Bien qu’attentif je n’ai pris aucune mesure cet hiver, les données sont tirées des stations automatiques, je fais confiance aux patrouilleurs avec quelques corrections pour l’enneigement à 2500m. Je garde un œil entrainé, une analyse démontrée par les 17 hivers décrits sur ces pages, et toujours dans ma poche un excellent photophone. De quoi continuer à décrire et illustrer les saisons zinaloise. Après deux mois pluvieux et doux, novembre 2024 commença par une dizaine de jours superbes qui permirent la randonnée à pieds secs jusqu’à 3000m.
L’hiver s’annonça doucement le 12 avec une vingtaine de cm à 2500m et des températures permettant de produire de la neige « de culture ». Les choses sérieuses commencèrent le 20 avec une première tempête qui apporta 40cm de fraîche en montagne, et blanchit la vallée pour la saison. On mesura le 22 la plus basse température de la saison, un modeste -19°, et des vents qui ne furent dépassés que par la magnifique tempête de Noël. De petites perturbations améliorèrent régulièrement les conditions de neige, permettant de bien travailler la couche de fond sur les domaines skiables. Puis le 20, pile-poil pour les vacances de fin d’année, une belle tempête surnommée Enol poussée par un flux puissant du nord-ouest enneigea la Suisse jusqu’en plaine, abondamment en montagne. La plus belle rafale de la saison fut mesuré à 131.4 km/h 299° le 22 en début d’après-midi à la Corne de Sorebois; rien d’exagéré les stations doivent fermer, mais subissent peu de dégâts avec ces valeurs. Au total, on mesura 76cm de cumul du 20 au minage par hélico le 24 qui fut le plus impressionnant de l’hiver. Les Gazex ne laissent que l’avalanche de la Lée pour faire le spectacle, mais pour une fois j’ai eu le temps de placer le drone au bon endroit pour ramener une belle image globale du phénomène.
Le ciel se calma ensuite, permettant des vacances de Noël parfaites qui allaient remplir les stations, les pistes et les caisses. Je suis peu monté à Sorebois cette période, on skie peu, on socialise dans les files et sur les téléskis; je passe beaucoup de temps à expliquer aux habitués que je ne travaille plus sur les pistes. J’ai préféré profiter des autres domaines de la vallée, moins saturés. Nous avons eu beaucoup d’interventions avec le secours régional, la période était très active pour le tourisme et le sauvetage valaisan. Le ciel du creux de janvier, de moins en moins creux d’ailleurs, est resté dynamique avec de fréquents petits apports pour un cumul mensuel de 141cm. La meilleure journée de ski de la saison était incontestablement le mercredi 29 janvier, deux jours de précipitations laissèrent 50cm de fraîche en montagne et presque autant en station. Très peu de monde, une ouverture progressive des pistes avec la Combe Durand en fin d’après-midi, de la balle pour ceux qui ont pu profiter de cette journée. Dès le lendemain, le redoux et les nombreuses traces dégradaient l’expérience.

Il y a peu à dire sur le reste de l’hiver, 19cm en février, 24 en mars, rien en avril jusqu’au plus gros enneigement en 24h de l’histoire. Je ne vais pas m’attarder le prochain article est consacré à cet épisode exceptionnel. Notons un soubresaut d’hiver pour la Saint-Valentin le 14 février, les chiffres parlent : -16.9° à la Corne, 13cm de fraîche, 70km/h de vent. En temps normal je n’aurai pas mentionné l’épisode. Rien d’intéressant, mais une montagne douce et facile à vivre, de grosses économies de bombes et de mazout pour les remontées mécaniques, des chiffres de fréquentation au plafond, à la limite du supportable. Nous avons passé un stade. Ce qui se passe dans nos vallées est ironique pou la volonté des anciens, le virage du tourisme hivernal devait limiter l’exode rural et donner du travail à la population. Nos routes sont trop étroites, les pistes engorgées, les moindre bout de nature parcouru en tous sens, la population remplacée, la terre vendue, les traditions disneylandisées. Que faisons-nous, que font-ils, qu’espèrent-ils pour l’avenir, que reste-t-il à défendre ?
Revenons à la météo; si le vallon de Zinal encaissé et peu ensoleillé gardait un air hivernal, le bas de la vallée et le reste du pays ont bénéficié d’un printemps précoce. Comme de tradition le plus doux depuis le début des mesures selon le bulletin climatologique de MétéoSuisse qui se répète, répète, répète. On se promenait à pieds secs à Fang mi-février, à Ayer début mars, mon champ habituel de mesures était libre de neige à Zinal le 7 avril. La floraison précoce des fruitiers laissait craindre une catastrophe en cas de regel, il n’arriva le printemps fut fécond pour toutes les espèces. Le ciel du 30 mars surprit, les cirrus prenaient des formes étranges, jouant avec la lumière d’un soleil dominant.
Le gel ne revint que dans de moindres mesures, à peine de quoi griller quelques tonnes de paraffine dans le verger valaisan. Le printemps et la montée précoce de la sève dans les arbres préparaient une autre catastrophe. Après à un épisode de foehn le 15 avril, le précipitations passèrent la crête sud des Alpes et s’abattirent comme jamais en Valais central. Il tomba jusqu’en plaine une neige lourde sur des arbres gorgés de sève. la chute des arbre bloqua toute la région, Zinal est resté totalement inatteignable 36h, un véritable mikado encombrant les routes. Le printemps revint très vite, le mètre de neige avait disparu dix jours plus tard, gorgeant le terrain d’eau. Une catastrophe dont on risque de reparler longtemps, décrite dans l’article précédent. J’en tire tout de même la photo en exergue de cet hiver 2025 et une moralité : le véritable danger est par nature surprenant. MétéoSuisse à publié un Etat du climat dans les Alpes pour le semestre d’hiver 2024-2025 merci MétéoSuisse, continuez par semestre le printemps et l’automne ne sont que transition.
Sur les 542 cm de cumul de l’hiver 2025, c’est à dire 0,5 cm au dessus de la moyenne 2000-2025, 128 cm sont tombés les 16 et 17 avril. Comme si l’hiver avait voulu rattraper son retard au dernier moment.