Hiver 2019

Enneigement 2000-2019

Mesure du cumul de neige avec une règle verticale devant un paysage alpin enneigé.

Mesures du cumul de neige à Sorebois 2500m, chaque saison d’hiver du 1er novembre au 30 avril :


Hivers 1999-2000 à 2008-2009

1999-2000 = 490 cm 2000-2001 = 580 cm

2001-2002 = 415 cm 2002-2003 = 390 cm

2003-2004 = 608 cm 2004-2005 = 435 cm

2005-2006 = 560 cm 2006-2007 = 457 cm

2007-2008 = 542 cm 2008-2009 = 677 cm

Moyenne 2000-2009 = 515.4 cm

Hivers 2009-2010 à 2018-2019

2009-2010 = 422 cm 2010-2011 = 243 cm

2011-2012 = 669 cm 2012-2013 = 731 cm

2013-2014 = 502 cm 2014-2015 = 514 cm

2015-2016 = 643 cm 2016-2017 = 411 cm   

2017-2018 = 842 cm 2018-2019 = 608 cm

Moyenne 2010-2019 = 558.5 cm

Moyenne 2000-2019, 20 ans = 536.45 cm

Hiver 2019 – Conclusions

31 mai 2019  –   J’abordais ce nouvel hiver tout ébranlé du précédent, la puissance des éléments avait atteint des extrêmes certes archivés, mais que je n’avais jamais vécu. Bloqué à Ayer la fameuse semaine catastrophique de février 1999, employé sur une installation, je n’avais pas saisi alors la rareté ni les implications de l’épisode. La Suisse a inscrit sa gestion des dangers d’avalanches au patrimoine culturel de l’UNESCO. Un article du Nouvelliste le 24 novembre titrait sur « la suprématie du savoir-faire Suisse« . Quand on sait la part du Bon Dieu en la matière, on reste humble. Une fois le travail effectué dans les règles on prie, ou on espère c’est selon, pour que tout se passe bien. Nos spécialistes rejoignent sur ce coup le panier des crabes qui me sortent chaque année l’absurde « je connais la montagne ».

Le 1er décembre à la Corne, les anges volent très près des cailloux.

L’hiver tarda, les températures anormales de la première quinzaine de novembre empêchèrent l’utilisation des canons à neige. Si bien qu’au retour du froid et des perturbations, l’attente avait remplacé l’appréhension initiale par une folle envie de neige et de glisse. Au passage de Marilou, j’abordais les folies du ciel avec le sourire, comme on retrouve un vieux copain bien allumé. Les premiers entraînements sur neige artificielle animèrent la Corne le 22 novembre, nous ouvrîmes les pistes à la clientèle le 1er décembre pour les week-ends, tous les jours dès le 13. Les 15cm de fraîche au matin du 25  portèrent à 202cm le cumul de décembre. Le temps tourna au beau pour les fêtes de fin d’année, nous étions fiers de nos pistes, de notre pays, et heureux d’offrir des vacances d’hiver exemplaires à la nombreuse clientèle des stations. Début janvier, de jeunes skieuses inauguraient le stade de vitesse de Sorebois. Même à l’entraînement, un choc à ces vitesses nécessite une intervention rapide des secouristes. C’est dans le rôle du vautour que je pris la photo en exergue cet hiver; ces demoiselles attendent leur shoot d’adrénaline, les Aiguilles Rouges d’Arolla et le Grand Combin en arrière-plan. Un peu macho, mais tellement beau!

Le 7 janvier à la Corne de Sorebois.

Les explosifs ont résonné 22 jours dans le vallon, 6 minages concernaient de la neige de printemps. La répartition des grands minages par hélicoptère, les 25.12, 15.1, 12.2 et 15.3 montre l’espacement idéal des gros apports neigeux pendant la saison. L’an passé nous avons eu 13 fois recours au très coûteux minage par hélicoptère. Ajoutez ces économies à l’enneigement et l’ensoleillement des week-ends et principales périodes de vacances pour expliquer les résultats exceptionnels des remontées mécaniques. J’effectuais le premier minage de printemps sur la piste de l’Aigle le 16 février déjà. Sur cette photosphère prise le 28 depuis le promontoire qui domine la combe de Tsirouc, février s’était déguisé en avril pour carnaval. Le froid et la neige revinrent la première quinzaine de mars, glaçant ce manteau, le recouvrant ensuite de bonne poudreuse. Au lendemain du minage hélico décrit dans l’article de mars, le chef m’envoyait miner plus finement le secteur en amont de Barthélémy en cours de damage. Je fus surpris de déclencher une congère assez grandes pour traverser la route et condamner le machiniste à reprendre son travail sur toute la largeur de la piste. A l’analyse, les pentes à altitude et exposition similaires s’étaient toutes déclenchées, j’aurai pu prévoir ce résultat. Pour la moralité de l’épisode, seul celui qui mine par hélico bénéficie d’une vision d’ensemble. Morale de cette morale: faut souvent écouter les vieux.   

Barthélémy le 16 mars. A refaire !

Belle et assez fraîche pour garder la neige en état, la deuxième quinzaine de mars se terminait par le traditionnel lever du soleil sur la Corne de Sorebois. Organisée par les remontées mécaniques le matin du passage à l’heure d’été, la manifestation écourte une nuit déjà amputée d’une heure. Si d’autres patrouilleurs se dévouent, j’évite l’événement qui trouble mes biorythmes. Quand je pense aux nombreuses nuits blanches d’autrefois…
Cette année j’y étais, avec mon trépied et mon appareil photo. La matinée fut au diapason de la saison: paysage grandiose, température et neige agréables, clients aussi nombreux qu’heureux. Pour occuper mes heures de garde et entraîner ma capacité de pellage, j’avais taillé une tranchée à travers la gonfle sur le flanc Est de la Corne. Elle atteignait 240cm de profondeur, preuve d’un hiver bien enneigé et d’un régime d’ouest prononcé. Vidéo a retrouver également sur YouTube pour un partage plus facile.

Lever du soleil à la Corne de Sorebois.

Le rapport climatologique de MétéoSuisse transcrit pour le pays une hiver similaire à celui observé à Zinal, neige et températures dans les normes, avec de belles périodes anticycloniques. Retrouvez ici l’album public hiver 2019, et toutes les mesures sur les feuilles de calcul mensuelles au bout de ces liens: Novembre 2018Décembre 2018Janvier 2019Février 2019Mars 2019Avril 2019 .

Cet hiver, trois accidents mortels dans la profession rappelèrent à nos familles que nous ne partons pas au bureau le matin. Malgré toute la science et l’expérience qu’un homme accumule, il ne connait pas la montagne. On peut, au mieux, appliquer les mesures de sécurité apprises, assaisonner cette science d’un peu d’instinct acquis par la fréquentation assidue du milieu, et espérer que la prochaine leçon ne soit pas trop sévère.

La couche 2019

Novembre fut sec, la neige arriva tardivement mais nous pouvions compter sur un mètre à 2500m pour les vacances de Noël. Nous sommes rarement passés sous cette mesure ensuite. En station à 1700m par contre, nous étions limite pour proposer des pistes de fond et chemins raquettes agréables. L’ambiance est restée hivernale margré tout, avec une trentaine de cm sur les toits à Noël qui allaient persister jusqu’en avril. La plus haute mesure à Sorebois fut de 165cm le 15 mars suite à 83cm de fraîche tombés en six jours, et de  56cm à Zinal le 15 janvier. Le cumul de 608cm place cet hiver parmi les mieux enneigés.

La mesure de la couche tous les 15 jours.
Le cumul par quinzaine.

01.11.2018 = 06 cm, 02.11.2018 = 03 cm, 07.11.2018 = 12 cm, 20.11.2019 = 02 cm, 27.11.2018 = 12 cm, 28.11.2018 = 08 cm Total novembre = 43 cm


01.12.2018 = 03 cm, 02.12.2018 = 04 cm, 03.12.2018 = 15 cm, 04.12.2018 = 09 cm, 06.12.2018 = 03 cm, 08.12.2018 = 07 cm, 09.12.2018 = 12 cm, 10.12.2018 = 20 cm, 11.12.2018 = 18 cm, 16.12.2018 = 23 cm, 17.12.2018 = 15 cm, 20.12.2018 = 05 cm, 22.12.2018 = 24 cm, 24.12.2018 = 29 cm, 25.12.2018 = 15 cm
Total décembre = 202 cm


08.01.2019 = 01 cm, 09.01.2019 = 04 cm, 10.01.2019 = 06 cm, 13.01.2019 = 23 cm, 14.01.2019 = 37 cm, 15.01.2019 = 13 cm, 18.01.2019 = 05 cm, 28.01.2018 = 06 cm, 30.01.2019 = 02 cm
Total janvier = 97 cm


01.02.2019 = 04 cm, 02.02.2019 = 04 cm, 03.02.2019 = 08 cm, 04.02.2019 = 05 cm, 08.02.2019 = 06 cm, 11.02.2019 = 23 cm, 12.02.2019 = 04 cm
Total février = 54 cm


02.03.2019 = 10 cm, 05.02.2019 = 12 cm, 08.03.2019 = 06 cm, 10.03.2019 = 09 cm, 11.03.2019 = 07 cm, 12.03.2019 = 15 cm, 13.03.2019 = 03 cm, 14.03.2019 = 12 cm, 15.03.2019 = 37 cm, 16.03.2019 = 03 cm, 18.03.2019 = 07 cm
Total mars = 121 cm


04.04.2019 = 23 cm, 05.04.2019 = 20 cm, 07.04.2019 = 02 cm, 08.04.2019 = 07 cm, 11.04.2019 = 02 cm, 25.04.2019 = 02 cm, 26.04.2019 = 12 cm, 27.04.2019 = 14 cm, 28.02.2019 = 02 cm, 29.02.2019 = 07 cm
Total avril = 91 cm


Total hiver 2019 = 608 cm

Les records 2019

Rien de très excitant au niveau des extrêmes, ce fut une saison facile à vivre malgré un janvier globalement bien frais. Les mesures sont prises à la station MétéoSuisse de la Corne de Sorebois 2890m, elles ne sont pas contestables. Certains thermomètres placés trop près du sol ou d’une paroi exposée au rayonnement nocturne ont certes affiché des chiffres inférieurs, mais la station très chère de la Corne n’est jamais descendue sous la barre des -20° cette hiver.

Suivent : -17.7° le 12.03.2019 à 03h00, -14.9° le 11.12.2018 à 09h00, -13.6° le 08.12.2018 à 07h00, -12.9° le 19.11.2018 à 18h30

La tempête Marilou début décembre augurait d’un nouvel hiver agité, sa rafale record est « hélas » restée au top toute la saison. De nombreux coups de vent dépassèrent ensuite les 100km/h, ce qui gène considérablement l’exploitation des transports à câbles mais cause généralement peu de dégâts sur le terrain.

Suivent : 108.7 km/h S 186° le 07.03.2019 à 01h00, 106 km/h NW 284° le 04.03.2019 à 14h30, 94 km/h NW 290° le 03.12.2018 à 20h30, 89 km/h SW 202° le 23.11.2018 à 22h30

Ce sont comme d’habitude les valeurs extrêmes de chaque épisode qui sont prises en compte. Si un rafale à 130 est enregistrée le 10 décembre, c’est le record du 9 qui est pris en compte. Idem pour les températures. 

La nébulosité 2019

Cet hiver fut marqué par des périodes de beau temps idéalement placées. La semaine de Noël, la deuxième quinzaine de février pendant les vacances de carnaval de nos plus nombreux clients, la deuxième quinzaine de mars et beaucoup de week-ends furent beaux, les skieurs profitèrent de la neige, du soleil et du panorama exceptionnel de notre fond de vallée. Les remontées mécaniques jubilent, la citation suivante provient du Nouvelliste du 29 avril :

«Une saison record, la deuxième de suite», affirme PB, directeur des remontées mécaniques de Grimentz-Zinal. «L’année passée nous avons dépassé les 400 000 journées-skieurs pour la première fois. Cette saison nous faisons 9,5% de plus pour arriver à 449 000 et le chiffre d’affaires progresse de 12%.»

La nébulosité est estimée à 8h du matin depuis Sorebois, en % du ciel visible occupé par des nuages. J’ai compté 76 matinées parfaites, 34 où les nuages occupaient entre 10 et 50% de la voûte céleste. Sur les 71 jours présentant une nébulosité de 55% et plus, 43 ne laissaient aucune place au bleu du ciel. La proportion était de 53/46/82 l’hiver 2018.

Le danger 2019

Le SLF publiait déjà un bulletin national début novembre suite à la cinquantaine de cm tombés fin octobre. Généralement, le danger estimé par la vénérable institution basée à Davos correspond à nos estimations locales, nous sommes plus souvent gênés par un degré trop élevé que sous-estimé. Si le chef de sécurité peut adapter le danger vers le haut, il ne se risquera jamais à l’abaisser. Une nouvelle tendance tend à placer les régions en degré 4 après de fortes chutes de neige, même si la situation ne correspond pas exactement au texte. Ces matins-là, nous ne comprenons la réalité du terrain qu’après les premiers minages, je pense que devant l’inconnu, mieux vaut surestimer le danger. Un degré 4 fort aide à nos efforts de prévention. l’échelle de danger d’avalanches du slf au bout de ce lien.

Sur les 181 jours observés, 34 étaient en degré 1, 84,5 en degré 2, 57,5 en degré 3. Dès la mi-février, le réchauffement diurne augmentait parfois le danger, compté alors en 1/2 journée. 18 jours affichèrent un degré évoluant à la mi-journée. les 10 et 12 décembre, 14 et 15 janvier et 15 mars furent placés en degré 4 après de fortes chutes de neige.

Avril 2019

J’avais trois jours de cours à Vercorin du 3 au 5 avril, et loupais un épisode qui emmena 43cm de neige sur une sous-couche encore dure et stable. Les collègues repartirent à la mine, la matinée ensoleillée du 5 permit l’intervention de l’hélicoptère. En rentrant, je traçais mon chemin dans 30cm de fraîche, mon champ de mesure à Zinal arborait fièrement 51cm à la règle. Si l’enneigement à 2500m fut excellent cet hiver, la couche n’a jamais atteint les 60cm en station. Le redoux rapide compactait le neige vendredi 5, les bombes des collègues ne déclenchèrent que quelques combes remplies par des vents fluctuants. La journée devait être grandiose à skier, mais la chaleur puis le regel d’une nuit fraîche gâchèrent le ski du week-end, qui fut croûteux sauf sur les pentes plein Nord au-dessus de 2600m.

Les températures remontèrent encore par la suite, et le soleil d’avril pourrit le manteau rapidement. Les soucis liés à la neige de printemps revinrent, nous devions fermer des secteurs l’après-midi et miner les pentes exposées au soleil en amont des pistes ouvertes.

Inversion le 13 avril à 11h, ciel cristallin au-dessus de 2700m.

Il manque, je le répète chaque année, un effort de prévention sur les dangers de la neige de printemps auprès du grand public. La neige pourrite, mouillée sur toute l’épaisseur du manteau, ne doit pas être skiée, on sort des pistes jusqu’à l’apéro puis basta. Le neige mouillée est imprévisible, une boulette provoque parfois d’énormes avalanches, nous ne pouvons pas déclencher toutes les boulettes du domaine. Seules les pentes qui mettent en danger les pistes ouvertes sont traitées. La règle est valable en haute montagne; nous observions le 18 avril deux alpinistes qui gravissaient la face Nord des pointes de Mourti à 13h, chacun allant de son commentaire sur la dangerosité de l’expédition et la folie des hommes. Vers 15h, nous retrouvions nos deux compères en vrac au fond de la pente. Il semble que le premier engagé dans la descente aie déclenché la coulée qui l’emporta jusqu’au fond. le deuxième put le rejoindre mais sa trace montre qu’il n’en menait pas large. Sans mal, quasi miraculée, la victime qui avait perdu ses skis fut évacuée en hélico. Quand je vous dis que la montagne pardonne beaucoup !

La pointe de Mourti le 18 avril à 15h. Cliquez pour agrandir.

Les minages les plus tendus ne sont pas les plus spectaculaires. Le samedi 20, nous partions miner les pentes en amont de Combe Durand pour espérer ouvrir l’installation les dimanche et lundi de Pâques encore bien fréquentés. En passant par l’arête, nous avons déclenché facilement les portions en amont de la route qui mène à Barthélémy. Puis il fallut s’engager dans le terrain pour déclencher la grosse face où j’avais effectué un profil le 5 février. Alors que nous étions sûrs d’obtenir un bon résultat, nous n’avons déclenché que des languettes, la neige était si visqueuse que l’ensemble ne décrochait pas. Je tenais en surface pour atteindre le dernier point de tir, plaçais 5kg de Tovex, puis m’enfonçais jusqu’au sol en fuyant la zone. Le temps est relatif, les 90 secondes des mèches passent bien plus long à l’abri derrière une arête que lorsqu’on évalue mal son chemin de fuite. La charge ne déclencha pas la pente, le chef de la sécurité jugea la zone suffisamment ébranlée pour permettre aux machines de préparer les pistes pour le lendemain.

Minage de printemps le 20 avril à Combe Durand.

Nous avons fermé les installations le mardi 23, alors que nous restons habituellement ouverts la semaine après Pâques. Je ne commente pas cette décision de la direction, beaucoup s’en sont plaints dans les bistrots, aucun lors de l’assemblée des actionnaires. J’étais pour ma part heureux de terminer cette longue saison, je travaillais depuis le 5 novembre six jours par semaine. Le mercredi 24, une nouvelle tempête balayait la montagne vide, une rafale à 111 km/h monta sur la troisième marche du podium saisonnier. La fin du mois resta maussade et ajouta 37cm au cumul, ce qui porta le total de l’hiver à 608cm. La dernière semaine, j’ai utilisé les mesures de la sonde de Tracuit.

Retrouvez les données du vallon de Zinal à 8h sur la feuille de calcul avril 2019 et le bulletin climatologique d’avril sur le site de MétéoSuisse.

Mars 2019

Après un réchauffement jusqu’en haute altitude fin février, nous avions sécurisé la plupart des pentes problématiques en amont des pistes. Si bien que le coup de froid début mars, gelant le manteau en profondeur, nous permit d’accueillir les nouveaux apports sur un substrat favorable. La première quinzaine du mois des giboulées, selon un dicton souvent vérifié, vit une série de perturbations d’Ouest emmener une septantaine de cm sans dépasser la quinzaine par matin. De petits minages de vérification suffirent à garder la maîtrise de la situation, malgré des vents forts avec trois pics dépassant les 100km/h. Dans la nuit du 15 mars, une mesure NW atteint les 99km/h, ce dernier épisode de la série fut le plus intéressant. Il apporta 37cm de fraîche sur un manteau devenu complexe, avec de nombreuses petites couches successives déplacées par des vents variants du SSW au NNW. La météo défavorable du 15 au matin cachait nos résultats, nous minâmes le centre du domaine mais attendions l’éclaircie prévue en fin de journée pour avoir une vision d’ensemble, et effectuer le grand minage en hélicoptère. Il fut plutôt décevant sur le secteur Zinal, plus efficace à Bendolla où les épisodes successifs d’ouest avaient gavé les nombreuses pentes exposées Est et difficiles à atteindre à skis. Encore une fois à Zinal, l’avalanche de la Lée assura le spectacle.

Le point de minage à 3150m emporte la neige d’une vaste face qui déborde ensuite dans les falaises des Gardes de Bordon, passé ce point c’est une chute quasi libre jusqu’aux plats de la Lée. Une fois les pistes de ski de fond évacuées, aucune infrastructure en aval n’exige une minage à mi-pente qui réduirait la puissance du phénomène. Cette spectaculaire avalanche est souvent déclenchée par une unique bombe. Et quel spectacle depuis la station! Ce vendredi 15 mars, le résultat allait surprendre les nombreux promeneurs du week-end, et les montagnards en chemin vers la haute montagne qui traversent ce passage obligé vers le fond du vallon.

Avalanche de la Lée du 15 mars prise de drone par Boris.

Au lieu de s’étaler au fond des falaises, la neige glissa en longues traînées à travers la vallée, jusqu’à la rivière pour la plus imposante. Comme quelques photos parlent mieux qu’une longue description, visitez l’article de notre amis Claude sur le blog images en ballade. On voit que la neige de l’avalanche a glissé sur les plats, créant en certains endroits de véritables allées bien lisses au milieu du chaos des blocs. Ce phénomène plus que la quantité de neige permit à certains bras de la coulée de progresser loin. Je n’ai pas eu loisir d’aller tenter d’analyser le terrain, j’avais déjà observé cette curiosité 23.12.2013, quand l’avalanche de Singlinaz avait largement débordé sur la piste de ski créant aussi de longues allées et des murs lisses au milieu des blocs. Dans les deux cas, une puissante et rapide avalanche déclenchée en poudreuse rencontra plus bas de la neige lourde et mouillée sur un substrat bien tassé.

Le week-end suivant resta tendu, un minage fin samedi matin révéla de nombreuses petites plaques résiduelles une centaine de mètres sous les arêtes. Comme nous ne pouvons pas miner toutes les plaquelettes qui ne menacent pas directement les pistes, certains se sont fait peur. Encore une fois, la Montagne s’est montrée clémente.

La falaise en aval est souvent plus dangereuse que la neige.

Une situation anticyclonique persistante éclaira la fin du mois, la fraîcheur des nuits claires laissait un manteau bien stable en journée, nous libérant du gros soucis du risque d’avalanches sur le domaine skiable. Le mois se termina par une superbe journée ensoleillée, 150 personnes profitèrent du lever de soleil depuis la Corne de Sorebois le dimanche 31.

Mars 2019, cliquez pour agrandir.

La température moyenne à la Corne à 8h de -6.6° fut 2° plus élevée que l’hiver 2018, déjà trop chaud pour un mois de mars à 2900m. Avec 121cm de neige tombée ce mois, nous avons dépassé la moyenne saisonnière des 30 dernières années alors qu’il reste tout avril pour améliorer ce score. Vous pouvez consulter la feuille de calcul des mesures du vallon et le bulletin climatologique mars 2019 de MétéoSuisse au bout de ces liens.

Février 2019

25.03.2019   Février commença par quelques modestes apports, 21cm répartis sur les quatre premiers jours du mois. Juste de quoi recouvrir un substrat de vieille neige, fortement transformé par les basses températures et le ciel clément de janvier. Nous avions une couche bien régulière de plus d’un mètre au-dessus de 2500m, le profil réalisé le 5 montre la bonne cohésion du manteau sur les pentes NW à SE. Le soleil et le vent avaient dégarni les autres expositions, la couche moindre y subit une transformation plus radicale; on trouvait sous la neige fraîche de gros cristaux, parfois façonnés par le gel-dégel autour des cailloux et des taches herbeuses.

Un épisode emmena une trentaine de cm du 10 au 13. Les vents d’abord NW virèrent plein Nord le 11, avant de s’essouffler lentement. Deux rafales furent mesurées à plus de 100km/h le 10; c’est la constance plus que la puissance d’Eole qui poussa la neige dans les combes, et bas dans les pentes. Après la tempête, les plaques décorées de vaguelettes étaient faciles à repérer, les arêtes et les bosses pelées. Bien que satisfaisant et utile, le minage resta modeste. C’est pour utiliser les images plus que pour montrer la meilleure manière de tester la stabilité d’une pente que je publie cette vidéo: 

Le soleil occupa le ciel le reste du mois, alourdissant rapidement la neige fraîche en surface. Déjà le 12 dans l’après-midi, des skieurs engagés dans la zone de tranquillité du gibier sous le téléphérique de liaison déclenchèrent une coulée qui traversa avec puissance la route de Tsirouc. Inquiétés par la soudaineté du réchauffement, nous avons contrôlé assidûment les pentes Sud-Est en amont des pistes ouvertes. Le 14 février je déclenchais à skis une plaque qui traversa la route de la Latta. J’y retournais le lendemain avec des explosifs et nettoyais facilement tous les talus en amont de la piste. De petites coulées de neige mouillée entraînaient plus bas la totalité du manteau.

La Latta 2150m le 15 février.

Les dernières neiges alourdies et cohérentes partaient en plaques sur le substrat de gros sel. Il suffisait de trouver des zones plus fines, mouillées jusqu’au sol, pour provoquer de petites coulées qui entraînaient ensuite toute la masse en aval. Quelques jours plus tard, nous avons effectué la même opération en amont du Chiesso avec les mêmes résultats.

Le Chiesso 2400m le 18 février.

Il fallut attendre la fin du mois pour nettoyer une pente plus vaste exposées pareillement avec une zone de déclenchement à 2800m. Résultat spectaculaire sur cette face régulièrement skiée près des pistes. Bizarrement, les dépôts de ces coulées étaient constitués de gros blocs cohérents, mais quasi secs…

Le Col 2700m le 27 février.

Le bulletin climatologique février 2019 annonce un des cinq févriers les plus chauds depuis le début des mesures. L’article précédent relate mes observations de phénomènes habituellement printaniers, le climat ne cesse de nous surprendre. Les vacances de carnaval de nos amis genevois et vaudois furent parfaitement enneigées et ensoleillées, et la vie en montagne agréable. Le graphique résume une fin de mois parfaite, retrouvez la feuille des données au bout de ce lien. Je note une température moyenne à 8h à la Corne de -4,45°, elle était de -13.1° l’an passé.

Le 19, une avalanche recouvrit une vaste portion de piste ouverte à Crans-Montana. Un patrouilleur en intervention de secours y perdit la vie. Le caractère inhabituel de la coulée et les circonstances du drame laissent la profession dans un profond désarrois. Je transmets toute ma sympathie à la famille et aux amis de ce collègue, victime d’une fatalité sans pitié.

Les baleines de Moiry

09.03.2019  –   Depuis la Corne de Sorebois, le panorama permet d’observer les domaines skiables d’Anniviers, les hautes montagnes qui couronnent la vallée, et au Nord jusqu’au préalpes bernoises. L’observation des pentes permet une estimation de la situation avalancheuse dans toute la région.

On accède facilement au vallon de Moiry par le col de Sorebois, de nombreux skieurs traversent le barrage. La zone est sauvage, jamais minée, trois personnes y ont perdu la vie depuis 2000.

On observait déjà des « gueules de baleines » suite au redoux de Noël, ces fissures du manteau neigeux se trouvent en amont de portions du manteau en cours de glissement. Cette page du site slf explique parfaitement le phénomène, qui se produit principalement quand le terrain n’a pas gelé avant d’être recouvert de neige. Dans la pratique, ceux-qui-savent évitent de passer en aval de ces plaques susceptibles de se déclencher n’importe quand et insensibles au minage. Depuis mi-février, j’observe et photographie l’évolution de quatre zones sur la rive gauche du vallon de Moiry. Des traces humaines sillonnent la montagne en tous sens cet hiver clément, toutes les pentes sont déflorées. De nombreux skieurs s’aventurent à l’aveugle, on les voit remonter à pied quand ils s’aperçoivent qu’ils skient des lignes sans issue en amont des falaises. Les règles élémentaires sont constamment violées par des montagnards du dimanche qui jouent leurs vies à la roulette. On la dit cruelle et meurtrière, mais la Montagne pardonne 99,99% des affronts qu’on lui fait.

Avalanche en plaque entre deux zones de glissement. Cliquez pour agrandir.

Sur cette photo du 17 février, trois personnes ont skié entre deux gueules de baleines. Je n’aurais pas osé m’approcher de ces glissements actifs, c’est pourtant une plaque sèche alourdie en surface par le soleil qui croise les traces de ces téméraires. Je ne sais s’ils sont passés avant, pendant ou après le déclenchement de cette plaque qui infirme les théories.

Gueules de baleines en rive gauche du vallon de Moiry.

Le 25 février, deux nouvelles fissures plus au nord menaçaient le passage très fréquenté à la sortie ouest du barrage. Comme le déclenchement de ces coulées est indépendant de la température ambiante, une épée de Damoclès menaçait à toute heure ce passage. Au 1er rang des suicidaires, des skieurs empruntèrent l’étroit couloir menacé par le glissement à droite de l’image. Le même jour à 15h, je constatais que la zone en amont du barrage avait lâché, ensevelissant sur 20m ce passage obligé et la sortie du mur.

Avalanche de glissement le 25.2.2019 entre 11 et 15h.

Au soir, aucune disparition n’était signalée; nous aurions su où chercher. Si vous doutez de la générosité des montagnes, essayez de compter les traces des skieurs qui passèrent joyeusement, certainement en toute inconscience, sous cette masse en glissement. Des secteurs du domaine skiable sont parfois fermés pour une petite zone menacée. Ceux qui bravent les barrages jouent leurs vies à la roulette, avec un gros barillet certes, mais le drame accompli ne laisse aux survivants que d’éternels regrets. 

Profil pente Est 5 février 2019

05.02.2019   –    Cette pente orientée Est est représentative de ce qu’on peut trouver dans le domaine freeride. Elle ne s’est pas déclenchée cette saison, nous la minons régulièrement car elle menace directement le téléski et les pistes de Combe Durand. J’ai effectué le profil dans une partie vierge de 35°-37° juste en amont d’une zone atteignable depuis l’installation régulièrement skiée. 

Après un janvier frais aux nombreuses nuits étoilées, je pensais trouver de gros cristaux. La couche de 140cm a modéré le gradient, la vieille neige est principalement constituées de faces planes aux grains faciles à séparer, qui forment pourtant un ensemble bien cohérent et dense. La couche au contact du sol se mélange aux pierres, elle n’est pas assez épaisse pour constituer une faiblesse. On distingue ensuite la neige de novembre sale, les apports de décembre en 3ème et 4ème strates, puis l’épisode de mi-janvier; ces couches sont tassées et se délitent en blocs friables. Vient ensuite une couche faible transformée en surface la deuxième quinzaine du mois puis les petits apports des premiers jours de février.

Le bloc glissant montre un ensemble solide, avec quelques fragilités entre les strates, en insistant. Comme souvent quand la couche est épaisse, le poids écrase les faiblesses. Cet ensemble restera stable jusqu’au printemps, mais nous parvenons presque chaque année à déclencher cette pente quand toute l’épaisseur est mouillée. 

 

Janvier 2019

12.02.2019   –   L’année commença dans des conditions de rêve, neige, soleil, stations pleines, peu d’accidents. La neige poudreuse et la largeur des pistes garantirent de bonnes conditions sécuritaires sur le secteur Zinal; aucune collision conséquente malgré la fréquentation du domaine. Le danger d’avalanches est resté limité jusqu’au 9, puis Davos trouva bon de l’augmenter au niveau 3 sans que les conditions changent réellement chez nous.

L’épisode intéressant du mois vit 73cm s’ajouter du 13 au 15 dans un courant soutenu d’Ouest virant Nord en fin d’épisode. la plus belle rafale fut mesurée à 113.4 km/h 339° NNW le 14 janvier à 5h00, record du mois et deuxième mesure depuis novembre. Le gros des vents en fin d’épisode accumula la neige dans les pentes Est à Sud, ce qui changea radicalement le… sens du problème. Alors que les pentes Nord avaient mobilisé notre attention jusque-là, nous avons trouvé de belles accumulations de l’autre côté des arêtes mi-janvier.

Lors du minage régulier des pentes exposées en cours de tempête, le substrat de vieille neige permit des résultats faciles. Sur les Gardes de Bordon, les avalanches spontanées et les tirs de Gazex firent l’essentiel, l’avalanche de la Lée assura seule le spectacle au minage hélico du 15. Boris de Swiss-Fly promena son drone sur le domaine pendant la préparation des pistes, à voir sur sa chaine YouTube.

A Grimentz, l’épisode accumula la neige sur les flancs du vaste cirque de Bendolla orienté Sud-Est, ces pentes difficilement atteignables à ski attendaient l’hélico pour un premier minage, qui fut spectaculaire, filmé par un patrouilleur sur les pistes et par l’assistant de vol dans l’hélico. Les images firent le buzz dans les médias, elles montrent bien le fragile équilibre du manteau neigeux et la force des éléments auxquels sont confrontés les préparateurs de pistes après une tempête. Les journées du 14 et du 15 affichaient un degré 4 moyennement exagéré, les infrastructures et les routes en vallée n’ont jamais été menacées. Les médias ont rapporté deux accidents dans la profession, un jeune patrouilleur est décédé dans une avalanche aux Portes du Soleil et deux collègues Français ont explosé avec leurs charges. L’erreur est vite faite, fort de mes 25 saisons à Sorebois, dans la tempête du 14, j’ai confondu deux zones de tir avant qu’une éclaircie révèle mon erreur. Le reste du mois fut glacial sans s’approcher des extrêmes, nous n’avons pas franchi la barre des -20° à 2900m, mais nous ouvrions les pistes par -15° quasi tous les matins. L’épaisseur de la couche dès 2200m empêcha une transformation excessive, la quarantaine de cm sous les 2000m subit une métamorphose de toute l’épaisseur qui devint gros sel, même sur les secteurs déjà tassés. 

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Le bulletin climatologique janvier 2019 de MétéoSuisse montre de grandes disparités dans le pays, les Grisons furent copieusement enneigés comme le bas du canton et les préalpes vaudoises. Dans le centre, nous avons vécu un janvier tranquille, sans accident d’avalanche, sans extrême climatique. L’élévation brusque de la température de surface le 11 dans le diagramme ci-dessus résulte d’une erreur, la feuille des données janvier 2019 est corrigée. Voici quelques chiffres pour comparer l’incomparable, soit les premiers mois des années 2018 et 2019 :

En janvier 2018, la température moyenne à 8h à Zinal était de -2° pour -7.2 à la Corne de Sorebois. Il est tombé 335cm de neige, la plus belle rafale à la Corne atteignit 155 km/h.
En janvier 2019, la température moyenne à 8h à Zinal était de -7,45° pour -12.2° à la Corne de Sorebois. Il est tombé 97cm de neige, la plus belle rafale à la Corne atteignit les 113 km/h.

Le redoux de Noël

On parle souvent du « redoux de Noël », je me suis amusé à rassembler dans un tableau les températures à la Corne de Sorebois 2900m à 8h pour les mois de décembre de 2013 à 2018. Force est de constater que ces six dernières années, les températures ont subi une hausse significative du 21, solstice d’hiver,  au 24 décembre. Retrouvez les données au bout de ce lien .

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Le cadeau de Noël

Décembre 2018  –  Les frasques de Marilou n’avaient pas laissé suffisamment de flocons pour garantir un enneigement correct avant les fêtes de fin d’année, les stations scrutaient anxieusement la météo. Un flux du Sud emmena 38cm à 2500m les 15 et 16 décembre, de quoi améliorer nettement la situation en altitude, la vallée était enneigée depuis Vissoie, on mesurait 30cm à Zinal et plus de 70cm à Sorebois. La neige accumulée dans les pentes Nord bien nettoyées après Marilou restait en place, nous pouvions enfin profiter d’un ski hors-pistes de qualité dans les zones peu pierreuses. Mais pour jouir pleinement du relief de nos montagnes, nous devons dépasser le mètre au champ de mesures. Noël et le 1er janvier tombaient un mardi, les stations seraient bien peuplées pendant toute la période; beaucoup de propriétaires fêtent la nativité chez eux, les chalets se remplissent habituellement le 26. Le scénario idéal emmène une belle quantité de neige juste avant la période, puis du soleil pendant les vacances. C’est le cadeau de Noël du Ciel pour les stations de ski et les sportifs en cette fin d’année 2018, le tout accompagné du fameux redoux de Noël. Trop beau! Ce sont 73cm de neige qui ont porté le cumul saisonnier à 245cm du 20 au 25 décembre. Des vents modérés mais réguliers d’Ouest ont accumulé la neige dans le vaste cirque ouvert sur l’Est où nous skions.

Les vents à la Corne de Sorebois du 15 au 31 décembre 2018, cliquez pour agrandir.

Des minages réguliers et l’utilisation des nouveaux Gazex sur les Gardes de Bordon évitèrent les accumulations capables de provoquer des problèmes, sur le domaine skiable comme en vallée. Seul bémol, la pluie atteint la limite des forêts, il restait assez de neige en station pour ouvrir les pistes de ski de fond et de luge, mais pas de quoi damer la piste de l’Aigle. Le minage final du 25 décembre montre qu’il restait assez de matière sur les Gardes pour provoquer des avalanches de vallée spectaculaires.

L’avalanche de la Lée déclenchée par hélico le 25 décembre.

Quelques pentes Nord qui n’avaient pas encore cédé se purgèrent au terrain, l’image ci-dessous montre le résultat d’un minage sur la Corne de Sorebois côté Tsirouc. La corniche emporta toute la neige du couloir loin sur le replat 500m en aval. Sur la droite, on distingue une coulée déclenchée par des skieurs téméraires passés avant l’équipe de minage.  

Tsirouc après le minage du 25 décembre.

A l’arrivée des vacanciers le 26, nous avions plus de 110cm sur les pistes, un anticyclone puissant garantissait plusieurs jours de soleil et des températures plus qu’agréables pour la saison. La période battit tous les records de fréquentation. Le 29, le danger d’avalanches descendit au degré 2 limité; un minage des couloirs Nord du domaine Freeride avant son ouverture confirma la stabilité du manteau. Dans le paysage, de nombreuses gueules de baleines s’ouvraient sous l’effet du mercure dans l’air comme au sol qui n’est gelé que sur les versants Nord au-dessus de 2600m; et encore, à faible profondeur! Les collègues de Grimentz étaient confrontés aux problèmes de reptations sur les zones habituelles en amont de la Tsarva et du Val d’Abondance. Le problème survient normalement mi-février, rarement plus tôt.

La Tsarva et le Val d’Abondance le 29 décembre.

Le bulletin climatologique décembre 2018 de MétéoSuisse indique des températures 1.6° au-dessus de la norme, au niveau national s’entend. La moyenne des températures prises à 8h à la Corne de Sorebois était de -9,21° l’an passé, pour -6,18° ce décembre. Deux jours étaient placés en degré 4 fort, mais la situation n’a pas nécessité de fermeture de route ni d’évacuation. Nous avons vécu un mois idéal, et des vacances de fin d’année magnifiques à Grimentz-Zinal. Le tableau ci-dessous résume les mesures du vallon à 8h tous les matins, les données complètes sont publiques au bout de ce lien, comme l’album Hiver 2018.

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Profil pente N 31 décembre 2018

Les fêtes de fin d’année furent magnifiques pour les domaines skiables situés au-dessus de 2200m. Avant de décrire la période, je publie un profil réalisé dans une des rares pentes Nord restée intacte, la faible déclivité de la zone permet à l’ensemble du manteau de rester en place. Réalisé 20 mètres sous l’arête, les 165cm résultent en partie des accumulations dues aux vents du Sud. Je n’ai pas osé m’aventurer plus bas, j’aurais trouvé les mêmes faiblesses dans un manteau d’un mètre environ. Cette pente résiste aux skieurs mais continue à se transformer en profondeur, je ne la raterai pas au prochain minage si la surcharge de fraîche s’avère suffisante.

On trouve au sol de beaux gobelets, les fortes pentes sont parties sur cette strate extrêmement fragile. La neige jusqu’à 55cm date d’avant le 10 novembre, elle est sale et bien métamorphosée. La troisième strate à 20cm résulte certainement d’un apport de neige artificielle, on trouve des canons à 40m du profil. La grosse faiblesse à 47cm formée de gros cristaux s’est transformée en surface pendant la période sèche du 10 au 25 novembre. On trouve ensuite les différents apports de décembre, avec la neige dense accumulée par Marilou de 73 à 104cm. Le vent du Nord des derniers jours de 2018 forma la petite croûte qui chapeaute l’ensemble. Au test de stabilité CT, les dernières neiges se sont écroulées rapidement mais sont trop fines pour constituer un danger. La strate fragile a lâché au 14ème coup, un résultat moyen.

Le danger que constitue ces deux couches faibles ne subsiste que sur les versants Nord de faible et moyenne déclivité. Les pentes de plus de 40° sont purgées, spontanément ou artificiellement. La métamorphose importante pendant ces vacances ensoleillées accentue lentement mais sûrement l’instabilité des rares champs de neige Nord encore intacts.

Marilou

11.12.2018 – 22h     A la journée quasi printanière du 7 succéda l’hivernal samedi 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, jour de neige annoncé. Les remontées mécaniques ont fonctionné, le pic du jour est mesurée à 16h avec un modeste 76km/h d’Ouest. Le vent augmenta toute la nuit avec plusieurs rafales à plus de 100km/h. Dimanche à 10h la faible quantité de neige tombée et une brève accalmie permirent l’ouverture des installations centrales… une bonne heure avant que la plus grosse montée en puissance de l’épisode ne surprenne les courageux clients. Le record est établi à 136km/h 301° à midi. Pour faire une phrase, je n’ai point ouï dire que quelqu’un se fut plaint de la fermeture des installations. Lundi 10, dans un decrescendo symétrique, la désormais baptisée tempête Marilou tirait sa révérence.

Vents mesurés à la Corne de Sorebois. La crevasse au centre du graphique représente dimanche entre 10 et 11h.
Le pic est à midi. 

Mardi matin, quelques derniers nuages se dissipaient au lever du soleil, pour disparaître totalement vers 9h. La journée fut limpide et fraîche, record saisonnier battu à 9h avec -14.6°, toujours à la Corne. Nous avons trouvé des arêtes pelées par trois jours de vents appuyés. Les 60cm reçus ces derniers jours sont concentrés en plaques faciles à repérer dans les hauts, en vastes champs de poudre tout à fait intéressants à mi-pentes. Le danger passé à 4 samedi était redescendu à 3. Nous avons miné toute la journée avec de beaux résultats et du bon ski. Les plus grandes pentes visiblement gavées de neige se déclenchent facilement, les modérées tiennent. On mesure une couche régulière de 60cm à 2500m, de 25cm en station. Notez que bulletin climatologique de novembre est publié.

Sur le minage filmé ce matin, un patrouilleur devance le mineur qui ne voit pas la pente depuis la position de tir. A la place de l’observateur et dos au soleil, j’ai regretté le trépied. Les occasions de prendre de bonnes images sont rares, on rampe souvent dans la tempête. A voir également sur YouTube.

Couche de fond, qui fond

10.12.2018   C’est la providentielle chute des températures mi-novembre qui sauva notre début de saison, permettant l’enneigement artificiel du domaine. Malgré l’apport d’une vingtaine de cm en fin de mois, Il ne restait qu’un peu de neige naturelle dans les pentes Nord et les zones ombragées comme Tsirouc et la Combe Durand début décembre; la neige s’y métamorphosait lentement, mais sûrement. Le graphique et les données du mois de novembre relate une période trop chaude, trop sèche, suivant l’habituelle rengaine. Début décembre apporta une trentaine de cm de neige fraîche déplacée par des vents d’Ouest juste sous la barre des 100km/h. Lundi 3 vers 22h, de premières petites avalanches de vallée s’abattaient sur les plats de la Lée.

Mercredi 5 au matin après deux jours de congé, sous un ciel magnifique, je voulais tester le premier couloir sous la route de Tsirouc. La neige s’accumule sur le sommet de cette pente qui se déclenche facilement, je soupçonne un flux géothermique d’accélérer la métamorphose des couches au contact du sol… Hypotèse… Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu à couper la plaque, mon approche suffit à déclencher tout le couloir, largement, jusqu’à la première digue. En fin de semaine, tous les petits déversoirs adjacents s’étaient purgés spontanément, et le passage d’une machine vendredi déclencha une vaste zone sous la station du téléphérique de liaison jusqu’au couloir Meyer. Nous pouvons considérer que les pentes Nord de plus de 35-40° ont toutes été brassées, ce qui devrait améliorer la stabilité des prochains apports.

Il n’y a pas asssez de neige pour skier hors-pistes, on touche partout les cailloux et le risque d’avalanches n’est pas négligeable. Le degré « marqué » affiché dès lundi 3 est justifié. Outre le risque d’être emporté sur une longue distance au contact des cailloux, on peut se retrouver dans les digues encore vides sous plusieurs mètres de neige. Rassurantes pour certains, les digues constituent des diableries qu’aucun équipement n’exorcise. Un corps même rapidement détecté sous 3m de neige à peu de chance d’être récupéré intact.

Le reste de la semaine, les températures tassèrent, puis humidifièrent voire mouillèrent, la cinquantaine de cm en place à 2500m, n’épargnant que les Nord-Nord-Est jusqu’à 2900m. MétéoSuisse annonçait une dégradation pour le week-end avec un apport de neige significatif. Vendredi 7 fut carrément printanier, sous un soleil radieux, le mercure affichait 3° à 3000m. Les machinistes roulèrent la neige en place sur les pistes naturelles, elle durcira et constituera une couche de fond idéale. Je profitais d’un moment dans l’après-midi pour relever le profil publié dans l’article précédent. La couche se tassa jusqu’à 38cm au jalon. Dès le départ du soleil, la surface gela. 

Le Zinalrothorn et le Besso vendredi 7 vers 14h.

Profil pente NE 7 décembre 2018

07.12.2018   Le seul logiciel efficace pour dessiner un profil nivologique que j’ai pu tester appartient au SLF, il permet aux observateurs rémunérés d’envoyer des données sous copyright. Je retranscrit habituellement mes relevés sur papier que je scanne, ou modifie un profil vierge avec un logiciel de dessin. Le site snowpilot.org permet de créer et partager facilement des profils plus ou moins sophistiqués selon la précision des relevés.

La situation est atypique et mérite un article que j’espère publier demain, nous avons vécu une journée printanière avec +3° à 13h à la Corne de Sorebois. De demain samedi à mardi, MétéoSuisse annonce plusieurs fronts tempétueux, qui nous valent une alerte vent de degré 3 avec des rafales possibles de 150km/h, et une alerte neige de degré 3 avec 90 à 110cm possibles au-dessus de 1400m. Tout ça sur un substrat compliqué, nous avons encore provoqué aujourd’hui de grosses coulées sur les pentes Nord. Si les prévisions se confirment, la semaine prochaine sera sportive.

Pour réaliser ce premier profil sans prendre de risque, j’ai choisi une petite pente exposée NE à 2500m près de l’Avalanche Training Center et de mon champ de mesures. Les plats à proximité étaient mouillés sur toute l’épaisseur du manteau. Si la couche déjà travaillée regèle avant le nouvel apport, elle constituera un fond idéale pour les pistes damées, mais de nombreux pièges subsisteront longtemps en Montagne.

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Les neiges d’antan

25.11.2018 – 18h     Le bulletin climatologique octobre 2018 montre un mois exceptionnellement doux et ensoleillé comme prévu, la surprise vient « des plus basses pressions jamais atteintes depuis le début des mesures », en fin de période. Alors que j’avais pour ma part remarqué des pressions anormalement hautes pendant l’épisode anticyclonique. Températures, pressions et précipitations jouent au yoyo d’un extrême à l’autre. La première quinzaine de novembre montre des courbes de températures largement trop élevées pour l’enneigement technique. Ces dernières années, Zinal parvint à proposer avant le 10 novembre des pistes d’entraînement aux compétiteurs. Un chute brutale du mercure le 17 permit enfin de produire de la neige de qualité en-dessus de 2500m. Le graphique ci-dessous montre les températures à 8h du matin, vous pouvez retrouver les données exactes en suivant ce lien vers le graphique interactif. Une situation foehnique modérée a prédominé la première quinzaine de novembre. La nuit passée, un bref épisode du Sud-Ouest souffla sur nos monts, une rafale mesurée à 89km/h établit un record provisoire.

Complété en fin de mois. Cliquez pour agrandir.

Les usines à neige de tout le canton produisent depuis le 17 au matin; du moins dans les stations de haute altitude, peu exposées au soleil, qui profitent d’un bon approvisionnement en eau, car la sécheresse sévit toujours. Le sud des Alpes enregistre plus de 200% des précipitations normales, la Romandie reste à 30%, la semaine à venir ne rattrapera pas ce retard et le froid fige les eaux de surface. C’est sec à l’os, mais le danger d’incendies reste sur 1 faible. A n’y rien comprendre…

L’arête de Sorebois le dimanche 18 novembre à 15h30.

J’ai titré cet article « les neiges d’antan », du latin ante annum, l’an dernier. Ce sont bien les neiges de l’an passé qui ont rempli le barrage de Moiry où les remontées mécaniques puisent l’eau pour l’enneigement technique. Ces mêmes neiges turbinées en vallée fournissent l’énergie renouvelable qui alimente l’usine à neige et les installations. Nous skions depuis jeudi sur les neiges d’antan, au sens littéral.

L’arête de Sorebois jeudi 22 novembre à 13h.

En collaboration avec SwissSki, Grimentz-Zinal a amélioré l’enneigement technique des pistes de la Corne de Sorebois, la noire du Col est entièrement équipées pour tracer une piste de vitesse. Nous aurons encore plus d’athlètes à l’entraînement à Zinal. C’est une clientèle agréable mais exigeante, qui apprécie une neige très dure, difficile à maîtriser pour le commun des skieurs.

Les premières images de la saison inaugurent L’album public Hiver 2019. La semaine prochaine sera dominée par un régime d’Ouest perturbé et frais, sans précipitations significatives hélas. La célèbre émission Temps présent consacre un reportage à la gestion des dangers naturels; elle n’encourage pas le peuplement des régions de montagne. On parle de Zinal à la 40ème minute , la station y est décrite comme une erreur du passé. Deux séquences sont tirées de ma chaîne YouTube. Nous vivons en zones rouges, abrités derrière les croix érigées par nos ancêtres. Des caravanes de citadins nous rejoignent tous les week-ends, fuyant leurs existences organisées, planifiées, sécurisées… Ils passent sous nos filets, mettent leurs vies en péril pour les joies d’une glissade ou l’attrait d’une aventure. C’est peut-être soumise aux éléments, face au danger, le couteau sous la gorge, que la Vie exhale toutes ses fragrances.

Hiver 2019 – Situation initiale

Sorebois le 3 novembre 2018 à 13h.

08.11.2018  –  Il faut remonter à novembre 2012 pour voir une montagne enneigée en début de mois, prémices alors d’un hiver 2013 bien enneigé avec 731cm de cumul. Espérons que ce nouveau millésime se révèle aussi intéressant. Après le passage d’un bref front froid le 1er du mois, octobre fut exceptionnellement doux et sec, encore plus que l’année passée semble-t-il. Attendons le rapport climatologique de MétéoSuisse pour confirmer cette impression. Les pressions étaient affolantes, au-delà des possibilités de calibration de mes altimètres; la sécheresse alertait paysans, autorités et médias de tout l’Ouest de l’Europe.

La situation évolua radicalement en fin de mois, MétéoSuisse annonça la dégradation avec une bonne semaine d’avance. Quelques infimes traces blanches de la perturbation du 1er subsistaient sur les pentes Nord au-dessus de 2600m, quand un premier front blanchit le vallon, 12cm à 1700m le 27. Les autorités et médias criaient au loup devant la situation annoncée par MétéoSuisse pour le lundi 29, une remontée du Sud devait noyer le Tessin et le Haut-Valais placés en degré d’alerte 4, alors qu’Anniviers et les vallées latérales du bas se préparaient à des pluies de degré 3. Cellules de crises en alerte rouge pour, finalement, une bonne pluie qui permettrait enfin de lever les interdictions de feu. Je mesurais à Zinal 50.5mm d’eau du 27 au 30, dont 29.6mm pour la journée du lundi 29. Le cumul de neige atteignit 50cm, comme dans les livres, à 2500m, le tout dans un fort courant du SSE dont une rafale mesurée à 116km/h lundi 29. Cette neige n’entrera pas dans le cumul de l’hiver 2019 que je mesure dès le 1er novembre, il restait alors 36cm au plat à 2500m. Les deux premiers jours du mois restant nébuleux, j’effectuais ma traditionnelle promenade pour photographier le domaine skiable d’en face sous le soleil du samedi 3. Je marchais dans la neige dès 2000m, et m’enfonçais dans 20cm croûtés au-dessus de 2100m. La progression était… pas difficile mais chiante, et je me contentais d’une image de Sorebois à 2250m en 615800/110300, économisant par paresse les 700m qui manquaient pour atteindre l’habituel Tônet à 2350m. Les skis auraient aidé la progression en montée, mais je les aurais détruit en descente.

Le terrain n’est pas gelé, dorénavant protégé de ce blanc manteau il ne durcira certainement pas de l’hiver. Il reste 30cm de neige au plat à 2500m, le paysage montre bien l’effet des vents du Sud. Les proéminences et bosses exposées sont pelées, on observe de belles accumulations au sommet des couloirs exposés au Nord. Le SLF a, c’est exceptionnel, placé la région en degré 2 dès le début du mois, et émet depuis un bulletin tous les matin. Dans les faits, nous ne risquons rien en Anniviers sous 2900m, mais la situation doit être très délicate en haute montagne. Les canons à neige ont fonctionné sur le haut du domaine, les tas témoignent  d’essais plus que d’une réelle production de neige. On ne peut pas skier, au sens réel du terme, la neige recouvre juste les pâturages. Elle fond rapidement jusqu’à la limite des forêts, disparaîtra rapidement des pentes exposées Est-Sud-Ouest jusqu’à 3000m, mais subsistera jusqu’à 2000m dans les pentes Nord. La couche s’y transformera lentement mais sûrement, selon les conditions qui précéderont les prochaines neiges. C’eut été un bon substrat si l’hiver se fut mieux installé, mais…

Il fait à nouveau beaucoup trop chaud. Nous trouvons en surface de la neige les températures que nous espérons mesurer à 2m du sol. Je publie ce mot le 8, j’ai repris du service pour les remontées mécaniques; j’entretiens le matériel en attendant l’hiver. Le ciel reste perturbé dans un flux du Sud doux, il pleut régulièrement jusqu’à 2300m, les éclaircies fondent immédiatement la neige fraîche en amont. Impossible de produire de l’artificielle, MétéoSuisse nous annonces le retour d’un anticyclone et de températures anormales la semaine prochaine. Je doute que les pluies de la dernière quinzaine suffisent à remettre à niveau lacs et nappes phréatiques.