Dans la continuité de novembre, le ciel de la première quinzaine de décembre nous a apporté des perturbations actives riches en précipitations avec de belles variations de températures. Le week-end des 2 et 3 fut parfait pour le ski au-dessus de 2200m, avec une cinquantaine de cm de fraîche gardée poudreuse par une nette baisse des températures à la fin d’un épisode neigeux. Je donnais un 10/10 aux conditions le dimanche 3, comme je profite du ski toute la saison, je suis difficile.
S’en suivit une période plus mitigée mais dominée par le soleil et des températures de saison, Zinal organisait des courses sous un ciel capricieux, nous avons eu du mitigé très esthétique, puis un magnifique ciel bleu pour la Saint-Nicolas. Commencer la saison dans ces conditions d’enneigement est un régal, nous préparons les pistes, mettons en place balisage et matériel de protection sereinement pour garantir les vacances de Noël, ça laisse aussi le temps de former correctement le nouveau personnel avant le rush.
L’épisode suivant laissera de nombreuses traces en Anniviers, un courant d’ouest à nord-ouest anormalement doux et riche en précipitations s’est mis en place le 9 pour une bonne semaine. La sonde de la Corne enregistra ce soir-là une rafale à 115 km/h NO à 22h30, toujours au sommet du podium des vents à l’heure où je rédige cet article. Les précipitations parfois abondantes sous forme de pluie jusqu’à 2300m ont lessivé les villages, épargnant heureusement l’essentiel du domaine skiable. En vallée, les pluies et la neige fondante détrempèrent le terrain provoquant de nombreux dégâts sur les routes et dans les forêts. Partout dans le canton les états majors de crise se rongeaient les doigts. Nombreuses fermetures de routes, éboulements, avalanches mouillées jusqu’en vallée mais au final rien de trop grave. J’ai tout de même mesuré 116cm de cumul à 2400m en 7 jours, la couche s’est stabilisée à 130cm à 2400m alors que les successions de pluies et de neige ont maintenu le 35cm qu’on trouvait avant l’évènement à Zinal. Le 12 au matin, je purgeais la combe de Tsirouc avec une seule bombe. Dans la plupart des pentes seule la neige fraîche s’est déclenchée, le pack en place depuis novembre au-dessus de 2500m, délavé, gelé et bien tassé, est resté en place. J’ai peu d’images de la période, la lumière n’était pas bonne et le boulot prenant. Le 15 au matin, sous un ciel d’azur appelé à durer, nous préparions le domaine pour le deuxième week-end noté 10/10 de la saison. Un régal au-dessus de 2400m, du carton dessous, un dernier saupoudrage dans un air redevenu plus frais le 14 blanchit toute la vallée.

Retour des perturbations le 20. Une tempêtes inutiles échappa à mon interprétation météo le 22, une rafale à 111 km/h NO au matin et ses sœurs nous firent perdre du matériel juste avant les vacances, quasi sans apport de neige mesurable. Le brassage de la couche poudreuse en surface péjora la qualité du ski, mais le grand minage du 23 démontra une bonne stabilité de l’ensemble confirmée par un rabaissement au degré 2 par le SLF le 24 au matin. Comme souvent depuis l’installation des Gazex, l’avalanche de la Lée fit seule le spectacle. Les images sont médiocres, je les diffuses ci-dessous pour la science.
Le 25 décembre était un lundi, le gros des touristes est arrivé le 26 pour des vacances enneigées, ensoleillées aux températures douces. La station a cartonné sans fausse note, toutes les pistes et infrastructures étaient au top sauf le retour à Zinal, décidemment difficile à préparer avec les températures de notre époque. Notons par honnêteté des pistes trop dures entre 2000 et 2400m. Le rapport climatologique de MétéoSuisse décrit un mois avec beaucoup de précipitations, aux températures au-dessus de la norme, l’épisode particulier entre le 9 et le 15 est décrit dans une série d’articles de leur l’excellent blog. Le tableau ci-dessous résume les données de ma feuille de calcul décembre 2023. Les 166cm de décembre ajoutés aux 139 de novembre portent déjà le cumul au-delà des trois mètres, cette saison bien entamée s’annonce pour le moins amusante.
Je n’ai pas eu le loisir de réaliser de véritable profil, mais pour décrire la situation en partant du sol on doit comprendre qu’il est exceptionnellement chaud et humide. Les sources et torrents ne sont pas gelés et sont biens marqués dans le terrain, les endroits sujets aux reptations et glissements sont garnis de gueules de baleines dont beaucoup sont arrivées en rupture. Heureusement Zinal est bien épargné par ce phénomène. Sur ce sol humide on trouve une couche bizarre assez faible, surmontée jusqu’à 3000m par une grosse strate héritée de novembre, très tassée et dure, mouillée puis regelée. Cette couche compacte stabilise l’ensemble du manteau dès 2400m, elle supporte bien les nouveaux apports poudreux agréables à skier. Plus bas, peu de neige bien figée par les nuits découvertes de la fin du mois. Peu de risques d’avalanches en moyenne montagne pour le moment.