Eté 2015

2015 – L’été des écureuils

30.10.2015  –  L’été fut particulièrement agréable à vivre en montagne, l’épisode caniculaire le plus marqué depuis 2003 nous laissera de doux souvenirs. On passe rarement nos soirées sur les terrasses de Zinal en t-shirt et sandales. Avant de rédiger, j’ai relu les conclusions de l’été 2014 et quelques précédentes. Les anciens annotaient le Messager Boîteux pour garder mémoire des événements naturels. J’utilise ce blog pour atteindre un résultat similaire depuis 2009. Y aura-t-il dans quelques générations quelqu’un pour s’intéresser et se dire: « Tiens, les pins d’arol ont beaucoup fructifié deux années de suite en 2014 et 2015! »?  Ca dépendra de l’évolution d’internet, qui devient une prodigieuse mais fragile mémoire. Malgré les doutes, j’ai plaisir à prendre le temps de regarder en arrière, pour transcrire mon long trek anniviard.

Carnet de bord du capitaine, été 2015 de l’ère chrétienne:

Un écureuil noir mange sur une branche d'arbre en pleine nature.

Les écureuils ont proliféré, eux se sont aperçu de l’abondance de « mougnettes » pour la deuxième année consécutive. Ils animent les forêts de leurs caquètements, ou se remarquent trop souvent, inanimés hélas, au bord des routes. Effets conjugués de l’augmentation de la circulation et de la population de rongeurs? Certainement! Les sorbiers que j’observe chaque année n’ont aucun fruit. Après la surabondance de 2011 et les années 2012 et 2013 moyennes, ce sera le deuxième hiver sans les sorbes si précieuses pour les oiseaux nicheurs. Les forêts n’ont pas semblé souffrir de la canicule; mais on dit dans les médias que le bostryche en a profité, les dégâts sont peut-être à venir. La rouille du rhododendron touchait des stations d’épicéas, principalement sur les versants ombragés des Morasses et d’Ayer. Peu de guêpes et d’insectes en général. Je me souviens du harcèlement des mouches en 2003, cette été en plein cagnard je me demandais où étaient les insectes.

La canicule fut la star des médias! La plus belle depuis 2003, avec des maximas supérieurs, mais moins longue. Ainsi le record de 2003 était de 16.4° à la Corne de Sorebois 2900m le 4 août, la plus haute valeur de cet été atteint les 17.2° le 7 juillet. Les pluies ont rafraîchit l’atmosphère début août. Le couloir à laves torrentielles du Peterey est resté inactif.  Nous sommes ébahis devant la fonte des glaciers, la montagne est dénuée d’une partie de sa majesté. La fonte est moindre qu’en 2003, mais 12 ans de recul incessant accentuent le visuel de la catastrophe en cours. les bulletins climatologiques du printemps 2015 et de l’été 2015 (pdf) publiés par MétéoSuisse s’ajoutent à la liste des records de température. Par curiosité, je publie ci-dessous les courbes de températures à la Corne pour la même période de 2003 et 2015. 

J’imaginais qu’une bonne canicule emmènerait de nombreux clients en altitude. Il fait meilleur vivre parmi des touristes curieux et des commerçants épanouis, mais toute la période la plus chaude de fin juin et juillet resta anormalement calme. On l’explique par le franc fort qui baisse le pouvoir d’achat des étrangers en Suisse et augmente celui des Suisses à l’étranger. Résumé: l’avion et les voyages lointains sont moins chers. Ca va améliorer le climat… Mais se sont bien les nationaux qui ont sauvé la saison en août et septembre. Les grandes manifestations, le Grand Raid et le camp des Moyes furent ensoleillés. Sierre-Zinal passa entre les gouttes, pluie le matin et soleil dès 11h. 

Vue d'un sentier en montagne avec des falaises rocheuses à droite et des arbres en automne au premier plan.

Le climat automnal semble normal, anticyclones et perturbations se succèdent dans une douceur dominante. La vallée est agréable à vivre, les couleurs hallucinantes et les week-ends ensoleillés. Je n’avais plus visité le bisse des Sarrasins depuis la fin des travaux. Autrefois dubitatif devant l’ampleur des ouvrages nécessaires au passage de ce chemin, dans une zone alors préservée de l’impact humain, je trouve le résultat positif. Les passerelles vieillies sont bien intégrées et le chemin très agréable. Les photos de la promenade sont consultables dans l’album public été 2015

J’irai demain au Tônet sur l’alpage de Lirec photographier le domaine skiable d’en face comme de coutume. Dès le premier novembre commenceront les mesures de l’hiver 2016, que j’espère autant enneigé que les quatre précédents.

Super Lune de sang

28.09.2015    Qui s’est réveillé cette nuit pour voir la pleine lune au périgée et en éclipse totale? Un spectacle qui ne se reproduira qu’en 2033, avec… ou sans nous. J’ai assisté à l’événement depuis le mayen des Moyes à 1930m et le résume en quatre images:

Pleine lune visible derrière les branches d'un arbre, illuminant le ciel nocturne.

La pleine lune devait atteindre son périgée à 2h46, elle orbiterait alors à 356’877 km de la terre. Elle sortit sur l’arête de Nava à 21h30, le ciel était limpide, le diamètre apparent de l’astre semblait 14% plus grand qu’habituellement.

Vue nocturne de montagnes obscures surplombant un lac silencieux, illuminées par une lune partiellement voilée, créant une atmosphère mystérieuse.

Dès la tombée du jour, des bancs de stratus garnirent les coteaux de la vallée, Grimentz restait bien dégagé mais une nappe dense s’installa sur le vallon de Zinal, pour la nuit. Petite promenade sur la route de Nava, une lumière irréelle, et le brame des cerfs depuis toutes les places de rut du vallon.

Une pleine lune partiellement éclipsée, affichant une teinte rougeâtre sur un fond noir.

Le croissant de lumière qui occupait encore un bon tiers du globe à 3h56 aura disparu à 4h11, le brouillard stagnait sous le mayen dans un air agréable pour la saison. 

Lune de sang pendant une éclipse totale, avec une teinte rouge éclatante sur fond noir.

J’attendis le maximum de l’éclipse annoncé à 4h47 en adoration. J’ai photographié dès 4h45, ma dernière image de la lune de sang est prise 4h46, un brouillard dense a ensuite enveloppé les Moyes.

La chasse bat son plein, un anticyclone nous offre un début d’automne agréable. La période est magique! 

La rouille du rhododendron

11.08.2015  Beaucoup pensent en voyant brunir certaines pessières que les arbres sèchent, déduction facile en cet été de canicule. Les forêts de l’étage montagnard résistent facilement à deux mois sans précipitation, et on mesure 61,7 litres/m2 de pluie à Grimentz pour les dix premiers jours d’août. Les prés fauchés et les alpages verdissent à nouveau, le problème est ailleurs. Je comprends le regard dubitatif du client auquel j’expliquais hier que c’est un champignon qui provoque le jaunissement des jeunes pousses d’épicéa dans de vastes zones cet été. Le printemps doux et humide et les températures exceptionnelles de juin et juillet ont probablement favorisé la prolifération de la rouille du rhododendron. Ce champignon parasite, très présent dans les pessières plus tempérées des Grisons et du Tessin, s’observe chaque année sur quelques individus dans nos forêts.

Gros plan sur des pousses d'épicéas affectées par le champignon Chrysomyxa rhododendri, montrant des symptômes de rouille.
Seules les pousses annuelles des épicéas sont touchées.
Chrysomyxa rhododendri est une rouille à hôte alternant, le champignon subsiste en hiver sur les feuilles de rhododendron puis s’installe en début d’été sur la pousse annuelle des épicéas. Comme le parasite épargne les bourgeons, l’arbre poursuit sa croissance normalement l’année suivante. Cette maladie inquiète peu les forestiers.
Gros plan sur des aiguilles d'épicéa présentant des symptômes de rouille, avec des écidies orange et jaune visibles.
Les fructifications sont appelées écies ou écidies, elles produisent des spores.
Le champignon se développe d’abord dans l’aiguille, puis des fructifications appelées écidies apparaissent fin juillet. Lors de fortes attaques, on peut en compter un vingtaine par aiguille, un nuage d’écidiospores entoure parfois les branches que l’on secoue. Les spores retournent ensuite infecter le rhododendron.

Peu de références en français sur internet, la meilleure est publiée par notre WSL national sous la forme d’une brochure en pdf : Les rouilles de l’épicéa. Une page du site www.lenaturaliste.net propose de remarquables images au microscope.

Légende: Les Serpents

J’ai retrouvé cette légende dans un journal numérisé de 1922 appelé « Le Conteur Vaudois ». Je n’avais encore jamais rencontré ce récit dans les recueils ni dans les dits. Les Anniviards parlent souvent de Zinal comme un « coin à serpents », les vipères aspic sont effectivement bien représentées. La légende moderne des « lâchers de vipères par hélicoptère » imputés aux écologistes a également fait de nombreux adeptes au pays. Je retranscris ici ce conte qui mérite une meilleure visibilité sur la toile.

Autrefois, le riant vallon de Zinal était infesté de serpents. On n’osait guère s’y aventurer et on ne restait que le temps strictement nécessaire pour la fenaison. Malgré une lutte incessante contre les dangereux reptiles, ceux-ci se multipliaient toujours d’avantage, et les gens voyaient avec peine arriver le moment où ils devraient abandonner ce site fertile et agréable.

Un jour cependant, venant on ne sait d’où, arriva un personnage à l’allure mystérieuse qui s’offrit, moyennant certaines conditions, de débarrasser le vallon des vipères malfaisantes. Ils fallait sonner sans discontinuer la petite cloche de Zinal, pendant que lui accomplissait sa mission, qui consistait à massacrer les reptiles.

Au jour convenu, l’homme partit, armé seulement d’une flûte avec laquelle il jouait un air tout-à-fait ancien. Il parcourut ainsi en jouant monts et pâturages de la vallée. Bientôt on vit arriver sur la place de la chapelle de Zinal quelques reptiles, puis il en vint en bandes serrées, et tous les alentours en fourmillaient. Les serpents se jetèrent les uns sur les autres et s’entre-tuèrent

. Il y avait déjà des heures que le charmeur était partit, et les serpents commençaient à se faire de plus en plus rares. Fatigué dans son travail, le sonneur s’arrêta un instant. Aussitôt, les quelques reptiles qui avaient survécu à la lutte, cessèrent de se combattre et allèrent se réfugier sous l’alpe de Lirec où, rencontrant le charmeur, ils le dévorèrent.

Depuis lors, le vallon de Zinal fut débarrassé de ces redoutables reptiles, sauf l’alpage de Lirec où s’étaient réfugiés les derniers survivants et celui d’Arpitettaz où le charmeur n’était pas encore arrivé.