Eté 2017

2017 – L’été de l’âme

2014 fut l’été des champignons, 2015 celui des écureuils, 2016 celui des longues oreilles; je titre l’habituel résumé de la saison d’après une observation inhabituellement redondante, toujours en lien avec la nature et la météo. Toutes mes activités exigent une synchronisation avec le ciel et les cycles naturels. Comme un paysan, je m’organise d’après Dame Nature, ce lien permanent devient routinier, inconscient. Entre il fait frisquet ce matin et il fait -7,6° HR 60%, ce blog partage la médiane entre les chiffres et le ressenti.

Le très partagé coucher de soleil sur la Couronne du 4 octobre 2017 depuis Nava à 19h15.

Une saison estivale facile à vivre, des températures à nouveau trop douces, des périodes ensoleillées suivies d’assez de pluies pour éviter les sécheresses mais un total des précipitations nettement sous les normes. Le tout accompagné par une fonte spectaculaire des glaciers peu protégés par le faible enneigement de l’hiver passé. Le danger d’incendies n’a pas excédé  4, aucune interdiction générale prononcée cet été malgré la chaleur dans les bureaux. Le bulletin climatologique été 2017 de MétéoSuisse comme celui du printemps résume le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Un refroidissement mi-avril ravagea le vignoble et les vergers, un autre en septembre fit peur aux feuillus qui se colorèrent précocement. L’automne fut somptueux, octobre qualifié de flamboyant et magnifique par MétéoSuisse. Une fenaison normale sans plus, la pire vendange, une saison d’estivage du bétail facile, production de fruits dans la norme pour les sorbiers. Les principales manifestations en Anniviers ont bénéficié d’une météo favorable. J’ai remarqué une présence accrue du lièvre, beaucoup de souris. Six rencontres avec des vipères contre deux à trois habituellement. Les arolles ont de nouveau fourni abondance de cônes, écureuils et cassenoix prolifèrent. J’ai probablement perdu le cycle des arolles faute de rigueur dans l’observation. On a fait grand battage du braconnage d’un loup à Mayoux , et de l’installation d’une meute. L’album public Eté 2017 est en ligne, j’ai fait peu d’efforts cette saison dans les clichés comme dans les publications générales.

Dans le monde 10 ouragans dont 6 majeurs ont animé l’Atlantique Nord, Ophélia s’est perdue en Irlande, les incendies les plus spectaculaires ont touché la Californie, le Portugal et l’Espagne, les Chinois ont acheté 20 millions de véhicules neufs depuis le début de l’année, la concentration de CO2 est la plus forte depuis 5 millions d’années, l’économie libérale voit le mur et accélère… Peut-être pour passer à travers?

Inalpe de Nava le 17 juin à l’heure de l’apéro.

Plus rigide encore que l’ossature, condamnée à suivre l’ensemble de l’individu, souvent surprise par les choix de l’esprit, parfois entraînée contre son gré par l’ensemble, on trouve l’âme. La mienne exigeait des choix; plusieurs projets menés à bien me laissent définir de nouveaux objectifs. Esprit et âme ont conversé l’été durant, dans un corps encore en excellent état, dans un pays merveilleux assez bien habité.

Conclusions des tractations neuronales : La croissance démographique galopante, le vol et le gaspillage des ressources par l’élite, la maîtrise que nous offrent la science et les machines laissent envisager trois scénarios. Dans le premier la nature, dont notre tempérament belliqueux, régule l’espèce jusqu’à un chiffre écologiquement acceptable. C’est l’idée du pire. Dans la deuxième, comme nous voulons tous vivre longtemps et avoir nombreuse descendance, nous apprenons à cohabiter. Dans la troisième nous colonisons l’univers en utilisant la science et l’instinct naturel de prolifération de la Vie, qui nous a peut-être créé uniquement pour échapper à la planète. Fan d’Asimov, je visualise bien cette hypothèse. Dans les deux cas où la régulation par extermination est évitée, nous devrons vivre en tas dans des citées géantes, des vaisseaux ou des colonies. Pour vivre dans un milieu confiné nous devons en maîtriser artificiellement tous les paramètres, le lien avec l’incroyable diversité de Dame Nature sera rompu, nous n’utiliserons que les parties que nous savons utiliser, que nous jugeons utiles. Tout semble préparer l’homme à la vie artificielle; technologies de la communication, nivellement des genres, véganisme, spécisme, éducation étatique, condamnation et rééducation de toute déviation ou instinct violent, exclusion des drogues naturelles au profit des cordes chimiques qui font dormir, sourire ou bander, veuillez lire la notice d’emballage. La notion d’animal de compagnie et son coût écologique exorbitant montre le divorce jusqu’à l’affectif entre l’homme-animal et l’homme-succédané que nous préparons.

Mon âme s’y refuse, elle veut rester au contact du côté sauvage de la nature, terminer cette existence au-dessus des moutons et des loups. Aimer sans adoucir l’élan qui m’y pousse, respecter animaux et plantes pour ce qu’ils sont, ni des décorations ni des doudous, m’extasier, apprendre de mes erreurs, choisir mes objectif, affronter l’impondérable et les échéances. Nous sommes la seule espèce à contrarier les instincts, je limite par dépit ce pouvoir à la procréation. J’espère que les hommes de demain pourront garder un pied sur le carrelage et l’autre dans la terre, mais crains que ce privilège ne survive à ma génération. Manutou a parlé, ugh!

A hue et à dia

L’amour de la nature extirpe ses aficionados du contexte socioculturel, le plaisir des choses dites simples offre un échappatoire facile aux vicissitudes de la vie de troupeau. En considérant « bien » ce qui nous stimule favorablement les neurones, et « mal » ce qui déplaît, sans filtre imposé ni effort, on s’invente un système de valeurs. Encore faut-il pouvoir suivre sa propre sagesse, la société tire sa force de la dictature du nombre et tend à éviter les électrons libres. A vouloir vivre sa définition du bien sans compromis on se retrouve seul; à observer le monde de son bastion intérieur en cherchant le mal et ses causes, on annihile doucement sa capacité d’aimer. Malgré ça, le loup solitaire n’est qu’un composant satellite de la meute, si elle s’éloigne, il la suivra.

L’état de solitude terrifie la majorité qui la considère anormale et pesante, elle est la béatitude du solitaire. Je suis ainsi fait, mes interactions sociales ne sont validées qu’après une période de calme et d’introspection. L’immersion dans la nature, la contemplation d’un paysage de montagne, d’un torrent, des vagues ou d’un feu, rend l’idée au chaos qui la lave puis la retourne à la raison, qui peut à son tour la trouver digne d’intégrer l’âme. Le solitaire vit par et pour les autres, ses pensées par et pour son âme. Je soupçonne de couardise ceux qui, à l’autre extrême, puisent, confortent et intègrent les idées au sein du groupe uniquement. Ils imaginent un univers artificiel logique et contrôlable, se cachant par mille subterfuges ce chaos d’où nous sommes issus, où nous retournons inexorablement.

Ravis que vous me lisiez toujours à ce stade du discours. Internet permet au solitaire-près-du-feu-dans-sa-cabane d’interagir à l’envie, puis de soumettre immédiatement la pensée au chaos. J’utilise beaucoup l’outil, c’est souvent fort d’une idée validée que je retourne dans la meute. Puis rentre penaud, incapable de restructurer un schéma mental inadapté. Rattrapé par la réalité, j’ai cessé d’émettre en janvier, histoire d’éviter de compliquer une situation qui me dépassait aux niveaux professionnels et affectifs. Un jour de perplexité, je regardais la posture des âne qui paissent l’été durant à la Tzoucdana, ils semblaient tirer à hue et à dia selon l’expression consacrée. Comme le monde, comme ma décision de continuer ou pas de rendre publics mots et images de ma vie.

« Je t’aime! Moi non plus! » ou « Je vais par là, mais pas sans toi! »

J’ai tranché début septembre en publiant mes articles de blog de l’hiver passé. J’ai du plaisir à observer l’évolution de la neige comme à transcrire les mesures et mes modestes analyses. C’est partie de mon travail hivernal d’observer, mesurer et constater; le partage est pur altruisme et n’engage à rien. Il crée une relation particulière avec les habitués du vallon qui lisent le blog, et évitent les questions répétitives comme l’éternel: « Combien de neige tombée cette saison? »

Les publications numériques dépendent du business des machines, et de celui particulièrement capricieux des logiciels. Mon HP acheté en 2010 sous Seven est mort d’un cancer de Windows fin janvier; une mise à jour intempestive l’a laissé tourner en boucle. La bécane acquise ce printemps tourne sous Ubuntu, j’en suis satisfait et prends désormais plaisir à utiliser les nouveaux logiciels, libres, auxquels j’ai dû m’habituer. On les disait plus configurables, il faut en effet plus les configurer… 

Et il y a Google tout puissant, qui m’a séduit jadis par sa philosophie d’entreprise, la simplicité voire la pureté des produits, l’efficacité des outils gratuits à disposition contre un peu de publicité ciblée. En contrepartie tes publications comme leurs supports appartiennent à la firme, qui ferme un service sans recours pour celui qui y a ses habitudes, et souvent passé beaucoup de temps dessus. Reader, Picasa, Buzz… à quand la fermeture de blogger qui héberge tant de temps et de mots lancés à la volée? Allez, restons optimistes, tout meurt.