Hiver 2021

Hiver 2021 – Conclusions

Ce ne sont pas les conditions météo qui font de l’hiver 2021 un millésime exceptionnel, mais bien la pandémie de covid; et le remplacement du mythique téléphérique par un télécabine de Zinal à 1700m jusqu’à la Vouarda 1000m plus haut. La nouvelle installation de base élimine l’ennui d’attendre une cabine, jusqu’à 20 minutes parfois, et la désormais intolérable promiscuité. Elle permet d’atteindre le téléphérique de liaison avec Grimentz en amont du domaine, au futur « Espace Weisshorn » qui méritera son nom quand un véritable restaurant avec WC sera construit. Ils moujatent nos dirigeants, et semblent riches… Les cabines inaugurées le jour prévu, la mécanique et les changements de flux des personnes nous ont évidemment posé quelques soucis. La faible fréquentation de cette saison nous a laissé un temps d’adaptation; à quelque chose malheur est bon. 

Sorebois et sa nouvelle télécabine le 12 mars.

L’Italie et la France ont simplement fermé les domaines, nous avons pu skier à condition de porter des masques de protection, de limiter la proximité dans les transports, d’adapter les files d’attente pour permettre la « distanciation sociale ». Si j’avais pu botter le cul des philosophes qui bassinaient le personnel de leurs considérations, plusieurs paires de godasses y seraient passées. Les mesures contre la pandémie compliquèrent également la prise en charge des blessés, beaucoup moins nombreux par les effets combinés des excellentes conditions et de la faible fréquentation. Les restaurants d’altitude n’ont pu servir qu’en take-away, pas moyen de se réchauffer à l’intérieur.

File « covid » au départ du Chiesso le 13 décembre.

Le chantier en cours empêcha d’enneiger le domaine en octobre, novembre est resté beau, sec et chaud. Comme l’accès aux pistes était difficile, nous n’avons pas trop regretté d’avoir patienté jusqu’à décembre pour recevoir les premiers skieurs. La vraie neige pointa ses flocons tardivement, puis timidement jusqu’à mi-janvier. Le ciel qui s’en fout nous envoya des lueurs d’espoir, des instants de grâce où on est contents d’avoir un appareil photo. Un coup d’oeil derrière la Corne m’offrit une auréole sur Ayer, mon village de coeur. Ce sera la photo de l’hiver, retrouvez les autres sur l’album public Hiver 2021.

Ayer depuis l’arête de la Corne le 7 décembre 2020 à 14h.

Le général hiver s’est présenté fin janvier, -19.9°, des vents jusqu’à 122 km/h et plus d’un mètre en cinq jours. Joli sans trop, nous avons ensuite pleinement profité du domaine skiable. En février nous n’étions plus les fous ouverts au mépris de la pandémie mondiale, mais la seule activité permettant de s’aérer. Au dam des catastrophistes, pas de clusters en stations, juste un nouveau mot en franglais. Le manteau neigeux s’est maintenu jusqu’au refresh (je souris) de mi mars qui rajouta 70cm au cumul et garantit la fin de saison. Il fit ensuite trop chaude fin mars, puis trop froid début avril. Cinq providentiels centimètres le 30 avril permirent au cumul saisonnier d’atteindre 501cm, ce qui est honorable bien qu’en-deçà de la moyenne. Mai qui n’entre pas dans le calcul compensera largement ce que novembre n’a pas donné. 

Sorebois le 23 avril 202. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Le bulletin climatologique hiver 2020-2021 de MétéoSuisse décrit une saison plus douce que la norme et bien arrosée, surtout au sud. Les températures au-dessus de 1500m en Anniviers sont restées dans les moyennes, un février doux compensant un janvier frais. Le terrain n’a véritablement gelé que sur les expositions nord ou les zones plates et sèches au-dessus de 2200m, les torrents, bisses et marécages ont coulé tout l’hiver.    

Nous allons tourner la page des hivers 2020 et 2021 sans regret. L’impression du devoir accompli est certainement partagée par le ciel qui nous a fourni une prestation dans les normes. Espérons que la page de cette première pandémie mondiale se tourne définitivement, que les stations redeviendront des lieux de fête, et que les loisirs de proximité prendront enfin le dessus sur cette manie de polluer la planète pour se faire bronzer ailleurs par, finalement, le même soleil.

Les records 2021

Je retiens une valeur par épisode météo. L’hiver m’a semblé frais bien qu’il ait fallut attendre avril pour descendre sous les -20°. Nous verrons les moyennes au bilan de la saison. Eole est aussi resté sage, rien d’exceptionnel mais la barre psychologique des 120km/h a été franchie, signe que nous avons vécu un véritable hiver. Ces chiffres viennent de la station Météo de la Corne de Sorebois à 2900m. 

Suivent : -18.4° le 26.12.2020 à 04h00, -16.9° le 13.04.2021 à 06h30, -16.7° le 08.01.2021 à 07h00, -16.4° le 14.03.2021 à 09h30, -15.9° le 16.01.2021 à 05h00, -14.4° le 09.12.2020 à 23h00

Suivent : 80.3 km/h NW 304° le 14.12.2021 à 04h00, 80 km/h WNW 204° le 25.01.2021 à 08h00, 78.0 km/h S 174° le 05.12.2020 à 00h00.

La couche 2021

Avec 501cm de cumul fin avril, l’hiver est au-dessous de la moyenne des 22 derniers qui est de 539cm, retrouvez les valeurs au bout de ce lien. Je rédige cet article le 18 mai, mois qui n’entre pas dans les calculs mais compense largement le manque statistique, il fait pourri comme rarement, la mesure est toujours supérieure au mètre à 2500m… Revenons à la plage observée: la neige est arrivée tard, le chantier du télécabine n’a pas permis l’enneigement mécanique possible en octobre déjà, je n’ai mis les lattes que début décembre. La couche n’a pas dépassé 40cm jusqu’à mi-janvier et il fallut attendre le 29 pour enfin dépasser le mètre. Plus de problème ensuite, nous aurions pu fermer mi-mai au-dessus de 2500m. Plus haute valeur en 24h le 29 janvier au matin avec 34cm, 32cm la veille. Petit…

La couche mesurée chaque quinzaine.
Le cumul de précipitations par quinzaine.

16.11.2020 = 04cm, 20.11.2020 = 02cm

Novembre 2020 = 06 cm

02.12.2020 = 13cm, 05.12.2020 = 08cm, 06.12.2020 = 19cm, 07.12.2020 = 04cm, 09.12.2020 = 05cm, 10.12.2020 = 05cm, 13.12.2020 = 10cm, 22.12.2020 = 07cm, 24.12.2020 = 06cm, 25.12.2020 = 14cm, 26.12.2020 = 08cm, 29.12.2020 = 04cm

Décembre 2020 = 103cm

13.01.2021 = 19cm, 14.01.2021 = 13cm, 15.01.2021 = 16cm, 16.01.2021 = 04cm, 17.01.2021 = 07cm, 18.01.2021 = 04cm, 23.01.2021 = 09cm, 24.01.2021 = 02cm, 25.01.2021 = 08cm, 26.01.2021 = 04cm, 27.01.2021 = 08cm, 28.01.2021 = 32cm, 29.01.2021 = 34cm, 30.01.2021 = 12cm, 31.01.2021 = 20cm

Janvier 2021 = 192cm

01.02.2021 = 03cm, 02.02.2021 = 14cm, 03.02.2021 = 08cm, 04.02.2021 = 07cm, 08.02.2021 = 06cm, 12.02.2021 = 04cm, 13.02.2021 = 04cm, 17.02.2021 = 02cm, 

Février 2021 = 48cm 

10.03.2021 = 03cm, 11.03.2021 = 02cm, 12.03.2021 = 08cm, 14.03.2021 = 21cm, 15.03.2021 = 27cm, 16.03.2021 = 24cm, 17.03.2021 = 06cm, 18.03.2021 = 05cm, 20.03.2021 = 03cm, 27.03.2021 = 05cm

Mars 2021 = 104cm

07.04.2021 = 07cm, 08.04.2021 = 06cm, 12.04.2021 = 06cm, 13.04.2021 = 05cm, 15.04.2021 = 02cm, 16.04.2021 = 05cm, 18.04.2021 = 02cm, 19.04.2021 = 04cm, 22.04.2021 = 03cm, 27.04.2021 = 03cm, 30.04.2021 = 05cm

Avril 2021 = 48cm

Total hiver 2021 = 501 cm

La nébulosité 2021

La proportion du ciel occupée par des nuages est estimée chaque matin à 8h, sur la webcam de la Vouarda en cas d’absence ou de retard. J’ai constaté cet hiver 66 matins de grand beau temps avec une nébulosité de moins de 10%, 52 matins mitigés et 63 matins où les nuages recouvraient plus de la moitié du ciel, dont 35 totalement nébuleux. J’ai vérifié ces chiffres plusieurs fois, ils sont similaires à l’an passé qui comptait un jour mitigé de plus, année bissextile oblige. 

La nébulosité à 8h à Sorebois par quinzaine.

Une grosse différence entre les deux hivers « covid », l’an passé les beaux jours illuminent la fin de saison confinée alors que c’est novembre, également non skié mais pour cause de chantier, qui concentre les beaux matins ce millésime. On ne se plaint pas de la deuxième quinzaine de février ni du dernier mois de ski en 2021. Lien vers l’article La nébulosité 2020 qui comptait 40 matins complètement bouchés, histoire de méditer sur la coïncidence.

Lien vers les données du graphique de la nébulosité 2013-2021

Le danger 2021

Le premier bulletin d’avalanches régional fut publié le 4 décembre, le SLF anticipait la première véritable perturbation de l’hiver. Concrètement, nous avons effectué le premier minage le 25 décembre pour peu de neige mais une situation réellement dangereuse. Etre entraîné par une plaquelette sur les cailloux, ça peut faire plus mal que passer dix minutes sous la neige. Sur 128 jours observés jusqu’à fin avril, 14 furent estimés en degré 1 faible, 47,5 en degré 2 limité, 58,5 en degré 3 marqué et 8 en degré 4 fort. Je rappelle que les 1/2 degrés correspondent aux 22 jours où le réchauffement diurne augmentait le danger vers la mi-journée. Pas de degré 5 cette saison encore, ce n’est plus arrivé depuis janvier 2018.

Nous avons globalement approuvé l’estimation du SLF pour notre région, même si la situation est parfois radicalement différente entre Chandolin et Zinal qui figurent sur la même zone. Parfois, comme le samedi 16 janvier rétrogradé au degré 3 après deux jours en 4, nous aurions préféré au moins par prévention un jour de plus signalé comme fort, histoire de refroidir quelques têtes brulées. Les derniers jours de janvier furent les plus tendus, mais on peut considérer un hiver tranquille. Je calcule un indice de « stresse saisonnier du patrouilleur » en additionnant le degré de danger journalier, ce qui nous donne 316 pour l’hiver 2021. Par comparaison, j’arrivais à 379 en 2020, 395.5 en 2019, 394 en 2018, 363 en 2017, 354 en 2016, 242 en 2015. J’aime bien cet indice, mais il souffre d’un changements de paradigme du SLF qui utilise plus qu’autrefois le degré 4 en prévention.

On me reproche de ne pas utiliser les couleurs officielles sur mon graphique et je le regrette. Quand j’ai commencé mes observations en 2009, mon logiciel ne permettait pas de choisir les couleurs des aires. La continuité des méthodes de mesures permet la comparaison, cette même continuité valorise mon travail sur ce blog et mon expertise sur le terrain. Trop vieux pour changer…

Avril 2021

Dans la continuité des derniers jours de mars, avril débuta sous des températures exceptionnelles. Elles mirent à rude épreuve les pistes de retour en station que nous espérions, et avons tenues ouvertes jusqu’au week-end pascal. Les faces exposées au sud étaient libres de neige, limitant le danger d’avalanches mouillées sur les pentes les plus problématiques.  

Relevons l’excellente tenue de la piste de l’Aigle cette saison, le nouveau système d’enneigement a démontré sa pertinence. La route impraticable depuis fin mars, le mur noir est resté ouvert et  enneigé jusqu’au lundi de Pâques. Le glissement des talus de la Latta laissa plus d’un mètre de neige sur la route alors que tout avait fondu alentour. La partie haute de la piste en neige naturelle s’est maintenue tard grâce au bon enneigement général de cette fin de saison. Amusant, de nombreux randonneurs partaient de Zinal pour se retrouver sur une route boueuse dès les premiers lacets de Singlinaz. Un accident en fin de saison relance le débat sur l’interdiction du ski de randonnée sur les pistes. Je n’ai pour ma part aucun doute, il faut rapidement prohiber la pratique, pour la sécurité des skieurs qui financent les remontées mécaniques et les pistes de descente sécurisées que nous leur préparons.

Revenons à la neige; dès le 3, les températures se sont effondrées pour atteindre le 7 au matin la plus basse valeur de l’hiver avec -20.9° à 7h30.

Ce qui eut pour conséquence de figer en profondeur tout le manteau sous 3000m, ne laissant qu’un danger d’avalanches résiduel sur les expositions nord en haute montagne. Nous avons pu consacrer notre fin de saison au ski, au tourisme et au rangement, sans soucis pour la stabilité des pentes. Il fallut juste fermer la piste du Chamois quelques après-midi pour éviter les couloirs exposés en-dessous de 1800m côté Grimentz. La station ferma le dimanche 18 avril, nous sommes remontés ranger le lundi. Le domaine skiable était parfait, le paysage montrait un printemps d’apparence normal, une vallée libre de neige jusqu’à 2000m et des prés qui commençaient à verdoyer autour des villages.   

Anniviers le 19 avril 2021 à 14h.

Les dernières neiges quittèrent mon aire de mesures en station le 19, les Plats de la Lée et et les versants nord mirent plus longtemps à fondre. Je remontais le 30 avril pour prendre les mesures à 2500m, 5cm sur la planchette permirent au cumul saisonnier de juste dépasser les 5 mètres, il restait 80cm au jalon. Le paysage montrait quelques coulées printanières dans les couloirs pentus, le SLF remonta d’ailleurs le degré de danger à 3 pour cette journée ensoleillée qui suivait une nuit couverte.  

Couloir Peter le 30 avril, le manteau n’avait pas serré la nuit.

Le bulletin climatologique de MétéoSuisse annonce le mois d’avril le plus froid de ces vingt dernières années en moyenne nationale. Une catastrophe pour l’agriculture, particulièrement pour les vergers en plaine boostés par les chaleurs de fin mars, en pleine floraison au retour du froid. Ce même froid qui ôta l’épée de Damoclès qui pèse sur les professionnels en gelant profondément le manteau. Nous aurions sans problème pu tenir les pistes ouvertes jusqu’en mai, retrouvez les données résumées dans le graphique sur la feuille de calcul avril 2021

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Mars 2021

Du beau temps et des températures faciles en février subliment la plus haute période touristique, du moins quand l’enneigement est suffisant. Un soleil même insistant n’attaque que superficiellement un manteau d’un mètre dans notre fond de vallée ombragé. Début mars, déjà gavés de lumière et de ski, nous commencions à craindre pour notre neige. Pas de précipitation à l’horizon, des températures trop clémentes et une neige sale qui supportera mal le soleil printanier. Les restrictions covid nous privant d’une grosse partie de la clientèle, j’appréhendais la suite de la saison. Heureusement le team Events prévoyait moult courses, dont les championnats nationaux du 22 au 28. 

Vue panoramique d'une pente en neige au printemps, avec des montagnes en arrière-plan et des traces de ski sur la surface.
Pente sud de Combe Durand le 4 mars 2021.

Puis on annonça de grosses perturbations avec un fort apport de neige. La Corne mesura la deuxième rafale de l’hiver avec 116 km/h le 11 à 23h30, puis quelques giboulées nous mirent en condition, les véritables précipitations commencèrent la nuit du 13. La stratégie de MétéoSuisse semble d’alarmer pour ensuite baisser les prévisions au fur et à mesure que la situation se précise. C’est mieux que le contraire, mais un peu frustrant quand on aime les coups de tabac, les minages extraordinaires et les avalanches grandioses.    

Un scénario parfait, plus de 20cm trois jours de suite pour un cumul sur trois jours de 72cm. Les vents soutenus du NW, dont deux rafales à 106 km/h, portèrent la neige dans la cuvette de Sorebois sans commettre d’excès. Le premiers minages du 14 vit de beaux résultats, la surface du manteau rejetait la nouvelle neige, beaucoup d’avalanches spontanées. Le minage hélico final du 16 mars programmé au matin dut attendre la fin de journée, trop de vent sur les arêtes. La couche toucha ce matin-là la plus haute côte de la saison. La neige se tassa visiblement pendant la journée, les résultats restèrent moyens voire faible, ce qui repoussa le problème. Le SLF plaça les 15 et 16 en degré 4 fort, les prévisions et le degré de danger pour notre région étaient conformes aux observations sur le terrain. 

Puis vint l’étrange samedi 20 mars; les aficionados avaient déserté le télétravail pour tracer la neige fraîche pendant la semaine, mais un apport d’une dizaine de cm et un ciel azur promettait un beau week-end. Un fort vent d’est s’invita à la fête, déplaçant la neige fraîche sur les sommets et dessinant d’hallucinants nuages, sans gêner le ski. De gros cristaux de givre de surface faisaient scintiller la montagne. 

Vue des sommets montagneux sous un ciel bleu avec des nuages en forme de vagues.
Le 20 mars 2021 à 9h30, photo de Laeti.

Anticyclone, températures fraîches mais en augmentation constante, la fête s’annonçait superbe pour les organisateurs des championnats suisses. Tout se passa très bien, j’en profite pour faire un clin d’œil aux bénévoles qui permettent à Zinal d’organiser tant de courses au long de l’hiver.

Un groupe de skieurs en vêtements de sécurité néon observe un paysage montagneux enneigé sous un ciel bleu.
Merci ! Sans vous, sans courses, la saison eut paru bien longue.

Toute la fin du mois fut belle, une micro-perturbation le 27 freina la hausse des températures qui atteignirent 8.8° à 2900m le 30 en fin de journée. Je me dis souvent qu’il vaudrait mieux noter les records de chaleur que de froid, ils deviennent plus spectaculaires. Le rapport climatologique mars 2021 de MétéoSuisse parle de records de chaleur battus dans de nombreuses stations du pays. La feuille de calcul mars 2021 confirme le bilan national, deux profils publiés précédemment gardent mémoire de la configuration neigeuse. 

Graphique représentant les données météorologiques et l'accumulation de neige dans le vallon de Zinal en mars 2021.
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Profil pente nord 29.03.2021

Un profil de deux mètres prend deux heures, en se contentant d’un test de compression. J’ai choisi une pente nord une vingtaine de mètres sous l’arête de la Corne, un endroit qui subit l’influence du vent, mais qui n’a été ni skié ni déclenché de la saison, une rareté fin mars. Le sol est gelé, toutes les strates sèches, alors que le soleil de printemps pousse doucement le 0° au-dessus de 3000m. 

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C’est vraiment intéressant de constater les différences d’évolution du manteau suivant l’emplacement. Les principales particularités de cette coupe, outre les 90cm en plus du jalon au plat :

– L’épaisse strate au sol est formée de neige très ancienne, probablement tombée en octobre et soufflée par le foehn; les cristaux sont gros mais soudés, ils faut gratter pour les recueillir. J’y vois une grosse métamorphose constructive en début de saison, puis modérément destructive. 

– La deuxième strate résulte certainement de neige artificielle accumulée lors de l’effort d’enneigement de fin novembre. Les canons sont à 50 mètres.

– La troisième résulte des neiges de décembre, peu tassées par le vent et bien métamorphosées.

– Les trois couches suivantes sont tombées la deuxième quinzaine de janvier, la plus solide était poussée par des vents à plus de 120 km/h.

– Après un couche molle née des dernières neiges de janvier et des premières de février, on trouve la fameuse couche mêlée des sables du Sahara autour du 6 février. Pas de précipitation, seul le vent du sud modela cette state, mélange de neige soufflée et de sable.

– Puis une couche de faces planes très fragile. J’y vois les dernières neiges de la première quinzaine de février restées en surface jusqu’au 10 mars. Cette strate s’est effondrée après huit touchettes au test de compression. Là où plus de neige s’est accumulée dessus, elle présente le principal danger actuel et semble responsable de plusieurs accidents mortels (4 morts en Valais du 20 au 23 mars).  

– En surface les dernières neiges de mars. La couche est fine, les forts vents du N-NW ont accumulé ces précipitations sur l’autre versant. 

La deuxième faiblesse est à 60cm, j’ai pu découper jusque-là une fine lamelle et la déplacer pour l’observer à la lumière, l’ensemble est donc cohérent. La plupart des endroits similaires plus pentus se sont déjà déclenchées plusieurs fois cette saison. Jusqu’aux avalanches de printemps, le danger viendra principalement des neiges accumulées sur la très remarquable couche sablée. 

Profil au plat du 4 mars 2021

Profil effectué près du carré de mesures à Sorebois 2500m le 4 mars à 13h. Un exercice intéressant qui permet de constater l’évolution de la neige à l’endroit des mesures. Ce sont donc les 349cm de flocons tombés depuis novembre tassés et transformés sur les 112cm profilés. La température de l’air était de +0.5°.

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Au moment d’entrer les observations dans le logiciel j’ai douté, certaines associations de grains me paraissent improbables comme les faces planes et les grains très fin vers 90cm. Le vent, le froid et l’ancienneté de la couche expliquent certaines évolutions. J’analyse ainsi les particularités des principales strates :

– Les gobelets au contact du sol, pourtant bien constitués, fondent et s’arrondissent. Peut-être les températures positives pendant le profilage. 

– Nous trouvons la neige tombée jusqu’au 19 janvier sous une couche dure restée en surface à 37cm. Des journées ensoleillées et douces ont créé une croûte de fonte-regel désormais fragile.

– Les neiges de 37 à 96cm correspondent à l’épisode agité du 23 au 31 janvier, les petites faces planes à 90cm sont peut-être une métamorphose constructive des grains fins majoritaires ?

– On distingue des particules sur les dernières strates, probablement tombées du 13 au 17 février.

– En surface, une croûte fragile certainement formée par les vents, avec des creux en surface typiques de la vieille neige longtemps exposée.

La surface de la zone profilée.

Février 2021

Après l’accalmie du 31 janvier, de nouvelles perturbation apportèrent quelques précipitations dans un air très doux, et nous craignions qu’enfin libérés des cités, nos clients ne bravent les dangers sans discernement. La grande combe de Singlinaz qui domine la piste de l’Aigle avait résisté aux tirs de Gazex et au minage par hélicoptère, impossible d’ouvrir le retour en station dans ces conditions. Même fermées barricadées, ces pistes sont parcourues à contre-sens par de nombreux randonneurs souvent inconscients du danger. Je mesurais 2° à Zinal le 3 au petit matin, il pleuvait jusqu’à 2400m, de nombreux talus se déclenchèrent sous la limite des forêts. Nous redoutions le scénario de Noël 2012 que j’avais résumé ainsi :

Avalanche du 22 décembre 2012 à Singlinaz.

Suivant le même plan mais dans des proportions moindres, l’avalanche de Singlinaz se déclencha peu avant 15h, recouvrant la route de la Latta et la piste jusqu’au sommet du mur noir, et le bas de la route, épargnant encore une fois de peu les bâtisses de l’alpage. Cette neige lourde n’aurait laissé aucune chance aux randonneurs présents sur son passage, même équipés comme des lions aux portes du Colisée.

Singlinaz le 3 février à 16h.

Nous n’avions plus qu’à attendre que les talus en amont de la route du retour vers la Barmette se déclenchent pour envoyer les machines ouvrir la piste. Ce que permit finalement la grosse chute des températures du 8 qui figea les pentes humides sous 2500m, rabaissant le danger d’avalanches à 2 dans la région. Après ce jour, seules les coulées déclenchées par les freeriders dans le vallon de Moiry nous préoccupèrent, l’ensemble du domaine sécurisé resta stable et je ne mesurais que 10cm supplémentaire pour le reste du mois. Avec 48cm de neige tombée et une température moyenne de -1.5° le matin en station, février resta calme et trop doux. Malgré la phobie du covid, de nombreux skieurs profitèrent des relâches de carnaval pour s’aérer dans nos stations. 

Sorebois le 6 février à 12h.

Deux incursions de nuages de sables du Sahara allaient colorer la montagne; celui des 5 et 6 fut le plus intense depuis le 21 février 2004 qui m’avait particulièrement marqué. Un retour moins spectaculaire des sables du 22 au 25 obscurcit longuement l’atmosphère, se déposant lentement jusqu’à ressembler à du stratus sur la plaine. On les remarque bien sur cette photo du coucher du soleil prise en fin d’épisode, le 24 février à 18h depuis la Corne de Sorebois. Notez qu’en 2004 le sable était mélangé à la neige, alors que cette année il s’est déposé par vents soutenus du sud, s’accumulant derrière les mouvements du terrain. Encore plus marquant en zoomant sur les Dents du Midi :

la feuille de calcul février 2021 et le bulletin climatologique de MétéoSuisse décrivent un février trop doux, insipide du point de vue nivologique. Je mesurais 88cm à 2500m et 44 au plat en station le 28, les talus exposés au sud sont découverts jusqu’à 2000m, on ne devrait pas tarder à cueillir les premiers tussilages.

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Janvier 2021

Janvier commença dans une morosité palpable malgré les réjouissance obligatoires; du froid, peu de neige, des pistes artificielles comme succédané. Après l’épisode décrit dans l’article précédent nous reprîmes quelque espoir, la fin du mois rendit un sourire tendu aux amoureux de la neige conscients des dangers qu’elle emmène. Le graphique mensuel résume les mesures à 8h dans le vallon; barbare pour le néophyte j’y vois la synthèse des jours vécus. Seul Eole manque au tableau, j’ai rajouté en-dessous le résumé de ses frasques à la Corne :      

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Les traits bleus du premier tableau résument l’enneigement; les verticaux montrent la neige tombée et les horizontaux l’évolution de la couche, le foncé à 2500m, le clair à 1700m en station. Pour ouvrir toutes les infrastructures dans les meilleures conditions il faut 50cm en station et 1 mètre à Sorebois, chiffres atteints le 28 d’une fin de mois agitée. Tout se combina pour créer une situation dangereuse, un mauvais fond heureusement brassé par l’épisode précédent, des précipitations, du vent et un gros redoux.  Le danger 4 régna du 28 au 31, le raisonnable mètre de cumul évita les gros problèmes. Un minage régulier pendant l’épisode laissa des finitions au radieux samedi 30, et nous craignions peu pour les alentours du domaine skiable. La montée en cabine alarmait sur les conditions, tous les talus en-dessous de 2300m avaient cédé sous le poids d’un manteau alourdi par le réchauffement. Le danger résiduel menaçait principalement les pentes de basse altitude qui n’avaient pas encore lâché. La Montagne, où la gestion du danger d’avalanches est laissée au Point de Rupture, cachait ses pièges sur les pentes moyennes qui ne rompent que dans les pires configurations. Je n’avais jamais constaté autant de cassures dans les talus en aval du domaine skiable, espace que nous ne gérons d’ailleurs pas. Le minage hélico fut un peu plus spectaculaire que le précédent, mes images ne valent pas le détour.  Côté Bendolla, une impressionnante vidéo du minage cartonne sur le web.

Zone en aval du domaine skiable, secteurs Chiesso et Tsarmettaz.

Le bulletin climatologique janvier 2021 de MétéoSuisse décrit un janvier hivernal et très arrosé, particulièrement en Suisse orientale. La feuille de calcul Janvier 2021 et le tableau comparatif ci-dessous confirment la tendance nationale, notez que ce sont les moyennes des températures à 8h chaque matin. 

Le danger n’est pas proportionnel aux quantités de neige, la constitution du manteau prédomine. Je n’ai pas trouvé le chiffre des âmes perdues ce janvier, il est considérable mais infime relativement aux risques pris. La Montagne est généreuse; au vu des affronts qu’elle subi son prélèvement reste moindre. Des professionnels expérimentés se font parfois piéger, la gestion du danger ne l’élimine pas, la durée de fréquentation condamne statistiquement ceux qui s’exposent souvent . A ces passionnés je dédie la photo ci-dessous, une beauté immense qui les accueille désormais. Les premières images de l’album public Hiver 2021 sont en ligne. 

Le vallon de Zinal le 31 janvier 2021 à 13h.

Enfin la neige !

Au bilan de l’épisode nous avons touché une soixantaine de cm, le bas de la fourchette au niveau Suisse. Avec les 30cm en place nous glissons désormais sur 65cm bien tassés à 2500m, ce qui améliore grandement le ski et redonne un aspect hivernal au vallon. L’excellent blog de MétéoSuisse résume techniquement les fluctuations météo de l’épisode qui profita particulièrement à la Suisse centrale et aux Grisons. Au niveau des avalanches, les principales pentes sont purgées mais de nombreux pièges persistent sur les déclinaisons moyennes et faibles, où la neige récente est posée sur du gros sel. 

Décembre 2020

9 janvier 2021  –  Nous avons commencé décembre avec entrain et espoir; le froid et la neige revenaient, les cafetiers investissaient dans le plexiglas, les remontées engageaient le personnel saisonnier. Le 2 au matin, une quinzaine de cm rendirent à la montagne le manteau hivernal dérobé par novembre. Nous n’imaginions certes pas commencer une saison normale, mais du moins offrir à nos hôtes grand air, sports de glisse et délassement. Les courses de coupe d’Europe des 7, 8 et 9 se sont déroulées dans de bonnes conditions malgré des températures très basses. Nous ouvrions au public le 12, après avoir reçu la veille l’autorisation d’exploiter la nouvelle télécabine. Une bonne bière au Pub après le ski, nous souriions sous nos masques malgré les étranges plexiglas .  

Sorebois le 2 décembre, des tas artificiels et une maigre couche de fond.

Lundi 14 le front chaud annoncé par MétéoSuisse mouilla la neige jusqu’à 2600m, je mesurais quand-même 7cm à 2500m, une dizaine en amont. Nous trouvions 36cm à 2500m  pour 42cm de neige tombée, donc une couche peu tassée, pas de quoi profiter du hors-pistes ni damer les naturelles. Les nuits suivantes, découvertes, transformèrent la neige en gros sel. Au retour du froid et des précipitations à Noël le substrat n’était que roulement à billes et je publiais une mise en garde, la neige annoncée ne tiendrait pas. Les grandes pentes se purgèrent spontanément mais d’innombrables pièges subsistaient sur les déclivités moyennes. Seules les expositions sud où la neige avait fondu ne présentaient aucun danger. Le SLF avait placé la région en degré 3 le 12 au matin et allait garder ce niveau alibi pour le reste du mois. L’épisode provoqua son lot de frayeurs à lire sur le site de la police cantonale. La photo ci-dessous au contraste accentué montre le sommet de la combe de Tsirouc, on constate que toutes les pentes se sont purgées spontanément, effaçant les traces des chanceux qui jouèrent inconsciemment leurs vies. Ceux qui ont emprunté le premier couloir pouvaient-ils savoir qu’il s’était déclenché avant la dernière neige? J’en doute, ils y vont c’est tout.

Les hauts de Tsirouc le 26.12, cliquez sur l’image pour agrandir.

Il était tombé en tout 91cm avant le premier minage de la saison le 25 décembre, dont 27 les trois jours précédents. Les dernières pentes nord ne résistèrent pas aux explosifs et le danger résiduel ne concernait que de petites plaques isolées. Une belle frayeur tout de même entre les Italiens et Barthélémy le 26, jour provisoirement le plus froid de la saison avec -18° à la Corne au matin. La surface de la neige à -26° ne glissait pas, compliquant la sortie des télésièges. Les pentes adjacentes aux domaines skiables stabilisées, restait la Montagne qui immola sa première victime dans la région le 29 au-dessus d’Hérémence. Les 28 et 29 faisaient l’objet d’une alerte vent de degré 3, nous rangeâmes toute la station pour une pointe mesurée à… 65 km/h. Nous trouvons depuis quelques congères d’au maximum 30cm à l’abris des vents d’ouest à nord.

Lever du soleil sur le Weisshorn le 21, trois heures avant le solstice.

Le coronavirus se mêla des fêtes, les bistrots refermèrent malgré les mesures prises. On ne servait plus les skieurs qu’en take-away, les clients glacés picoraient leurs frites au alentours des buvettes, certains squattaient les wc pour se réchauffer, alors que des milliers de francs avaient été investis pour équiper les restaurants. Le plus dur dans cette tempête sociétale sera désormais de faire confiance aux girouettes qui nous dirigent.  La feuille de calcul Décembre 2020 et le tableau ci-dessous résument un décembre normalement frais, nuageux, peu neigeux dans notre région alors que partout ailleurs on annonce de beaux cumuls. Prions le Seigneur, comme dit ma coiffeuse.

Cliquez sur l’image pour agrandir.

Pour un joyeux Noël

24.12.2020     Nous espérons recevoir un peu de neige pour Noël, le substrat défavorable m’incite à publier un message de prévention avec mes voeux. Après un novembre chaud sans précipitation, ce qui a permis aux premiers décimètres de terrain de geler, une vague de fraîcheur et un peu de neige ont recouvert le sol d’une trentaine de cm. Les pistes bénéficient désormais d’une bonne base artificielle, le froid permet une bonne production. En début de deuxième quinzaine, le beau et les nuits fraîches ont métamorphosé la neige sous fort gradient. La couche s’est transformée en sel dès 1500m, disparaissant complètement en aval. Un fort redoux depuis le 20 mouilla le manteau sous 2200m, le croûta dès 2500m sur les versants touchés par le soleil. Les pentes nord sont restées en gros grains anguleux sans aucune cohérence. Lundi 21, les pentes abruptes sous 2500m se purgeaient sous l’effet de la couche supérieure alourdie par la chaleur et la pluie. Nous manquons cruellement de neige, mais la quantité ne fait pas le danger. On peut espérer 20-30cm d’ici samedi matin, un beau cadeau mais…

Les pentes ouest à sud-est en passant par le nord en-dessus de 2200m seront extrêmement instables! 

Les protections indispensables pour sortir des pistes, DVA et sac airbag, ne serviront pas ou peu. Entraînés dans les pierres par de petites coulées, même équipés comme des lions, les membres se brisent, les fameuses premières 15 minutes ne sauvent plus. 

Je n’ai pas croisé le traineau du Père Noël, mais plein de machines bizarres dont les superbes cabines en fonction depuis le 12 décembre. La dynamique de Zinal change complètement, les travaux exécutés par la commune dans la rue centrale du village participent au ressenti positif en cette période morose. De bonnes fêtes à tous, soyez prudents, respectez le balisage et les consignes. Que le sapin serve de décoration et pas d’emballage.

 

Novembre 2020

On bénéficie souvent d’une longue situation anticyclonique automnale, idéalement en octobre. Cette drôle d’année, l’été indien s’est maintenu tout novembre, à peine entrecoupé par deux insignifiantes perturbations. Le blog MétéoSuisse narre un automne exceptionnellement doux et sec qui frôle les records dans de nombreuses stations, au col du Grand St-Bernard dont les mesures initiales datent de 1818, c’est le deuxième novembre le plus doux après 2015. Pas grand chose à dire sur l’enneigement, les deux perturbations laissèrent 4cm le 16 et 2cm le 20 au matin, qui fondirent rapidement sur toutes les faces un tant soit peu ensoleillées. J’enregistrais une rafale à 75 km/h le 16 et -12° le 20 à la Corne de Sorebois, de minables records provisoires. Par contre deux mercures à 6.9° à 2900m les 2 et 18 du mois, ce qui semble surréaliste… Sur les pentes nord dès 2500m et en-dessus de 3000m, la neige se cristallisa fortement, la montagne exhalait un avant-goût d’hiver. Les alentours des sources et cours d’eaux gelaient lentement, traverser certains torrents pouvait se révéler dangereux. On atteignait encore facilement les cabanes, bon nombre de randonneurs profitèrent de ce novembre ensoleillé.   

Le 29, on commence à étaler la neige artificielle sur l’arête de Sorebois.

Les températures près du sol et l’air très sec permirent la fabrication de neige artificielle dès le 12, les tas sur l’arête de Sorebois étaient quasi suffisants en fin de mois. Je commençais mon hiver auprès des remontées mécaniques le 16 par une semaine à Grimentz avant de regagner mon secteur le lundi suivant. Mon premier contrat hivernal date de l’hiver 90-91, et je me laisse encore surprendre par les caprices de cette montagne, le genre du mot ne m’étonne guère… J’ai fait un tour complet du nouveau télécabine le 27, je prends doucement conscience du changement qui se dessine et de l’outil extraordinaire qui sera mis en service le 12 décembre. Sorebois la belle s’offre une nouvelle jeunesse et si ce monde n’est pas le mien, je suis reconnaissant envers les techniciens, investisseurs et autres décideurs qui permettent ce renouveau. 

Un trou dans l’emballage du cadeau de Noël des amoureux de Zinal.

Le terrain a gelé, ce qui n’est plus arrivé depuis l’hiver 2017, nous devrions avoir moins de soucis avec les avalanches de glissement. On annonce un changement radical de temps pour le 1er décembre, même si la neige naturelle ne vient pas, la baisse des températures permettra l’enneigement technique et nous espérons être prêts pour les courses de coupe d’Europe des 7-8-9 et l’ouverture au public le week-end du 12. Le lien vers la feuille de calcul Novembre 2020 suffira pour illustrer novembre, le graphique que je publie habituellement n’a aucun intérêt. La situation sanitaire jouera aussi un grand rôle cet hiver, et nous ne pouvons qu’espérer un peu de raison de la part des autorités comme des sportifs. Les premiers laisseront respirer la population en favorisant l’accès aux grands espaces montagnards, les autres respecteront les mesures sanitaires qui juguleront l’épidémie. Ainsi soit-il.

Hiver 2021 – Situation initiale

4 octobre 2020 – Après cinq semaines contrastées, nous vivons de douces journées printanières, les pentes exposées perdent leur neige jusqu’à 3000m. L’ambiance est automnale, il pleut des aiguilles de mélèze, une planète dorée aux journées trop courtes. 

Sorebois le 31 octobre 2020 à 13h30
MétéoSuisse proclame un octobre frais et humide sur son blog, l’hiver a fait plusieurs incursions dans la période estivale. Le 30 août déjà, 10cm à 2600m, -4.3 à la Corne, puis du 25 au 28 septembre avec 20cm et -11.1°. Suivent en octobre une trentaine de cm répartis entre quatre épisodes frais, plus une quinzaine de journées de gel en montagne. Les pentes nord sont figées dès 2700m, le terrain gelé sur une dizaine de cm. L’épisode du 2 vit des vents du SE à plus de 115km/h, on trouve des congères de 40cm sur une moyenne de 20cm à 2800m. Neige dès 2200m, zones ensoleillées en fonte rapide jusqu’à 3000m, pentes nord en cristallisation. Peu de neige artificielle. En haute montagne c’est hivernal, on observe de petites coulées déstabilisées par le soleil. Parce qu’il fait chaud, 7.9° à la corne samedi, 6.9° lundi 2 novembre. Un rafraîchissement arrive ce mercredi. 
Températures Corne de Sorebois octobre 2020, cliquez pour agrandir.

Comme chaque début d’hiver je photographie Sorebois depuis Le Tônet, près du sentier des Arolles. Un bel itinéraire automnale décrit sur le blog d’Images en ballade. Un couple d’aigles occupe ces contrées, ils se sont posés pour regarder deux intrus dévier du chemin. Des proies? Suffit qu’ils trébuchent…

Samain, Toussaint, Halloween, pas étonnant que les cérémonies se croisent, la période est cruciale pour la nature, l’hiver arrive, plus de marmottes. Les hommes aussi prennent le temps d’une saine réflexion, pensent à leurs défunts ou cachent leurs angoisses derrière des masques. Nous avons perdu la maîtrise de notre survie, un bûcher, un grenier et des granges pleines ne garantissent plus un hiver confortable. Nous vivons en interdépendance économique le plus souvent à flux tendu. La moindre anicroche perturbe tout, la surpopulation dépend du système. Indépendance et liberté ne sont plus que des mots, des concepts. La nature se fout du coronavirus, la morosité ne l’atteint pas, elle rit. Le soleil est au plus bas, l’hiver arrive l’écureuil est prêt, l’aigle se contentera de guetter ses erreurs.

Comme beaucoup d’indépendants et de saisonniers mon avenir immédiat est incertain, j’attends. C’est simple de relever des données pour remplir des classeurs, on ne m’en demande pas plus, les publications sur internet relèvent d’un effort gratuit. Exposer les données et décrire la problématique c’est poser l’équation. En authentique geek les outils numériques m’accompagnent dans toutes mes activités. Je pars donc pour un treizième hiver de mesures, de photos et de petits diagrammes qui ne diront pas ce qui arrive quand il neige, mais qui rappelleront sur quoi tombe la nouvelle couche. 

Je garde exactement la procédure habituelle décrite l’an passé sur l’article méthode des mesures publiées sur Twitter. Je veux publier souvent, rester plus près de l’actualité qu’en résumant les mois. Mais quand il neige je travaille plus, et ne peux interférer avec la communication des remontées mécaniques ou du service de sécurité de la commune. Si la pandémie m’offre du temps, j’améliorerai mes pages numériques. Retrouvez pour comparaison les situations initiales des douze hivers précédents, et espérons un millésime neigeux, froid et glissant.

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Les sorbiers sont gavés, la plupart des fruitiers ont bien donné.

Je n’étais pas seul sur le chemin du Tônet, je roucoule avec Laeti, mon éternel amour. Nous traverserons la saison ensemble dans mon petit mayen en zone rouge. Avec sa présence et son regard les rigueurs de l’hiver seront plus douces, la nature et les hommes plus beaux.