Bienvenue sur le blog qui a subi quelques transformations. Né en 2008 chez Blogger, je l’ai transféré en 2022 sur WordPress. La mise en page des publications s’est modifiée, ce que j’ai corrigé en 2025 sur 400 articles??? .

Une belle archive des conditions météo et d’enneigement, mais pas de mesures actualisées. Il faudra faire confiance aux infos officielles pifométriques sur InfoLive. Pour l’enneigement et le danger d’avalanche référez-vous au SLF, à MétéoSuisse pour la météo ils sont au top. Ce qui ne veut pas dire infaillibles, ça ne doit pas empêcher de réfléchir local dans notre vallée au climat si particulier.

Je conseille cette page pour les infrastructures de Zinal, les infos regroupées et lisibles. Mes publications restent centrées sur la météo, la neige et les phénomènes naturels en Anniviers. Merci, bonne visite de mon trek numérique !

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  • par annitrek.com le 16 mai 2026 à 8 h 26 min

    Après Saint Servais, Saint Boniface et la froide Sophie du 15 mai, nous pouvons enfin planter les choux à la mode de Mayoux. Cette année, la réalité a touché les limites des mythes.


  • Bonne année 2025

    2024 fut une année de nouveaux défis, de décisions difficiles, de grandes joies, de routes coupées, d’itinéraires de substitution. Ce ne sont que péripéties tant qu’on a la santé, ce que je souhaite à tous. Si je devais formuler trois vœux pour 2025 je demanderais plus de raison, moins d’agitation, un ou deux millions.

    J’ai passé toutes mes congés de fin d’année à travailler sur les pistes de ski, dès mes 15 ans pour aider pendant le rush, et comme saisonnier depuis l’âge de 18 ans. J’ai profité cette année des premières vraies vacances de Noël de ma vie d’adulte, dans des conditions parfaites niveau enneigement comme météo. Les Féeries à Grimentz, les soirées familiales sans stress, les sports d’hiver avec ma chérie; j’ai beaucoup apprécié. Même si c’est clairement à l’encontre de ma vocation je le sais, je le sens, c’est indéniable. Je suis allé cueillir le dernier rayon de soleil de l’année sur le sommet de l’Ilhorn à Chandolin, le paysage le plus ouvert d’Anniviers, une merveille dans les conditions exceptionnellement confortables de la montagne en cette période.

    A chaque nouvelle neige les vues du blog bondissent, je m’excuse auprès de ceux qui viennent encore y chercher des renseignements sur les conditions d’enneigement. Mon avenir se dessine lentement, celui de ce blog traîne un bout derrière il a perdu quelques places dans l’ordre des priorités. Bonne année 2025 et bonne santé à ceux qui me font l’honneur de visiter ces pages, profitez de la vie sans saccager l’équilibre de la Terre, afin que la possibilité du bonheur persiste pour tous !


  • Mesures automatiquement fausses

    J’ai eu dernièrement une conversation surprenante avec un professionnel local qui m’incite, après seize ans de publications sur la neige, à rappeler certaines bases. Nous disposons pour appréhender l’enneigement en Anniviers de deux stations automatiques à Tracuit et Orzival, et une station de mesure manuelle en station à Grimentz. Comme le rappelle MétéoSuisse, seules les mesures manuelles sont exactes. Suivez le lien pour les explications

    Une station de sports d’hiver qui veut donner des informations d’enneigement précises et exactes ne peut se passer d’une zone de mesures de la neige. C’est valable pour la gestion du danger d’avalanches, un art qui comporte comme j’aime le dire 1/3 de science, 1/3 d’expérience, 1/3 de feeling et 1/3 de chance. Une mathématique très personnelle certes, le seul facteur qu’on puisse influencer par l’effort pour diminuer la part du dangereux quatrième tiers, c’est la science. En plus de donner des informations locales exactes qui permettent l’évaluation du danger et l’observation facile de l’évolution du manteau, la zone de mesures contribue à la formation des patrouilleurs en obligeant un regard quotidien sur la matière première.

    La zone de mesures à Sorebois 2500m en décembre 2017, aux prémices d’une saison record.

    Les stations automatiques ont leurs caprices; celle d’Orzival 2640m situées dans une dépression au milieu d’un plateau accumule la neige par tous les vents, les mesures sont hautes. Tracuit à une altitude similaire est mieux placée, les mesures de hauteur correspondent à celles manuelles de Sorebois, mais certains épisodes plein ouest et surtout le foehn balaient la place, faussant durablement les chiffres. Sur un algorithme qui prend deux fois Tracuit et trois fois Orzival, la somme divisée par cinq approche beaucoup de la mesure manuelle de Sorebois. Comparez ci-dessous les graphiques de Tracuit et d’Orzival pour la même période du 17 au 24 novembre 2024, Orzival est bien plus touristique il faut l’admettre. Tracuit est plus tristement réaliste. Ce week-end d’ouverture montra clairement qu’on ne skie pas sur 60cm, mais bien sur 30cm…

    Mesures automatiques à Tracuit (valeurs basses) et Orzival (valeurs hautes) du 17 au 24.11.2024

    Reine et seule mesure manuelle officielle de la région, celle gérée par Paulon Massy à Grimentz 1500m depuis 1973, avec des données précises et anciennes, hélas en vallée où la neige se fait rares avec des mesures peu utiles pour le ski et les avalanches. Nous avons une série de mesures à Bendolla 2150m depuis les années 1980, sur un carré protégé entretenu par les patrouilleurs de la station. A Sorebois 2500m c’est plus compliqué, j’ai trouvé des rapports journaliers dans des archives que je n’ai jamais entrepris de défricher. Puis un patrouilleur passionné, Jean-Marc de belle mémoire, laissa une série précise dans les années 1990. Je profitais de mon temps sur une installation pour noter l’enneigement dans les années 2000, mais ne revendique l’exactitude que depuis 2010.

    Le problème des stations automatiques est simple, elles ne mesurent avec précision que la hauteur totale sur un point précis avec un télémètre laser. La mesure donnée pour 24 heures ne prend pas en compte le tassement du manteau en place, la neige fraîche est largement sous-estimée. Or c’est la neige fraîche qu’on skie et qui provoque le danger d’avalanches ( là je simplifie énormément ). Le tassement est permanent, beaucoup plus marqué sur un substrat frais, pensez qu’avec 633cm de neige tombée l’hiver 2024, la couche n’a jamais excédé 140cm. Seul un froid régulier ralentit le tassement d’une couche fraîche, qui s’écroulera au premiers flocons rajoutés. Nous avons vécu un épisode intéressant le 21 novembre, un front froid actif du nord-ouest succédait à un épisode chaud, il est tombé plus de 30cm quasi uniformément jusqu’en plaine. Au matin du 22 je notais à Zinal 1700m comme Paulon à Grimentz, 30cm de fraîche. Orzival pour une fois n’exagérait pas l’accumulation compensant le tassement, également 30cm. Par contre Tracuit abrité du vent n’indiquait qu’onze misérables centimètres. Evidemment le marketing des stations préfère les chiffres surévalués; une évaluation pifométrique avant d’annoncer les valeurs et moins chronophage que l’entretien et la lecture quotidienne d’une zone de mesures. Dans notre équation avec sa part d’aléatoire, si on bafoue les seules données exactes, on se repose sur une chance souvent généreuse, parfois cruelle, toujours menteuse. CQFD

    Le 22 janvier 2018, 240cm de couche à Sorebois 2500m.

  • Hiver 2025 – Situation initiale

    Les habitudes sont difficiles à perdre, j’ai effectué ma visite au Tonet face à Sorebois le 31 octobre pour l’habituelle photo du domaine skiable en début de saison. Pas de neige cette année, un anticyclone nous offre enfin une série de belles journées après un été changeant et humide. Le terrain est chaud, imbibé d’eau comme l’attestent le niveau des marécages et le débit des sources. Septembre et octobres furent exceptionnellement pluvieux.

    En cherchant les situations initiales dans les archives du blog, on remonte jusqu’en octobre 2008, soit seize photos de Sorebois du même point de vue à la même époque. On venait d’inventer les smartphones, la photo numérique de qualité arrivait à portée de tous, en geek j’entretenais un blog depuis les débuts du concept. L’observation de la neige est partie intégrale du métier de patrouilleur, plus qu’un métier chez moi une passion. Je décidais donc d’alimenter de mes observations le blog où j’affichais auparavant des articles aide-mémoires pour mes activités touristiques. Seize hivers décrits plus tard, je repense aux collectes de données journalières, aux traitements d’images, aux heures d’analyse et de rédaction. Un boulot immense dont je suis fier.

    J’ai démissionné fin janvier 2024 de mon poste aux remontées mécaniques; j’admettrais volontiers l’anarchie comme principe politique, je serais alors parmi les forts. J’ai poursuivi les mesures et descriptions jusqu’en fin de saison, mais ne les publie qu’en novembre pour taquiner ceux qui se les appropriaient. Je consacrerai cet hiver à revisiter mes articles que l’évolution d’internet n’a pas toujours respecté niveau mise en page et traitement des médias. Puis je tirerai un historique et un bilan de l’enneigement du vallon de Zinal ces dernières décennies. Peut-être de temps à autres un petit résumé de la situation en cours si elle s’avère intéressante et que j’en suis témoin, mais plus de mesures journalières ni de résumés mensuels.

    Merci aux nombreux visiteurs de ce blog, les statistiques m’ont toujours encouragé dans les coups de lassitude. Merci pour vos remarques, vos réflexions lors des rencontres sur le domaine skiable, vos témoignages ou messages pour signaler des erreurs. Je pensais décrire 25 hivers, mon cœur se maintient à la certitude d’avoir tout fait pour éviter cette situation, sauf admettre l’absurde quand il devient dangereux. Il semble facile de tourner la tête pour regarder ailleurs, j’en ferai de même.


  • Eté 2024 – L’été des rongeurs

    L’article Janvier 2024 s’étonnait des nombreuses souris rencontrées sur les pistes, ça arrive parfois près des bâtiments, je me souviens même d’en avoir vu tomber d’un parapente au décollage, mais si souvent au milieu des pistes? J’en avais déduit qu’elle profitaient d’un terrain pas gelé et protégé d’une épaisse couche de neige. Cet été, c’est la prolifération des écureuils qui a d’abord étonné, les souris sont devenues envahissantes dès septembre. J’ai l’habitude de piéger celles qui s’installent autour du mayen en automne, j’avoue cinq souricides par jour les trois premières semaines d’octobre, du jamais vu. Corrélation certaine, mes caméras n’ont plus capté d’hermine ni de fouine, et les rapaces furent rares en vallée cet été, je les imaginais chasser plus haut profitant de la douceur. Toute cette humidité a également favorisé les champignons de toutes sortes, nous avons cueilli des morilles début mars, les chanterelles sont restées abondantes jusqu’en octobre, comme les pieds-bleus, éperviers et autres cadeaux des bois. Seuls les bolets qu’on appelle cèpes furent relativement discrets.

    Mon été d’observation commence le 1er mai, il restait énormément de neige en montagne. Certaines pentes se déclenchent tous les ans en neige de printemps, comme la spectaculaire avalanche de la Lée dont je possède plusieurs films. J’étais au village cette année quand les immenses pentes entre l’alpage de la Lée et le sommet des Gardes se purgèrent, le 8 mai à 12h45.

    Mai est resté maussade avec plus de 80mm de pluies pour une norme à 50mm, mesurés à la station MétéoSuisse de Mottec, ma référence en vallée. Il restait 1 mètre de neige à 2500m, 2 mètres au-dessus de 2900m, cette couche épaisse persista jusqu’aux chaleurs de la deuxième moitié de juin. L’inalpe fut reportée au 22, encore une journée pluvieuse avec de la grêle sur Nava à 15h. La débacle de la Navizence la veille vola la vedette aux vaches, elle s’avéra autant ravageuse que celle de 2018. Deux crues centennales en six ans, on en a de la chance avec le temps, pour citer le slogan actuel d’Anniviers Tourisme.

    Ce n’était pas la première catastrophe à toucher Anniviers cette année, les festivités commencèrent en mars avec un éboulement qui coupa la route principale de la vallée pour plusieurs semaines. Le 30 mars, c’est l’accès par Vercorin qui subit un éboulement; nous avons brièvement été coupés du monde selon l’expression. Le pire événement pour le vallon de Zinal et les berges de la Navizence fut celui du 21 juin. Outre les dégâts sur les berges, le pont de Singlinaz est resté impraticable tout l’été, le passage entre St-Jean et Mission n’a été rétabli que début novembre, la route Vissoie-Mayoux est restée fermée jusqu’au 12 juillet. Dame Nature remit ça le samedi 29 juin, Chippis et des quartiers de Sierre se réveillèrent les pieds dans l’eau au matin du 30. Le 12 août, pendant la période la plus chaude de l’été, un orage centralisé sur Sorebois provoqua de nombreux éboulements et laves torrentielles dans le vallon de Zinal, village martyr du changement climatique. Les terrains saturés d’eau par la fonte des neiges hivernales posées sur un substrat déjà saturé des précipitations de novembre 2023, provoquèrent des dégâts jamais vus, avec la perte de nombreux terrains agricoles. La station de Mottec enregistre les précipitations depuis 1973, j’ai résumé les données des derniers étés dans le graphique interactif ci-dessous. Retrouvez au bout de ce lien la feuille des données Précipitations vallon de Zinal étés 2013-2024.

    Mais les évènements de l’été prennent racine en octobre 2023 déjà. Voire à l’invention du moteur à vapeur… Encore une fois, les stations MétéoSuisse de Mottec et celle du SLF à la Corne de Sorebois sont les références locales. Je me fie aussi à ma Netatmo privée au mayen des Clautis. Les graphiques ci-dessous ne sont que des images, cliquez pour arriver à la station MétéoSuisse et consulter les données publiques.

    Précipitations vallon de Zinal été 2024
    Ensoleillement vallon de Zinal été 2024

    Suite au printemps poussif, la végétation s’est rattrapée dès les chaleurs de juin, les paysans sont contents de la fenaison 2024. La mauvaise publicité des problèmes de la route et l’été tardif n’ont pas favorisé la saison touristique, la neige en haute montagne et les dégâts énormes aux chemins pédestres non plus, même si nous étions heureux de marcher sur les névés d’antan. Les glaciologues médiatisés se réjouissaient de la protection que cette grosse couche offrirait aux glaciers; très mélangée aux sables du Sahara, la neige sale n’a pas résisté longtemps au soleil estival. Au bilan, la perte de masse des glaciers est quasi identique aux années précédentes. La météo s’est montrée dynamique et surprenante, avec un beau crachin de neige en vallée le 14 septembre déjà. Le record de chaleur fut mesuré le jour de Sierre-Zinal, soit le 10 août à 16h avec 15.9° à la Corne et 26.3 à Mottec. Le 13 septembre détient le record de froid des six mois avec -10.3° à la Corne et 0.1 à Mottec, octobre n’a pas fait mieux. Pour le vent, retenons la rafale à 92.9 km/h sud-est 159° le 29 juin, du foehn la veille des inondations de Chippis. Les vendanges furent tardives, le 3 octobre pour les parchets familiaux de fendant; qualité excellente loin des quantités espérées, malgré les nombreux soins exigés par l’humidité de la saison. L’album public été 2024 est ajouté sur la page des archives photos. Ci-dessous un exercice de style que je ne peux faire qu’avec les outils du blog; j’ai visité deux mélèze issus d’une même souche qui semblent se fuir, à St-Luc les 26 mai puis le 6 novembre. J’aime toutes les saisons en Anniviers, je retournerai voir ces compères sous leur blanc manteau.

    Les frères ennemis sur le chemin de la Barma à St-Luc

    Un peu de philosophie devant les misères du temps. La fameuse troisième correction du Rhône occupe politiciens, ingénieurs et médias depuis plus de vingt ans. Approuvé par la confédération, le canton et le Peuple, le projet final réjouissait l’ancien rafteur que je suis, avec des méandres, de la place pour la nature, les promeneurs en quête de fraîcheur, et évidemment l’eau des crues. Et voilà qu’au printemps, un conseiller d’Etat annonçaient aux médias une révision du projet soi-disant surdimensionné, armés de l’avis d’un ami expert pour sauver les terres d’amis agriculteurs. Guerre en Palestine, pollution, dérèglement climatique et correction du Rhône sont la litanie des Valaisans de mon âge. On en rigole tant que ça ferraille ailleurs et que son bel et paisible appartement en Suisse n’est pas inondé ou sa route coupée.

    Seule la démocratie permet un semblant de justice dans les relations humaines, celle dite « directe » de notre pays est la plus élaborée. Elle coûte, experts et politiciens grassement rétribués argumentent puis la majorité décide. Les états à l’ONU devraient fonctionner selon un même principe contraignant, pour que le système fonctionne les résultats font loi. Hélas, certains partis considèrent une défaite dans les urnes comme un obstacle à contourner par tous les moyens. On se croit alors plus malins mais c’est notre constitution qu’on piétine, la base du vivre ensemble. La troisième correction du Rhône, les moult exceptions à la loi Weber, les tentatives de relance du nucléaire sont des insultes à notre démocratie. Et au compromis social déjà malmené par les inégalités d’un capitalisme qui achève doucement sa révolution, un tour complet qui nous ramène au temps des seigneurs héréditaires et des masses serviles. Qu’importent les arguments du jour, on a voté point.

    2024 marque la fin des rêves de paix d’une génération qui a vu tomber le mur de Berlin et les toits se garnir de panneaux solaires. Au revoir la paix, salut la peur. Sil y a des vainqueurs quand les hommes se battent entre eux, les morts des deux camps n’en font jamais partie. Contre la nature il y aura, au mieux, des survivants. Je rédige ce résumé le 20 novembre, un bout de falaise s’est effondré hier sur la route cantonale à hauteur du tunnel des Pontis. Notre vallée, notre Valais, sont en première ligne face aux changements climatiques, qui transforment nos monts sous le soleil de menaces récurrentes à permanentes. Acceptons de reculer, nos pelles mécaniques ne gagneront que quelques batailles.


  • Hiver 2024 – Conclusions

    Nous aurions signé pour pareil hiver en octobre, beaucoup de neige avant la mi-décembre suivi d’un entretien régulier du manteau sans apport excessif nécessitant beaucoup de travail. Le rêve au-dessus de 2200m, la même régularité en station où les toits sont restés décorés d’une trentaine de cm l’essentiel de la saison. J’ai regroupé les feuilles de calcul de tous mois de cet hiver regroupées en un fichier, pour tout résumer en un unique graphique. Ce n’est ci-dessous qu’une image illisible, mais en cliquant dessus vous arrivez sur la version interactive qui permet de retrouver toutes les données sans se perdre dans la barbarie des forêts de nombres. Je prendrai le temps de proposer un fichier similaires pour toutes les saisons observées. J’ai élaboré la méthode et le graphique, ce doit être très personnel j’y vois tout l’hiver météorologique et nivologique d’un coup d’oeil. La montée rapide, puis la belle régularité des lignes bleues qui figurent la couche de neige à Sorebois 2500m et Zinal 1700m, saute à tous les yeux. Le mètre dépassé à 2500m garantit du bon ski à Sorebois, pour le village il faudrait 50cm en moyenne, pas 30cm mais on peut être contents, les stations plus basses ou ensoleillées ont moins profité de cette sensation d’hiver.

    Cliquez sur l’image pour accéder au graphique interactif.

    Donc un hiver précoce, la photo initiale est blanche comme rarement, la photosphère du 8 novembre montre un domaine skiable déjà bien enneigé et un vallon de Zinal blanc. Les températures permirent un enneigement artificiel optimal; de nos jours les stations produisent une base artificielle quelle que soit l’enneigement naturel. Une bonne sécurité devant les soubresauts du climat, 80cm de neige artificielle garantissent des pistes jusqu’à fin avril. La période fut rude pour les travailleurs des monts, l’afflux dominant du nord-ouest idéal chez nous emmena froid, neige et vents. Hélas comme souvent, ce sont des front chauds contrastant avec les masses froides qui provoquent le plus de précipitations, les pluies ont par trois fois rincé complètement le manteau jusqu’à 2600m, partiellement jusqu’à 2900m. Après le 15 décembre , douceur sous ciel mitigé mais agréable pour les vacances de fin d’année, comme si les instances touristiques avaient décidé de la météo. On en a de la chance !

    Quelques particularités des premiers mois illustrées ci-dessous : un manteau détrempé, des instruments de mesures souvent givrés avec des lectures bizarres, une bonne couche dès la mi-décembre, une croix fédérale dans le fond de vallée, et un superbe pilier de glace dans la grotte du glacier qui a fait le buzz sur les réseaux.

    Dès décembre nous observions l’évolution d’impressionnantes gueules de baleines côté Moiry, phénomène habituel quand le terrain ne gèle pas. Sur le domaine skiable de Zinal, les rares pentes qui présentent ce risque avaient cédé aux premiers minage avant que l’humidité rende le manteau cohérent et glissant. A Grimentz et surtout dans les stations en rive droite du Rhône, les collègues ont dû gérer et c’est pas facile. La chance bien plus que la prudence ou le sachoir (je connais la montagne moi Monsieur) a protégé notre aimable clientèle hors des pistes cette année encore.

    La désinvolture, le droit qu’à chacun de disposer de sa propre vie, l’espace de liberté que constitue la montagne sont professés jusqu’à l’accident. Passé l’effroi on cherche une responsabilité; quelqu’un a-t-il disposé de la vie d’un autre, par action ou par omission ? Des phénomènes météo brusques, de grandes variations rapides, exigent de grosses facultés d’adaptation pour les professionnels de la neige. Il y a en cerise notre aimable clientèle insouciante, en vacances, parfois querelleuse, qui transforme parfois les patrouilleurs en CRS et je promets que ce n’est pas le métier qu’ils ont choisi. Face à l’aléatoire nous travaillons selon des règles, des procédures, une organisation claire chapeautée par une autorité attentive. Ce qu’on appelle les règles de l’art, derrière lesquelles s’abriter quand un avocat défend son client, exercice capable d’éroder les vérités la plus évidentes.

    Dès février je n’ai plus arpenté Sorebois professionnellement, j’ai profité du ski et des services de la station. Ma description de l’hiver s’en ressent, les mesures sont exactes jusqu’à la fin mais niveau sensations j’étais clairement moins sur le terrain. Je n’essaierai même pas de continuer sans travailler sur place au quotidien, c’est le dernier hiver décrit dans ce blog.

    J’ai effectué le minage de printemps le plus précoce de ma carrière le 26 janvier, nous avons ensuite vécu le février le plus chaud depuis le début des mesures; des vacances de Pâques à Carnaval. « Le plus doux », refrain d’une chanson crescendo que beaucoup feignent d’ignorer, par peur ou lassitude, ça devient effectivement casse-pieds. Puis dès les premiers jours de mars le vent du sud, du foehn, de nombreuses incursions de sables du Sahara, un ciel jamais propre mais agréable avec assez de précipitations pour maintenir une grosse quantité de neige au-dessus de 2500m. Elle devait descendre tôt ou tard, le plus gros se fit la première quinzaine d’avril ou de nouveaux records de mercure ont été inscrits dans tout le pays jusqu’au 15, l’hiver est alors revenu après la fermeture des stations, refixant la neige en montagne.

    Le 31 mars 2024, les drapeaux de Zinal n’en peuvent plus du foehn.

    633cm de cumul dont 300cm avant les vacances de Noël, la meilleure des bases pour une saison touristique réussie. Il fallait généralement skier haut, à plus de 2500m c’est resté bon toute la saison. Un guide me disait que les bonnes conditions après un apport duraient une 1/2 journée, les températures comme les traces des skieurs en augmentation constante réduisant chaque année la lucarne; je confirme, il faut être libre et réactif pour tracer de la bonne poudre. Il reste en fin de saison beaucoup d’une neige extrêmement tassée et dense en montagne, début mai s’annonce maussade. La nature en vallée conserve deux bonnes semaines d’avance. Si la situation devient toujours plus bizarre niveau météo et neige, les stations de la région ont à nouveau battu des records, la clientèle avait tout lieu d’être satisfaite. L’album public Hiver 2024 a pâti de mon absence quotidienne sur les pistes, une description de l’hiver 2023-2024 sur le blog MétéoSuisse parle de douceur, leur hiver météorologique s’achève en mars, le mien fin avril. Les article des l’hiver 2023/24 sur l’AvaBlog du SLF, en français s’il vous plait, valent les excellentes publication de MétéoSuisse, dont le rapport climatologique hiver 2023/2024. Nos institutions font du bon travail, sur le terrain et sur le web, la plupart des données sont à disposition du public.

    Pour la photo traditionnellement mise en exergue cette saison j’hésitais entre un étrange corbillard qui parcourait les Plats le la Lée le 11 mars et l’authentique château de la Reine des Neiges fabriqué pour ma nièce. Et la nivologie me demanderez-vous ? Je la laisse aux plus poètes que moi; dans le doute je poste les deux images.


  • Les records 2024

    L’hiver le plus doux depuis le début des mesures comme l’atteste le blog MétéoSuisse. Le terrain recouvert précocement n’a pas gelé, si nous avons souffert du froid c’est par manque de soleil, la nébulosité a également battu des records. Chaque fois qu’il fait un peu frais de confortables citadins demande où il est, le réchauffement planétaire ? Comme souvent il faut une vue d’ensemble, des chiffres, de la continuité; ce que voit MétéoSuisse à l’échelle nationale depuis des décennies se constate dans les ombres du vallon de Zinal en quelques années. Les températures s’emballent.

    Suivent -16.6 le 22.04.2024 à 03h30 puis -15.1 le 19.01.2024 à 10h00. La mesure la plus basse de chaque épisode météorologique est retenue, comme de coutume les mesures sont prise à la station de la Corne de Sorebois 2900m.


    Le vent s’en est par contre donné à cœur joie avec de nombreuses incursions foehniques décrites dans de précédents articles. Fin mars et début avril, il a fréquemment soufflé sud-est avec constance et vigueur. La rafale du samedi 30 mars n’est pas négligeable avec plus de 130 km/h, les deux marches suivantes du podium sont occupées par les vents porteurs des intenses précipitations du début de saison.

    Suivent 111.6 km/h SE 154° le 01.04.2024, 110.5 km/h NO 307° le 22.12.2023 à 8h30 et 103 km/h N 4° le 25.11.2023 à 05h30


  • La couche 2024

    Plus je compile les mesures de cet hiver plus je me rends compte comme il fut particulier, danger, nébulosité et enneigement, tout est évidemment lié. Le jonglage de données de fin de saison m’ouvre aux évidences qui serviront les conclusions. L’abondance des précipitations en début de saison plaça un mètre à 2500m dès la mi-décembre, pour finir à un mètre tout rond le 30 mars. Au maximum, j’ai noté 140cm les 20 janvier, 23 février et 28 mars, pas une valeur en dessus. En station nous avons fluctué entre 30cm et 50cm du 1er décembre au 1er avril, avec un pic à 58cm le 11 mars. Jamais beaucoup de neige, mais une belle régularité pour entretenir une couchette très touristique sur les toits, les sentiers raquettes, les pistes de ski de fond ou de luge.

    Enormément de précipitations en début de saison, avec des épisodes pluvieux abondants jusqu’à 2800m ont tassé le manteau qui s’est compacté sous le poids. Au dessus, le vent s’est chargé d’agglomérer cette belle quantité de neige. Le pack est resté remarquablement stable, les deux profils réalisés fin février montrent une neige très dense, posée sur le terrain, homogène. Un rêve de skieur, chaque petit ajout offrait quelques heures de poudre. Et un cumul de 633cm au final, qui eut certainement touché le 7 mètres sans les pluies, assez, beaucoup !

    02.11.2023 = 02cm, 03.11.2023 = 11cm, 04.11.2023 = 02cm, 05.11.2023 = 14cm, 06.11.2023 = 14cm, 11.11.2023 = 08cm, 12.11.2023 = 5cm, 13.11.2023 = 11cm, 15.11.2023 = 11cm, 17.11.2023 = 07cm, 18.11.2023 = 04cm, 21.11.2023 = 02cm, 25.11.2023 = 10cm, 26.11.2023 = 02cm, 27.11.2023 = 22cm, 29.11.2023 = 06cm, 30.11.2023 = 10cm : Total novembre 2023 = 139 cm

    01.12.2023 = 14cm, 02.12.2023 = 25cm, 03.12.2023 = 05cm, 08.12.2023 = 03cm, 09.12.2023 = 09cm, 10.12.2023 = 24cm, 11.12.2023 = 21cm, 12.12.2023 = 24cm, 13.12.2023 = 18cm, 14.12.2023 = 15cm, 15.12.2023 = 02cm, 23.12.2023 = 06cm (peu de neige, beaucoup de vent) : Total décembre 2023 = 166 cm

    01.01.2024 = 11cm, 03.01.2024 = 07cm, 04.01.2024 = 16cm, 06.01.2024 = 07cm, 07.01.2024 = 02cm, 08.01.2024 = 03cm, 15.01.2024 = 12cm, 16.01.2024 = 02cm, 17.01.2024 = 09cm, 18.01.2024 = 19cm, 19.01.2024 = 15cm, 20.01.2024 = 06cm, 23.01.2024 = 08cm, 27.01.2024 = 02cm : Total janvier 2024 = 119 cm

    08.02.2024 = 06cm, 11.02.2024 = 04cm, 19.02.2024 = 02cm, 20.02.20145 = 02cm, 23.02.2024 = 27cm, 27.02.2024 = 03cm : Total février 2024 = 44 cm

    01.03.2024 = 02cm, 02.03.2024 = 09cm, 04.03.2024 = 02cm, 06.03.2024 = 22cm, 07.03.2024 = 02cm, 11.03.2024 = 11cm, 16.03.2024 = 05cm, 18.03.2024 = 10cm, 19.03.2024 = 05cm, 22.03.2024 = 05cm, 24.03.2024 = 04cm, 25.03.2024 = 02cm, 27.03.2024 = 04cm, 28.03.2024 = 14cm : Total mars 2024 = 97 cm

    01.04.2024 = 06cm, 10.04.2024 = 12cm, 17.04.2024 = 10cm, 18.04.2024 = 06cm, 19.04.2024 = 04cm, 20.04.2024 = 08cm, 21.04.2024 = 02cm, 22.04.2024 = 19cm, 25.04.2024 = 02cm : Total avril 2024 = 68 cm

    Neige tombée à 2500m du 1er novembre 2023 au 30 avril 2024 = 633 cm


  • La nébulosité 2024

    Une des grandes particularité de cette hiver, certainement corrélée avec le degré de danger au-dessus de la moyenne, le plus haut taux de nébulosité depuis l’hiver 2013 au moins. Estimé en % du ciel occupé par des nuages à 8h à Sorebois, je me sers des webcams en cas de congé ou de l’estimation des collègues; à 10% près nous arrivons au même chiffre, en cas de doute les cams permettent de consulter l’historique à la Vouarda désormais appelé Espace Weisshorn ou à Sorebois.

    Le début de saison très nébuleux apporta la neige, nous avons ensuite oscillé entre journées mornes et mitigées jusqu’à la deuxième quinzaine de mars franchement mauvaise mais très venteuse. Avril ne compta aucun matin parfait, mais seulement huit jours complètement bouchés. Souvent l’estimation était difficile, l’atmosphère saturé de sables du désert semblait opaque le matin pour se révéler agréable un fois le soleil levé. Je pense que nous avons vécu un record d’apport en sables du Sahara mais je peine à trouver les chiffres. MétéoSuisse consacre une page à la question, publie les dernières mesures, mais je n’ai pas trouvé un bon comparatif. Je mettrai cet article à jour si je tombe sur l’ensemble des données, voici les articles sur le sujet du blog MétéoSuisse des 30 mars , du 5 avril , et du 27 avril qui parlent tous du phénomène particulièrement fréquent cet hiver.

    Les graphiques sont interactifs, retrouvez la feuille de calcul Nébulosité hiver 2024 et Nébulosité hivers 2013-2024 au bout des liens.


  • Le danger 2024

    Nous étions déjà en degré 2 le 1er novembre, pour atteindre une première fois le niveau 4 les 13 et 14, la saison commença avec une météo dynamique et beaucoup de précipitations. Les deux autres jours en degré 4 furent le 11 et 12 décembre, puis tout resta bien calme jusqu’au dégel qui survint vite avec un premier minage de printemps le 24 janvier. Les températures fluctuèrent ensuite, il fallut attendre avril pour que l’imposante couche, plus de 2,4m à 3000m, pourrisse jusqu’au sol, avant de regeler en profondeur fin avril. Au final nous comptons un jour et quatre 1/2 journées en degré 1, 105 jours et trois 1/2 journées en degré 2, 65 jours et sept 1/2 journées en degré 3, et 4 en degré 4. Comme décidé l’an passé, j’ai fait fi des annotations + ou – ajoutées par le SLF au degré en cours. C’est utile il faut l’admettre, sans pour autant changer la manière de travailler ni stimuler la prudence des clients.

    Le degré de stress du patrouilleur introduit en 2015 consiste à additionner les dangers journaliers, ce qui nous donne avec 437,5 le plus haut taux depuis l’introduction de cette statistique, nous dépassons pour la première fois la barre des 400. Notons que 2024 est bissextile, avec un jour de plus dans la saison. Notre décompte a commencé début novembre avec 12 jours en degré 3 et deux en 4, décembre est resté dans la veine, la continuité a fait le reste. Pour affiner cette statistique au niveau du personnel, il ne faudrait prendre en compte que les jours d’ouverture de la station, mais si les patrouilleurs n’ont guère stressé après le 14 avril, les premiers skieurs sont arrivés le 4 novembre. J’ai démissionné fin janvier, le début de saison méritait son classement parmi les plus difficiles. Le graphique ci-dessous est interactif.


  • Avril 2024

    Un mois en deux phases extrêmes, avec des températures positives records jusqu’au 15 et un retour radical de valeurs hivernales en deuxième quinzaine. Le graphique des températures de la station MétéoSuisse de la Corne résume mieux que le décompte des précipitations les transformations subies par les quelques 136cm établis à 2500m et les 30cm à 1700m au 1er avril.

    Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

    Deux jours après le record saisonnier de vent à 132.1 km/h, avril nous gratifia de la 4ème rafale de l’hiver après 2h30 d’existence; 111.6 km/h 154° mesurés à la Corne. Un ciel mitigé avec quelques précipitations résiduelles empêchait un bon regel du manteau, on annonçait un retour de températures plus que printanières, de quoi craindre une grosse déstabilisation. La station est restée bien fréquentée jusqu’à la fermeture du domaine le 14, les conditions limitaient heureusement l’envie de sortir des pistes damées.

    Le 2 fut bien ensoleillé après dissipation des nuages matinaux, les températures entamèrent une ascension qui culmina le 6 avec 8.9° à la Corne à 16h, ma station pourtant abritée selon les normes est montée à 21.2° à Zinal 1700m.

    Nous avons observé les premières coulées printanières le 6, mais le gros du spectacle commença le 8 pour se stabiliser suite à un goutte froide le 10, pour un deuxième acte grandiose à partir du 12. Le deuxième épisode de réchauffement concerna les hautes pentes, celles en dessous de 2500m étaient bien purgées. L’avalanche du 12 est typique des grands champs de neige d’altitude, bien pentus, qui se purgent complètement chaque printemps atteignant la vallée. J’ai évidemment filmé quand j’étais au mayen, les images ne valent que pour la science et je ne les publie qu’ici. A l’exception d’un morceau de l’avalanche du 12 partagée en réel sur Insta qui a atteint le 26k vues, sans compter YouTube avec un Short à… 380 vues.

    Quelques données du yoyo des températures : 8.9° le 6 à 16h, -11.8° le 10 à 7h, 9° le 14 à 18h, -16.6 le 22 à 3h30, toujours mesurées à la Corne 2900m. Après la chute du mercure des 15 et 16, l’air est resté frais pour la période malgré un belle remontée le 28. Quelques précipitations concentrées du 17 au 22, soit après la fermeture du domaine skiable, ont posé un cumul mensuel de 68cm à 2500m, alors que le village voyait la dernière tâche blanche disparaître le 8 déjà, à l’exception des accumulations dans les couloirs et quelques talus ombragés. Les dernières neige d’avril clôturent également ma saison de mesures à 633cm, un excellent score. Le glaçage de la deuxième moitié du mois a bien conservé la couche qui est passé sous le mètre le 30, dernier jour de l’hiver, les avalanches n’ont plus posé de problème, la saison de ski de randonnée s’annonçait excellent.

    Nous avons eu du beaucoup trop chaud avec bon nombre de records comme l’atteste le bulletin climatologique Avril 2024 de MétéoSuisse jusqu’au 15, puis des températures sous la norme la deuxième quinzaine. La plupart des pentes dangereuses sous 3000m se sont purgées d’un couche épaisse et compacte pendant les épisodes de chaleur historiques des 5-8 et 11-14 avril, les résidus et les pentes moyennes se sont stabilisées par un regel profond. La balance penche côté chaleur avec un demi-degré de plus que la norme 1991-2020 au niveau national, le saut des extrêmes impressionne. Le graphique ci-dessous est tiré de la feuille de calcul Vallon de Zinal avril 2024, la dernière d’une série de 90. Le point final d’un recueil de données énorme qui m’a occupé tous les matins de novembre à mai pendant 15 ans. Il en restera l’histoire d’une période faste pour le ski à Zinal.

    Lien vers la feuille de calcul Avril 2024

    J’aimerais encore partager une image du soleil qui se couche sur l’arête des Gardes le 14 avril. Bientôt au paroxysme de son cycle, il est constellé de tâches et produit des aurores boréales jusque sous nos latitudes à un point que dont je n’ai pas souvenir. Une chose est sûre, les activités humaines n’ont aucune influence sur le dispensateur de toute énergie et de toute vie sur notre insignifiante planète.

    Le soleil, 14 avril 2024


  • Mars 2024

    Des températures et une nébulosité au-dessus des normes, assez de précipitations pour maintenir la couche dès 2200m, des courbes plates dans la continuité de janvier et février. La vedette de ce mois de mars est le foehn, avec trois épisodes aux scénarios assez habituels bien que poussifs et une « triplette » plus intéressante en fin de période. J’aime ce vent doux depuis mon enfance sierroise, il soufflait souvent en automne, dépouillant les arbres de leurs feuilles mourantes. Je jouais au rapace en étendant les bras dans les rafales, ou inventais le rollersurf tracté par des parapluies dans la cour d’école. Il faisait craquer la charpente de notre maison, ou chanter les fils électriques naguère aériens. Habituel dans la plaine du Rhône, il s’engouffre rarement dans la zone habitée du val d’Anniviers. J’ai brièvement expliqué son mécanisme dans l’article précédent; parfois autant soudain que violent, il peut surprendre montagnards, parapentistes et organisateurs de manifestations.

    Mur et trou de foehn depuis Zinal le 3 mars 2024 à 11h.

    Poussif ? 97.6 km/h le 3 mars, 97.9 km/h le 10 et 87.1 km/h le 27, suivis chaque fois d’une vingtaine de cm de neige fraîche. Un bon épisode foehnique, c’est 120 km/h et 40cm après le vent. Je désespérais de voir une valeur bousculer les records saisonniers déjà pas très excitants, -18 de froid et 115 de vent, c’est… poussif, à l’image de cette hiver depuis fin janvier. Notons un épisode à 98.6 km/h NO donc non-foehnique le 23, et examinons le venteux week-end Pascal, quand les cloches purent rentrer de Rome vent dans le dos. Trois épisodes à plus de 100 km/h bien distincts se sont succédés, le plus fort plaça le record saisonnier à 132.1 km/h 146° le 30 à 12h30, le dernier à 111.6 km/h anima le lundi de Pâques 1er avril. Le tout sans précipitation mesurable en mars, pour quand même gâcher le week-end prolongé un peu de neige eut été bienvenu. Les transports à câbles et le vent, ça fait deux.

    Niveau neige et avalanches, la couche s’est maintenue mais a rapidement fondu sur les faces exposées. A Zinal 1700m, le faible ensoleillement a quelque peu sauvegardé le manteau sans faire de miracle, il restait 20cm le 30, retour en station, pistes de ski de fond et patinoire n’ont pas survécu à l’équinoxe. Chaque apport de neige suivant les épisodes venteux nécessita son minage pour sécuriser les routes et les pistes directement sous les arêtes, l’essentiel du manteau restait stable. Je fus surpris le 18 mars par la rupture spontanée d’un grosse plaque de fond sur une exposition SE à 2500m dans les Gardes, de la neige mouillée s’abattit dans les plats et je me demandais si le pack n’avait pas fini par transformer. Le minage hélico du lendemain n’offrit que quelques résultats sous les arêtes. Nous n’oublierons pas en avril de nous méfier des pentes restées stables tout l’hiver.

    Une belle période touristique, le relatif manque de soleil fut compensé par les températures agréables. Même les adeptes de poudre ont trouvé leur bonheur, mais à coup de 20cm biens soufflés et uniquement pour les premiers servis, le soleil de mars transforme vite la neige. Une fois de plus la situation est meilleure chez nous que dans les stations plus basses ou mieux exposées au soleil. Les sportifs ne s’y trompent pas, la région cartonne pour le meilleur et pour le pire. Si certains tirent sans état d’âme leur épingle du jeu, la plupart des espèces indigènes se font écraser par le tourisme de masse. Chamois, tétras, gentianes, Epiney, Zufferey et autres Savioz voient leur pays changer de maîtres. La croissance a ses héros, Manu von Wilkelried n’en fait pas partie.

    Les tempêtes frappent la montagne et ses crêtes, les vents s’engouffrent rarement dans la vallée. Je ne parle pas du terrible janvier 2018 où on mesura plus de 150 km/h à la Corne et 80 km/h en vallée, l’épisode est plus qu’exceptionnel. Aucune valeur n’a atteint les 60 km/h à Zinal même lors de l’impressionnant week-end de Pâques, mais c’est déjà beaucoup pour un pays habituellement protégé des grands vents. Si on ne constate pas de dégâts remarquables, les vieilles toitures ont souffert, les paysans passeront beaucoup de temps à nettoyer les prés des branches tombées des mélèzes. Le foehn et la douceur qui l’accompagne s’insinue dans le manteau neigeux et accélère la fonte, les fribourgeois l’appellent le « mange-neige ». Un des premiers à décrire la vallée en 1855 écrivait : »Si donc en Anniviers les granges frêles et chétives ne sont pas culbutées, c’est par la raison toute simple qu’il n’y a pas de vent violent. » A voir ce qu’on en dira en 2030.

    Je ne travaille plus sur les pistes, cette seizième saison d’observation sera certainement la dernière. Décrire l’enneigement sans ressentir au quotidien la situation ne vaut pas le travail que demande ce blog, la précision et la régularité des mesures s’en ressentent. Je fais de mon mieux vu la situation. En comparant ce mois de mars aux neuf précédents je constate qu’il fut trop chaud, mal ensoleillé, avec un enneigement dans la moyenne. Le graphique suivant est interactif.

    Avec 12 jours en degré 2 et 19 en degré 3, le danger d’avalanches n’a pas ou peu posé de problèmes en mars. Heureusement vu le comportement de notre aimable clientèle, j’ai même observé une cordée qui s’entrainait sur un cône d’avalanche à la Lée, alors que des coulées descendaient régulièrement, et de nombreuses équipes se rendre au glacier ou en cabanes alors que tout dégringolait. Ils ne sont pas courageux, je ne suis pas peureux, ils sont inconscients, moi trop. J’ai tiré « La valse des mélèzes » sur YouTube des vents de Pâques, le rapport climatologique de MétéoSuisse mars 2024 annonce un mois très doux, no comment. Je partage une « matinale de la RTS » qui ne donnera pas plus à réfléchir que les autres je suppose, mais il semble qu’un Rubicon climatique soit franchi, on ne fera pas les surpris. L’album public hiver 2024 souffre aussi de mon absence du terrain, mais les mesures résumées sur le tableau ci-dessous sont fiables grâce aux anciens collègues qui me transmettent leurs observations. Merci à eux, bonne fin de saison à tous !

    Lien vers la feuille de calcul mars 2024

  • Vents du 2 au 10 mars 2024

    Le week-end des 2 et 3 mars 2024 on annonçait un épisode foehnique potentiellement intéressant. Il resta très moyen, sans apport de neige. Le week-end suivant, les 9 et 10, une situation ressemblante amena des vents similaires, 98 km/h pour les deux plus belles rafales à la Corne de Sorebois 2900m.

    La vidéo m’a permis de tester une nouvelle fonctionnalité du logiciel de montage; plus besoin de se filmer devant un fond vert ou uni pour ensuite s’incruster dans l’image. La fameuse « IA » a effacé mon entourage, on voit des bugs mais le résultat me suffit. Et j’ai utilisé les médias récoltés pendant la période, totalement inutiles au fond d’un disque dur, content !