Eté 2018

Eté 2018 – L’été des chauves-souris

L’été au mayen des Moyes m’a marqué émotionnellement, j’y ai passé l’essentiel de mes loisirs. Les sujets du blog restent la météo et le milieu naturel en Anniviers. Donc :

Zinal, le 8 août à 19h30.

Alors qu’il me semble avoir observé une nette baisse des effectifs chez les grands mammifères, les petits se portent bien. Les renards se font plus rares, on rencontre moins d’animaux galeux ou visiblement en mauvaise santé. Ils semblent avoir laissé plus de place dans l’écosystème aux souris, écureuils, lièvres et marmottes qu’on rencontre désormais en forêt à 1400m. Les corvidés en général profitent du climat, couples de grands corbeaux, geais et autres casse-noix prolifèrent. Mon chemin a croisé quatre vipères, ce qui est… assez. Les chauves-souris ont attiré souvent mon attention. On les voyait autrefois chasser en soirée autour des lampadaires en vallée, elles ont égayé la plupart de mes soirées en extérieur cet été. J’en ai trouvé dans un galetas, et quatre victimes en bordures de routes. J’ai découvert à Ayer le cadavre de ce qui semble être un lérot, rongeur que je n’avais jamais observé ni piégé. Je rappelle que ce ne sont que des observations personnelles, subjectives, celles d’un curieux qui vit en immersion. Les statistiques officielles sont produites dans des bureaux en ville, on sait déjà que la chasse fut médiocre.

Cadavre de lérot, je n’en avais jamais observé.

La couche de neige, impressionnante mi-avril, fondit rapidement sous le soleil exceptionnel de la dernière quinzaine du mois. Dès la mi-mai, on accédait pieds secs aux mayens jusqu’à 2000m. Mai fut doux, normalement pluvieux. Sur un terrain encore gorgé des eaux de fonte, la croissance des végétaux fut ahurissante. Nous imaginions des crues, glissements de terrains et autres catastrophe à la fonte des masses record de neige. Tout se passa bien, seuls quelques talus fragilisés par des routes s’éboulèrent au printemps. L’eau ayant pu s’infiltrer doucement dans le terrain, les sources taries en 2017 retrouvèrent toute leur vigueur. A la fin d’un été aride, elles donnent encore raisonnablement. On distingua facilement ces deux dernières années les sources alimentées par des réseaux profonds de celles dépendantes des précipitations annuelles. Les arbres enracinés dans un terrain détrempé ont mal supporté le poids des neiges hivernales, beaucoup de spécimens gisaient au sol, les racines à l’air. Les promenades forestières viraient au gymkhana avant le passage des services d’entretien.

En juin débuta l’été le plus chaud et aride depuis 2003, des orages arrosèrent encore les prés qui fournirent une fenaison précoce, supérieure à la moyenne selon certains, exceptionnelle selon d’autres. L’inalpe de Nava se déroula sous un soleil parfait le 16 juin, les pâturent étaient libres de neige. Après la première fauche en vallée, les prés sans irrigation brunirent, la croissance des végétaux ralentit, la nature sécha sous un soleil de plomb. Seuls de forts orages très localisé arrosèrent le terrain, l’eau n’avait pas le temps de s’infiltrer. Chaque pluie en juillet fut destructrice et mobilisa les services d’intervention. La crue de la Navizence du 2 juillet fait l’objet d’un précédent article, notons juste que les dégâts estimés à 20 millions après l’événement atteignent fin octobre quatre fois ce chiffre.

Torrent de Laulosses le 6 août 2018. A retrouver sur YouTube pour un partage plus facile.

Le centre de Lausanne fut inondé le 11 juinSion le 6 août, dans les deux cas par des cellules orageuses très localisées. Une lave torrentielle a dévalé le couloir du Peterey le mardi 24 juillet vers 22h, ce qui n’était plus arrivé depuis 2013. La nouvelle digue est presque terminée mais les boues ont, à cette occasion, coupé brièvement les deux routes en aval. Les principales manifestations anniviardes profitèrent d’un temps estival, sauf le marché artisanal de Vissoie qui subit des pluies, et un déluge s’abattit sur les festivités du 1er août. La Fête-Dieu, le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid profitèrent du nouveau climat. La vigne aussi; comme en 1834, année de la dernière crue historique de la Navizence, la vendange fut précoce, excellent en quantité et qualité. A la fin de l’été, les paysans manquaient déjà de pâtures et importaient de grosses quantités de fourrage. Une interdiction de faire du feu tomba le 13 juillet pour durer jusqu’au 24 août, une seconde moins agressive de niveau 4 fut décrétée du 29 septembre au 29 octobre. Une petite incursion hivernale blanchit les sommets début octobre, la neige survécu dans les pentes Nord au-dessus de 2900m malgré un nouvel été indien à l’ensoleillement et aux températures records. La dégradation en fin de mois sera décrite dans le premier article du semestre hivernal.

Pied de chasselas le 18 septembre à Corin.

Selon les bulletins climatologiques de MétéoSuisse, mai fut le 5ème plus chaud depuis le début des mesures, juin le 4ème, juillet le 5ème, août le 3ème, septembre le 2ème, octobre sera sur le podium. La majorité des scientifiques annonce depuis mon enfance un changement climatique extrême dû aux rejets de carbone et de gaz de synthèse dans l’atmosphère. Après un hiver record, nous pensions que les glaciers seraient épargnés cet été, mais ce fut finalement une fonte exceptionnelle. Paradoxe dans notre vallée, la lutte contre le changement climatique s’accompagne d’une combustion de diesel, essence et autre kérosène, incroyable. Tout l’été, camions, pelles mécaniques, hélicoptères chargés de matériel ou d’experts, ont sillonné les routes et les cieux pour réparer le lit de la Navizence, construire des digues, réparer des accès détruits par les intempéries, ingénioriser… Ce n’est pas anecdotique, des processions de camions chargés de pierres ont arpenté les routes. Montez en Anniviers derrière un camion chargé de blocs pour voir et renifler le paradoxe auquel nous sommes confrontés! Espérons comme l’affirment certains que la précession des équinoxes, les perturbations cycliques du champ magnétiques ou autres théories soient responsables des soubresauts climatiques. Si ce sont vraiment les activités humaines, et la combustions rapide des millions d’années de forêts fossilisées qui perturbent le climat, nous rajoutons du poison sur les plaies.

L’album public été 2018 est en ligne, je n’en suis pas fier; problèmes de réglages puis perte de mon appareil principal, destruction de mon pixel qui prenait d’excellentes photos… Et peu de randos dans la vallée cet été alors que mes images publiques sont toutes prises en Anniviers.

L’été des Moyes

J’avais 24 ans, accompagnateur fraîchement diplômé, quand on m’a demandé de reprendre l’organisation du traditionnel camp des enfants au mayen des Moyes. J’en gardais des souvenirs d’enfance mitigés; égocentrique de naissance, l’école, les camps et autres animations de groupes n’étaient que passages obligés entre deux moments de liberté. Je montais néanmoins constater l’état des lieux, voir s’il me semblait possible d’y passer une semaine avec les enfants du village. Orties et épilobes occupaient le terrain, on osait pas s’asseoir dans les bâtiments livrés aux insectes et aux rongeurs. Un peu désabusé, je montais sur le toit et m’asseyais sur le faîte à l’heure du coucher du soleil. J’eu à ce moment le coup de foudre qui, avec vingt ans de recul, eut le plus d’impact sur ma vie. Ce lieu, sous la crasse et les orties, était magnifique, magique.

Le mayen vu de drone pendants le camp des enfants 2016.

Avec les jeunes du village, nous avons organisé en 1997 le premier camp des Moyes de l’ère numérique et fondé l’association Ayer pour demain pour le pérenniser. Je proposais dans un travail de diplôme de consacrer l’endroit au tourisme doux naissant; sans aucune envie de m’impliquer au niveau commercial, je suis accompagnateur, animateur et conteur, en aucun cas entrepreneur, encore moins restaurateur. La commune et les autorités touristiques ont snobé mon idée, le tourisme doux à Ayer attendrait… Je suis depuis le gardien des lieux, j’entretiens les alentours et les bâtiments, et nous avons vécu en juillet avec 90 jeunes, dont le plus âgé ne compte que la moitié de mes jours, le 22ème camp des enfants. Pour fêter les 200 ans du mayen, Ayer pour demain a obtenu l’autorisation exceptionnelle d’y tenir buvette les week-ends de juillet et août. Le nouveau sentier didactique Zau Zoura et le tour VTT d’Anniviers passent par les Moyes, l’endroit a profité de 20 ans d’entretien régulier et de quelques investissements communaux, une buvette sympathique accueillait les randonneurs dans la forêt d’Ayer… Ma vision s’est réalisée! Avant de passer à la saison des glissades, je tiens à remercier tous les acteurs de l’aventure Ayer pour demain, les parents d’Anniviers et habitants d’Ayer qui, bien qu’intrigués voire méfiants, nous ont toujours soutenu. Avec une tendresse particulière pour les fondateurs de l’association qui nous confient maintenant leur progéniture.

L’ouverture de la buvette le 30 juin avec Alex, Sven et Coco.

J’ai passé l’essentiel des heures libres de mon été aux Moyes, à entretenir les lieux, à couper du bois, à câliner les ânes ou à picoler avec les jeunes. Comme nous n’avons pas pu faire de feu du 14 juillet au 25 août, j’ai conté devant des images projetées des lieux des légendes. C’était sympa, mais j’étais obligé de suivre les diapositives sans varier les histoires. Je m’attache aux lieux, 25 saisons d’hiver à Sorebois, 22 étés à entretenir et animer les Moyes, les gens partent, les pierres restent… Il n’y aura plus de buvette, mais des événements ponctuels selon les idées des jeunes de l’association qui utilisent le mayen pour leurs fêtes. Je suis fier d’avoir contribué à leur transmettre ce patrimoine, et heureux quand ils montent s’en mettre une sous les étoiles, à refaire le monde autour d’un feu, comme tous les jeunes fous depuis l’aube des Hommes.

L’équipe du camp 2018 le 13 juillet.

Orages et inondations du 2 juillet 2018

Le 2 juillet 2018, un violent orage éclata vers 18h au fond du vallon de Zinal. La Navizence était déjà gonflée par l’effet de températures estivales sur les neiges résiduelles d’un hiver record. Les pluies gonflèrent la rivière qui connut sa pire crue depuis la débâcle de 1834. Bien au chaud dans mon mayen, je suivais le phénomène depuis mon ordinateur, et ma fenêtre. 

J’ai compris vers 18h30 que l’événement serait exceptionnel, ce qui m’incita à prendre quelques captures d’écrans et à filmer la Navizence. Pour donner vie à ces images et tester un nouveau logiciel de montage, j’ai créé ce film sans ambition esthétique qui témoigne assez précisément de l’épisode tel que je l’ai vécu. En fin d’article, les meilleures descriptions sur le web.

Vidéo à retrouver sur YouTube pour un partage facilité.