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Observation de la faune 2022

On ne s’improvise pas reporter animalier, ma campagne d’observations dans les environs de la Tzoucdana cet été me laisse plus de leçons que de satisfactions. Assez satisfait, j’ai donc énormément appris, le résultat de l’an prochain sera bien meilleur. Premier écueil le matériel technique avec ses trop grandes possibilités et ses limitations, dont l’alimentation. Trépieds, appareils photos, caméras, télécommandes, une seule batterie mal chargée et il faut changer ses plans. Ensuite les hommes, promeneurs téméraires, voleurs de caméras, philosophes citadins pleins de bonnes intentions mais coupés des réalités. Vivant en marge de la civilisation, je témoigne que la sélection par l’homme est bien moins cruelle que la sélection naturelle, qui se veut impitoyable, faisant fi de toute souffrance, de toute pitié.

J’épargnerai à cet article mes notes sur les déplacements du gibier, et le barbare vocabulaire cynégétique, pour ne garder que des observations basiques. Dès le 10 septembre, j’entendais bramer sans parvenir à localiser le précoce. Je plaçais les caméras dans les Chétisses le dimanche 11, j’en ramène quelques photos de biches et de daguets. Une semaine plus tard les gros mâles occupaient deux places de rut, dans les secteurs i19 et et L15, les biches commençaient à se regrouper. Autour, d’autres cerfs tentaient d’approcher les places gardées par les dominants, ou bramaient en périphérie. Une grande partie de la politique s’opère de nuit, j’ai observé quelques combats mais les dominants des premiers jours ont défendu leur place et leur cheptel. Deux bêtes paraissaient bien s’entendre en J20, elles semblaient partager la place, un combat coûta finalement un bois au plus petit et il ne s’approcha plus.

Le 2 octobre vers 14h j’immortalisais une saillie, moment fugace et rare .

Les photos prises entre 1000 et 1500 mètres de distance sont retravaillées, principalement pour la netteté. Le résultat ne s’affichera pas dans les concours. Il me satisfait compte tenu de la distance, du coût raisonnable de mon matériel, et de la certitude de ne pas interférer ni déranger. Je regrette la mésaventure de la caméra volée, qui sait les images qu’elle aurait enregistré laissée en place. Je comptais sur elle pour les sons, le brame proprement dit, qu’il serait vain de décrire par les mots. Plutôt que de longues phrases, voici les meilleures images et de brèves descriptions en légendes.

Une biche pose idéalement pour la photo. j11
Depuis Singlinaz, merci pour la pose M. le cerf. J24

Pas de place de rut dans le quart en bas à droite du quadrillage, alors qu’il y avait du monde en i6 l’an passé. On y voyait cette année des paires de mâles, des biches avec des jeunes en petits groupes. L’activité s’est calmée après le 10 octobre, pour cesser le 15. Tout ce petit monde s’est caché, on n’observe plus que des troupeaux de chamois. Biches et cerfs restent à couvert et se nourrissent de nuit pour récupérer un maximum de forces avant l’hiver.

L’observatoire de la Tzoucdana

Le cerf entre en rut vers la mi-septembre, les festivités durent un bon mois. Le brame est spectaculaire mais peu d’endroits permettent de l’observer sans déranger. Les chasseurs d’Anniviers ont construit et mis à disposition quatre observatoires équipés de longues-vues, celui de Zinal est situé en amont de l’auberge de la Tzoucana. Il fait face aux « Chétisses des Gardes à Bordon », 400 hectares de nature préservée protégée des ambitions humaines par les phénomènes extrêmes qui s’y produisent, laves torrentielles, éboulements et avalanches. L’auberge et le camping sont ouverts en périodes touristiques.

On observe principalement cerfs et chamois, les chevreuils préfèrent les régions plus boisées et la distance est trop grande pour la petite faune pourtant nombreuse. Pour ceux qui prennent le temps de suivre l’évolution des troupeaux toute l’année, l’endroit est idéal; les néophytes qui attendent un spectacle facile seront déçus, il vaut se faire accompagner d’un connaisseur capable de repérer les animaux, de les déterminer et de décrire leur comportement. La longue-vue n’est pas adaptée à toutes les morphologies et on ne peut pas la bloquer, prévoyez vos propres jumelles et des habits chauds. Pour aider les groupes à se repérer dans le paysage, j’utilisais une photo quadrillée qui s’est vite révélée indispensable pour partager les positions à observer. Vous pouvez télécharger ici dans la meilleure qualité une version récente.

N’espérez pas ramener de beaux clichés, même avec un téléobjectif et un trépied les sujets sont trop lointains. On entend bramer les journées fraîches et la nuit, quand la rivière alimentée par le glacier reste discrète. Les images et les sons que je partage proviennent d’un Nikon P1000 au zoom de 120X (ci-dessous, la première depuis l’observatoire) et de deux caméras 4G placées dans le terrain avant le brame, période où il convient de ne pas déranger.

Légende: Les Serpents

J’ai retrouvé cette légende dans un journal numérisé de 1922 appelé « Le Conteur Vaudois ». Je n’avais encore jamais rencontré ce récit dans les recueils ni dans les dits. Les Anniviards parlent souvent de Zinal comme un « coin à serpents », les vipères aspic sont effectivement bien représentées. La légende moderne des « lâchers de vipères par hélicoptère » imputés aux écologistes a également fait de nombreux adeptes au pays. Je retranscris ici ce conte qui mérite une meilleure visibilité sur la toile.

Autrefois, le riant vallon de Zinal était infesté de serpents. On n’osait guère s’y aventurer et on ne restait que le temps strictement nécessaire pour la fenaison. Malgré une lutte incessante contre les dangereux reptiles, ceux-ci se multipliaient toujours d’avantage, et les gens voyaient avec peine arriver le moment où ils devraient abandonner ce site fertile et agréable.

Un jour cependant, venant on ne sait d’où, arriva un personnage à l’allure mystérieuse qui s’offrit, moyennant certaines conditions, de débarrasser le vallon des vipères malfaisantes. Ils fallait sonner sans discontinuer la petite cloche de Zinal, pendant que lui accomplissait sa mission, qui consistait à massacrer les reptiles.

Au jour convenu, l’homme partit, armé seulement d’une flûte avec laquelle il jouait un air tout-à-fait ancien. Il parcourut ainsi en jouant monts et pâturages de la vallée. Bientôt on vit arriver sur la place de la chapelle de Zinal quelques reptiles, puis il en vint en bandes serrées, et tous les alentours en fourmillaient. Les serpents se jetèrent les uns sur les autres et s’entre-tuèrent

. Il y avait déjà des heures que le charmeur était partit, et les serpents commençaient à se faire de plus en plus rares. Fatigué dans son travail, le sonneur s’arrêta un instant. Aussitôt, les quelques reptiles qui avaient survécu à la lutte, cessèrent de se combattre et allèrent se réfugier sous l’alpe de Lirec où, rencontrant le charmeur, ils le dévorèrent.

Depuis lors, le vallon de Zinal fut débarrassé de ces redoutables reptiles, sauf l’alpage de Lirec où s’étaient réfugiés les derniers survivants et celui d’Arpitettaz où le charmeur n’était pas encore arrivé.

La patte d’ours

46.178651°  –  7.603173°     La patte du dernier ours tué dans la forêt d’Ayer est clouée sur une poutre de la façade ouest de la maison bourgeoisiale. Exposée au soleil couchant depuis 140 ans, on ne la remarque plus, peu savent sa présence encore moins son histoire.

La patte a été déplacée depuis à l’intérieur du bâtiment, vous pouvez l’admirer en visitant la salle bourgeoisiale. (2018)

La patte du dernier ours sur la poutre faîtière de la salle bourgeoisiale.

Un article daté du 21 février 1964 et rédigé par Pierre Theytaz « pour mémorial et conforme à l’assentiment des anciens » récemment retrouvé contredit d’autres sources. Ce témoignage écrit est le plus vieux en ma possession et situe l’abattage de la bête près du mayen des Moyes vers 1870, par un seul chasseur. 

L’histoire des prédateurs est entourée de mystère. Les faits ont suffisamment émus les hommes pour s’incruster dans les mémoires, le passage des générations les déforme. Les écrits contemporains n’ont rien arrangé. Publier le témoignage d’un ancien n’en fait pas une référence exacte. J’ai longtemps prétendu que l’ours avait été abattu lors d’une battue près des mines des Bourimonts. Il semble que l’honorable mélangea l’ours et le loup, et que ma source ne vérifia pas l’info. Moi non plus d’ailleurs. Voilà le témoignage conservé et affiché chez un villageois.

Ours et lynx ont été éradiqués au 19ème siècle. Le « Monstre du Valais », un loup mâle, était abattu à Eischoll en 1947. Il semble qu’il ait été responsable du carnage de 11 ovins à Tracuit, de 10 moutons et une chèvre à Cottier et qu’il ait mené trois attaques à Lirec cette même année. Les autorités avaient alors délivré une autorisation de port d’armes à deux bergers de Zinal. La mort des grands prédateurs était un soulagement et une fête pour les communautés paysannes d’autrefois. L’ours d’Hérémence (1830) et le Lynx de Zermatt (1895) sont naturalisés et exposés au musée d’histoire naturelle du Valais. A Mase comme à Ayer, la patte du dernier ours est exposée sur la maison bourgeoisiale. L’ours de Pinsec n’avait rien du nounours.

On pense ce qu’on veut de la présence de ces prédateurs à notre époque. On pense surtout différemment dans un bureau en ville ou dans une forêt à Ayer. Le Lynx fut réintroduit illégalement en Suisse vers 1976, les premiers spécimens sont repérés en Anniviers. Le document suivant des archives de la TSR résume bien l’ambiance d’alors: La chasse au Lynx. Dès 1994, on soupçonna la présence d’un loup dans nos vallées. Il fit beaucoup parler de lui dans le val Ferret. On observe depuis régulièrement sa présence ou ses carnages. L’ours réapparaît timidement dans les grisons, les hautes montagnes nous tiennent à l’abri pour quelques décennies. On trouve sur le net d’autres références intéressantes:

Le dernier ours de VercorinLe dernier ours de ChandolinHistoire du loup en Valais au 20ème siècle (PDF)Répartition du lynx en Valais 2009 (PDF)

Les tiques attaquent

Carte de la Suisse indiquant les zones de tiques positives et négatives à l'encéphalite à tiques, avec des zones en relief et des annotations sur la présence des tiques.

Il fallait s’y attendre, le continuel réchauffement des températures annuelles moyennes profite surtout à des espèces qu’on aimait savoir absentes de nos montagnes. Détectées jusqu’à 1200m à la fin des années 90, les tiques sont officiellement présentes maintenant jusqu’à 1600m, et un enfant a été mordu lors d’une randonnée sur la rive droite de la Navizence au-dessus de 1900m. Pire, l’encéphalite à tiques est officiellement présente chez des spécimens capturés à Sierre, donc prudence! La taille de l’ennemi, autour du mm, rend la lutte difficile, et seul un scaphandre pourrait protéger à 100% contre ses attaques sournoises. Toute paranoïa est superflue et contre-productive. Les nombreux compagnons à quatre pattes de nos visiteurs estivaux ne font qu’accélérer la propagation du fléau à toutes les altitudes. Que faire? Se couvrir lors des promenades hors des sentiers convenablement débroussaillés, s’examiner les replis du corps après les sorties, et surtout rester conscients du problème. On enlève les tiques avec une pince spéciale, qui doit désormais figurer dans les trousses de premiers secours, puis on désinfecte convenablement.

Page wikipédia sur l’encéphalite à tiques.

Page wikipédia sur la maladie de Lyme.
Une étude complète sur les tiques en Suisse 
.
Une site très complet sur les tiques.

La faune ce printemps

Ces commentaires sur la faune du vallon de Zinal ne sont que les impressions d’un éternel piéton, attentif à la nature qui l’entoure, qui parcourt ce bout de montagne chaque année avec passion.

L’hiver 2009, particulièrement difficile, a abandonné beaucoup de charognes aux renards qui ont proliféré, au détriment, semble-t-il, des lièvres et autres rongeurs. Les souris n’ont jamais été aussi discrètes que ce printemps 2010. Les amours du renard furent autant bruyantes cet hiver que furent celles des chats avant les castrations généralisée.

Le chevreuil prolifère dans le vallon jusqu’à la limite des forêts. Le cerf est discret, les biches se font rares dans la Zau Zoura, les plus gros troupeaux sont observables sur la rive droite au-dessus de Mottec. Les chamois sont gras et nombreux. Ils se laissaient facilement observer l’hiver sous le téléphérique Zinal-Sorebois, très occupés à manger les sorbes tombées au sol. Les sorbiers ont aussi hébergé tout l’hiver des vols d’oiseaux, trop petits pour des étourneaux, difficiles à déterminer avec certitude pour un amateur. Ce printemps maussade laisse plus de neige en moyenne montagne qu’en juin 2009. Il fut difficile d’aller taquiner les bouquetins pour se faire une idée de leur vitalité.

Le paon du jour

Un papillon Paon du jour se posant sur une fleur violette, montrant ses ailes orange et ocelles colorés.
31.07.2009 – Les Moyes – 46°112067N 7°363394E

On rencontre fréquemment le paon du jour en juillet-août. Il pond ses oeufs verts sous les feuilles d’orties dont la chenille se nourrit. Cette dernière n’est pas urticante. Complètement ouvertes, ses ailes inférieures montrent deux ocelles (taches circulaires colorées assimilables à des yeux) comparables au dessin des plumes de paon.