Les éclipses solaires sont rares, j’étais resté sur ma faim le 11 août 1999, le soleil n’avait fait que de rares apparitions entre les nuages. De l’épisode je me rappelle surtout de la nébulosité, de l’arrêt des vents thermiques et du coup de folie du bétail au maximum d’occultation. Jeune accompagnateur fraîchement diplômé j’avais organisé la sortie jusqu’à l’alpage de Tsahèlett, le phénomène coïncidait avec l’heure de l’apéritif.

Je suis retourné à Nava cette année, il fallait prendre de l’altitude pour observer le soleil en toute fin de journée sur un horizon ouest dégagé. Comme le maximum des Perséides était prévu dans la nuit nous voulions ensuite dormir en amoureux à la belle étoile. J’avais embarqué mon télescope, les appareils photos et les filtres adéquats, et nous avons trouvé in extremis deux paires de lunettes. Arrivés un peu tôt, nous sommes partis boire un verre à l’hôtel Weisshorn avec l’idée de revenir pour 19h15. D’épais nuages cachaient l’horizon sur l’arête d’Orzival, nous avons décidé de vivre le moment au Weisshorn d’où l’ouest semblait plus dégagé. Adieu télescope et appareils photos, même les lunettes étaient restées dans le véhicule à Nava. Ne restait que mon excellent natel pour immortaliser le moment, et des lunettes de protection que les touristes sur la terrasse se partageaient généreusement. Ce fut un excellent moment, une communion avec les éléments, le Soleil apparut au début exact de l’occultation dans une mise en scène digne d’Hollywood, magique.

J’ai plaqué les lunettes de protection sur l’objectif de mon Pixel 10 Pro pour tenter quelques clichés, la plupart sont partis à la corbeille. Celles qui restent surprennent par leur diversité, une belle variété de couleurs et des mises au point. De ce lieu l’occultation commençait à 19h26 avec un maximum à 20h20.

Puis un gros nuage s’est étalé depuis le sud, mangeant notre Soleil sans trop gâcher le spectacle. Je vous laisse juger, le jeu des nuages et des couleurs de l’astre déclinant restait digne des plus beaux couchers observables à l’hôtel Weisshorn, un must en la matière. Possible avec une bonne fondue.

Le Maître de la danse des planètes réapparut juste avant le maximum de l’éclipse, Dame Lune cachant 92,1% de sa surface, laissant juste briller un fin croissant de lumière mélangé de nuages. J’arrête les commentaires, les photos parlent d’elles-mêmes.

Coucher de soleil derrière des nuages sombres avec rayons lumineux.

J’ai ensuite capturé comme j’ai pu ce coucher de croissant de Soleil sur les Préalpes, sans tenter de filtrer avec les lunettes de protection la lumière rasante permettant les clichés et même l’observation avec de simples lunettes de soleil.

Un moment remarquable, une communion à l’échelle du continent. De retour à Nava deux belles tablées de locaux avaient fait le déplacement pour profiter de ce spectacle unique. Nous avons installé notre bivouac au milieu de la place des Moyes, après quelques étoiles filantes nos yeux se sont éteints. La nuit fut douce, je me suis réveillé vers 4h sous un ciel magnifiquement étoilé, au réveil même pas de rosée. Une chose a changé dans le ciel, il devient impossible de faire de longues poses sans traînées de satellites, la vallée est striée de routes, le ciel de traînées d’avions, l’espace de satellites. Le soleil s’en fout mais nous, avions-nous vraiment besoin de tout ça ? Sommes-nous prêts à en payer le prix alors que les premiers acomptes tombent, et que le gros de la facture sera pour les générations suivantes ?

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