L’article Janvier 2024 s’étonnait des nombreuses souris rencontrées sur les pistes, ça arrive parfois près des bâtiments, je me souviens même d’en avoir vu tomber d’un parapente au décollage, mais si souvent au milieu des pistes? J’en avais déduit qu’elle profitaient d’un terrain pas gelé et protégé d’une épaisse couche de neige. Cet été, c’est la prolifération des écureuils qui a d’abord étonné, les souris sont devenues envahissantes dès septembre. J’ai l’habitude de piéger celles qui s’installent autour du mayen en automne, j’avoue cinq souricides par jour les trois premières semaines d’octobre, du jamais vu. Corrélation certaine, mes caméras n’ont plus capté d’hermine ni de fouine, et les rapaces furent rares en vallée cet été, je les imaginais chasser plus haut profitant de la douceur. Toute cette humidité a également favorisé les champignons de toutes sortes, nous avons cueilli des morilles début mars, les chanterelles sont restées abondantes jusqu’en octobre, comme les pieds-bleus, éperviers et autres cadeaux des bois. Seuls les bolets qu’on appelle cèpes furent relativement discrets.
Mon été d’observation commence le 1er mai, il restait énormément de neige en montagne. Certaines pentes se déclenchent tous les ans en neige de printemps, comme la spectaculaire avalanche de la Lée dont je possède plusieurs films. J’étais au village cette année quand les immenses pentes entre l’alpage de la Lée et le sommet des Gardes se purgèrent, le 8 mai à 12h45.
Mai est resté maussade avec plus de 80mm de pluies pour une norme à 50mm, mesurés à la station MétéoSuisse de Mottec, ma référence en vallée. Il restait 1 mètre de neige à 2500m, 2 mètres au-dessus de 2900m, cette couche épaisse persista jusqu’aux chaleurs de la deuxième moitié de juin. L’inalpe fut reportée au 22, encore une journée pluvieuse avec de la grêle sur Nava à 15h. La débacle de la Navizence la veille vola la vedette aux vaches, elle s’avéra autant ravageuse que celle de 2018. Deux crues centennales en six ans, on en a de la chance avec le temps, pour citer le slogan actuel d’Anniviers Tourisme.
Ce n’était pas la première catastrophe à toucher Anniviers cette année, les festivités commencèrent en mars avec un éboulement qui coupa la route principale de la vallée pour plusieurs semaines. Le 30 mars, c’est l’accès par Vercorin qui subit un éboulement; nous avons brièvement été coupés du monde selon l’expression. Le pire événement pour le vallon de Zinal et les berges de la Navizence fut celui du 21 juin. Outre les dégâts sur les berges, le pont de Singlinaz est resté impraticable tout l’été, le passage entre St-Jean et Mission n’a été rétabli que début novembre, la route Vissoie-Mayoux est restée fermée jusqu’au 12 juillet. Dame Nature remit ça le samedi 29 juin, Chippis et des quartiers de Sierre se réveillèrent les pieds dans l’eau au matin du 30. Le 12 août, pendant la période la plus chaude de l’été, un orage centralisé sur Sorebois provoqua de nombreux éboulements et laves torrentielles dans le vallon de Zinal, village martyr du changement climatique. Les terrains saturés d’eau par la fonte des neiges hivernales posées sur un substrat déjà saturé des précipitations de novembre 2023, provoquèrent des dégâts jamais vus, avec la perte de nombreux terrains agricoles. La station de Mottec enregistre les précipitations depuis 1973, j’ai résumé les données des derniers étés dans le graphique interactif ci-dessous. Retrouvez au bout de ce lien la feuille des données Précipitations vallon de Zinal étés 2013-2024.
Mais les évènements de l’été prennent racine en octobre 2023 déjà. Voire à l’invention du moteur à vapeur… Encore une fois, les stations MétéoSuisse de Mottec et celle du SLF à la Corne de Sorebois sont les références locales. Je me fie aussi à ma Netatmo privée au mayen des Clautis. Les graphiques ci-dessous ne sont que des images, cliquez pour arriver à la station MétéoSuisse et consulter les données publiques.

Suite au printemps poussif, la végétation s’est rattrapée dès les chaleurs de juin, les paysans sont contents de la fenaison 2024. La mauvaise publicité des problèmes de la route et l’été tardif n’ont pas favorisé la saison touristique, la neige en haute montagne et les dégâts énormes aux chemins pédestres non plus, même si nous étions heureux de marcher sur les névés d’antan. Les glaciologues médiatisés se réjouissaient de la protection que cette grosse couche offrirait aux glaciers; très mélangée aux sables du Sahara, la neige sale n’a pas résisté longtemps au soleil estival. Au bilan, la perte de masse des glaciers est quasi identique aux années précédentes. La météo s’est montrée dynamique et surprenante, avec un beau crachin de neige en vallée le 14 septembre déjà. Le record de chaleur fut mesuré le jour de Sierre-Zinal, soit le 10 août à 16h avec 15.9° à la Corne et 26.3 à Mottec. Le 13 septembre détient le record de froid des six mois avec -10.3° à la Corne et 0.1 à Mottec, octobre n’a pas fait mieux. Pour le vent, retenons la rafale à 92.9 km/h sud-est 159° le 29 juin, du foehn la veille des inondations de Chippis. Les vendanges furent tardives, le 3 octobre pour les parchets familiaux de fendant; qualité excellente loin des quantités espérées, malgré les nombreux soins exigés par l’humidité de la saison. L’album public été 2024 est ajouté sur la page des archives photos. Ci-dessous un exercice de style que je ne peux faire qu’avec les outils du blog; j’ai visité deux mélèze issus d’une même souche qui semblent se fuir, à St-Luc les 26 mai puis le 6 novembre. J’aime toutes les saisons en Anniviers, je retournerai voir ces compères sous leur blanc manteau.


Un peu de philosophie devant les misères du temps. La fameuse troisième correction du Rhône occupe politiciens, ingénieurs et médias depuis plus de vingt ans. Approuvé par la confédération, le canton et le Peuple, le projet final réjouissait l’ancien rafteur que je suis, avec des méandres, de la place pour la nature, les promeneurs en quête de fraîcheur, et évidemment l’eau des crues. Et voilà qu’au printemps, un conseiller d’Etat annonçaient aux médias une révision du projet soi-disant surdimensionné, armés de l’avis d’un ami expert pour sauver les terres d’amis agriculteurs. Guerre en Palestine, pollution, dérèglement climatique et correction du Rhône sont la litanie des Valaisans de mon âge. On en rigole tant que ça ferraille ailleurs et que son bel et paisible appartement en Suisse n’est pas inondé ou sa route coupée.
Seule la démocratie permet un semblant de justice dans les relations humaines, celle dite « directe » de notre pays est la plus élaborée. Elle coûte, experts et politiciens grassement rétribués argumentent puis la majorité décide. Les états à l’ONU devraient fonctionner selon un même principe contraignant, pour que le système fonctionne les résultats font loi. Hélas, certains partis considèrent une défaite dans les urnes comme un obstacle à contourner par tous les moyens. On se croit alors plus malins mais c’est notre constitution qu’on piétine, la base du vivre ensemble. La troisième correction du Rhône, les moult exceptions à la loi Weber, les tentatives de relance du nucléaire sont des insultes à notre démocratie. Et au compromis social déjà malmené par les inégalités d’un capitalisme qui achève doucement sa révolution, un tour complet qui nous ramène au temps des seigneurs héréditaires et des masses serviles. Qu’importent les arguments du jour, on a voté point.
2024 marque la fin des rêves de paix d’une génération qui a vu tomber le mur de Berlin et les toits se garnir de panneaux solaires. Au revoir la paix, salut la peur. Sil y a des vainqueurs quand les hommes se battent entre eux, les morts des deux camps n’en font jamais partie. Contre la nature il y aura, au mieux, des survivants. Je rédige ce résumé le 20 novembre, un bout de falaise s’est effondré hier sur la route cantonale à hauteur du tunnel des Pontis. Notre vallée, notre Valais, sont en première ligne face aux changements climatiques, qui transforment nos monts sous le soleil de menaces récurrentes à permanentes. Acceptons de reculer, nos pelles mécaniques ne gagneront que quelques batailles.