tentons une synthèse de cet été mitigé; les données des derniers étés tirées de la station urssteiner.net sont affichées dans ces tableaux, 2014 fut bien le plus froid et le plus pluvieux des cinq derniers millésimes. Avec un record historique de pluviométrie pour juillet et un mois d’août tristounet. la situation s’inverse en octobre, le plus chaud et le moins pluvieux de la série, le quatrième depuis le début des mesures selon le bulletin climatologique de MétéoSuisse. Il manque les données d’octobre 2010.

Graphique des températures estivales moyennes et pluviométrie sur cinq ans à Grimentz, mesurées à 1550m, illustrant les variations de chaque été de 2010 à 2014.

Le tourisme, et les touristes, ont souffert de la météo; la saison est déjà courte pour les commerçants de montagne, alors quand le ciel ne coopère pas c’est vite la soupe à la grimace. Et pour avoir vu des groupes de randonneurs et de cyclistes arriver en station trempés et transis de froid, je crains que certains ne visent plus au sud l’été prochain. Pour ma part et comme affiché sur mes pages web, j’ai suspendu mes activités touristiques cet été pour assainir une propriété familiale, la météo est moins importante sur un chantier qu’en randonnée. Les principales manifestations de plein air, camp des Moyes, Sierre-Zinal et Grand Raid, ont été épargnées par les eaux.

La nature ne semble pas avoir souffert des conditions, l’herbe était abondante dans les alpages et une fenêtre météo providentielle du 14 au 19 juillet a permis d’effectuer la grosse partie de la fenaison. La plupart des espèces de champignons surabondent. Les prés et les alpages sont restés verts jusqu’au début octobre, le danger d’incendies n’a pas quitté le premier degré de tout l’été. C’est une année « à mougnettes », les pins d’arols produisent une grosse qantitié de pives remplies de graines commestibles. La limite supérieure des forêts, où ces arbres adaptés aux pires conditions luttent pour coloniser la montagne, est bruyamment animée par les casses-noix mouchetés et les écureuils qui profitent de cette manne. Quelques attaques fongiques sur les mélèzes et les épicéas ont été observés sur les versants les plus ombragés comme la forêt des Morasses. Il semble que la croissance annuelle des arbres est inhabituelle, il faudra attendre les coupes de l’été prochain pour confirmer. Comme l’an passé, la vendange des vignes anniviardes près de Sierre a été excellente en quantité et qualité, elle avait une à deux semaines d’avance sur 2013. A ce propos, ont m’a fait remarquer que j’annonçais une bonne vendange au bilan de l’été 2013 sur ce blog alors que tous les médias pleuraient un millésime catastrophique. La grêle avait ravagé les vignobles sur le plateau et sur le bas du canton, le Valais central n’avait pas été touché. De même cette année, la mouche suzuki a épargné les vignes situées sur l’adret sierrois. J’ai été marqué par la quantité inhabituelle de coquelicots, ils ont égayé les prairies (habituellement) sèches de mai à mi-octobre.

Un champ de coquelicots rouges et de fleurs blanches sur un chemin de montagne, avec des montagnes et des forêts en arrière-plan sous un ciel bleu partiellement nuageux.
Route de Nava le 28 juillet 2014.

Les rapaces se portent bien, merci pour eux; en tous cas trois couples d’aigles dans la vallée en amont de Vissoie et des immatures de passage, des buses, des éperviers et des faucons ont colonisé des territoires où je ne les avais jamais observés. Des couples de grands corbeaux se partagent tout le territoire. Notons que le lièvre réapparaît progressivement dans la forêt d’Ayer, mais on est loin de l’abondance des années 90. Les cervidés sont toujours nombreux voire envahissants, mais les chamois semblent décliner, pas encore de signe formel de la présence permanente de loups. Sauf dans les journaux…

Des docteurs nous font chaque automne des prévisions sur l’enneigement à venir, parmi leurs signes préférés les guêpes et les sorbes. L’abondance des premières est ou subjective, ou très régionale; les pompiers ont battu un record d’interventions pour éradiquer des nids alors que je n’ai dû en éliminer aucun aux Moyes ni à Zinal ce qui est rare. Plus qu’une augmentation du nombre de guêpes, j’y vois une baisse de courage de la population à affronter ce fragile mais piquant ennemi. Les sorbiers dont l’abondance de fruits serait un indicateur de l’enneigement à venir… sont vides! Et j’ai fait le tour du vallon pour l’affirmer, pas une sorbe cet automne à Zinal! Nous comparerons dans six mois l’enneigement avec la production des sorbiers, mais l’hiver des oiseaux sera long, qu’il neige ou pas.
Depuis cette année, les photos sont au format 16:9 et regroupées dans un album estival et un album hivernal sur la page annitrek sur Google+. Retrouvez l’album été 2014 au bout de ce lien.

Eté 2013 – Et un de plus en moins

Vue des montagnes enneigées sous un ciel bleu, encadrées par des arbres aux feuilles d'automne.

29.10.2013 – Dès le solstice de décembre les jours se rallongent, tout semble mort alors qu’un nouveau cycle commence, la nature est en gestation. A l’altitude de nos villages, dans l’océan végétal de la vallée, l’hiver est froid et enneigé, le printemps éclatant de vie, l’été ensoleillé et chaud mais pas trop, et l’automne indescriptible! Mieux vaut laisser parler les photos, la suivante montre la prairie de Pramin sous Chandolin le 25 ct.

Paysage d'automne avec des arbres aux feuillages jaunes, oranges et verts sous un ciel bleu, avec une colline boisée en arrière-plan et une petite cabane en bois.

Je résume mon trekking anniviard annuel en deux saisons. Du premier mai à fin octobre je publie parfois pour partager un événement, résumer une recherche ou noter un info utile. Je boude parfois mon ordinateur pendant des semaines. Mon été s’achève cette semaine. Un de moins en plus! 

Mai et juin furent pourris, des précipitations impressionnantes s’ajoutèrent à la fonte des grosses quantités de neige de l’hiver et nous regardions la montagne avec crainte. Une crue de la Navizence dévasta les ponts du glacier à Zinal en emportant de vastes portions des berges. Mais dans l’ensemble, le terrain absorbait bien ces quantités d’eau record, peu de dégâts furent constatés loin des cours d’eau. Signalons un mouvement de terrain au fond de la piste de Singlinaz, dans une zone épaisse en terre végétale et marécageuse. Le merle noir s’est fait remarquer lors des épisodes neigeux du printemps, ils étaient nombreux autour des routes, tous les automobilistes les ont remarqués, parfois trop tard. Les souris surabondantes en 2012 sont restée très discrètes. Juillet et août furent agréables et sauvèrent notre saison touristique, septembre et octobre restèrent dans les normes. L’alpage du bétail a été décalé d’une semaine, les vaches sont descendues le jour de l’équinoxe. La fenaison a satisfait les paysans, la vendange semble dans les normes. Les arols n’ont pas produit de cônes et les sorbiers sont plus chargés qu’en 2012 mais moins qu’en 2011, le génépi arrivait à maturité en septembre. Un retard constaté chez de nombreuses espèces montagnardes.

Vendredi commence mon hiver, c’est quasi devenu un biorythme, je scrute le ciel et consulte convulsivement les sites météo depuis quinze jours. Une fin de mois étonnamment douce jusqu’à cette nuit, un front froid a traversé le pays blanchissant les alpages et ramenant les températures aux normes. De +5.4° à 2900m hier à 8h à -3.8° ce matin. La station s’ouvre au public le 16 novembre, je pense chausser les coques dans les dix jours à venir si la production de neige est possible. La fin des vacances! Mes pages sur internet vont considérablement s’animer, alors à tout bientôt!

2012 – L’été des contrastes

Vue panoramique sur des montagnes enneigées, avec des sapins recouverts de neige au premier plan et un ciel bleu clair en arrière-plan.
Pralonzet à Zinal le 16.10.2012 à 10h30.

La perturbation d’hier n’était qu’un coup de semonce, le général hiver s’installera normalement dans le mois à venir. La nature se prépare; on rentre de promenade des aiguilles de mélèze pleins les cheveux,  les écureuils s’affairent, les cerfs ne poussent plus que quelques bramements poussifs. Chamois et bouquetins prendront bientôt leur tour d’amour. -7 au petit matin, 15cm de poudreuse, des routes glacées… Un coup de fil du magasin de sport m’invite à venir essayer les nouvelles chaussures de ski… Pas de panique! MétéoSuisse annonce un fort redoux en montagne pour les sept prochains jours. Je me  retourne vers cet été contrasté, souvent humide, mais agréable dans son ensemble. Moins attentif à la météo de mai à octobre, ma curiosité s’éveille aux portes de novembre, mon activité numérique se concentrera bientôt sur le ciel et sa belle princesse, Blanche-Neige. En attendant, jetons un coup d’oeil dans le rétro:

En comparant les données pluviométriques de ma station à celles de Tracuit, histoire de vérifier les mesures, je remarque un pic de vent au-delà du diagramme le 29 avril. 174.2 km/h 119° à 2h, plus que Lothard en 1999 avec son record à 168 km/h. C’est la plus haute valeur mesurée en 15 ans dans le vallon de Zinal. Comme nous utilisons Tracuit pour la neige et Sorebois pour le vent, ce record m’a échappé en fin d’hiver passé. Cette nuit-là, le toit du mayen des Moyes/Ayer était arraché par la tempête.

Jusqu’à mi-juillet, l’été semblait morose mais la pluviométrie n’est pas éloignée des chiffres de ces dernières années. En son coeur, la saison fut très agréable à vivre. Notons un temps radieux pour l’inalpe, Sierre-Zinal et la désalpe, et un front orageux exceptionnel qui traversa la Suisse Romande le 1er août en Soirée, 50mm d’eau entre 22h et 2h à Zinal, 6o% du chiffre mensuel. Un épisode caniculaire s’installait à la mi-août, avec un maximum de 32.2° le 19 à 16h à Zinal 1700m, la station de Sorebois affichait à cette heure 16.4° à 2900m.

De début mai à fin octobre, on a mesuré à Tracuit 552mm de pluie en 2010, 538mm en 2011, et nous en sommes à 573mm à deux semaines de la clôture de l’été météo sur annitrek. On annonce du foehn et un temps sec jusqu’en fin de semaine.